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11 juin 2026

Accumulation d'objets, isolement, déni... tout comprendre au syndrome de Diogène

Le syndrome de Diogène est un trouble du comportement complexe qui touche des personnes de tous horizons. Comment se manifeste-t-il ? Quels sont les signes qui doivent alerter ? Comment agir ? Décryptage.

Des piles d’objets qui envahissent progressivement les pièces, des volets qui restent fermés pendant des mois, une personne qui ne reçoit plus personne chez elle, un logement qui devient insalubre. Dans l’imaginaire collectif, le syndrome de Diogène est souvent associé à des situations extrêmes d’insalubrité. Pourtant, il révèle souvent une grande souffrance et une détresse psychologique des victimes de ce trouble. « Tout le monde peut être sujet à ce syndrome », explique Thibaut Moinard, secrétaire de l’association Syndrome Diogène solutions. Contrairement aux idées reçues, il ne concerne pas uniquement des personnes âgées ou précaires. « On retrouve parfois des personnes ayant des troubles psychiatriques ou psychologiques comme la schizophrénie ou la bipolarité, mais pas seulement », développe-t-il.

Un burn-out, un licenciement, un choc émotionnel, un épisode traumatique peut déclencher un syndrome de Diogène, qui ne survient d’ailleurs pas du jour au lendemain, mais s’installe progressivement. « Il y a aussi fréquemment des traumas liés à l’enfance. On retrouve aussi des personnes sujettes à des dépressions », souligne Thibaut Moinard. Les deuils non résolus constituent également un facteur fréquent. « Se séparer d’objets peut alors être vécu comme une seconde mort », insiste-t-il.

Des objets comme protection

Peu à peu, l’accumulation devient une forme de protection. Les objets prennent une place grandissante dans le logement, mais aussi dans l’équilibre psychologique de la personne. Cette accumulation s’accompagne souvent d’un paradoxe, déroutant pour l’entourage : « Les personnes sont à la fois dans le déni et très conscientes de ce qui se passe. Elles ne veulent plus ouvrir leur porte à beaucoup de monde, elles se coupent progressivement de leur famille et de leurs proches », signale Thibaut Moinard.

Avant même que le logement ne devienne insalubre, certains comportements peuvent constituer des signaux d’alerte. Le premier est souvent l’isolement. « Une des grandes caractéristiques, c’est ce que j’appelle la culture de l’excuse », indique le secrétaire de Syndrome Diogène solutions. « La personne trouve toujours une raison pour ne pas recevoir : pas ce week-end, pas le suivant. Et les proches commencent à se demander pourquoi elle ne les invite plus jamais. »

Une forme de négligence corporelle peut également apparaître au fur et à mesure. D’autres signes peuvent être plus discrets : achats compulsifs, accumulation d’objets inutiles ou achetés en plusieurs exemplaires, difficulté à jeter ou à se séparer de possessions anciennes. À l’extérieur de l’habitation, certains indices peuvent aiguiller : « Les volets fermés en permanence sont assez caractéristiques », note le responsable associatif. Dans les situations les plus avancées, certaines personnes finissent même par investir leur balcon ou leur voiture, faute d’espace dans leur logement.

Ne pas forcer le nettoyage

Face à un proche dont le comportement inquiète, le réflexe de sa famille est souvent de vouloir agir vite. Une réaction compréhensible, mais souvent contre-productive. « Il ne faut surtout pas forcer le nettoyage », insiste Thibaut Moinard. « Ces objets sont une sorte de peau extérieure, de carapace, de protection. Pour la personne, voir quelqu’un jeter ses affaires peut être extrêmement violent. » L’accompagnement commence par la parole. « Il faut recréer du lien social, faire intervenir une aide extérieure, amener vers un suivi psychologique. Derrière le syndrome, il y a souvent une grande souffrance », poursuit-il. Vous pouvez solliciter l’aide d’une assistante sociale ou d’une psychologue. Les rendez-vous à l’extérieur sont à privilégier dans premier temps pour ne pas mettre la personne dans l’embarras.

Les associations, comme Syndrome Diogène solutions, interviennent généralement à la demande de familles, de syndics ou parfois des personnes concernées elles-mêmes. « On ne rentre pas chez les gens en leur disant qu’il faut tout ranger. On commence par discuter, de la pluie et du beau temps, de choses simples. Fréquemment, les personnes finissent par se confier », détaille Thibaut Moinard. Car contrairement à certaines idées reçues, toutes ne sont pas dans le déni complet. « Certaines nous appellent elles-mêmes à l’aide. Elles savent qu’elles ont besoin d’aide mais ne savent pas par où commencer. Il y a toujours cette contradiction : elles ont trop honte de la situation, tout en ayant du mal à en sortir seules. »

Sortir du déni pour amorcer le changement

Le traitement du syndrome de Diogène repose rarement sur une seule intervention. Il nécessite en général un accompagnement global, mêlant soutien psychologique sur le long terme, accompagnement social et désencombrement progressif. L’objectif n’est pas seulement de vider un logement, mais de comprendre ce qui a conduit à cette situation.

Pour les proches, comme pour les voisins ou les propriétaires confrontés à une situation de ce type, la première étape consiste souvent à renouer le dialogue ou à faire appel à une structure extérieure capable d’établir un contact. Car derrière les montagnes d’objets, il y a avant tout une personne en souffrance. Et si la loi protège l’inviolabilité du domicile, elle rappelle aussi qu’il existe un devoir de vigilance face à une personne potentiellement en danger. Toute la difficulté consiste alors à trouver le juste équilibre entre respect de l’intimité et la nécessité d’apporter de l’aide et de la protection.

Décryptage. Accumulation d'objets, isolement, déni... tout comprendre au syndrome de Diogène

10 juin 2026

Isolement et contention dans les établissements psychiatriques français : état des lieux de ces pratiques controversées

Dans les services de psychiatrie, certaines mesures restreignant la liberté des patients, telles que les soins sans consentement, la mise à l’isolement ou la contention à l’aide de sangles, sont autorisées dans un cadre légal strict. Les recherches révèlent toutefois d’importantes différences entre établissements dans le recours à ces pratiques. Quelle est la situation en France, alors que le ministère de la santé ambitionne d’en finir avec la contention d’ici à 2030 ?

Comme en 2025, la « Grande cause nationale » 2026 est consacrée à la santé mentale. Dans ce contexte, Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, a annoncé le 2 juin 2026 la suppression, à l’horizon 2030, de la contention dans les services de psychiatrie.

La psychiatrie se distingue en effet des autres spécialités médicales par la possibilité de recourir à des soins sans le consentement des personnes, ainsi que par d’autres pratiques restreignant la liberté de mouvement, telles que l’isolement en chambre dédiée et la contention mécanique à l’aide de sangles.

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09 juin 2026

Les troubles mentaux laissent-ils des traces dans l’urine ?

Un test urinaire pourrait permettre de dépister beaucoup plus tôt des troubles, comme la bipolarité, le TDAH et l'anorexie.

"Les troubles de santé mentale sont source de souffrance importante pour les patients, souffrance qui pourrait être atténuée par des biomarqueurs de diagnostic précoce", selon des scientifiques de l’université de Cambridge (Royaume-Uni). 

Problème : la recherche de biomarqueurs est coûteuse. Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue BMC Psychiatry*, les chercheurs britanniques ont ainsi tenté de déterminer si un test urinaire, ne nécessitant pas de dépenses supplémentaires et permettant d’éviter les délais liés aux analyses de biomarqueurs classiques en laboratoire, pouvait aider à dépister certains troubles mentaux. "Un test urinaire est une procédure rapide, non invasive et courante dans le système de santé", a indiqué Sabine Bahn, auteure principale des travaux et directrice du Centre de recherche neuropsychiatrique de Cambridge.

TDAH, bipolarité, anorexie : 67 marqueurs urinaires liés à des troubles psychiatriques

Pour les besoins de l’étude, les auteurs ont utilisé une approche de randomisation mendélienne, à savoir une méthode génétique qui imite un essai clinique utilisant les informations génétiques des participants, afin d'identifier des biomarqueurs urinaires potentiels de sept troubles psychiatriques. Au total, 67 marqueurs urinaires liés à des troubles psychiatriques, dont 21 spécifiques à un seul trouble, ont été détectés. Parmi ceux-ci, l’équipe a constaté des taux anormaux de vitamine B6 (pyridoxal) dans l'anorexie, de N,N-diméthylglycine dans le TDAH, et des variations de créatine et de tyrosine liées à la bipolarité et à la schizophrénie.

Selon les scientifiques, ces marqueurs pourraient faciliter les décisions cliniques et permettre une prise en charge plus précoce des patients. Car, pour rappel, le diagnostic des troubles mentaux peut actuellement prendre des mois, voire des années. "Les personnes atteintes de trouble bipolaire attendent en moyenne plus de neuf ans pour obtenir un diagnostic, tandis que des affections comme le TDAH et l'anorexie, en particulier chez les enfants et les adolescents, entraînent souvent de longs délais avant l'évaluation et le traitement."

Confirmer ces résultats pour faciliter le diagnostic des troubles mentaux

La prochaine étape consiste à tester ces marqueurs urinaires dans le cadre d'essais cliniques en conditions réelles, d’après Jihan Zaki, qui a participé à l’étude. "Si ces résultats se confirment lors d'essais cliniques, nous pourrions offrir aux médecins généralistes et aux équipes de santé mentale un outil pratique pour faciliter un diagnostic plus précoce et réduire la pression sur les services de santé publique déjà surchargés", a conclu Sabine Bahn.

*Discovery of urinary metabolite biomarkers of psychiatric disorders using two-sample Mendelian randomization | BMC Psychiatry | Springer Nature Link

Les troubles mentaux laissent-ils des traces dans l’urine ?

08 juin 2026

Au sortir de la réunion interministérielle Santé mentale du 2 juin, le Collectif Santé mentale Grande cause fait part de sa grande insatisfaction

En tant que co-fondatrice et co-animatrice du Collectif Santé mentale – Grande cause nationale, Santé mentale France partage l’inquiétude et l’insatisfaction exprimées à l’issue de la réunion interministérielle du 2 juin organisée par la ministre de la Santé, Stéphanie RIST.

Si certaines annonces marquent des avancées, notamment l’objectif de mettre fin à la contention et à l’isolement, elles restent aujourd’hui très en-deçà des attentes suscitées par la Grande cause nationale et de l’ampleur des besoins exprimés sur le terrain.

Depuis deux ans, les constats sont connus. Les alertes sont documentées. Les propositions existent.

La question est désormais politique : la santé mentale sera-t-elle enfin portée comme une véritable politique publique interministérielle, dotée d’une gouvernance claire, de moyens ambitieux et construite avec les personnes concernées ?

Au sortir de la réunion interministérielle Santé mentale du 2 juin, le Collectif Santé mentale Grande cause fait part de sa grande insatisfaction - Santé mentale France

05 juin 2026

[Podcast] : Grandir avec un parent en souffrance psychique

La santé mentale s’est imposée comme un sujet de société ces dernières années. Des malades, à l’instar de Nicolas Demorand dans un livre et désormais un podcast, racontent leur parcours et ces paroles trouvent un écho d’ampleur à travers la société, fissurant le grand silence qui entoure ceux qui souffrent. Mais qu’en est-il de l’entourage et notamment des enfants de ces parents fragiles ? 

Podcast (59mn)

On ne va pas s'étendre mais dans l’équipe d’Être et Savoir, comme pour tant d’entre vous qui nous écoutez, nous ne connaissons que trop bien le sujet. Et pourtant - c’est fou non ? - nous n’avions jamais pensé à en faire une émission. Parce que c’est intime, douloureux, parce qu’on est très occupées à essayer de surmonter nos problèmes au quotidien – ce qui n’exclut pas la joie de vivre et bien sûr, la réflexion.

Alors quand le dernier numéro de l’Ecole des parents est arrivé dans nos boites mail avec à la Une, "Grandir auprès d’un parent en souffrance psychique" on s’est dit qu’il fallait vraiment en parler ! Le riche dossier proposé par la revue explore de nombreux aspects éducatifs liés à la santé mentale des parents comme la solitude et la responsabilisation des enfants. Il est tentant aussi de parler d'une forme de lâcheté de la société, d'une prise en compte bien trop faible du monde éducatif - et, étonnamment, du milieu médical - des problèmes posés par la maladie mentale à l’entourage. Ces articles et entretiens nous engagent à sortir du silence, à faire circuler la parole afin d’aider les familles concernées. Ce qui revient, nous en sommes convaincus, à améliorer l’existence de tous.

Louise Tourret s'entretient avec ses invitées : 
- Hélène Davtian-Valcke, docteure en psychologie, spécialiste de l’accompagnement de l’entourage de personnes souffrant de trouble psychiatrique, elle a ouvert une consultation au sein de l’Unafam (L’Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), et est coordinatrice de la communauté de pratiques Étincelles&Co,

- Frédérique Van Leuven, psychiatre au Campus santé mentale Saint-Bernard à Manage en Belgique, formatrice en thérapie systémique, co-autrice avec Cathy Caulier de Grandir avec des parents en souffrance psychiqueOuverture dans un nouvel onglet (L'Harmattan, 2017), 

- Karine Hendricks, rédactrice en chef de la revue L’école des parents (coéditée par la Fnepe et les éditions érès), le dossier du numéro 659 (printemps 2026) est intitulé "Ouverture dans un nouvel ongletGrandir auprès d’un parent en souffrance psychique"Ouverture dans un nouvel onglet et 

- Julie Timmerman, directrice de la compagnie Idiomécanic théâtre, comédienne, metteuse en scène et autrice, notamment de "Zoé" et du seule en scène "L’art d’être mon père", actuellement en tournée en France et qui se jouera au 11 tout le mois de juillet au Festival d’Avignon (les deux textes sont publiés sous le titre ZoéOuverture dans un nouvel onglet chez C&F éditions).

Grandir avec un parent en souffrance psychique | France Culture

04 juin 2026

[Insolite] : Un hôpital français fait appel aux ânes pour la santé mentale, les patients approuvent

Quand le moral est en berne, caresser un âne peut aider – c’est en tout cas l’une des prescriptions du complexe hospitalier de Ville-Evrard, à l’est de Paris.

Au cœur du domaine, entre bâtiments de ferme du XIXe siècle et sous-bois, cinq ânes prennent une part non négligeable du travail de soin psychique, entre deux bouchées de foin.

L’unité de thérapie avec des ânes de l’hôpital, unique en France, fonctionne depuis 2016, lorsque Ermelinda Hadey, infirmière en psychiatrie, et son mari François ont lancé ce programme en pariant sur le fait que ces animaux, réputés pour leur calme et leur sociabilité, pourraient nouer avec les patients des liens que les traitements classiques ne permettent pas toujours d’établir.

« Médecine animale »

Vendredi, les patients ont promené les ânes – Nono, Pitou, Oscar, Manolo et Malraux – dans le parc, leur ont nettoyé les sabots et, à la fin de la séance, les ont enlacés. Chaque patient est associé, au fil du temps, à un même compagnon, car la familiarité, visiblement, fonctionne dans les deux sens.

Pour Nathalie, 60 ans, l’effet est immédiat. « Quand vous prenez un médicament qui vous détend… c’est exactement pareil, dit-elle. J’appellerais ça de la médecine animale. Ça soulage. On ne pense plus au reste. »

Les patients ne sont identifiés que par leur prénom afin de préserver leur anonymat.

L’infirmière Audrey Seffar cite les progrès de Nathalie comme exemple de ce que les animaux peuvent déclencher. Au début, elle refusait de descendre de la voiturette mise à disposition des patients ayant des difficultés physiques.

« Mais petit à petit, avec des encouragements, elle l’a fait, explique Seffar. L’animal sert de médiateur. Il est tellement extraordinaire qu’aujourd’hui elle a pu quitter la voiturette et se tenir aux côtés de son âne. »

Un autre patient, Jérôme, 52 ans, estime que le programme l’aide à rompre la solitude.

« Discuter avec des gens, participer à des activités que je ne ferais pas normalement, ça m’aide dans ma vie quotidienne, dit-il. Ça permet de sortir de la routine des soins et des médicaments. Rester chez moi, ce n’est pas bon pour moi. »

« Éponges émotionnelles »

Certains des ânes sont arrivés à Ville-Evrard après avoir eux-mêmes connu la négligence ou la maltraitance – ils ont été adoptés via des refuges avant que François Hadey ne les forme au travail thérapeutique. Il décrit leurs aptitudes pour ce rôle avec un respect presque professionnel.

« Un âne est très intelligent. Il comprend très vite, mais il faut lui expliquer lentement, dit-il. Les ânes sont des animaux calmes, sereins, généralement proches des gens. Une fois engagés dans ces interactions, ils créent un lien très fort avec les patients. Ce sont des éponges émotionnelles. »

Le programme a obtenu en 2022 le statut officiel d’unité de soins, une reconnaissance administrative qui a permis de recruter trois infirmiers à temps plein, épaulés par des bénévoles d’une association pour s’occuper des animaux.

Depuis, il s’est élargi à d’autres espèces : cochons d’Inde, poules, colombes, chèvres, tortues et lapins, les plus petits animaux étant amenés directement dans les chambres des patients qui ne peuvent pas sortir.

Les séances sont gratuites pour les patients et financées par le système public de santé français. Elles sont conçues comme des interventions thérapeutiques pour des personnes souffrant d’anxiété, de dépression, d’autisme, de schizophrénie et d’autres troubles, le personnel observant des progrès en matière de régulation émotionnelle, de communication et d’estime de soi.

Ermelinda Hadey décrit ce travail comme fondé sur une forme de logique du miroir : s’occuper d’un animal, selon elle, crée les conditions pour que les patients prennent soin d’eux-mêmes.

« Nous travaillons sur l’alimentation de l’animal, ce qui nous permet d’aborder les habitudes alimentaires du patient. Nous travaillons sur l’hygiène de l’animal et, par effet miroir, sur l’hygiène du patient aussi », explique-t-elle.

Beaucoup de patients prennent des antipsychotiques ou des sédatifs qui peuvent anéantir toute motivation. C’est précisément là, dit-elle, que les ânes se rendent indispensables.

« Cela ne remplace ni un médecin ni une prescription médicale, mais cela peut aider les patients à retrouver confiance en eux et un sentiment de valeur personnelle », souligne Hadey.

Pour une meilleure reconnaissance

Malgré son succès apparent, la thérapie avec les animaux reste en marge de la pratique psychiatrique officielle – et l’équipe de Ville-Evrard voudrait que cela change.

« Pour cela, il nous faut de la recherche. Nous avons de nombreux témoignages de patients… Les soignants qui les accompagnent constatent aussi les bénéfices au quotidien. Mais les médecins ont tellement d’autres responsabilités qu’ils ne les voient pas forcément directement », explique Hadey.

Pour l’étudiante infirmière Alicia Fabi, 18 ans, les patients reviennent des séances visiblement transformés. « À chaque retour d’activité, ils disent qu’ils se sentent bien, calmes et détendus, et qu’ils ont apprécié la sortie. C’est très positif », dit-elle.

Alors que la séance de vendredi touchait à sa fin et que les patients bavardaient dans la lumière de l’après-midi, une infirmière a lâché ce qui pourrait faire office de devise officieuse de l’unité : « Les ânes sont mes meilleurs collègues. »

Un hôpital français fait appel aux ânes pour la santé mentale, les patients approuvent - Yahoo Actualités France

03 juin 2026

La "Contrôleure générale des lieux de privation de liberté" publie son rapport d'activité pour l'année 2025

Publié aux éditions Lefebvre-Dalloz, ce rapport est disponible en librairie. Il sera mis en ligne en intégralité sur le site internet du CGLPL à compter du 9 juillet 2025 (délai conventionnel de six semaines en accord avec l’éditeur).

Télécharger le dossier de presse

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), autorité administrative indépendante, remet chaque année au Président de la République, au Gouvernement et au Parlement un rapport d’activité qui est rendu public.

Le présent rapport, nourri des nombreuses visites du CGLPL (2 391 depuis 2008) et des courriers qui lui sont adressés (près de 3 000 en 2025), s’ouvre sur une présentation des principaux constats du CGLPL pour chaque lieu de privation de liberté relevant de sa compétence : prisons, établissements de santé mentale, centres et locaux de rétention administrative, centres éducatifs fermés et locaux de garde à vue.

Il se poursuit par la mise en perspective des avis, recommandations et rapports publics adressés par le contrôle général au Gouvernement en 2025. Le CGLPL continue son travail de suivi de ses recommandations, générales ou formulées à l’issue des visites d’établissements, et présente les suites données par les pouvoirs publics à l’ensemble des recommandations exprimées en 2022.

Sont ensuite développés le bilan de l’activité du CGLPL en 2025 ainsi que des données statistiques actualisées sur la privation de liberté en France. Enfin, des témoignages, écrits et photographiques, en illustrent concrètement les développements.

Rapport d’activité 2025 - CGLPL

02 juin 2026

Schizophrénie et troubles psychotiques : lancement d’une commission internationale d’experts

La revue The Lancet annonce le lancement d’une commission internationale de chercheurs et de cliniciens de premier plan, coprésidé par Marion Leboyer (France) et Michael Berk (Australie). Objectifs : établir la synthèse des connaissances sur la schizophrénie et les troubles psychotiques et proposer des recommandations et une feuille de route des recherches à mettre en place.

Cette initiative majeure a pour ambition de faire progresser les connaissances scientifiques, d’améliorer la prise en charge clinique et de contribuer à orienter les politiques de santé publique et les stratégies de recherche concernant l’un des troubles psychiatriques les plus complexes et les plus insuffisamment pris en compte.

La schizophrénie et les troubles psychotiques apparentés touchent environ 23 millions de personnes dans le monde (soit environ 1 personne sur 345) et sont associés à des conséquences sanitaires, sociales et économiques majeures. Malgré d’importantes avancées en génétique, neurobiologie, épidémiologie et thérapeutique, des lacunes importantes persistent en matière de diagnostic, de prévention, de prise en charge à long terme et de compréhension par le grand public. Dans les pays développés, la schizophrénie représente entre 1,5 % et 3 % des dépenses de santé.

Cette initiative est détaillée dans un Commentaire publié par The Lancet le 21 mai 2026, intitulé “Announcing the Lancet Commission on schizophrenia and psychotic disorders”, co-signé par Marion Leboyer (UPEC, AP-HP, Inserm, Fondation FondaMental, directrice scientifique du Programme de recherche français en psychiatrie de précision PEPR PROPSY – France), Michael Berk (Deakin University et Barwon Health – Australie), Bruno Pedraz-Petrozzi (Fondation FondaMental, Central Institute of Mental Health, University of Heidelberg, PEPR PROPSY – France/Allemagne) et Moritz Spangemacher (Central Institute of Mental Health, University of Heidelberg – Allemagne. *

Mieux articuler recherche et prise en charge

Pour répondre à ces enjeux, la Commission réunira données scientifiques, expertise clinique et contribution des personnes concernées afin de proposer une vision intégrée des troubles psychotiques et de leur prise en charge. Au-delà d’un état des lieux scientifique, la Commission ambitionne de proposer une feuille de route concrète face à un enjeu majeur de santé publique.

Le rapport final fournira des recommandations pratiques et fondées sur les preuves à destination des professionnels de santé — médecins généralistes, psychiatres et autres spécialistes — une synthèse des recherches et une vision stratégique des études à mener ainsi que des contenus accessibles et pédagogiques pour les patients, leurs proches et les décideurs publics à travers le monde.

Une approche globale centrée sur les personnes concernées

La Commission reconnaît les recouvrements fréquents entre schizophrénie, trouble bipolaire, dépression majeure et autres syndromes psychiatriques. Elle adoptera ainsi une approche intégrée visant à dépasser les catégories diagnostiques strictes afin de mieux refléter la complexité des troubles psychotiques.

Les personnes concernées, leurs proches et les associations de patients occupent une place centrale dans les travaux de la Commission. Leur participation contribuera à l’interprétation des données scientifiques et garantira que les recommandations soient socialement pertinentes, réalisables et porteuses d’impact.

La Commission entend également lutter contre la stigmatisation, les discriminations, l’exclusion sociale et les inégalités d’accès aux soins, avec une attention particulière portée aux territoires où les services de santé mentale demeurent limités ou insuffisamment financés.

Les Core Experts qui composent cette Commission

Le rapport final de la Commission dressera un état des lieux des avancées scientifiques et cliniques majeures dans le champ de la schizophrénie, tout en mettant en lumière les zones d’ombre qui subsistent et les priorités qui devront guider la recherche et les pratiques cliniques au cours de la prochaine décennie.

Les travaux de la Commission seront structurés autour de neuf grands chapitres portant notamment sur la validité des diagnostics, les trajectoires et stades évolutifs de la maladie, l’épidémiologie et les facteurs de risque, les mécanismes biologiques et biomarqueurs, les comorbidités psychiatriques et somatiques, la stigmatisation et les réponses sociétales, les traitements, les recommandations cliniques et de santé publique, ainsi que les priorités de recherche pour les années à venir.

Afin de garantir une couverture exhaustive de ces thématiques, plusieurs experts internationaux ont été nommés responsables scientifiques et rédactionnels et coordonnent chacun un groupe d’experts sur la thématique dont ils sont responsables :

Peter Falkai (Allemagne) : Professeur et directeur du département de psychiatrie et psychothérapie de l’Université Ludwig-Maximilian de Munich, porte-parole des Centres allemands pour la santé mentale (DZPG)

Alison Yung (Australie) : Médecin, NHMRC Research Leadership Fellow et professeure de psychiatrie à l’Institute for Mental and Physical Health and Clinical Translation (IMPACT), Deakin University

Maxime Taquet (Royaume-Uni) : MSc BM BCh MRCPsych PhD, professeur associé à l’Université d’Oxford

Rob McCutcheon (Royaume-Uni) : MRCPsych, PhD, professeur associé et psychiatre consultant à l’Université d’Oxford

Dan Siskind (Australie) : MBBS, MPH, PhD, FRANZC, psychiatre clinicien universitaire au Metro South Addiction and Mental Health Service et professeur de psychiatrie à l’Université du Queensland

Nicola Reavley (Australie) : Principal Research Fellow à la Melbourne School of Population and Global Health

Mark Weiser (Israël) : division de psychiatrie du Sheba Medical Center et professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv

Andreas Meyer-Lindenberg (Allemagne) : professeur et directeur du département de psychiatrie et psychothérapie de l’Université de Heidelberg, CEO et directeur médical du Central Institute of Mental Health de Mannheim

En réunissant des experts internationaux, une approche interdisciplinaire et l’expertise des personnes concernées, la Commission entend faire évoluer la compréhension, le diagnostic et la prise en charge des troubles psychotiques à l’échelle mondiale, tout en contribuant à lutter contre la stigmatisation, les discriminations et l’exclusion sociale.

*Announcing the Lancet Commission on schizophrenia and psychotic disorders - The Lancet
Communique de presse, Fondation Fondamental, Fondation Sisley-d’Ornano, 24 mais 2026

Schizophrénie et troubles psychotiques : lancement d'une commission internationale d'experts - Santé Mentale

01 juin 2026

[Livre] : Et c’est moi qu’on enferme

Philippa Motte, Editions Stock, parution le 07/05/2025

RÉSUMÉ

"Ici, soigner c’est prescrire. La confiance n’est pas un enjeu fondamental. La confiance est entre les mains des murs, des portes closes, des mots savants, des piqûres et des sangles qu’ils utiliseront pour me maîtriser si je me risque à exprimer le fond de ma pensée."
À trente et un ans, Philippa Motte est internée sous contrainte dans un service psychiatrique. C’est la troisième fois. Elle y reste plusieurs mois, assommée de médicaments et confrontée à la brutalité de certaines pratiques de soin. Pour tenir, elle s’allie aux autres patients et fait certaines des plus belles rencontres de sa vie. Longtemps blessée par le regard d’une société qui marginalise ceux qui souffrent psychiquement, c’est finalement dans la lutte pour préserver son identité que Philippa trouve son humanité profonde. Un récit puissant qui donne à ressentir les violences psychiatriques, et qui rend leur dignité à celles et ceux qui les subissent.

« La douleur psychique fait mal dans le corps » : Philippa Motte voit le sport comme d'un outil face à la bipolarité

30 mai 2026

L’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris à nouveau mise en cause par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté

Les personnes en soins sans consentement, amenées dans cette structure pour une évaluation psychiatrique, sont accueillies dans des conditions "indignes" avec une mise à l’isolement systématique jugée illégale, selon l’autorité administrative indépendante.

2011, 2019, 2026. Chaque décennie ou presque, l’institution publique chargée de veiller au respect des droits des personnes privées de liberté revient à la charge avec, dans son viseur, une structure parisienne bien particulière : l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris, dont elle conteste, au-delà de son fonctionnement, le statut juridique.
C’est de nouveau le cas dans les «recommandations en urgence» publiées au Journal officiel, vendredi 24 avril, par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, qui exhorte à faire entrer cette infirmerie dans le «dispositif hospitalier de droit commun».

Située dans le 14e arrondissement parisien, cette structure, qui existe depuis 1872, présente la spécificité, pour un établissement aux missions sanitaires (évaluation psychiatrique, soins, orientation), d’être placée sous la tutelle de la Préfecture de police, et donc du ministère de l’intérieur.
Elle reçoit des personnes en soins sans consentement, amenées par les services de police, le plus souvent dans un contexte de garde à vue ou en raison d’un trouble avéré à l’ordre public, pour évaluer la nécessité d’une hospitalisation en psychiatrie.

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