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02 juillet 2026

L’injonction d’examen psychiatrique adoptée par le Parlement

Le Parlement a définitivement validé la proposition de loi instaurant une injonction d’examen psychiatrique. Cette mesure, activable directement par le préfet, vise les individus suspectés de préparer des projets d’attentat, en dépit des multiples mises en garde venues du monde hospitalier.

Porté par le député Charles Rodwell (Ensemble pour la République, Yvelines), ce texte très débattu ambitionne de renforcer la sécurité nationale, le recours à la rétention administrative ainsi que la prévention des menaces terroristes. Après l’obtention d’un accord de compromis en commission mixte paritaire, le projet de loi a passé sa dernière étape législative avec le vote du Sénat le 15 juin, puis à l’Assemblée nationale le 16 juin. L’article premier de cette loi introduit donc un nouveau dispositif d’examen psychiatrique ordonné par l’autorité préfectorale. Une évolution législative fermement contestée par de nombreux professionnels de la santé et parlementaires de gauche, qui la qualifient de risquée, scientifiquement injustifiée et impossible à mettre en œuvre sur le terrain.

Dans sa version finale, la loi précise qu’aux « seules fins de prévenir la commission d’actes de terrorisme, en même temps que de permettre la protection de la santé », le représentant de l’État peut « faire obligation à une personne […] de se soumettre à un examen psychiatrique dans un délai qu’il fixe et qui ne peut être inférieur à quinze jours, sauf urgence dûment justifiée ». Pour activer cette mesure, les autorités doivent disposer de « raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace grave pour l’ordre et la sécurité publics« , un constat fondé sur « son adhésion à des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme et d’agissements susceptibles d’être en tout ou partie liés à des troubles mentaux, identifiés par l’avis d’un psychiatre sur le fondement de l’ensemble des éléments à sa disposition« .

Un texte décrié

L’article 1er du texte a donné lieu à de nombreux débats. La Sénatrice du Nord (Hauts-de-France) Mme Michelle Gréaume a souligné lors de la séance du 20 mai au Sénat que le projet de loi reposait « sur un postulat scientifiquement contesté : ce texte entretient un amalgame dangereux entre radicalisation et troubles psychiatriques, alors que les travaux existants disent exactement l’inverse. La Fédération française de psychiatrie rappelait déjà, dans un rapport de référence publié il y a cinq ans, qu’il existe une confusion persistante entre actes terroristes criminels et crimes psychotiques. Elle soulignait également que les caractéristiques psychiatriques de personnes surveillées pour radicalisation ne correspondent pas à celles des auteurs d’actes terroristes« , insistant sur des « chiffres internationaux » qui « montrent que seule une minorité très réduite des personnes condamnées pour terrorisme présente des troubles psychiatriques sévères : de l’ordre de 4 % à 5 %. Les recherches démontrent surtout que les processus de radicalisation sont davantage liés à des facteurs sociaux qu’à des pathologies mentales. Autrement dit, votre dispositif ne repose sur aucun travail scientifique, si bien que les psychiatres eux-mêmes le contestent massivement. Il risque d’être contre-productif dans la prévention réelle du terrorisme« , a-t-elle conclu.

Selon la sénatrice : « ce texte est arbitraire, car un dispositif d’hospitalisation sans consentement existe déjà lorsqu’une personne présente un danger pour elle-même ou pour autrui en raison de troubles psychiatriques. Un tel mécanisme est encadré par une garantie : un certificat médical établissant un péril imminent , a-t-elle dénoncé, estimant qu’avec cet article, « on quitte le terrain du soin ».

L’injonction d’examen psychiatrique adoptée par le Parlement - Santé Mentale

01 juillet 2026

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

Jamais la santé mentale n'a autant occupé l'espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée.

« Les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques en Europe. » « Les jeunes vont de plus en plus mal. » « Une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l'année écoulée. » Dans les médias, ces titres alarmistes deviennent familiers et interrogent : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?
Spoiler alert : ces solitudes et ces douleurs n'ont pourtant rien de nouveau. Seule la manière dont nous les racontons a changé. Ainsi, lorsque Nicolas Demorand révèle, en 2025, qu'il vit avec un trouble bipolaire, beaucoup saluent son courage. D'autres lui écrivent pour le remercier. Pas seulement parce qu'ils se reconnaissent dans sa maladie, mais parce qu'ils retrouvent dans son récit quelque chose qui nous concerne tous. Cette fatigue de devoir toujours aller bien. Cette difficulté à montrer ses fragilités. Une parole qui se libère et qui constitue une avancée incontestable. Mais elle soulève aussi une question plus troublante. Assistons-nous réellement à une aggravation sans précédent des troubles psychiques ? Ou avons-nous appris à regarder autrement nos fragilités ?

Ce qui ne se disait pas

Par le passé, les dépressions se vivaient souvent à voix basse, parfois dans la honte. Les troubles bipolaires inspiraient - et inspirent encore - de nombreux préjugés. La schizophrénie, elle aussi, est longtemps restée méconnue et stigmatisée. Au bout du fil, Mickaël Worms-Ehrminger commence par saluer cette parole enfin libérée. Une conviction qui irrigue également son récent ouvrage Communiquer en santé mentale. Repères pour de nouvelles stratégies et pratiques (Presses de l'EHESP, janvier 2026). Pour ce docteur en santé publique et recherche clinique, cette visibilité nouvelle ne signifie pourtant pas que la souffrance était moindre autrefois.
« Je ne crois pas que les gens aillent massivement plus mal qu'avant, observe-t-il. En revanche, nous parlons beaucoup plus de santé mentale et nous avons tendance à interpréter sous ce prisme des expériences qui appartiennent pourtant à la vie elle-même. Un deuil, une séparation, une période de précarité ou simplement des moments de doute peuvent provoquer des symptômes anxieux ou dépressifs sans qu'il y ait nécessairement une maladie psychiatrique. » « Au fond, ajoute-t-il, le fait que nous en parlions davantage ne signifie pas forcément que nous souffrons davantage. »

Des chiffres qui racontent plusieurs histoires

Les données disponibles dessinent un paysage plus nuancé qu'il n'y paraît. Selon Santé publique France, près d'un adulte sur six a connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Chez les adolescents et les jeunes adultes, plusieurs indicateurs se sont dégradés depuis la pandémie. Les passages aux urgences pour gestes suicidaires ont notamment augmenté chez les adolescentes. « Des chiffres qu'il convient toutefois d'interpréter avec prudence, les études incluant également certains gestes d'automutilation ou de scarification qui ne traduisent pas toujours une volonté de mourir », précise Mickaël Worms-Ehrminger, sans toutefois minimiser la souffrance réelle de ces jeunes. Les chiffres ne racontent pas tous la même histoire. Ainsi, dans son enquête EnCLASS publiée le 2 juin 2026, Santé publique France rapporte que huit collégiens sur dix et plus de sept lycéens sur dix ont une perception positive de leur vie actuelle. Quant au taux de suicide, il demeure élevé mais a globalement diminué depuis les années 1980. « L'économie de l'attention exige des titres alarmistes afin de provoquer plus d'engagement, de clics et de partages », analyse le chercheur. Il invite ainsi à se méfier des lectures trop univoques. « Parce que dire qu'un jeune sur cinq va mal attirera toujours davantage l'attention que rappeler que quatre sur cinq vont bien, tempère-t-il. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'existe pas de souffrance, mais nous devons nous garder d'une forme de catastrophisme permanent. »

Une époque qui supporte mal ses blessures

À l'occasion de la Grande cause nationale consacrée à la santé mentale 2025, reconduite en 2026, le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, rappelait sur son site qu'il fallait « déstigmatiser les maladies mentales, mais attention à ne pas en faire un simple effet de mode ni à banaliser les troubles psychiatriques ». Une nuance que partage Mickaël Worms-Ehrminger : « À force de vouloir éliminer toute forme de mal-être, on risque de faire croire qu'il serait anormal d'aller mal. Or la tristesse, la peur ou le découragement font partie de la condition humaine. Le problème n'est pas de souffrir. Le problème, c'est quand cette souffrance devient envahissante et empêche de vivre. »

Quelle différence entre émotion et maladie ?

Dans une revue publiée en mars 2026 dans Nature Reviews Psychology, la psychologue britannique Lucy Foulkes s'est intéressée aux effets parfois inattendus des campagnes de sensibilisation à la santé mentale. Non parce qu'elles seraient inutiles. Au contraire. Mais parce qu'à force de scruter nos émotions, nous finissons parfois par les interpréter autrement. Mickaël Worms-Ehrminger aime d'ailleurs rappeler que « cent pour cent de la population mondiale présente des symptômes anxieux ». « L'anxiété est une émotion normale, insiste-t-il. Ce qui importe, c'est de savoir quand elle devient si envahissante qu'elle altère réellement le quotidien. » Toute la difficulté consiste alors à distinguer la souffrance inhérente à la vie de celle qui devient maladie.

Quand les réponses se trouvent sur les réseaux sociaux

À 41 ans, Hélène découvre un soir une vidéo TikTok intitulée « Dix signes que vous êtes probablement TDAH sans le savoir. » Elle se reconnaît immédiatement. « J'avais l'impression qu'on m'expliquait enfin toute ma vie », raconte-t-elle. Le diagnostic posé quelques semaines plus tard ne confirmera pourtant aucun trouble du déficit de l'attention. Une expérience qui illustre combien l'autodiagnostic, à l'ère des réseaux sociaux, peut parfois brouiller la frontière entre les difficultés de la vie, des émotions universelles, et la maladie (Santé mentale : gare à l'autodiagnostic sur les réseaux). Pour le chercheur, ces situations sont de plus en plus fréquentes. « Les listes de symptômes sont parfois tellement générales que chacun peut s'y reconnaître, déplore Mickaël Worms-Ehrminger.
C'est un peu comme les horoscopes. Nous avons tous besoin de donner du sens à nos difficultés, mais toutes les particularités humaines ne relèvent pas d'une pathologie. » C'est ce qu'on appelle communément un biais de confirmation, soit la tendance à filtrer, à sélectionner les informations qui vont dans le sens de ce que nous croyons.
Le phénomène n'est pas sans risque. Certains influenceurs « en santé mentale » ou pseudo-thérapeutes prospèrent sur ces fragilités et promettent des réponses simples à des souffrances complexes, sans garde-fous médicaux. Des dérives sectaires peuvent également s'engouffrer dans cette quête de sens, en proposant des méthodes miracles ou des communautés d'appartenance particulièrement séduisantes pour des personnes en quête de réponses.

Derrière les mots, le handicap psychique

Parler davantage de santé mentale ne doit pas faire oublier ceux pour qui la souffrance psychique est devenue une maladie et parfois un véritable handicap invisible. Mickaël Worms-Ehrminger tient d'ailleurs à recentrer le débat sur ces situations souvent les plus lourdes. « Ceux qui souffrent le plus aujourd'hui sont souvent ceux qui allaient déjà mal avant. »
C'est là, selon lui, que se situe la véritable urgence. À mesure que la santé mentale est devenue un sujet de société, un paradoxe est apparu. Les discours sur le bien-être psychologique se sont multipliés, mais la réalité du handicap psychique reste largement méconnue. Schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions sévères ou certains troubles anxieux peuvent pourtant avoir des conséquences très concrètes sur l'emploi, le logement, les relations sociales ou l'accès aux soins. Derrière les mots de la santé mentale, les maux les plus lourds demeurent souvent les moins visibles. Et derrière eux, des hommes et des femmes dont le quotidien est profondément bouleversé par une maladie que rien ne distingue au premier regard.

Redonner du pouvoir d'agir

À écouter certains débats, on finirait presque par croire que la souffrance psychique se résume à une affaire de neurotransmetteurs. Mickaël Worms-Ehrminger n'en est pas convaincu. « Nous avons peut-être oublié quelque chose d'essentiel, le temps de parole et l'alliance thérapeutique. Si moins de la moitié des patients répondent aux antidépresseurs, c'est bien que tout ne se joue pas dans la chimie du cerveau. » Depuis plusieurs années, la psychiatrie du rétablissement et la réhabilitation psychosociale remettent justement la personne au centre, en complément d'une médication si besoin et bien évidemment en accord et en discussion avec son médecin ou psychiatre. L'objectif n'est plus seulement de faire disparaître des symptômes. Il s'agit aussi de retrouver un logement, un travail, des relations, des projets, parfois simplement le goût du lendemain. Autrement dit, chacun peut peu à peu reprendre du pouvoir sur sa vie et retrouver sa place dans sa propre histoire.

Une autre idée du soin

Les êtres humains se révèlent rarement dans les questionnaires. Plus rarement encore dans les diagnostics notamment « sauvages ». Ils se découvrent dans leurs fragilités, leurs blessures, leurs élans et ces nuits qu'ils parviennent, un jour, à traverser. Au fond, le véritable enjeu de la santé mentale n'est peut-être pas de construire des vies sans ombre. Il est de faire en sorte que ceux qui traversent la nuit n'aient plus à le faire seuls. Peut-être est-ce là, finalement, la plus belle définition du soin.

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

30 juin 2026

Santé mentale : l’IA, une chance ou un danger ?

L’intelligence artificielle peut s’avérer un outil performant pour les professionnels de la santé mentale, mais elle est aussi susceptible de compromettre la santé mentale des jeunes. Les psychiatres appellent donc à mettre en place des garde-fous. Clara Chappaz, Allison Fine Mishkin et Raphaël Gaillard se sont attaqué à cette problématique lors d’une conférence organisée le 9 juin à l’occasion du congrès international d’addictologie Albatros 2026.

Comme il a été rappelé en introduction à la conférence, l’enquête européenne « IA conversationnelle et santé mentale des jeunes » de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) indique que 86 % des jeunes Français utilisent une IA conversationnelle et que 48 % l’utilisent pour parler de sujets personnels ou intimes. Constatant que l’IA occupe désormais « une place centrale dans la vie de tous, y compris celle des plus jeunes », Clara Chappaz, ambassadrice du numérique et de l’intelligence artificielle pour la France, pense qu’elle doit désormais être traitée comme une question pleinement politique. « Les technologies ne sont plus seulement des sujets techniques, elles sont devenues des sujets profondément politiques », a-t-elle notamment déclaré. À cette fin, la France, explique-t-elle, cherche à faire entendre sa voix dans les instances internationales, du G7 à l’OCDE en passant par l’ONU, afin de poser des principes communs. Il s’agit de ne pas se faire déborder par des effets nocifs de l’IA, et de ne pas réagir trop tardivement, comme ce fut le cas par exemple pour les réseaux sociaux.

Détecter les signaux faibles

Une fois encadrée, l’IA reste un outil performant, y compris pour les professionnels de la santé mentale, a abondé le Dr Raphaël Gaillard, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. La psychiatrie, serait, pour l’IA, « un terrain d’application privilégié. Car le diagnostic repose souvent sur l’agrégation de signaux faibles, captés parfois dès les premières secondes d’une consultation. Regrouper des signaux faibles, l’IA sait très bien le faire », résume-t-il. À ses yeux, cette capacité pourrait contribuer demain à rendre le diagnostic psychiatrique plus objectif, en complément des critères cliniques existants. Toutefois, a-t-il ajouté, rejoignant les préoccupations de Clara Chappaz, il est indispensable de prévoir des « garde-fous » afin que les chatbots puissent alerter ou orienter vers un professionnel lorsqu’une situation l’exige. L’IA pourrait ainsi devenir un outil d’appui au diagnostic et au suivi des maladies psychiatriques chroniques, sans se substituer au soin humain.

Définir les comportements attendus

Allison Fine Mishkin, responsable du développement de l’enfant chez OpenAI, a rejoint les préoccupations de Clara Chappaz et Raphaël Gaillard, en ce qui concerne l’encadrement de l’IA. Ainsi, a-t-elle développé, OpenAI n’autorise pas l’usage de ses produits aux moins de 13 ans. Mais cette règle est souvent transgressée. Selon certaines recherches aux États-Unis, cite-t-elle, environ la moitié des filles de moins de 13 ans se tournent déjà vers des chatbots lorsqu’elles se sentent tristes ou anxieuses.

« Il faut aussi se demander ce qui se passe dans la vie de ces jeunes lorsqu’elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour se tourner vers un parent, un ami ou un autre adulte de confiance », a-t-elle souligné. Face à cet état de fait, OpenAI s’entoure d’une armada de médecins, psychiatres, psychologues, cliniciens et spécialistes du développement de l’enfant, pour examiner les réponses des IA aux questionnements enfantins, et définir les comportements attendus, notamment face aux questions de santé mentale. « Il ne suffit pas de dire qu’un outil est sûr et de le mettre entre les mains des jeunes », a insisté Allison Fine Mishkin. Il faut aussi définir les effets positifs que l’on cherche à produire.

Attachement émotionnel rare

Allison Fine Mishkin a également présenté des travaux menés par OpenAI, notamment l’analyse de 40 millions d’interactions avec ChatGPT et un essai contrôlé randomisé. Quatre résultats ressortent : l’attachement émotionnel aux chatbots semble rare ; les conversations très affectives restent minoritaires même chez les utilisateurs intensifs ; la modalité d’usage, voix ou texte, influence les comportements ; enfin, les personnes qui demandent des conseils personnels ne sont pas forcément les plus dépendantes émotionnellement au modèle.

Ces conclusions ne conduisent pas OpenAI à minimiser les risques, mais à défendre une démarche de recherche continue. « Il est essentiel de collaborer avec la communauté académique et de nous imposer des standards élevés de validation et de mise en œuvre », a déclaré Allison Fine Mishkin, en soulignant aussi l’importance des usages éducatifs, très présents chez les jeunes.

Raphaël Gaillard a, pour sa part, rappelé que les IA comportent néanmoins une part sombre, inexplorée. Il s’interroge sur la puissance relationnelle de ces outils, capables d’offrir une écoute permanente, sans jugement apparent, et entièrement centrée sur l’utilisateur. Certains patients, dit-il, confient désormais davantage de choses à une IA qu’à leur thérapeute. Le psychiatre rapporte avoir lu jusqu’à 140 pages d’échanges entre un patient et une IA, frappé par « le niveau d’intimité » produit par cette relation.

Intolérance aux relations humaines ?

Son inquiétude dépasse la seule dépendance : si l’IA devient plus disponible, plus fluide et moins frustrante que les relations humaines, elle pourrait réduire la tolérance aux désaccords, aux lenteurs et aux frictions ordinaires de la vie sociale. « Face à une interaction aussi puissante, disponible en continu, ne risque-t-on pas de perdre la patience nécessaire aux relations humaines ? », a-t-il demandé. Pour lui, l’IA pourrait devenir un outil de « désensibilisation » aux relations réelles si elle dispense l’utilisateur de composer avec une volonté autre que la sienne.

Flagornerie

La question de la « flagornerie » des chatbots – leur tendance à aller dans le sens de l’utilisateur – concentre aussi les inquiétudes. Clara Chappaz y voit un enjeu particulier pour les adolescents, qui ont besoin de confrontation et de limites pour se construire. « Nous n’avons pas encore de certitude sur les effets sycophantes, mais nous savons que les signaux que nous percevons doivent être pris très au sérieux dès aujourd’hui », a-t-elle averti.

Finalement, un consensus se dessine : l’IA ne doit être ni rejetée ni adoptée sans réserve. Elle peut ouvrir des perspectives majeures pour la psychiatrie, l’éducation et l’accès au savoir, mais seulement si ses effets sur les personnes vulnérables sont étudiés et encadrés. « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore quinze ans », a résumé Clara Chappaz, en référence au retard pris face aux effets des réseaux sociaux.

Santé mentale et IA : chance ou danger ?

29 juin 2026

Dépression, bipolarité, schizophrénie… La santé mentale, nouvel eldorado des laboratoires pharmaceutiques

Si les traitements contre le cancer se perfectionnent à une vitesse époustouflante, c’était loin d’être le cas, ces dernières années, de ceux destinés à soigner les troubles mentaux. Et les malades atteints de schizophrénie, de bipolarité ou de dépression en étaient encore réduits à se contenter de traitements mis au point il y a trente ans, voire soixante ans pour certaines molécules.

Des médicaments qui marchent globalement bien… « pour 60 % à 70 % des patients. Mais les 30 % restants n’y répondent pas bien et c’est un problème majeur, explique Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie à l’université de Clermont Auvergne et membre de la fondation FondaMental. En psychiatrie, nous traitons des troubles dont nous ne connaissons souvent pas la cause précise. Certaines personnes souffrant de dépression ressentent, par exemple, beaucoup d’anxiété, d’autres sont ralenties, d’autres encore n’éprouvent plus aucun plaisir. On peut penser que les mécanismes sous-jacents sont différents. Pourtant, nous disposons des mêmes médicaments pour tous. »

Si la pharmacopée des psychiatres s’est si peu étoffée ces dernières décennies, c’est que les laboratoires se sont longtemps tenus relativement éloignés de ce champ de recherche, qu’ils considéraient comme trop risqué. Le taux de succès, s’agissant du développement d’un nouveau médicament, y est en effet « de l’ordre d’un sur dix, contre un sur six s’agissant des autres indications, souligne Bartlomiej Szabat-Iriaka, gérant santé chez Exane AM. Les principales raisons de cet écart sont simples : les patients sont très hétérogènes, les essais sur les animaux prédisent moins bien la réponse humaine, et l’efficacité est plus difficile à mesurer objectivement que dans des maladies guidées par des biomarqueurs. »

Regain d’intérêt avec de récentes découvertes scientifiques

Ces écueils n’ont pas disparu, mais les laboratoires sont de retour dans le champ de la psychiatrie. De récentes découvertes scientifiques ont suscité de leur part un regain d’intérêt pour les maladies mentales, qui touchent 20 % des Américains et des Européens.

En témoigne le rachat, en 2023, de la biotech Karuna Therapeutics par l’américain BMS, pour 14 milliards de dollars. Si le laboratoire américain a payé si cher cette société, c’est qu’elle disposait dans sa besace d’un candidat médicament, le KarXT, dont le mécanisme d’action rompt avec celui des antipsychotiques utilisés depuis trente ans. Au lieu de bloquer les récepteurs de la dopamine, ce qui occasionne des effets secondaires importants (troubles moteurs, cognitifs, prise de poids, effet sédatif…), le KarXT stimule un autre type de récepteurs (qu’on appelle les récepteurs muscariniques). À la clé : une efficacité plus grande sur les symptômes de la schizophrénie et moins d’effets secondaires. BMS ambitionne désormais d’étendre l’indication de ce médicament aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer et souffrant à ce titre de symptômes psychotiques. Commercialisé sous le nom de Cobenfy, il n’est cependant pas encore disponible en Europe.

« Cette avancée illustre bien comment des traitements novateurs peuvent enfin voir le jour après des années de stagnation en matière d’innovation et d’échecs dans les essais cliniques dans le domaine de la santé mentale, note le cabinet Ixia dans une étude récente. Encouragés par ces résultats, biotechs et laboratoires pharmaceutiques se lancent à nouveau dans la R&D en santé mentale. »

Près de 200 molécules en développement

Plusieurs concurrents de BMS se sont engouffrés dans la brèche. En janvier 2025, Johnson & Johnson a acquis Intra-Cellular Therapies, un spécialiste des maladies des maladies mentales, pour près de 15 milliards de dollars. Intra-Cellular disposait notamment d’un médicament tout juste commercialisé et indiqué dans le traitement de la schizophrénie et de la bipolarité, le Caplyta. Depuis cette acquisition, le laboratoire américain a obtenu l’autorisation d’étendre son indication dans le traitement de la dépression sévère. L’année dernière, le Caplyta rapporté 700 millions de dollars à Johnson & Johnson.

Biogen espère encore racheter Sage Therapeutics, qui a développé un traitement contre la dépression post-partum, tandis qu’AbbVie a acquis Cerevel Therapeutics pour près de 9 milliards de dollars. Un échec dans ce dernier cas puisque la molécule développée par cette biotech a finalement échoué en phase 2. AbbVie n’en a pas moins persévéré dans le traitement des maladies mentales, et acquis en août dernier un candidat médicament contre la dépression, développé par la start-up Gilgamesh, qui présente la particularité d’être un psychédélique - une classe de médicaments qui suscite l’intérêt grandissant des laboratoires.

Enrichir la panoplie du psychiatre

L’ampleur des recherches dans le domaine des maladies mentales est encore faible comparé aux travaux menés en cancérologie. Près de 200 molécules sont néanmoins actuellement en développement, selon la société Iqvia. 20 % d’entre elles visent le traitement de la dépression, 13 % la schizophrénie et 10 % les troubles du sommeil.

« Ces nouveaux médicaments sont intéressants en ce qu’ils enrichissent la panoplie du psychiatre, estime Pierre-Michel Llorca. Nous revendiquons de disposer du plus grand nombre de molécules possible parce que, aujourd’hui, nous ne savons pas prédire laquelle fonctionnera le mieux sur tel ou tel patient. Il nous faut pouvoir les tester, de façon empirique, en attendant de pouvoir catégoriser précisément les patients comme c’est le cas en oncologie, et pratiquer une psychiatrie de précision. » Le praticien regrette dès lors que ces médicaments ne soient pour l’instant disponibles qu’aux États-Unis, pour ceux qui sont déjà sur le marché.

Dépression, bipolarité, schizophrénie… La santé mentale, nouvel eldorado des laboratoires pharmaceutiques

26 juin 2026

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

Jamais la santé mentale n'a autant occupé l'espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée. Décryptage.

« Les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques en Europe. » « Les jeunes vont de plus en plus mal. » « Une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l'année écoulée. » Dans les médias, ces titres alarmistes deviennent familiers et interrogent : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?

Spoiler alert : ces solitudes et ces douleurs n'ont pourtant rien de nouveau. Seule la manière dont nous les racontons a changé. Ainsi, lorsque Nicolas Demorand révèle, en 2025, qu'il vit avec un trouble bipolaire, beaucoup saluent son courage. D'autres lui écrivent pour le remercier. Pas seulement parce qu'ils se reconnaissent dans sa maladie, mais parce qu'ils retrouvent dans son récit quelque chose qui nous concerne tous. Cette fatigue de devoir toujours aller bien. Cette difficulté à montrer ses fragilités. Une parole qui se libère et qui constitue une avancée incontestable. Mais elle soulève aussi une question plus troublante. Assistons-nous réellement à une aggravation sans précédent des troubles psychiques ? Ou avons-nous appris à regarder autrement nos fragilités ?

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https://informations.handicap.fr/a-sante-mentale-va-t-on-vraiment-plus-mal-qu-avant-39339.php

24 juin 2026

Autisme, TDAH, schizophrénie... Le paradoxe des troubles cognitifs et mentaux héritables ?

Chronique par Franck Ramus

Si ces troubles engendrent des perturbations importantes sur la vie, pourquoi n'ont-ils pas été écartés par la sélection naturelle ?

Il est maintenant bien établi que la plupart des troubles neurodéveloppementaux - déficience intellectuelle, autisme, TDAH - et psychiatriques - schizophrénie, trouble bipolaire, etc. - ont une forte composante génétique. On sait aussi que ces troubles engendrent des perturbations importantes tout au long de la vie, des altérations des relations sociales et affectives et une diminution de la fécondité, car les personnes affectées ont, en moyenne, moins de descendants que les autres.

On devrait donc s’attendre à ce que les variants génétiques qui augmentent le risque de ces troubles fassent l’objet d’une sélection naturelle négative, c’est-à-dire qu'ils soient éliminés au fil des générations, puisqu'ils ne sont renouvelés que par de rares mutations. Ces troubles devraient donc être tout aussi rares. Or, leur prévalence se situe à au moins 1 % de la population.

Des troubles mieux considérés dans le passé ?

Pour résoudre ce paradoxe, certains chercheurs ont postulé que ces troubles n’avaient pas les mêmes effets délétères dans notre passé lointain et qu'ils étaient sans doute mieux tolérés et moins stigmatisés qu’aujourd’hui, ou qu’ils s’accompagnaient de qualités valorisées.

Par exemple, les personnes schizophrènes ayant des hallucinations étaient peut-être perçues comme communiquant avec les esprits, acquérant ainsi prestige et fonction sociale. Les personnes bipolaires étaient peut-être plus créatives que la moyenne et les personnes autistes se rendaient peut-être utiles grâce à des talents particuliers au sein de leurs intérêts restreints. Ainsi, ces troubles auraient offert des avantages adaptatifs qui contrebalançaient voire surpassaient leurs inconvénients. Et les variants génétiques y prédisposant auraient ainsi pu se maintenir dans notre génome, voire faire l’objet d’une sélection positive.

Une nouvelle étude fascinante*

Ces hypothèses ont longtemps été inaccessibles à l’investigation scientifique. Une nouvelle étude sur l’évolution récente du génome humain apporte enfin des éléments de réponse. Elle s’appuie sur deux grandes avancées scientifiques. La première est le développement des études génomiques révélant les prédispositions génétiques pour de nombreux traits et maladies, y compris pour des traits complexes comme les troubles psychiatriques.

La deuxième est le développement de techniques permettant de reconstituer et analyser l’ADN ancien, issu de restes humains âgés de centaines, de milliers et même de centaines de milliers d’années. Ensemble, ces avancées permettent d’évaluer les prédispositions génétiques chez nos lointains ancêtres et de déterminer si elles ont augmenté, diminué, ou sont restées stables.

Les résultats de cette étude fascinante montrent d’abord que, loin de la fable d’une espèce humaine libérée de l’évolution génétique depuis l’avènement de la culture, celle-ci n’a jamais cessé d’évoluer, son génome se modifiant sans discontinuer jusqu’à ce jour. Ils montrent aussi qu’au cours des 10 000 dernières années, les prédispositions génétiques pour l’intelligence générale ont fait l’objet d’une sélection positive, c'est-à-dire que leur fréquence a augmenté, alors que celles pour la schizophrénie, le trouble bipolaire ou encore le TDAH, ont fait l’objet d’une sélection négative.

Cela suggère que ces troubles ont diminué la descendance des personnes concernées tout au long des derniers millénaires, remettant en cause l’hypothèse d’un avantage adaptatif. Seul le trouble du spectre de l’autisme, au moins dans ses formes les moins sévères, échappe à ce constat, les variants génétiques associés ne semblant pas avoir subi de changements significatifs.

Notre cerveau est particulièrement sensible aux mutations

Alors, comment expliquer le paradoxe de la prévalence relativement élevée de ces troubles ? La meilleure explication est que, bien que les variants génétiques concernés soient régulièrement éliminés, ils se renouvellent constamment par l’apparition de nouvelles mutations. Certes, les mutations individuelles sont très rares, ce qui fait que la plupart des maladies génétiques sévères restent très rares. Mais le cerveau est notre organe le plus complexe, il mobilise plus du tiers de notre génome pour son développement et son fonctionnement, soit environ 7 000 gènes. Une mutation dans n’importe lequel d’entre eux est susceptible de le faire dérailler et d’engendrer des troubles cognitifs ou psychiatriques.

Cela fait de notre cerveau, notre cognition et notre santé mentale des "cibles génomiques" tellement grandes que même des mutations rares sont susceptibles de les toucher régulièrement. Ainsi, quand bien même ils font l’objet d’une sélection génétique négative, les troubles n’en finissent pas de revenir à chaque génération et se maintiennent à une prévalence relativement élevée.

Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure (Paris)

* Ancient DNA reveals pervasive directional selection across West Eurasia Nature volume 654, pages419–428 (2026)

Autisme, TDAH, schizophrénie... Le paradoxe des troubles cognitifs et mentaux héritables, par Franck Ramus – L'Express

22 juin 2026

La difficile problématique du poids chez les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères

Chez les patients psychiatriques, le surpoids est fréquent et parfois iatrogène. Des outils numériques couplés au soutien de patients experts constituent une voie prometteuse pour perdre du poids.

La prévalence du surpoids et de l’obésité est plus importante chez les adultes souffrant de troubles mentaux sévères qu’en population générale. Les causes sont multifactorielles (hygiène de vie, effet métabolique des traitements, facteurs psychosociaux…), ce qui impose une approche globale et intégrée des soins. La surveillance pondérale constitue en particulier un élément important de la prise en charge, qui doit combiner une approche pluridisciplinaire associant aux psychiatres les médecins généralistes, les nutritionnistes et des programmes de prévention incluant de l’activité physique. Différents types d’intervention hygiéno-diététique ont été évalués à ce titre. Il s’agit le plus souvent d’interventions hebdomadaires sur 6 à 12 mois, qui reposent classiquement sur l’autosurveillance, la définition d’objectifs, une éducation nutritionnelle, et la promotion de l’activité physique. Les méta-analyses ont cependant montré un effet modeste, voire une absence d’effet, sur la perte de poids. La nécessité d’un engagement et d’une participation régulière constituent en effet des freins importants à ces interventions dans cette population.

De nouvelles approches pour favoriser la perte de poids

De nouvelles approches tentent de contourner ces obstacles, à l’instar du programme Coach-ToFit. Cet essai contrôlé randomisé a récemment évalué une intervention sur 6 mois chez des sujets atteints de schizophrénie, de troubles bipolaires ou de troubles dépressifs majeurs et obèses (IMC ≥ 30 kg/m²). Il montre qu'une intervention délivrée via une application sur téléphone, avec soutien à distance (appels téléphoniques hebdomadaires) par des patients experts formés et supervisés, permet d'obtenir une perte de poids plus importante par rapport au groupe contrôle (−3,2 vs −1,6 kg). Toutefois, après ajustement, cette différence n'atteint pas le seuil de significativité statistique (différence ajustée : −1,62 kg ; IC 95 % : −3,38 à 0,14 ; p = 0,07). Environ un tiers des patients du groupe intervention atteignent une perte de 5 % de leur poids corporel (36,6 % versus 22 % dans le groupe contrôle), sans différence significative après ajustement. En revanche, la perte d'au moins 7 % du poids corporel était significativement plus fréquente dans le groupe intervention (22,6 % versus 8,2 % ; p = 0,007), représentant une probabilité 3,9 fois plus élevée.

Une relation bidirectionnelle entre troubles mentaux et excès pondéral

Ces approches préventives sont d’autant plus importantes que l’excès de poids concerne une part importante des sujets souffrant de troubles psychiatriques sévères. Une méta-analyse basée sur 120 études dans 43 pays a montré que 25 % de ces sujets sont obèses et 60 % obèses ou en surpoids.

Inversement, les personnes obèses présentent un risque accru de troubles mentaux. Les addictions alimentaires sont notamment associées au surpoids et à l’obésité, surtout l’hyperphagie boulimique, qui touche entre 5 et 30 % des personnes obèses. La prévalence des pathologies psychiatriques augmente avec la sévérité de l’obésité. Les troubles dépressifs sont également plus fréquents chez les personnes obèses qu’en population générale, avec un risque de dépression augmenté de 55 % chez les personnes obèses et un risque d’obésité augmenté de 58 % chez les personnes dépressives. Les troubles bipolaires sont également plus fréquemment retrouvés chez les personnes obèses : un tiers des patients bipolaires souffrent d’hyperphagie boulimique. Il en va de même chez les schizophrènes : 58 % de patients obèses contre 27 % en population générale. Ce surrisque existe aussi chez les sujets atteints de trouble du déficit attentionnel avec ou sans hyperactivité (TDAH), la prévalence de l’obésité étant majorée de 70 % chez ces patients. Dans cette population psychiatrique, l’obésité est non seulement associée à une espérance de vie réduite de 15 à 25 ans, notamment du fait de pathologies cardiovasculaires, mais elle peut aussi affecter l’observance et aggraver les symptômes psychiatriques.

Ces traitements qui favorisent l’obésité

La prise de poids est un effet indésirable fréquent de nombreux psychotropes. Les antipsychotiques en particulier ont un effet obésogène : 15 à 72 % des patients traités sont concernés. La prise de poids peut être très importante, pouvant atteindre 30 à 40 kg, en particulier en début de traitement chez les sujets à indice de masse corporelle (IMC) bas, de sexe féminin et d’âge jeune.

Le risque de prise de poids est plus important avec l’olanzapine et la clozapine, moins important avec l’aripiprazole et l’amisulpride et intermédiaire pour la quétiapine et la rispéridone. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) recommande de rechercher les facteurs de risque et d’informer les patients avant initiation de traitement, puis de surveiller l’IMC au cours des premiers mois, de façon à pouvoir mettre en place rapidement des mesures hygiéno-diététiques et éventuellement un relai vers un antipsychotique moins obésogène. Cette dimension iatrogène du surpoids et de l’obésité est d’autant plus importante à prendre en compte que les patients schizophrènes ou atteints de troubles bipolaires ont une plus grande vulnérabilité : comportements plus sédentaires, alimentation déséquilibrée, tabagisme, accès plus limité aux soins, isolement social…

Cet article a d’abord été publié sur univadis.fr* qui, comme JIM, fait partie du réseau professionnel Medscape.

*La difficile problématique du poids chez les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères | Univadis

La difficile problématique du poids chez les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères

19 juin 2026

Baromètre des pratiques en santé mentale et en psychiatrie en France : quels constats ?

Le Baromètre OPRA (Observatoire des PRAtiques en santé mentale) 2026 présente des résultats issus d’un sondage national sur les pratiques en santé mentale, centré sur les pratiques clés en psychiatrie sur l’année 2025. Porté par l’Observatoire des pratiques en santé mentale (OPRA), il repose sur une démarche bénévole associant personnes concernées, proches, professionnel·le·s et chercheur·euses. 

Le rapport met en évidence des marges importantes de progression dans la lutte contre les pratiques stigmatisantes et dans la reconnaissance d’une véritable horizontalité dans les accompagnements. Il montre aussi que la qualité de vie au travail des équipes constitue un enjeu central, car elle influence directement la qualité des pratiques proposées aux personnes accompagnées.

18 juin 2026

Présidentielle 2027 : participez à la consultation de France Assos Santé

France Assos Santé lance une consultation auprès de son réseau dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.

Accès aux soins, suivi des personnes atteintes de maladies chroniques, qualité et sécurité des soins, prévention, protection sociale solidaire et universelle, soutenabilité du système, autant d’enjeux prioritaires sur lesquels France Assos Santé entend porter la voix des usagers.

 

L’objectif de la consultation : recueillir les attentes, propositions et témoignages des personnes concernées par les enjeux de santé afin de faire de la santé un sujet incontournable du débat public et de peser sur les politiques publiques à venir.

 

Votre avis compte ! En répondant à ce questionnaire, vous contribuerez directement à identifier les priorités que France Assos Santé pourra porter, au nom de ses associations membres, durant la campagne présidentielle.

 

Le questionnaire prend environ 20 minutes. Les réponses sont strictement anonymes et seront utilisées exclusivement pour nourrir le plaidoyer de France Assos Santé.

 

Lien vers le questionnaire : https://forms.office.com/e/gN29PiC1Jb

Date limite de réponse : 19 juin 2026

 

Merci par avance pour votre participation.