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01 septembre 2025

Les politiques de santé mentale doivent aller au-delà de l’offre de soins

Tribune

Le plan psychiatrie et santé mentale annoncé le 11 juin par le gouvernement manque d’une approche globale, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels de santé et de personnes concernées par un trouble psychique, qui plaide pour une stratégie interministérielle dotée de moyens pérennes.

Notre collectif Santé mentale grande cause nationale représente plus de 3 400 organisations mobilisées de longue date pour faire de la santé mentale une priorité politique. Face à l’urgence, nous prenons acte des récentes annonces du gouvernement, mais appelons à aller plus loin pour porter une vision ambitieuse, pluriannuelle et transversale.

Le plan santé mentale et psychiatrie, annoncé le 11 juin par le ministre chargé de la santé et de l’accès aux soins, Yannick Neuder, constitue un signal fort : repérage et intervention précoces, dès l’école ; investissements dans les centres médico-psychologiques ; soutien aux équipes mobiles ; ou encore suivi post-crise. Ce sont des réponses concrètes qui redonnent du souffle à une psychiatrie publique en grande tension.

Lire la suite sur le site du Monde (réservé aux abonnés).


Liste des premiers signataires : Sandrine Broutin, directrice générale de la Fondation Falret ; Aude Caria, directrice de l’organisme public Psycom ; Dominique Guillot, président de l’association Argos 2001 ; Marie-Odile Krebs, présidente du réseau Transition ; Pierrick Le Loeuff, délégué général du Collectif national des groupes d’entraide mutuelle (Cnigem) ; Denis Leguay, président de Santé mentale France ; Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale d’Alliance pour la santé mentale ; Clémence Monvoisin, présidente de l’Innovation citoyenne en santé mentale (ICSM) et du festival Facette ; Maéva Musso, présidente de l’Association des jeunes psychiatres et des jeunes addictologues (AJPJA) ; Déborah Sebbane, directrice du Centre collaborateur OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS). Liste complète à retrouver sur ce site.

26 avril 2025

Santé : des psychiatres s'inquiètent des pénuries de médicaments et redoutent un "abandon des malades mentaux"

Plusieurs psychiatres s'inquiètent des multiples pénuries de médicaments essentiels et mettent en garde sur un risque "d'abandon des malades mentaux". Ces problèmes d'approvisionnement s'ajoutent à la crise générale de la psychiatrie française, confrontée à un manque drastique de moyens.

Dans une tribune publiée mardi 15 avril dans Le Monde*, quatre psychiatres expriment leurs inquiétudes face aux multiples pénuries de médicaments essentiels dans leur discipline. Ils mettent en garde sur un risque "d'abandon des malades mentaux". Ces problèmes d'approvisionnement en psychotropes viennent s'ajouter à la crise générale de la psychiatrie française, confrontée à manque drastique de moyens, écrivent les auteurs de ce texte. Il s'agit de quatre psychiatres : deux, David Gourion et Marc Masson, exercent en libéral. Les deux autres, Philippe Fossati et Raphaël Gaillard, sont respectivement professeurs de psychiatrie à la Pitié-Salpêtrière et Sainte-Anne.

Ils rappellent des situations de pénuries récemment évoquées par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : entre autres, la quiétapine, très prescrite face aux troubles bipolaires et la schizophrénie, ou la sertraline, l'un des principaux antidépresseurs. "Chaque rupture de traitement est susceptible de provoquer des décompensations aiguës, des souffrances psychiques insupportables, et surcharge davantage des services psychiatriques déjà saturés", expliquent les auteurs, évoquant une réponse insuffisante des pouvoirs publics.

Appel à relocaliser la production de certains médicaments

"Abandonner les malades mentaux ne peut pas être un choix politique acceptable dans une société qui se veut solidaire et alors que la santé mentale a été déclarée grande cause nationale en 2025", insistent-ils, appelant notamment à relocaliser la production de certains médicaments. Cette tribune s'inscrit dans un contexte plus large de pénuries récurrentes de médicaments, dont les causes sont complexes et recouvrent à la fois la délocalisation de la production des principes actifs de traitements, et un système de fixation des prix parfois jugé insuffisamment rémunérateur par le secteur pharmaceutique.

À ce titre, les auteurs de la tribune regrettent l'absence de traitements "innovants" en France comme la cariprazine, utilisée dans d'autres pays contre la schizophrénie. La valeur ajoutée de ce médicament ne fait néanmoins pas consensus. La Haute autorité de santé (HAS) a reconnu qu'il était efficace, mais n'a pas conclu que les études existantes avéraient son intérêt par rapport aux traitements déjà disponibles en France.

*Pénurie de psychotropes : « Le temps presse face au risque d’abandon des malades mentaux »

Santé : des psychiatres s'inquiètent des pénuries de médicaments et redoutent un "abandon des malades mentaux" - ici

24 février 2024

[Tribune] : "Face à l'état délétère de la psychiatrie en France, il est urgent de généraliser l'accès aux soins"

Publiée le 13/02/2024

Dans un texte collectif, plus de 70 personnes, médecins, psychiatres ou politiques plaident pour l’accès aux Centres Experts FondaMental, dédiés au soin et à la recherche pour les maladies mentales.

Deux ans. C'est le délai moyen auquel doit se soumettre un patient pour obtenir un rendez-vous de bilan auprès des Centres Experts coordonnés par la fondation FondaMental. Dix ans après leur création, ces Centres sont littéralement victimes de leur succès. Conçus et déployés par la Fondation éponyme, ces Centres accompagnent les patients vivant avec une dépression, une schizophrénie, un trouble bipolaire ou un trouble du spectre de l'autisme. Une cinquantaine de Centres sont aujourd'hui répartis sur tout le territoire et ont permis de diagnostiquer et de suivre plus de 20 000 patients.

Ces Centres ont apporté la preuve de leur efficacité. Selon les études menées, 12 mois après un premier bilan effectué en Centre Expert, la santé de leurs patients s'améliore nettement : baisse de moitié des hospitalisations, progrès de l'observance des traitements et diminution de l'intensité des symptômes, amélioration de la prise en charge des autres maladies du patient. Le dispositif des Centres Experts est d'ailleurs envié et copié à l'international.

Comment expliquer une telle réussite ? Le modèle développé pour la prise en charge des maladies mentales au sein de ces Centres Experts est innovant car il permet d'offrir aux patients un bilan complet, de leur remettre des recommandations thérapeutiques personnalisées, de leur faire bénéficier des derniers progrès de la recherche. Les caractéristiques des patients qui y sont suivis alimentent une base de données anonymisée permettant aux chercheurs de mieux connaître les maladies mentales, d'identifier des sous-groupes de patients et les traitements qui leur sont les plus adaptés.

Les Centres Experts établissent ainsi un cercle vertueux qui permet de progresser vers une psychiatrie de précision et un accompagnement sur-mesure. C'est un tournant majeur pour la psychiatrie. Grâce aux progrès de la recherche, les maladies mentales sont désormais reconnues comme étant des maladies comme les autres que l'on diagnostique et soigne de mieux en mieux. Nous avons par exemple contribué à montrer que 40 % des maladies psychiatriques sont associées à une inflammation. Et qu'en soignant cette inflammation et ses conséquences, nous améliorons le pronostic des patients porteurs d'une maladie mentale, voire même les guérissons dans certains cas.

Les délais d'attente avant d'avoir un rendez-vous sur l'un des Centres Experts sont trop longs aujourd'hui et constituent une véritable perte de chances pour les patients.

Nous avons aussi montré la fréquente association de maladies somatiques (cardiovasculaires, syndrome métabolique…) avec les maladies mentales mettant en avant la nécessité de la réalisation de bilans complets, psychiatrique et somatique. Nous avons identifié des gènes pouvant expliquer l'origine de l'autisme ou de la schizophrénie. Cela nous permet, d'une part, de mieux diagnostiquer ces maladies, d’autre part de mettre en place des stratégies de prévention. Nous avons mis en lumière le lien étroit entre notre flore intestinale et notre cerveau. Ce qui nous permet de développer un nouveau programme de recherche pour tester l'efficacité d'une polymicrobiothérapie (association de probiotiques) dans la dépression, ou encore d'explorer les pistes d'une bonne alimentation pour la santé mentale. Enfin, les progrès de l'imagerie cérébrale nous ouvrent la possibilité d'affiner notre connaissance des différentes maladies mentales et de mieux cibler les thérapies utilisant la stimulation transcrânienne, notamment pour le traitement de certaines dépressions résistantes.

Signe du dynamisme de cette recherche en psychiatrie au sein des Centres Experts, plus de 300 publications scientifiques internationales s'appuyant sur leurs cohortes, qui comptent parmi les plus grandes dans le monde, ont été produites en l'espace de dix ans. Un dynamisme reconnu par les jurys internationaux et les pouvoirs publics qui ont sélectionné la psychiatrie pour être l'objet de trois projets ambitieux et d'une ampleur inédite pour accélérer encore l'innovation en psychiatrie : le PEPR ProPSY, le biocluster Brain & Mind, l'Institut Hospitalo-Universitaire InnovAND.

La crise sanitaire a provoqué une explosion des troubles anxieux et dépressifs (+ 30 %) et a mis au cœur de l'actualité le sujet central de la santé mentale. Les délais d'attente avant d'avoir un rendez-vous sur l'un des Centres Experts sont trop longs aujourd'hui et constituent une véritable perte de chances pour les patients. Alors qu'une personne sur trois connaîtra, au cours de sa vie, un épisode de maladie mentale, il est urgent de généraliser l'accès aux Centres Experts à tous les Français qui en ont besoin.


Marion Leboyer, Directrice Générale de la Fondation FondaMental

Anouck Amestoy, PUPH, Coordonnatrice du Centre de Ressources Autisme (CRA) Aquitaine, Centre Expert TSA SDI au Centre Hospitalier Charles Perrens (Bordeaux)

Jocelyne Antoine, Sénatrice de la Meuse

Bruno Aouizerate, Professeur de Psychiatrie Adultes au Pôle Universitaire de Psychiatrie du Centre Hospitalier Charles Perrens (Bordeaux)

...etc...

13 février 2024

[Tribune] : Lettre de la présidente de l'UNAFAM

"Les Héros de leur Vie"

Marie-Jeanne Richard, Présidente de l'UNAFAM, 30 janvier 2024

Beaucoup d’injonctions nous rattrapent. « Il faut faire ceci, il faut faire cela... mais ne pourrions-nous pas juste être ? ». Cette question, posée par Julia Boivin, une formatrice paire qui se rêve en anti-modèle, nous interpelle.

Comment respecter la singularité de chacun, sans laisser la personne dans sa solitude « il n’a qu’à faire l’effort s’il veut avoir du lien social », dans sa précarité « il pourrait bosser quand même ! », dans sa souffrance « il n’a qu’à se soigner ! », dans sa situation de handicap « nul besoin de penser spécificité du handicap, la société est inclusive ! » ?

Ces injonctions culpabilisantes génèrent de la souffrance chez nos proches et ceux qui les accompagnent. Alors que le moule de la normalité les rattrape tous les jours, ils se savent différents et se voient trop souvent comme des anti-héros de leur vie.

L’air du temps est propice à promouvoir la capacité d’agir, mais comment en faire un "plus" sans en faire une injonction ? Convaincre qu’il n’y a pas de normalité mais une singularité. Cette singularité nous fait citoyen. Mais, pour la vivre, il faut avoir une voix, que cette voix puisse être entendue, il faut avoir le droit de se tromper, la possibilité de faire des choix. En ce début d’année, nous sommes dans une phase politique particulière. Nous allons reprendre notre bâton pour porter nos plaidoyers vers les nouveaux ministères. Plus de 3 millions de personnes vivent avec des troubles psychiques sévères impactant leur quotidien, plus de 4,5 millions d’aidants les accompagnent. La psychiatrie est exsangue, mais il se bâtit ça et là un avenir. Les nombreux projets déposés dans le cadre du fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie en sont le témoignage. La feuille de route santé mentale se décline, les projets territoriaux de santé mentale se concrétisent au travers des contrats locaux de santé mentale, les décisions prises lors des assises se mettent en place. Mais pour trop de personnes sur les territoires, sur le dernier km, rien ne change. Quant à la compensation du handicap psychique, il reste désespérément "invisible".

Usagers et familles, acteurs de la santé mentale, mobilisons-nous pour faire de la santé mentale et de la psychiatrie une grande cause nationale. Que ceux qui vivent avec des troubles psychiques et ceux qui les accompagnent puissent être reconnus comme des héros de leur vie.





12 février 2024

Faire de la santé mentale grande cause nationale 2025

En France, une personne sur deux sera atteinte d’un trouble psychique au cours de sa vie, et environ un adulte sur cinq en souffre à tout moment[1]. Cela représente plus de 12 millions de personnes concernées[2]. Le coût des maladies psychiatriques a récemment été évalué à 160 milliards d’euros[3]. Ces troubles constituent la première cause d’années de vie vécues avec un handicap et d’années de vie perdues en bonne santé chez les 10- 24 ans[4].

Ces chiffres illustrent l’importance de la santé mentale, en particulier la psychiatrie, comme enjeu individuel et collectif de santé publique.

Et pourtant, nous, personnes vivant avec un trouble psychique, familles, aidants, accompagnants, professionnels de santé mentale, acteurs du secteur social et médico-social, chercheurs, constatons chaque jour le décalage entre les déclarations d’intentions et la réalité.

La réalité, c’est qu’entre 40% et 60 % des personnes vivant avec un trouble psychique ne bénéficient d’aucun soin ni accompagnement.

La réalité, c’est que les centres médico-psychologiques, les hôpitaux de jour et les services de psychiatrie sont saturés et que, faute de moyens adaptés, le dépistage et la prise en charge précoce et la délivrance de soins diligents restent un voeu pieux.

La réalité c’est que 30 % des postes de psychiatres et 50% des postes de pédopsychiatres sont vacants dans les établissements répondant à la mission de service public.

La réalité c’est que le recours aux pratiques coercitives d’isolement et de contention reste encore massif.

La réalité, c’est que les accompagnements médico-sociaux et sociaux restent notoirement insuffisants pour soutenir l’inclusion sociale, scolaire et professionnelle.

​La réalité, c’est l'épuisement des proches aidants et des professionnels du soin et de l’accompagnement.

​La réalité, c’est que les personnes vivant avec un trouble psychique paient le prix fort : retard d’accès aux soins, rupture dans les parcours de soins et de vie, hétérogénéité des soins selon les territoires, perte de chance, non-respect des droits fondamentaux, discriminations et exclusion sociale.

​La réalité, c’est que la recherche en santé mentale est sous-financée.

Certes, davantage de place a été données à la politique de la santé mentale en France ces 15 dernières années, et un délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie a été nommé en juin 2018.

Néanmoins, il nous faut être encore plus ambitieux en faisant de la santé mentale une Grande Cause nationale pour 2025 : ce que nous avons su faire hier pour la sécurité routière ou le cancer avec des progrès fulgurants, nous pouvons le faire demain pour la santé mentale.
Ensemble, nous pouvons sensibiliser la population générale à la santé mentale et changer les regards sur les personnes vivant avec un trouble psychique et celles qui les accompagnent.

Ensemble, nous pouvons convaincre de l’importance d’un dépistage et d’une prise en charge précoce des troubles psychiques.

Ensemble, nous pouvons agir sur les politiques publiques pour une psychiatrie de service public ambitieuse.

Ensemble, nous pouvons optimiser significativement le parcours de soins, et donc, participer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes vivant avec un trouble psychique.

Ensemble, nous pouvons refondre l’organisation des soins et des actions d’insertion afin de promouvoir un accompagnement global, centré sur les besoins des personnes concernées.

Ensemble, nous pouvons valoriser les savoirs expérientiels des personnes vivant avec un trouble psychique.

Ensemble, nous pouvons garantir les droits et la dignité des personnes vivant avec un trouble psychique.

Ensemble, nous pouvons accélérer l’identification et la diffusion des pratiques orientés rétablissement et mobiliser les financements en faveur de la recherche en santé mentale.

​Inscrire la santé mentale en tant que Grande Cause nationale c’est proposer des perspectives, libérer la parole, combattre les préjugés et adresser un message d’espoir à des millions de français.

Tous ensemble, faisons de ce rêve notre réalité.

Ce Collectif pour la santé mentale est appelé à rassembler -dans les semaines à venir- tous les acteurs et parties prenantes qui souhaitent soutenir cette grande cause.

La signature est ouverte dans un premier temps aux personnes morales.

Elle sera ouverte dans un second temps aux individus.

Organisation ou collectif signez ici

16 avril 2021

Cri d’agonie de la psychiatrie

C'est le titre d'une tribune par Pierre DELION, psychiatre, publiée le 14 avril 2021 dans le quotidien Libération.

Le projet gouvernemental de réorganisation du secteur, fondé sur les neurosciences, est une régression scandaleuse. Son coût risque d’être exorbitant et sa vision contribuera à exclure une approche humaine de la souffrance psychique.

A lire ici : 

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/cri-dagonie-de-la-psychiatrie-20210414_KEER442HNVCALDQUVED34UAPS4/