Nouvelles fixes

Bonnes vacances


Prenez soin de vous et des vôtres et retrouvons nous à la rentrée, prêts à affronter les difficultés rencontrées pour avancer sur le chemin de l’espoir.

Nouvelles

Nous avons besoin de vous (adhésion ou simple don)

https://www.helloasso.com/associations/troubles-psychiques-tous-partenaires

Affichage des articles dont le libellé est cannabis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cannabis. Afficher tous les articles

15 avril 2025

Légalisation du cannabis récréatif : pourquoi l’Académie de médecine réitère-t-elle son opposition ?

L’Académie nationale de médecine a répété, dans un communiqué du 9 avril 2025*, son opposition à une éventuelle légalisation de l’usage récréatif du cannabis, nouveaux arguments à l’appui. Alors que la question de cette légalisation s’invite régulièrement dans le débat public, l’Académie justifie sa position à l’aide de plusieurs études menées dans d’autres pays où le cannabis est légalisé, notamment au Canada depuis 2018.

Des risques accrus de schizophrénie

Dans la revue Jama, une étude publiée le 4 février 2025 s’est penchée sur les risques de schizophrénie liés à l’usage du cannabis. Selon les résultats, sur une cohorte de plus de 1,3 million de personnes, « la fraction de troubles liés à la consommation de cannabis associés à la schizophrénie, attribuable à la population, a augmenté de manière significative, passant de 3,7 % avant la légalisation à 10,3 % après la légalisation ».

Une hausse de la consommation

L’Académie nationale de médecine avance en outre que le nombre d’hospitalisations dues au cannabis chez les adultes en Ontario a augmenté, entre 12 et 22 %, après la légalisation.

Quant au niveau de consommation, elle a augmenté selon une étude réalisée aux Etats-Unis et publiée en 2024 dans la revue Addiction. « De 1992 à 2022, le taux par habitant de déclaration d'une consommation quotidienne ou quasi quotidienne a été multiplié par 15 », notent les auteurs. « En 2022, les consommateurs de cannabis au cours du mois précédent étaient près de quatre fois plus susceptibles de déclarer une consommation quotidienne ou quasi quotidienne (42,3 % contre 10,9 % en 1992) et 7,4 fois plus susceptibles de déclarer une consommation quotidienne (28,2 % contre 3,8 %) ».

Les académiciens recommandent de maintenir l’interdiction en France de la vente et de la consommation du cannabis « compte tenu de tous ses effets toxiques » et « d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue ».

*La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique – Académie nationale de médecine | Une institution dans son temps

Légalisation du cannabis récréatif : pourquoi l’Académie de médecine réitère-t-elle son opposition ?

03 février 2025

Cannabis et psychose : des liens complexes mais de mieux en mieux compris

Une équipe américaine a mesuré l’évolution des troubles du spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques (SSATP) avant et après la consommation de cannabis.

Les résultats montrent que, par rapport aux non-consommateurs, les consommateurs de cannabis ont davantage de troubles du SSATP, avec un impact plus important sur leur qualité de vie. De plus, la fréquence des troubles du SSATP et les difficultés associées aux symptômes seraient plus importantes dans la période précédant l’initiation de la consommation de cannabis.

Cette observation favorise l’hypothèse d’un usage du cannabis en « automédication » plutôt que celle du cannabis comme facteur de risque de la pathologie psychiatrique, mais la question mérite d’être approfondie.

L’usage de cannabis a été associé à la survenue de psychose chez les adolescents, multipliant le risque par 2 à 4 fois, un risque d’autant plus important que la consommation a débuté tôt. Comprendre le lien entre l'initiation de la consommation de cannabis et le spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques (SSATP) paraît donc essentiel pour informer sur les risques associés et proposer une politique de prévention adaptée. Plusieurs hypothèses sont actuellement discutées : la première suppose que la consommation de cannabis pourrait contribuer à la survenue de troubles du SSATP (hypothèse facteur de risque), la deuxième qu’il existe des vulnérabilités communes à la consommation de cannabis et aux troubles du SSATP (hypothèse de vulnérabilités partagées) et une troisième considérant l’usage du cannabis comme automédication pour soulager les troubles du SSATP (hypothèse automédication).

Pour tester ces hypothèses et clarifier le lien entre cannabis et SSATP, une équipe américaine a suivi la trajectoire des symptômes du SSATP chez les enfants et adolescents avant et après l’initiation de la consommation de cannabis. Pour ce faire, l’équipe a recruté près de 12 000 adolescents âgés de 9 à 10 ans à l’inclusion, puis les a suivis sur une période de 4 ans (5 périodes d’observation) à partir des données de la cohorte multicentrique Adolescent brain cognitive development (ABCD).

Les participants étaient majoritairement des garçons (52 %) d’origine caucasienne (52 %) de 9,5 ans d’âge moyen. L’observation en fonction du temps, avant et après initiation du cannabis, montre que, quelle que soit la période d’observation considérée, les adolescents qui consommaient du cannabis rapportaient un plus grand nombre de symptômes du SSATP et de difficultés liées à ceux-ci par rapport à ceux qui n’avaient jamais utilisé de cannabis.

Par ailleurs, le nombre de SSATP et de difficultés liées aux symptômes du SSATP augmentait au cours de la période précédant l’initiation de la consommation de cannabis, confortant l’hypothèse d’une consommation à visée d’automédication. De plus, une baisse des symptômes du SSATP et des difficultés associées était bien observée après initiation de la consommation de cannabis, mais l’impact des symptômes réaugmentait par la suite, suggérant une possible contribution du cannabis à l’évolution de la pathologie.

En revanche, il n’y avait pas d’augmentation du nombre de SSATP post-initiation comme on aurait pu s’y attendre si le cannabis avait été un facteur de risque contributif du SSATP.

Cannabis et psychose : des liens complexes mais de mieux en mieux compris

07 décembre 2024

Schizophrénie : comment le cannabis influence certaines fonctions cognitives ?

C’est que vont essayer de comprendre des chercheurs du Vinatier, du Centre de recherche en neurosciences de Lyon et du CHU de Saint-Etienne.

Les scientifiques s’intéressent de plus en plus aux effets paradoxaux du cannabis sur les symptômes de la schizophrénie. D’un côté, le tétrahydrocannabinol (THC) est reconnu pour son rôle néfaste dans l’aggravation des symptômes positifs de la schizophrénie (hallucinations, délires), en activant les récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1). D’un autre côté, le cannabis pourrait avoir un effet bénéfique en réduisant les symptômes négatifs, tels que le retrait social ou l’apathie, probablement via d’autres composés.

C’est ce qu’a mis en évidence une méta-analyse réalisée par une équipe du Vinatier*.

Un nouveau projet de recherche du Vinatier va se focaliser sur ces symptômes positifs et négatifs, mais aussi sur leurs bases neurobiologiques. Les chercheurs vont explorer comment la consommation de cannabis influence le « reality-monitoring », c’est-à-dire la capacité de distinguer entre ce qui est réel et ce qui est imaginé. Pour cela, ils réaliseront des observations chez l’animal mais aussi chez des patients schizophrènes consommateurs qui seront comparés à des individus non consommateurs. Ce projet est mené en collaboration avec le centre de recherche en neuroscience de Lyon (CRNL), l’hôpital Charles Perrens (Bordeaux), le CHU de Saint Etienne, le CNRS, l’INSERM et l’INRAE.

*Lyon. Schizophrénie: le cannabis peut aussi atténuer certains symptômes

Lyon. Schizophrénie: comment le cannabis influence certaines fonctions cognitives?

11 juillet 2024

Le cannabis, ennemi de la stabilité mentale chez les adolescents ?

Les travaux menés par McDonald et son équipe ont révélé que les jeunes adeptes du cannabis s’exposent à un risque 11 fois plus élevé d’être atteints par des troubles psychotiques, comparativement à leurs pairs abstinents. Cette corrélation, d’une ampleur inédite, surpasse largement les résultats des études antérieures. Par exemple, une méta-analyse datant de 2016, synthétisant les données de dix études distinctes, avait établi que les consommateurs les plus assidus de cannabis encouraient un risque environ quatre fois supérieur de se voir diagnostiquer une schizophrénie ou d’autres affections psychotiques. L’explication de ce phénomène inquiétant réside, en partie, dans l’augmentation considérable de la teneur en principes actifs du cannabis au fil des décennies. Depuis les années 1970-1980, la concentration en THC (tétrahydrocannabinol), molécule psychoactive majeure de cette plante, a connu une hausse vertigineuse, passant de 14 à 19 % en 2017-2018. Cela peut paraître peu, mais c’est en réalité énorme et il n’est pas rare aujourd’hui de trouver certaines variétés hybrides de cette plante atteindre des quantités affolantes de THC. Celles-ci sont le fruit d’une sélection minutieuse opérée spécialement pour que la plante (Cannabis sativa) soit la plus chargée possible en substance active. Ainsi, des variétés comme la Gorilla Glue ou la Wedding Cake atteignent aisément les 30 % de THC.

L’adolescence : une période critique pour le cerveau

L’étude menée par ces scientifiques s’est appuyée sur un vaste corpus de données issues de l’Ontario (États-Unis), collectées entre 2009 et 2012, croisées ensuite avec les archives de santé publique jusqu’en 2018. Cette approche méthodique a permis de suivre l’évolution et l’apparition de diagnostics de troubles psychotiques chez près de 11 300 sujets.

Les résultats de cette analyse approfondie ont mis en lumière une corrélation entre l’usage du cannabis et l’émergence de troubles psychotiques chez les adolescents âgés de 12 à 19 ans. Fait notable, cette association ne se manifestait nullement chez les jeunes adultes de 20 à 33 ans. McDonald, commentant ces découvertes, souligne : « Ces observations s’inscrivent parfaitement dans le cadre de la théorie neurodéveloppementale, qui postule une vulnérabilité accrue des adolescents aux effets du cannabis, en raison de la maturation cérébrale encore en cours ». En effet, l’adolescence constitue une phase charnière du développement neurologique, marquée par des remaniements cérébraux considérables. Cette plasticité neuronale accrue rend le cerveau des jeunes particulièrement sensibles à l’influence des substances psychoactives, expliquant ainsi la prévalence accrue des troubles psychotiques observée dans cette tranche d’âge.

La question complexe de la causalité

Il convient de souligner que cette étude, bien qu’édifiante, ne permet pas d’établir un lien causal irréfutable entre l’usage du cannabis et l’apparition de troubles psychotiques. En effet, l’équipe de McDonald n’a pas intégré dans son analyse certains facteurs potentiellement déterminants, tels que les prédispositions génétiques ou les antécédents traumatiques, rendant ainsi toute conclusion péremptoire hasardeuse.

Le chercheur nuance d’ailleurs ses propos en précisant : « La grande majorité des jeunes consommateurs de cannabis ne développeront pas de troubles psychotiques. Néanmoins, nos données suggèrent que la plupart des adolescents diagnostiqués avec un trouble psychotique ont vraisemblablement un passé de consommation cannabique ». Toujours ce même paradoxe : est-ce l’œuf ou la poule ?

L’examen minutieux des dossiers médicaux a révélé une statistique frappante : sur six adolescents admis en urgence ou hospitalisés pour un trouble psychotique, cinq avaient préalablement déclaré consommer du cannabis dans le cadre d’enquêtes sanitaires nationales canadiennes. Cette corrélation reste troublante et appelle tout de même à une plus grande vigilance de la part des autorités de santé publique et de la communauté scientifique. Surtout au Canada, où le cannabis récréatif est légalisé depuis 2018, bien que ce cadre législatif ne concerne que les personnes âgées de 18 ans ou plus.

https://www.presse-citron.net/ados-et-cannabis-un-cocktail-explosif-pour-la-sante-mentale/

02 juillet 2024

Ados et cannabis : un cocktail explosif pour la santé mentale

Une étude canadienne vient d’établir un lien entre la consommation de cannabis chez les adolescents et le développement de certains troubles mentaux.

Parmi l’immense liste de substances psychoactives, le cannabis est souvent vanté pour sa neurotoxicité relativement faible et ses vertus thérapeutiques prometteuses sur certaines maladies. Un grand nombre de pays ont d’ailleurs déjà dépénalisé ou légalisé son usage. Pourtant, une recherche canadienne* menée par l’épidémiologiste André McDonald et ses collègues de l’Université McMaster (Hamilton) a été publiée le 22 mai et ses résultats sont sans appel. 

Il y a bien un risque accru pour la santé mentale des adolescents qui en consomment, et ceux-ci sont plus à même de développer des troubles psychotiques.

*Age-dependent association of cannabis use with risk of psychotic disorder | Psychological Medicine | Cambridge Core.

08 mai 2024

Y a-t-il un lien entre consommation de drogue et schizophrénie ?

Le cannabis est régulièrement présenté comme un facteur favorisant la survenue de la schizophrénie. Qu'en est-il vraiment ? Les réponses du Dr David Masson, psychiatre.

Le cannabis n'est pas forcément synonyme de schizophrénie

En analysant les données de santé de près de sept millions de Danois, âgés de 16 à 49 ans entre 1972 et 2021, les chercheurs ont observé une corrélation entre les troubles psychiatriques causés par la consommation de cannabis et le développement de la schizophrénie chez les hommes et les femmes.
"Un produit psychoactif seul ne peut pas déclencher une maladie", tempère le Dr David Masson, psychiatre au sein du Centre Psychothérapique de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il peut toutefois le favoriser, à condition qu'il y ait déjà une "présence de vulnérabilité" chez la personne concernée.

La plupart des usagers de cannabis ne développeront pas de schizophrénie, indique la plateforme Drogues Info Service. "En revanche, chez les personnes fragiles au niveau psychique, souffrant de troubles de l’humeur ou de troubles anxieux, la consommation de cannabis serait un des facteurs qui favorisent la survenue d’une schizophrénie."

Quels sont les facteurs favorisant la schizophrénie ?

Il est également possible de développer une schizophrénie sans avoir consommé de la drogue. Le Dr David Masson précise qu'il existe néanmoins des facteurs de stress, favorisant la survenue de la schizophrénie. "Le cannabis, notamment le THC, la substance responsable des effets psychoactifs du cannabis, est bien connu pour en être un", poursuit-il. Le risque de développer une schizophrénie "augmenterait avec les quantités consommées", abonde Drogues Info Service. "Il serait ainsi multiplié par quatre pour un consommateur régulier. L’usage avant l’âge de 15 ans, alors que le cerveau est encore en cours de développement, serait un facteur de risque supplémentaire."

David Masson cible plutôt les facteurs environnementaux pour expliquer le développement de la schizophrénie. "Les abus dans l'enfance, les cas de maltraitances ou de harcèlement sont des facteurs de risque de déclencher ce type de maladie sur un terrain de vulnérabilité", développe le psychiatre. Des troubles psychiatriques préexistants peuvent également favoriser le développement de la schizophrénie en cas de consommation de cannabis.

Chez les personnes concernées, la drogue "souvent utilisée comme automédication pour calmer les angoisses, a cependant toujours des conséquences négatives sur l’évolution du trouble : accélération de l’apparition des symptômes, augmentation de l’intensité des crises et rechutes plus fréquentes", précise la plateforme Drogues Info Service.

Quels sont les liens entre alimentation et schizophrénie ?

"Il y a des pistes intéressantes sur la question de l'équilibre du microbiote, pas uniquement dans la schizophrénie, mais aussi dans les troubles de l'humeur, notamment la dépression", détaille le Dr David Masson. Le lien entre alimentation et schizophrénie est particulièrement prégnant lorsque la maladie est déjà présente.

Plutôt que d'associer directement l'alimentation avec le développement de troubles psychiatriques, le spécialiste préfère lier les traitements utilisés pour freiner la maladie avec des troubles de l'alimentation. "Les traitements peuvent par exemple augmenter l'appétence au sucré et limiter le niveau de satiété. Il y a souvent comme effets indésirables une prise de poids, notamment en début de traitement", précise-t-il. Pour éviter les mauvaises surprises alimentaires, "il est important de réaliser un travail de prévention lorsqu'on commence un traitement contre la schizophrénie", conclut David Masson.

Y a-t-il un lien entre consommation de drogue et schizophrénie ? - AlloDocteurs

17 décembre 2023

La légalisation de l’usage récréatif du cannabis serait une grave erreur sanitaire

Académie nationale de médecine

"La toxicité du principal constituant psychotrope du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC), est parfaitement établie", poursuit l’institution, citant les éléments suivants : toxicité physique supérieure à celle du tabac (cancers, infarctus, troubles du rythme cardiaque, AVC, artérites…), toxicité psychique (troubles cognitifs et anxiodépressifs, syndrome amotivationnel, désinhibition, induction ou aggravation de la schizophrénie…), effets sur la grossesse et sur la descendance, modifications épigénétiques, inductions de violences familiales, professionnelles ou routières (avec 605 morts en 2021), effets délétères sur la maturation cérébrale, baisse du quotient intellectuel.

"La multiplication par 6 en 25 ans du taux de THC dans la résine de cannabis augmente également son pouvoir addictif", poursuit l’Académie nationale de médecine. "Ceci explique le nombre croissant et la gravité de ses effets indésirables et toxiques, tout particulièrement chez les plus vulnérables, les adolescents et les jeunes adultes", ajoutent les professionnels de santé.

Légalisation de l’usage du cannabis récréatif : ce qu'il se passe aux Etats-Unis

Aux États-Unis, où plus de 30 états ont légalisé l’usage du cannabis récréatif, les dernières données du National Institute of Drug of Abuse montrent que les consommations de cette drogue ont atteint en 2022 des sommets historiques chez les adultes en âge de procréer.
"Alors que la lutte visant à réduire les terribles méfaits sanitaires du tabac et de l’alcool n’est que de peu d’effets, ce serait une faute grave de légaliser une source d’addiction supplémentaire", conclut l’Académie nationale de médecine.

D’après le rapport 2022 de l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT), la France compte 5 millions d’usagers du cannabis, ce qui en fait la substance illicite la plus consommée au sein de l’Hexagone. Parmi eux, environ 1,3 million sont des consommateurs réguliers et 850.000 sont même des utilisateurs quotidiens.
"En France, le cannabis se consomme sous 3 formes principales. L'herbe et la résine sont les plus courantes, alors que l'huile est beaucoup moins fréquemment observée", précise l’OFDT.

02 novembre 2023

Le composé psychoactif de la marijuana peut modifier le câblage cérébral chez les adolescents.

Dans une étude menée sur des souris visant à explorer l’impact du principal composé psychoactif de la marijuana, le THC, sur le cerveau des adolescents, des chercheurs de Johns Hopkins Medicine affirment avoir découvert des modifications dans la structure des microglies, des cellules immunitaires spécialisées du cerveau, susceptibles d’aggraver une prédisposition génétique à la schizophrénie.

Les résultats, publiés le 25 octobre dans Nature communications s’ajoutent aux preuves croissantes d’un risque pour le développement du cerveau chez les adolescents qui fument ou consomment des produits à base de marijuana.



15 septembre 2023

Cannabis et psychose : un rôle complexe

Une équipe de chercheurs lyonnais a mis en évidence le rôle complexe du cannabis dans la psychose. Parmi ces consommateurs de cannabis atteints de psychose, certains symptômes sont exacerbés (hallucinations, délires), tandis que d’autres sont atténués (repli, isolement social), en comparaison avec des non-consommateurs.

Les troubles psychotiques, en particulier la schizophrénie, se caractérisent par les symptômes dits « positifs » (comme les délires et les hallucinations) et des symptômes dits « négatifs » (tels que le repli, l’isolement social et l’incurie).

Il est actuellement bien établi que les personnes souffrant de troubles psychotiques ont une consommation de cannabis exceptionnellement élevée. On estime que 2/3 des individus avec des troubles psychotiques ont, ou ont eu, un usage de cannabis (1). De plus, lorsqu’il y a consommation, la fréquence (par exemple, le nombre de joints par jour) est également supérieure à celle de la population générale qui consomme du cannabis.

Ce lien épidémiologique solide entre troubles psychotiques et cannabis a suscité deux principales hypothèses :
1) l’association serait expliquée par un rôle toxique du cannabis, c’est-à-dire que le cannabis provoque les troubles psychotiques ; et/ou
2) un rôle autothérapeutique du cannabis, c’est-à-dire que le cannabis réduit les symptômes psychotiques.

Ces dernières années, l’hypothèse numéro 1 (cannabis « toxique ») semblait prendre le dessus. En effet, de nombreuses études avaient notamment montré que le tétrahydrocannabinol (THC), principal composant du cannabis, avait un fort potentiel pro-psychotique, et que la consommation de cannabis était liée à une évolution plus défavorable des troubles psychotiques. Cependant, l’hypothèse 2 (cannabis « protecteur ») n’était pas totalement écartée pour autant. Les individus concernés rapportaient un effet anxiolytique et anti-ennui du cannabis (plus que d’autres substances psychoactives), et certains autres composés du cannabis, comme le cannabidiol (CBD), semblaient avoir des effets bénéfiques sur certains symptômes de psychose.

Pour la première fois à l’échelle internationale, une équipe de chercheurs lyonnais a rassemblé les données individuelles des travaux menés dans le monde entier qui examinaient le lien entre cannabis et symptômes psychotiques. Les résultats de cette étude, portant sur plus de 3 000 patients suggèrent que le cannabis pourrait jouer un rôle à double facette :
– à la fois toxique (en renforçant) car il est associé à des symptômes positifs plus sévères (délire, hallucinations),
– et protecteur car associé à des symptômes négatifs moins sévères (repli, isolement social).

Les prochaines étapes consisteront à démontrer le lien de causalité entre le cannabis et ces associations, ainsi qu’à identifier les différentes molécules impliquées dans cet effet à double sens.
Cette étude a été financée par Le Vinatier, établissement psychiatrique universitaire de Lyon Métropole de premier plan en France, reconnu pour sa production scientifique au niveau national et européen.

(1) Par comparaison, dans la population générale française (qui est l’une des principales consommatrices de cannabis en Europe), le taux d’usage vie-entière de cannabis est de 46%

Les principaux scientifiques impliqués dans ce travail : Mathilde Argote, étudiante en doctorat de neurosciences ; Benjamin Rolland, psychiatre, addictologue, responsable du Service Universitaire d’Addictologie de Lyon, chercheur dans l’équipe INSERM-CNRS-UCBL1 « PSYR2-CRNL » ; Guillaume Sescousse, chercheur INSERM dans l’équipe INSERM-CNRS-UCBL1 « PSYR2-CRNL »

Communiqué de presse, CH Le Vinatier, 3 septembre 2023

19 juin 2023

HHC et dérivés : le cannabis de synthèse interdit à la vente à compter du 13 juin

Le ministre l'avait annoncé il y a moins d'un mois, et aujourd'hui la décision est effective : des substances de synthèse dérivées du cannabis et actuellement en vente libre en France vont être interdites à la vente. 

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d'annoncer avoir inscrit  l’hexahydrocannabinol (HHC) et deux de ses dérivés, le HHC-acétate (HHCO) et l’hexahydroxycannabiphorol (HHCP) sur la liste des produits stupéfiants. Ainsi, leur production, leur vente et leur usage notamment, sont interdits en France à partir du 13 juin.


https://psy-partenaires.blogspot.com/2023/05/hhc-hexahydrocannabinol-un-nouveau.html


22 mai 2023

HHC (hexahydrocannabinol) : un nouveau produit dangereux ?

Le ministre de la Santé François Braun s’est exprimé lundi 15 mai sur l’usage du HHC, un dérivé du cannabis vendu légalement mais qui inquiète de plus en plus les autorités sanitaires, et a plaidé pour une prochaine interdiction.

Ce ne pourrait être qu'une question de temps. Le HHC, produit de synthèse dérivé du THC, substance psychoactive du cannabis, est vendu en toute légalité en France. Une vente «anormale», a estimé François Braun, qui vise une interdiction dans les toutes prochaines semaines.

Le HHC, abréviation de hexahydrocannabinol, est obtenu après une réaction chimique d’hydrogénation des molécules cannabinoïdes et reste très similaire au THC contenu dans le cannabis, dont la vente est pourtant illégale en France.

Le HCC, lui, est pourtant aujourd'hui de plus en plus commercialisé, que ce soit sur Internet ou dans des boutiques spécialisées ayant pignon sur rue. Ses effets ne sont pas encore très connus mais selon les addictologues, ils pourraient chez certaines personnes être similaires à ceux obtenus avec le THC.




14 mai 2023

Cannabis : les jeunes hommes plus sensibles au risque de schizophrénie

D’après une étude danoise, les troubles liés à la consommation de cannabis pourraient augmenter le risque de développer une schizophrénie, en particulier chez les hommes jeunes.

En France, près de 600.000 personnes sont atteintes par la schizophrénie, selon l’Inserm. Cette pathologie psychiatrique se caractérise par une perception perturbée de la réalité, des manifestations productives (idées délirantes, hallucinations…) ainsi que des manifestations passives (isolement social et relationnel…).

Le cannabis pourrait être un facteur favorisant l’apparition de la schizophrénie

Outre l’origine génétique, différents facteurs environnementaux peuvent favoriser le développement la schizophrénie. C’est notamment le cas de la consommation de cannabis. D’après une étude danoise publiée dans la revue Psychological Medicine, les hommes jeunes atteints par des troubles liés à la consommation de cannabis seraient plus à risque de développer une schizophrénie.

Lors de cette recherche, des scientifiques des services de santé mentale du Danemark et du National Institute on Drug Abuse (NIDA) ont analysé les dossiers médicaux de 6 millions de Danois âgés de 16 à 49 ans entre 1972 et 2021. L’objectif a été d’estimer la proportion des cas de schizophrénie pouvant être liée à un trouble dû à la consommation de cannabis au niveau de la population globale.

Cannabis et schizophrénie : une association très forte chez les hommes jeunes

Les chercheurs ont observé une association entre les troubles induits par la consommation de cannabis et la schizophrénie chez les hommes et les femmes. Ce lien était cependant beaucoup plus fort chez les hommes jeunes. D’après leurs résultats, près de 30% des cas de schizophrénie chez les hommes âgés de 21 à 30 ans auraient pu être évités si la consommation de cannabis avait été diminuée ou arrêtée. Aux yeux des auteurs de l’étude, les troubles liés à la consommation de cannabis semblent être un facteur favorisant le développement de la schizophrénie.

"L'enchevêtrement des troubles liés à la consommation de substances psychoactives et des maladies mentales est un problème de santé publique majeur, qui nécessite une action urgente et un soutien aux personnes qui en ont besoin (…) Les résultats de cette étude constituent un pas dans cette direction et peuvent contribuer à éclairer les décisions que les prestataires de soins de santé peuvent prendre pour soigner les patients, ainsi que les décisions que les individus peuvent prendre au sujet de leur propre consommation de cannabis", a noté Nora Volkow, co-auteure de l’étude et directrice du NIDA.

29 avril 2023

Les consommateurs de cannabis ayant une prédisposition génétique à la schizophrénie sont plus susceptibles de présenter des symptômes psychotiques

Une étude publiée dans la revue Bulletin sur la schizophrénie souligne que les facteurs de risque génétiques de la schizophrénie peuvent augmenter la possibilité de ressentir des symptômes psychotiques subcliniques liés au cannabis chez les consommateurs réguliers de cannabis.

On sait que la consommation excessive de cannabis est associée à des expériences de type psychotique, des symptômes de schizophrénie, des troubles cognitifs et une détresse émotionnelle. Des études ont montré que l’administration de constituants psychoactifs du cannabis peut induire des expériences aiguës de type psychotique, notamment des pensées inhabituelles, de la paranoïa, une pensée désorganisée et, dans de rares cas, des hallucinations auditives et visuelles.

.../...



22 décembre 2022

[Recherche] : Est-ce qu'il y a un lien entre désorganisation de la pensée et cannabis ?

Quid du lien entre désorganisation de la pensée et cannabis ?

L’équipe de recherche PSYR2 (« Pathologies Psychiatriques, de la Résistance à la Réponse ; Centre de Recherche en neurosciences de Lyon) et le SUAL (Service Universitaire d’Addictologie de Lyon et de son agglomération) font l’hypothèse que la désorganisation de la pensée, c’est-à-dire la difficulté à établir un lien entre ses idées et à les communiquer clairement aux autres, serait également impactée par la consommation de cannabis chez des individus sans trouble psychotique ou ayant subi un premier épisode psychotique ou souffrant de schizophrénie.

Rappelons que le trouble de la pensée formelle (FTD Formal thought disorder) est un syndrome multidimensionnel qui survient principalement le long du continuum de la psychose. La consommation de cannabis est connue pour augmenter les symptômes de la psychose, en particulier les symptômes positifs. Cependant, l’impact de la consommation de cannabis sur la FTD chez les personnes présentant des symptômes tout au long du continuum de la psychose reste incertain. Pour combler cette lacune dans les connaissances, une méta-analyse examinant l’association entre la consommation de cannabis et la FTD chez ces personnes a été menée par PSYR2 et le SUAL.

La FDT englobe des symptômes particulièrement invalidants qui augmentent l’isolement social, réduisent la qualité de vie et sont associés à de moins bons résultats cliniques.

L’hypothèse de départ était que le cannabis aggraverait la FTD. Une recherche systématique a donc été initiée dans les bases de données PubMed, ScienceDirect, PsycINFO, Web of Science, Embase et Google Scholar jusqu’en juillet 2022. Dix-neuf études ont été incluses, totalisant 1840 consommateurs de cannabis et 3351 non-consommateurs de cannabis. La sévérité de la DFT s’est avérée plus élevée chez les consommateurs de cannabis (DMS = 0,21, IC 95 % [0,12–0,29],p  = 0,00009). Des analyses de sous-groupes ont révélé que la sévérité de la DFT était augmentée chez les consommateurs de cannabis, quelle que soit la sévérité du trouble :

– individus en bonne santé (DMS = 0,19, IC 95 % [0,05–0,33], p  = 0,02) ;
– patients avec un premier épisode psychotique (DMS = 0,21, IC 95 % [0,01–0,41], p  = 0,04) ;
– patients atteints de schizophrénie (DMS=0,25, IC95%[0,11–0,38], p  =0,005).

Les différences entre les groupes n’étaient pas significatives. Conformément à son effet déjà connu sur les symptômes positifs de la psychose, la consommation de cannabis semble être associée à une sévérité accrue de la FDT tout au long du continuum de la psychose. Les recherches futures devraient tenir compte des variables confusionnelles potentielles telles que d’autres troubles liés à l’utilisation de substances et explorer l’impact de la consommation de cannabis sur les dimensions de la FDT.

03 décembre 2022

Pourquoi la consommation de cannabis multiplie le risque de cancer du poumon ?

Quand un cancer du poumon survient avant l’âge de 45 ans, c’est probablement que du cannabis a été fumé jeune… Ce qui confirme que cette drogue n’est définitivement pas bonne pour la santé, pulmonaire en particulier.

Le cannabis peut déclencher chez les personnes prédisposées (qui ignorent d’ailleurs leur fragilité) des troubles neuropsychiques, et surtout une schizophrénie. On sait moins, prévient le Pr Christos Chouaid, pneumologue au CHI de Créteil (Val-de-Marne), que le cannabis est également à l’origine de cancers du poumon. Ainsi, quand ce cancer survient avant l’âge de 45 ans, c’est probablement que du cannabis a été fumé jeune…

Des cancers précoces d’autant plus agressifs

Et ces cancers précoces sont d’autant plus agressifs que l’hypothèse d’un tel cancer est alors à peine évoquée puisqu’il est censé survenir plus tard après un certain nombre d’années d’intoxication tabagique. De plus, ils se manifestent peu, sauf à un stade avancé, et les options thérapeutiques sont à ce moment limitées…

Enfin, facteur pronostique péjoratif supplémentaire, ils se produisent et évoluent plus rapidement qu’avec le tabac, et ils sont moins accessibles aux traitements.

« Pas de doses "tolérables" de cannabis »

Le risque de cancer induit par l’inhalation de cannabis est donc avéré, indépendamment de la consommation de tabac comme on le croyait autrefois. La plupart (85 %) des cancers du poumon sont effectivement liés à un tabagisme et/ou au cannabis, le reste à d’autres facteurs : particules inhalées dans le cadre professionnel ou un environnement pollué.

Par ailleurs, il n’existe pas de dose « tolérable » de cannabis (pour la bonne santé du poumon) puisque le risque, multiplié par six de développer un cancer du poumon, est présent dès que l’on fume un joint par jour depuis dix ans, ou deux joints par jour depuis cinq ans, précise le Pr Christos Chouaid.

12 mars 2022

Cannabis et stimulation magnétique transcrânienne répétitive

La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) associée à une réduction allant jusqu’à 60 % de la consommation de cannabis dans un essai clinique.


L’étude en double aveugle, dirigée par le CAMH (Center for Addiction and Mental Health, Canada) et publiée dans la revue NPJ Schizophrénie*, est la première du genre à étudier l’efficacité de la SMTr dans le traitement de la CUD (Cannabis Use Disorder) chez les personnes atteintes de schizophrénie, et a été soutenue par le National Institute on Drug Abuse (NIDA) des États-Unis et la Fondation CAMH.


« Les personnes atteintes de schizophrénie ont des taux très élevés de troubles liés à la consommation de cannabis par rapport à la population générale, et il existe des preuves solides que la consommation de cannabis aggrave les symptômes psychiatriques et la qualité de vie de ces personnes », a déclaré le Dr Tony George, chercheur clinicien principal au CAMH. « Malgré les effets nocifs connus, il n’existe actuellement aucun traitement approuvé pour la CUD avec ou sans schizophrénie. Ces résultats indiquent que la SMTr peut être un moyen sûr et efficace de réduire le cannabis chez les personnes atteintes de schizophrénie. »


Jusqu’à relativement récemment, les technologies de stimulation cérébrale telles que la SMTr étaient principalement utilisées pour la dépression résistante au traitement. Cependant, des études ont maintenant montré que la SMTr était efficace pour réduire la consommation de drogues et les envies de fumer pour plusieurs troubles liés à l’utilisation de substances dans la population générale.


Les participants à l’étude ont reçu un traitement rTMS au Temerty Center for Therapeutic Brain Intervention de CAMH cinq fois par semaine pendant quatre semaines ciblant le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) du cerveau, qui est associé au système de récompense et à la fonction exécutive du cerveau.


Ceux qui ont reçu la SMTr ont signalé une réduction de la consommation de cannabis jusqu’à 60 % après 28 jours ainsi qu’une réduction des envies de fumer, par rapport aux témoins recevant une SMTr factice.


Les auteurs affirment que l’une des raisons pour lesquelles il n’existe actuellement aucun traitement efficace contre la CUD chez les personnes atteintes de schizophrénie est que les personnes atteintes de schizophrénie ou d’autres maladies mentales sont généralement exclues des essais cliniques sur la CUD. Le Dr George dit que CAMH est particulièrement bien placé pour faire ce genre de recherche :

« En plus de notre capacité à mener des essais cliniques sur la stimulation cérébrale au Centre Temerty, CAMH possède également l’une des plus grandes cliniques externes de traitement de la schizophrénie en Amérique du Nord ainsi que des programmes de traitement de la toxicomanie à la fine pointe », a déclaré le Dr George. . « Tous ces facteurs font de CAMH l’un des rares endroits au monde à pouvoir mener une étude comme celle-ci. »

« C’était une étude difficile à recruter étant donné l’intensité de l’engagement de temps requis par les patients », a déclaré l’auteur principal de l’étude, le Dr Karolina Kozak Bidzinski. « Cependant, la prise de conscience que les patients avaient des effets négatifs du cannabis sur leur vie, les avantages attendus de la réduction de leur consommation et la constatation des divers résultats positifs qui se manifesteraient tout au long de l’essai, ont permis à un si grand nombre de patients de terminer Espérons que ce travail ouvre la voie à davantage de recherches sur les effets de la rTMS en tant que traitement des troubles liés à la consommation de cannabis chez les personnes atteintes de schizophrénie.


Investigating repetitive transcranial magnetic stimulation on cannabis use and cognition in people with schizophrenia - PubMed (nih.gov)



La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) associée à une réduction allant jusqu'à 60 % de la consommation de cannabis dans un essai clinique - Actualité Houssenia Writing 

25 février 2022

Enquête sur la légalisation du cannabis à usage médical

Dans le cadre d'un symposium sur le cannabis au congrès de l'Encéphale, le Dr Léa Leclerc , psychiatre addictologue, responsable des unités d'addictologie au groupement hospitalier Lyon Sud, a réalisé une enquête auprès de psychiatres sur le thème de la légalisation du cannabis. Cela lui a valu de recevoir le prix de la meilleure communication orale à ce congrès. L'enquête se poursuit jusqu'au 28 février, mais elle a accepté de présenter les premiers résultats à Medscape.


Medscape édition française : Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur le sujet de la légalisation du cannabis ?


Dr Léa Leclerc :  Ce sujet nous a été initialement proposé par le Pr Gaillard, président du congrès de l'Encéphale, dans le cadre d'un symposium sur le cannabis. Au début il s'agissait d'un simple sondage, mais quand nous avons co-construit l'étude avec le Pr Benjamin Rolland, nous avons décidé d'en faire quelque chose de plus exhaustif. Dans ma pratique de psychiatre addictologue, je reçois beaucoup de consommateurs de cannabis. Notre rôle de professionnel de santé est de faire de la prévention, d'accompagner les patients vers la réduction des risques. C'est un sujet qui m'intéresse car il est sociétal. C'est aussi dans l'air du temps politique.


Pouvez-vous nous présenter votre étude ?


Dr Leclerc : C'est la première fois qu'on interroge les psychiatres sur le sujet de la légalisation du cannabis. L'étude est toujours en cours, jusqu'au 28 février, mais nous en avons extrait des résultats préliminaires pour le congrès de l'Encéphale. Nous avions alors 386 participants, début janvier. Nous en avons actuellement plus de 400 et nous espérons atteindre les 500. Parmi les personnes répondantes, il y a 30 % de psychiatres addictologues.

Nous leur avons soumis un questionnaire de 43 questions, permettant d'aborder plusieurs dimensions : la légalisation du cannabis récréatif, thérapeutique, les pratiques des psychiatres sur le cannabis, leur consommation personnelle, le mode de production du cannabis et ce qu'ils pensent du système actuel. Ils peuvent aussi s'exprimer librement à la fin du questionnaire.


Quelles sont les premières conclusions de votre enquête ?


Dr Leclerc : Dans l'étude, 80 % des psychiatres interrogés indiquent recevoir en consultation plusieurs consommateurs de cannabis chaque semaine. Ils sont même 40 % à en recevoir au moins un par jour.

Concernant la légalisation (et non la dépénalisation) du cannabis à usage récréatif, 53 % des psychiatres interrogés y sont favorables. Concernant la légalisation à usage médical, là, les répondants y sont favorables à 77 %. Ce qui est intéressant dans ces résultats, c'est que les participants favorables à la légalisation mettent en avant le fait de pouvoir proposer des outils de prévention pour la population, ce qui n'est pas possible actuellement du fait de la politique essentiellement répressive menée en France. La question est intéressante car les Français sont les premiers consommateurs d'Europe. Pour les professionnels qui y sont favorables, la légalisation permettrait de mener des campagnes de prévention pour limiter la consommation chez les plus jeunes, de diminuer le marché noir et d'avoir un meilleur contrôle des produits.

En revanche, ceux qui y sont défavorables estiment que la légalisation pourrait augmenter les dommages sociétaux : violences domestiques, accidents de la voie publique, etc. Ils jugent que cela pourrait aussi avoir un impact négatif sur la santé psychique et physique des usagers et augmenter les troubles psychotiques.

Les psychiatres qui ont répondu étaient très intéressés par ce sujet. Nous avons eu beaucoup de commentaires très hétérogènes qui mettent en évidence qu'il y a des nuances à apporter au débat. L'inquiétude principale du corps médical est de protéger les populations vulnérables et les personnes qui ont des troubles psychiques. Que les participants soient favorables ou non à la légalisation, l'intérêt commun est celui-là.


Y-a-t-il un lien entre consommation de cannabis et maladies psychiatriques ?


Dr Leclerc :  C'est une question complexe. Ce que nous savons, c'est que le cannabis a plusieurs composants et que le THC est l'une des substances psycho-actives corrélées à une augmentation des troubles psychotiques, laquelle est dose-dépendant. On sait que le cannabis peut induire des troubles psychotiques, notamment la schizophrénie. Les taux de THC ont triplé en 15 ans, ce qui fait que le cannabis est de plus en plus concentré en THC. Nous surveillons donc de près l'apparition de troubles psychotiques. Il y a beaucoup de travaux en cours sur le cannabis et son impact sur la santé mentale. Par ailleurs, le cannabis peut aggraver des troubles sous-jacents : une personne qui a des vulnérabilités individuelles et qui va consommer du cannabis risque de développer des troubles de la santé mentale.



https://francais.medscape.com/voirarticle/3608162