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09 septembre 2026

[Humeur] : Psychiatrie à rebours

Tous les médicaments entraînent des effets indésirables (EI) parfois graves. Ces EI sont sous-estimés par les médecins, ils sont rarement déclarés et souvent niés par les laboratoires ; ce qui induit une longue obscurité statistique. Il faut parfois un scandale pour que la lumière se fasse.

Dénigrer l’industrie pharmaceutique ne suffit pas. Naïveté des patients, impuissance des médecins, négligence des autorités et conflits d’intérêts pèsent lourdement dans notre quasi-impossibilité d’évaluer le rapport bénéfices/risques d’un médicament.

La science clinique sera toujours la plus difficile et la plus manipulable de toutes. Comment affirmer qu’une céphalée, un trouble cutané ou digestif provient d’un médicament chez une personne qui a connu des troubles similaires auparavant ? Pour un avocat, défendre un laboratoire est plus facile que de défendre un extrémiste xénophobe en invoquant la liberté d’expression.

C’est dans le domaine de la psychiatrie que l’obscurité est la plus forte. Comme tous les médicaments, les psychotropes provoquent des EI d’ordre somatique, mais ils provoquent surtout des EI relevant du champ de la psychiatrie, ce qui en rend la confirmation clinique difficile. Comment accuser formellement une benzodiazépine de diminuer les capacités cognitives chez un anxieux ? Comment accuser un antidépresseur de provoquer le suicide chez un dépressif qui avait déjà des idées suicidaires ? Les avocats se régalent à jongler avec de telles arguties.

Mais la plus grande difficulté pour les cliniciens provient des innombrables médicaments à visée somatique qui provoquent des EI d’ordre psychiatrique. Des antiparkinsoniens provoquent des troubles compulsifs : jeu pathologique, hypersexualité, hyperphagie ou stéréotypies avec parfois de graves conséquences sociales. Tous les médicaments atropiniques prescrits dans de multiples indications (douleurs, incontinence urinaire, asthme, toux, allergies, troubles du rythme) peuvent induire des troubles cognitifs. Et pour comble, certains médicaments prescrits dans la maladie d’Alzheimer !

Les corticoïdes largement prescrits chez les enfants peuvent induire des troubles de l’humeur et du comportement, une hyperactivité, voire une psychose. Les antileucotriènes prescrit en pédiatrie contre l’asthme et les rhinites allergiques induisent des hallucinations.

De banals décongestionnants nasaux peuvent provoquer des psychoses. Les progestatifs majorent l’anxiété, ainsi que la mélatonine soi-disant anodine contre les insomnies. Certains antibiotiques peuvent déclencher un état maniaque. La théophylline et les bêtabloquants provoquent des insomnies. Certains antimigraineux provoquent des cauchemars. Des médicaments contre l’acné ou l’obésité induisent des comportements violents.

Il est plus facile d’attribuer un trouble psychique à l’environnement social qu’à un placard à pharmacie. Un clinicien qui peine déjà à confirmer un EI somatique aura du mal à persuader qu’une psychose aiguë est due à des gouttes nasales.

https://lucperino.com/1097/psychiatrie-a-rebours.html

08 septembre 2026

[Exposition] : "Itinéraires célestes" de Sylvie Lander

Dans le cadre des Journées Européennes du patrimoine du 19 au 20 septembre 2026, présentation de la dernière réalisation de Sylvie Lander "Itinéraires célestes" en l’église Saint-Laurent de Hésingue.

Hésingue. Les itinéraires célestes de Sylvie Lander

https://www.sylvielander.fr/journees-du-patrimoine-2026-eglise-de-hesingue/

Sylvie Lander est intervenue en tant qu’artiste pendant des années au sein de la commission solidarité à Route Nouvelle Alsace, dans sa mission d’aide aux personnes en situation de handicap psychique.

15 août 2026

[Publication] : Santé mentale – Les clés pour aller mieux

 Dans le dernier numéro du Figaro santé (juillet/août/septembre 2026)

Dossier : prendre soin de sa santé mentale

-          Troubles « PSY », les tabous se lèvent, les traitements progressent

-          Dépression, de nouvelles thérapies contre les formes les plus sévères

-          Troubles bipolaires, des molécules efficaces, mais à prendre à vie

-          Hospitalisation, quand elle devient indispensable

-          Schizophrénie, comment gérer cette maladie chronique

-          Les nouveaux outils des psys

-          La santé mentale des jeunes, attention à ne pas tout confondre

https://kiosque.lefigaro.fr/catalog/le-figaro-sante/le-figaro-sante/2026-07-01

10 juillet 2026

Parcours santé : quand l’art relaie la santé mentale

Du 17/07/2026 au 18/07/2026 de 14h à 18h

GEM Aube, 97 Avenue de Colmar | Strasbourg ; www.gem-aube.net/

Gratuit, plateau

Le  Groupe d’Entraide Mutuelle Aube, dans le cadre de son projet de rendre visible les activités artistiques de personnes en situation de handicap psychique, travaille depuis fin 2025  à une exposition artistique. Une première session a eu lieu le 21 juin au Vaisseau ; nous vous invitons à découvrir cette exposition lors d’une deuxième session qui se tiendra au GEM Aube,  97 avenue de Colmar, les 17 et 18 juillet, de 14 h à 18h .

Ce seront au total 22 adhérents qui exposeront leurs œuvres à l’extérieur ou à l’intérieur de nos locaux. Venez les rencontrer et découvrir leurs œuvres. Chaque journée sera clôturée par un repas convivial à petits prix ouvert à toutes et tous.

Ce projet a été rendu possible notamment grâce au soutien financier de Tôt ou t’Art permettant la rémunération de Camille Morin et Maud Bertrand qui nous ont accompagnés dans ce projet. 

Nous attendons votre venue une excellente journée et espérons vous voir nombreux pour venir soutenir la création artistique.

À très bientôt !

Parcours santé : quand l’art relaie la santé mentale, Exposition à Strasbourg : dates, horaires, tarifs

06 juillet 2026

Parents d’enfant atteint d’une maladie grave ou d’un handicap : leurs nouveaux droits

Sécurité financière, droit aux congés, accès facilité aux hôtels hospitaliers… La proposition de loi pour mieux accompagner les parents d’enfants atteints d’une maladie grave ou d’un handicap est définitivement adoptée, deux ans après son premier examen par le Parlement. Elle a été publiée au Journal officiel le 14 juin 2026. Objectif : sécuriser le parcours professionnel de ces parents tout en leur donnant plus de temps et de flexibilité pour s’occuper de leur enfant. 

Entre 1,5 et 4 millions d’enfants en France vivent avec une maladie chronique, dont environ 2 500 nouveaux cas de cancers pédiatriques chaque année, et quelque 560 000 enfants en situation de handicap. La loi n° 2026-492 du 12 juin 2026 vise à améliorer la protection et l’accompagnement de leurs parents à travers plusieurs points :

• Remboursement de crédits, déblocage d’épargne, impôts

• Protection dans l’emploi et droits à congé

• Droit au logement, hébergement en hôtel hospitalier

• Simplification des démarches administrative

• Reste à charge réduit pour les frais médicaux

La loi comprend tout d’abord des mesures pour sécuriser financièrement les familles dont l’enfant tombe gravement malade. Dans ces situations, souvent, les revenus des familles baissent tandis que leurs dépenses s’accentuent. Les parents bénéficiaires de l’allocation journalière de présence parentale (AJPP) pourront désormais obtenir du juge la suspension du remboursement de leurs crédits à la consommation ou immobiliers. 

La loi renforce également les droits des salariés, parents d’enfants gravement malades. Ils ne pourront pas être licenciés dans les 10 semaines suivant leur retour de congé pour présence parentale. Par ailleurs, les parents d’un enfant dont l’état de santé rend indispensable une présence soutenue et des soins contraignants auront droit à un aménagement d’horaires individualisés. Ce dispositif, prévu par l’article L3121-49 du code du travail, bénéficie déjà aux aidants de personnes handicapées. La durée du congé rémunéré pour l’annonce d’un handicap, d’un cancer ou d’une pathologie chronique chez un enfant est par ailleurs portée à 10 jours ouvrables (contre 5 jours aujourd’hui).

Accès facilité aux hôtels hospitaliers

Le droit au logement est également étendu aux familles éprouvant des difficultés particulières en raison de l’état de santé d’un enfant à charge malade ou handicapé ou victime d’un très grave accident. (…) L’accès au dispositif d’hébergement temporaire non médicalisé (ou hôtels hospitaliers) est élargi aux parents d’enfants gravement malades, hospitalisés loin du domicile familial. Les établissements de santé pourront mettre en place ce type d’hébergement, qu’ils pourront déléguer à un tiers par convention, pour la durée de l’hospitalisation. Les frais correspondants pourront être pris en charge par l’assurance maladie obligatoire, avec un ticket modérateur qui pourra lui-même être couvert par les complémentaires santé.

Simplification des démarches administratives

Pour les parents d’enfants malades ou handicapés, les démarches administratives représentent très souvent un casse-tête. La loi prévoit donc une expérimentation d’un an dans 10 départements pour accélérer les délais de traitement des demandes d’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH). Dans ces 10 départements, les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) devront identifier, dès leur dépôt, les dossiers des enfants nécessitant une prise en charge urgente et les traiter en priorité. Pour faciliter le stationnement près des établissements de soins des familles d’enfants malades, handicapés ou victimes d’un accident, le président du conseil départemental pourra délivrer directement la carte mobilité inclusion « stationnement », en l’absence de réponse de la MDPH dans les 2 mois.

Pour alléger les dépenses des familles (dont le reste à charge mensuel est estimé entre 150 et 600 euros), plusieurs mesures de remboursement entrent en vigueur. Désormais, le plafond des 12 séances annuelles du dispositif Mon Soutien psy est supprimé pour les enfants en Affection de Longue Durée (ALD), à condition que ces séances s’intègrent dans un protocole de soins. De plus, la prise en charge par l’Assurance Maladie est élargie aux consultations de ville des ergothérapeutes, psychomotriciens et diététiciens conventionnés, ainsi qu’aux bilans neuropsychologiques, jusqu’alors remboursés uniquement en établissement de santé.

Parents d'enfant atteint d'une maladie grave ou d'un handicap : leurs nouveaux droits - Santé Mentale

03 juillet 2026

[Livre] : Vers une psychiatrie sociale audacieuse, Pierre Doussinet et Croix Marine

Auteur Clément Bonnet ; Editions Champ social ; paru le 10 février 2026

Le mouvement "Croix Marine" a été fondé après la Libération par le Dr P. Doussinet.

Si la Croix Rouge est bien connue, Croix Marine inspirée par son modèle a été beaucoup plus modeste, même si elle se retrouve actuellement dans Santé Mentale France. L’intérêt de cet ouvrage est de redécouvrir la richesse des initiatives inscrites dans les partenariats entre secteurs public et privé pour favoriser l’intégration scolaire, l’insertion sociale et professionnelle. Il décrit tout autant la transformation du climat des hôpitaux psychiatriques avec la psychothérapie institutionnelle que le développement d’une action sociale spécialisée organisée aujourd’hui par le médico-social.

En traversant actuellement les deux années de la grande cause nationale dédiée à la santé mentale, il est utile de repérer les sources de progrès venues de Croix Marine. C’est le projet de l’auteur qui nous fait parcourir les réalisations et les ambitions du mouvement Croix Marine fondé après la Libération par le Dr P. Doussinet. Il insiste sur l’importance d’aménager les milieux de vie pour favoriser la participation sociale des personnes en situation de handicap psychique, ce qui nécessite avant tout de reconnaître pour elles le droit de s’associer, y compris dans les établissements psychiatriques ou médico-sociaux. Pour ce faire il faut mobiliser le milieu social, alerter l’opinion, associer le grand public aux problématiques de santé mentale avec la conviction que rien ne sera possible sans une prise de conscience collective.
Pour Croix Marine le milieu social doit garantir l’encadrement et la protection des plus vulnérables. Encore faut-il que chacun de nous puisse prendre soin de la société pour que celle-ci devienne une société du soin mutuel.
Un retour sur les pratiques innovantes d’hier pour affronter l’actualité des enjeux de la santé mentale.

Addictions, dépression, schizophrénie : comment la canicule affecte les patients atteints de troubles psychiatriques

Par Victor Dhollande • Publié le jeudi 25 juin 2026 à 07:18

La canicule, qui touche la France depuis la fin de semaine dernière, affecte la santé mentale et peut aggraver les troubles psychiatriques de certains patients, qui cumulent souvent plusieurs facteurs de vulnérabilité.

Alors que 72 départements étaient jeudi dernier en vigilance canicule rouge, ce qui veut dire qu'environ 50 millions de Français ont été exposés à des chaleurs extrêmes, les urgences enregistrent un pic de passage depuis le début de la vague de chaleur. Des consultations pour des hyperthermies, des déshydratations, mais également, ce qu'on évoque moins, pour des conséquences parfois lourdes sur la santé mentale, en particulier pour les patients atteints de troubles psychiatriques, plus vulnérables aux fortes températures.

Plusieurs études scientifiques, internationales et françaises, ont déjà montré que les canicules étaient associées à une augmentation de consultations aux urgences pour troubles psychiatriques. "On voit particulièrement des hausses concernant les troubles addictifs, les addictions, mais aussi les troubles de l'humeur, notamment les dépressions, et un peu, dans une moindre mesure, les troubles psychotiques et la schizophrénie", détaille Baptiste Pignon est professeur de psychiatrie à l'hôpital Henri Mondor de Créteil et auteur d'une étude sur le sujet.

La qualité de sommeil altérée

"Il y a déjà un effet, dans la population générale, d'augmentation du stress, de l'irritabilité, des conflits intrafamiliaux, qui sont des facteurs de risque de décompensation psychiatrique", mais il y a également "une altération de la qualité de sommeil", rappelle le médecin. Or, "la qualité de sommeil est un facteur omniprésent dans les troubles psychiatriques".

De plus, certains médicaments comme les psychotropes et les antidépresseurs ne font pas vraiment bon ménage avec la canicule, d'autant que les patients atteints de troubles psychiatriques cumulent souvent plusieurs facteurs de vulnérabilité : "Ils vivent dans des logements plus précaires et parfois, ils sont plus isolés socialement. Et ça aussi, ce sont des facteurs qui vont être déterminants dans la vulnérabilité aux fortes chaleurs". D'où l'importance pour ces patients de rester en lien très étroit avec les professionnels de santé pendant cette canicule.

Addictions, dépression, schizophrénie : comment la canicule affecte les patients atteints de troubles psychiatriques | France Inter

02 juillet 2026

L’injonction d’examen psychiatrique adoptée par le Parlement

Le Parlement a définitivement validé la proposition de loi instaurant une injonction d’examen psychiatrique. Cette mesure, activable directement par le préfet, vise les individus suspectés de préparer des projets d’attentat, en dépit des multiples mises en garde venues du monde hospitalier.

Porté par le député Charles Rodwell (Ensemble pour la République, Yvelines), ce texte très débattu ambitionne de renforcer la sécurité nationale, le recours à la rétention administrative ainsi que la prévention des menaces terroristes. Après l’obtention d’un accord de compromis en commission mixte paritaire, le projet de loi a passé sa dernière étape législative avec le vote du Sénat le 15 juin, puis à l’Assemblée nationale le 16 juin. L’article premier de cette loi introduit donc un nouveau dispositif d’examen psychiatrique ordonné par l’autorité préfectorale. Une évolution législative fermement contestée par de nombreux professionnels de la santé et parlementaires de gauche, qui la qualifient de risquée, scientifiquement injustifiée et impossible à mettre en œuvre sur le terrain.

Dans sa version finale, la loi précise qu’aux « seules fins de prévenir la commission d’actes de terrorisme, en même temps que de permettre la protection de la santé », le représentant de l’État peut « faire obligation à une personne […] de se soumettre à un examen psychiatrique dans un délai qu’il fixe et qui ne peut être inférieur à quinze jours, sauf urgence dûment justifiée ». Pour activer cette mesure, les autorités doivent disposer de « raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace grave pour l’ordre et la sécurité publics« , un constat fondé sur « son adhésion à des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme et d’agissements susceptibles d’être en tout ou partie liés à des troubles mentaux, identifiés par l’avis d’un psychiatre sur le fondement de l’ensemble des éléments à sa disposition« .

Un texte décrié

L’article 1er du texte a donné lieu à de nombreux débats. La Sénatrice du Nord (Hauts-de-France) Mme Michelle Gréaume a souligné lors de la séance du 20 mai au Sénat que le projet de loi reposait « sur un postulat scientifiquement contesté : ce texte entretient un amalgame dangereux entre radicalisation et troubles psychiatriques, alors que les travaux existants disent exactement l’inverse. La Fédération française de psychiatrie rappelait déjà, dans un rapport de référence publié il y a cinq ans, qu’il existe une confusion persistante entre actes terroristes criminels et crimes psychotiques. Elle soulignait également que les caractéristiques psychiatriques de personnes surveillées pour radicalisation ne correspondent pas à celles des auteurs d’actes terroristes« , insistant sur des « chiffres internationaux » qui « montrent que seule une minorité très réduite des personnes condamnées pour terrorisme présente des troubles psychiatriques sévères : de l’ordre de 4 % à 5 %. Les recherches démontrent surtout que les processus de radicalisation sont davantage liés à des facteurs sociaux qu’à des pathologies mentales. Autrement dit, votre dispositif ne repose sur aucun travail scientifique, si bien que les psychiatres eux-mêmes le contestent massivement. Il risque d’être contre-productif dans la prévention réelle du terrorisme« , a-t-elle conclu.

Selon la sénatrice : « ce texte est arbitraire, car un dispositif d’hospitalisation sans consentement existe déjà lorsqu’une personne présente un danger pour elle-même ou pour autrui en raison de troubles psychiatriques. Un tel mécanisme est encadré par une garantie : un certificat médical établissant un péril imminent , a-t-elle dénoncé, estimant qu’avec cet article, « on quitte le terrain du soin ».

L’injonction d’examen psychiatrique adoptée par le Parlement - Santé Mentale

01 juillet 2026

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

Jamais la santé mentale n'a autant occupé l'espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée.

« Les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques en Europe. » « Les jeunes vont de plus en plus mal. » « Une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l'année écoulée. » Dans les médias, ces titres alarmistes deviennent familiers et interrogent : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?
Spoiler alert : ces solitudes et ces douleurs n'ont pourtant rien de nouveau. Seule la manière dont nous les racontons a changé. Ainsi, lorsque Nicolas Demorand révèle, en 2025, qu'il vit avec un trouble bipolaire, beaucoup saluent son courage. D'autres lui écrivent pour le remercier. Pas seulement parce qu'ils se reconnaissent dans sa maladie, mais parce qu'ils retrouvent dans son récit quelque chose qui nous concerne tous. Cette fatigue de devoir toujours aller bien. Cette difficulté à montrer ses fragilités. Une parole qui se libère et qui constitue une avancée incontestable. Mais elle soulève aussi une question plus troublante. Assistons-nous réellement à une aggravation sans précédent des troubles psychiques ? Ou avons-nous appris à regarder autrement nos fragilités ?

Ce qui ne se disait pas

Par le passé, les dépressions se vivaient souvent à voix basse, parfois dans la honte. Les troubles bipolaires inspiraient - et inspirent encore - de nombreux préjugés. La schizophrénie, elle aussi, est longtemps restée méconnue et stigmatisée. Au bout du fil, Mickaël Worms-Ehrminger commence par saluer cette parole enfin libérée. Une conviction qui irrigue également son récent ouvrage Communiquer en santé mentale. Repères pour de nouvelles stratégies et pratiques (Presses de l'EHESP, janvier 2026). Pour ce docteur en santé publique et recherche clinique, cette visibilité nouvelle ne signifie pourtant pas que la souffrance était moindre autrefois.
« Je ne crois pas que les gens aillent massivement plus mal qu'avant, observe-t-il. En revanche, nous parlons beaucoup plus de santé mentale et nous avons tendance à interpréter sous ce prisme des expériences qui appartiennent pourtant à la vie elle-même. Un deuil, une séparation, une période de précarité ou simplement des moments de doute peuvent provoquer des symptômes anxieux ou dépressifs sans qu'il y ait nécessairement une maladie psychiatrique. » « Au fond, ajoute-t-il, le fait que nous en parlions davantage ne signifie pas forcément que nous souffrons davantage. »

Des chiffres qui racontent plusieurs histoires

Les données disponibles dessinent un paysage plus nuancé qu'il n'y paraît. Selon Santé publique France, près d'un adulte sur six a connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Chez les adolescents et les jeunes adultes, plusieurs indicateurs se sont dégradés depuis la pandémie. Les passages aux urgences pour gestes suicidaires ont notamment augmenté chez les adolescentes. « Des chiffres qu'il convient toutefois d'interpréter avec prudence, les études incluant également certains gestes d'automutilation ou de scarification qui ne traduisent pas toujours une volonté de mourir », précise Mickaël Worms-Ehrminger, sans toutefois minimiser la souffrance réelle de ces jeunes. Les chiffres ne racontent pas tous la même histoire. Ainsi, dans son enquête EnCLASS publiée le 2 juin 2026, Santé publique France rapporte que huit collégiens sur dix et plus de sept lycéens sur dix ont une perception positive de leur vie actuelle. Quant au taux de suicide, il demeure élevé mais a globalement diminué depuis les années 1980. « L'économie de l'attention exige des titres alarmistes afin de provoquer plus d'engagement, de clics et de partages », analyse le chercheur. Il invite ainsi à se méfier des lectures trop univoques. « Parce que dire qu'un jeune sur cinq va mal attirera toujours davantage l'attention que rappeler que quatre sur cinq vont bien, tempère-t-il. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'existe pas de souffrance, mais nous devons nous garder d'une forme de catastrophisme permanent. »

Une époque qui supporte mal ses blessures

À l'occasion de la Grande cause nationale consacrée à la santé mentale 2025, reconduite en 2026, le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, rappelait sur son site qu'il fallait « déstigmatiser les maladies mentales, mais attention à ne pas en faire un simple effet de mode ni à banaliser les troubles psychiatriques ». Une nuance que partage Mickaël Worms-Ehrminger : « À force de vouloir éliminer toute forme de mal-être, on risque de faire croire qu'il serait anormal d'aller mal. Or la tristesse, la peur ou le découragement font partie de la condition humaine. Le problème n'est pas de souffrir. Le problème, c'est quand cette souffrance devient envahissante et empêche de vivre. »

Quelle différence entre émotion et maladie ?

Dans une revue publiée en mars 2026 dans Nature Reviews Psychology, la psychologue britannique Lucy Foulkes s'est intéressée aux effets parfois inattendus des campagnes de sensibilisation à la santé mentale. Non parce qu'elles seraient inutiles. Au contraire. Mais parce qu'à force de scruter nos émotions, nous finissons parfois par les interpréter autrement. Mickaël Worms-Ehrminger aime d'ailleurs rappeler que « cent pour cent de la population mondiale présente des symptômes anxieux ». « L'anxiété est une émotion normale, insiste-t-il. Ce qui importe, c'est de savoir quand elle devient si envahissante qu'elle altère réellement le quotidien. » Toute la difficulté consiste alors à distinguer la souffrance inhérente à la vie de celle qui devient maladie.

Quand les réponses se trouvent sur les réseaux sociaux

À 41 ans, Hélène découvre un soir une vidéo TikTok intitulée « Dix signes que vous êtes probablement TDAH sans le savoir. » Elle se reconnaît immédiatement. « J'avais l'impression qu'on m'expliquait enfin toute ma vie », raconte-t-elle. Le diagnostic posé quelques semaines plus tard ne confirmera pourtant aucun trouble du déficit de l'attention. Une expérience qui illustre combien l'autodiagnostic, à l'ère des réseaux sociaux, peut parfois brouiller la frontière entre les difficultés de la vie, des émotions universelles, et la maladie (Santé mentale : gare à l'autodiagnostic sur les réseaux). Pour le chercheur, ces situations sont de plus en plus fréquentes. « Les listes de symptômes sont parfois tellement générales que chacun peut s'y reconnaître, déplore Mickaël Worms-Ehrminger.
C'est un peu comme les horoscopes. Nous avons tous besoin de donner du sens à nos difficultés, mais toutes les particularités humaines ne relèvent pas d'une pathologie. » C'est ce qu'on appelle communément un biais de confirmation, soit la tendance à filtrer, à sélectionner les informations qui vont dans le sens de ce que nous croyons.
Le phénomène n'est pas sans risque. Certains influenceurs « en santé mentale » ou pseudo-thérapeutes prospèrent sur ces fragilités et promettent des réponses simples à des souffrances complexes, sans garde-fous médicaux. Des dérives sectaires peuvent également s'engouffrer dans cette quête de sens, en proposant des méthodes miracles ou des communautés d'appartenance particulièrement séduisantes pour des personnes en quête de réponses.

Derrière les mots, le handicap psychique

Parler davantage de santé mentale ne doit pas faire oublier ceux pour qui la souffrance psychique est devenue une maladie et parfois un véritable handicap invisible. Mickaël Worms-Ehrminger tient d'ailleurs à recentrer le débat sur ces situations souvent les plus lourdes. « Ceux qui souffrent le plus aujourd'hui sont souvent ceux qui allaient déjà mal avant. »
C'est là, selon lui, que se situe la véritable urgence. À mesure que la santé mentale est devenue un sujet de société, un paradoxe est apparu. Les discours sur le bien-être psychologique se sont multipliés, mais la réalité du handicap psychique reste largement méconnue. Schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions sévères ou certains troubles anxieux peuvent pourtant avoir des conséquences très concrètes sur l'emploi, le logement, les relations sociales ou l'accès aux soins. Derrière les mots de la santé mentale, les maux les plus lourds demeurent souvent les moins visibles. Et derrière eux, des hommes et des femmes dont le quotidien est profondément bouleversé par une maladie que rien ne distingue au premier regard.

Redonner du pouvoir d'agir

À écouter certains débats, on finirait presque par croire que la souffrance psychique se résume à une affaire de neurotransmetteurs. Mickaël Worms-Ehrminger n'en est pas convaincu. « Nous avons peut-être oublié quelque chose d'essentiel, le temps de parole et l'alliance thérapeutique. Si moins de la moitié des patients répondent aux antidépresseurs, c'est bien que tout ne se joue pas dans la chimie du cerveau. » Depuis plusieurs années, la psychiatrie du rétablissement et la réhabilitation psychosociale remettent justement la personne au centre, en complément d'une médication si besoin et bien évidemment en accord et en discussion avec son médecin ou psychiatre. L'objectif n'est plus seulement de faire disparaître des symptômes. Il s'agit aussi de retrouver un logement, un travail, des relations, des projets, parfois simplement le goût du lendemain. Autrement dit, chacun peut peu à peu reprendre du pouvoir sur sa vie et retrouver sa place dans sa propre histoire.

Une autre idée du soin

Les êtres humains se révèlent rarement dans les questionnaires. Plus rarement encore dans les diagnostics notamment « sauvages ». Ils se découvrent dans leurs fragilités, leurs blessures, leurs élans et ces nuits qu'ils parviennent, un jour, à traverser. Au fond, le véritable enjeu de la santé mentale n'est peut-être pas de construire des vies sans ombre. Il est de faire en sorte que ceux qui traversent la nuit n'aient plus à le faire seuls. Peut-être est-ce là, finalement, la plus belle définition du soin.

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

30 juin 2026

Santé mentale : l’IA, une chance ou un danger ?

L’intelligence artificielle peut s’avérer un outil performant pour les professionnels de la santé mentale, mais elle est aussi susceptible de compromettre la santé mentale des jeunes. Les psychiatres appellent donc à mettre en place des garde-fous. Clara Chappaz, Allison Fine Mishkin et Raphaël Gaillard se sont attaqué à cette problématique lors d’une conférence organisée le 9 juin à l’occasion du congrès international d’addictologie Albatros 2026.

Comme il a été rappelé en introduction à la conférence, l’enquête européenne « IA conversationnelle et santé mentale des jeunes » de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) indique que 86 % des jeunes Français utilisent une IA conversationnelle et que 48 % l’utilisent pour parler de sujets personnels ou intimes. Constatant que l’IA occupe désormais « une place centrale dans la vie de tous, y compris celle des plus jeunes », Clara Chappaz, ambassadrice du numérique et de l’intelligence artificielle pour la France, pense qu’elle doit désormais être traitée comme une question pleinement politique. « Les technologies ne sont plus seulement des sujets techniques, elles sont devenues des sujets profondément politiques », a-t-elle notamment déclaré. À cette fin, la France, explique-t-elle, cherche à faire entendre sa voix dans les instances internationales, du G7 à l’OCDE en passant par l’ONU, afin de poser des principes communs. Il s’agit de ne pas se faire déborder par des effets nocifs de l’IA, et de ne pas réagir trop tardivement, comme ce fut le cas par exemple pour les réseaux sociaux.

Détecter les signaux faibles

Une fois encadrée, l’IA reste un outil performant, y compris pour les professionnels de la santé mentale, a abondé le Dr Raphaël Gaillard, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. La psychiatrie, serait, pour l’IA, « un terrain d’application privilégié. Car le diagnostic repose souvent sur l’agrégation de signaux faibles, captés parfois dès les premières secondes d’une consultation. Regrouper des signaux faibles, l’IA sait très bien le faire », résume-t-il. À ses yeux, cette capacité pourrait contribuer demain à rendre le diagnostic psychiatrique plus objectif, en complément des critères cliniques existants. Toutefois, a-t-il ajouté, rejoignant les préoccupations de Clara Chappaz, il est indispensable de prévoir des « garde-fous » afin que les chatbots puissent alerter ou orienter vers un professionnel lorsqu’une situation l’exige. L’IA pourrait ainsi devenir un outil d’appui au diagnostic et au suivi des maladies psychiatriques chroniques, sans se substituer au soin humain.

Définir les comportements attendus

Allison Fine Mishkin, responsable du développement de l’enfant chez OpenAI, a rejoint les préoccupations de Clara Chappaz et Raphaël Gaillard, en ce qui concerne l’encadrement de l’IA. Ainsi, a-t-elle développé, OpenAI n’autorise pas l’usage de ses produits aux moins de 13 ans. Mais cette règle est souvent transgressée. Selon certaines recherches aux États-Unis, cite-t-elle, environ la moitié des filles de moins de 13 ans se tournent déjà vers des chatbots lorsqu’elles se sentent tristes ou anxieuses.

« Il faut aussi se demander ce qui se passe dans la vie de ces jeunes lorsqu’elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour se tourner vers un parent, un ami ou un autre adulte de confiance », a-t-elle souligné. Face à cet état de fait, OpenAI s’entoure d’une armada de médecins, psychiatres, psychologues, cliniciens et spécialistes du développement de l’enfant, pour examiner les réponses des IA aux questionnements enfantins, et définir les comportements attendus, notamment face aux questions de santé mentale. « Il ne suffit pas de dire qu’un outil est sûr et de le mettre entre les mains des jeunes », a insisté Allison Fine Mishkin. Il faut aussi définir les effets positifs que l’on cherche à produire.

Attachement émotionnel rare

Allison Fine Mishkin a également présenté des travaux menés par OpenAI, notamment l’analyse de 40 millions d’interactions avec ChatGPT et un essai contrôlé randomisé. Quatre résultats ressortent : l’attachement émotionnel aux chatbots semble rare ; les conversations très affectives restent minoritaires même chez les utilisateurs intensifs ; la modalité d’usage, voix ou texte, influence les comportements ; enfin, les personnes qui demandent des conseils personnels ne sont pas forcément les plus dépendantes émotionnellement au modèle.

Ces conclusions ne conduisent pas OpenAI à minimiser les risques, mais à défendre une démarche de recherche continue. « Il est essentiel de collaborer avec la communauté académique et de nous imposer des standards élevés de validation et de mise en œuvre », a déclaré Allison Fine Mishkin, en soulignant aussi l’importance des usages éducatifs, très présents chez les jeunes.

Raphaël Gaillard a, pour sa part, rappelé que les IA comportent néanmoins une part sombre, inexplorée. Il s’interroge sur la puissance relationnelle de ces outils, capables d’offrir une écoute permanente, sans jugement apparent, et entièrement centrée sur l’utilisateur. Certains patients, dit-il, confient désormais davantage de choses à une IA qu’à leur thérapeute. Le psychiatre rapporte avoir lu jusqu’à 140 pages d’échanges entre un patient et une IA, frappé par « le niveau d’intimité » produit par cette relation.

Intolérance aux relations humaines ?

Son inquiétude dépasse la seule dépendance : si l’IA devient plus disponible, plus fluide et moins frustrante que les relations humaines, elle pourrait réduire la tolérance aux désaccords, aux lenteurs et aux frictions ordinaires de la vie sociale. « Face à une interaction aussi puissante, disponible en continu, ne risque-t-on pas de perdre la patience nécessaire aux relations humaines ? », a-t-il demandé. Pour lui, l’IA pourrait devenir un outil de « désensibilisation » aux relations réelles si elle dispense l’utilisateur de composer avec une volonté autre que la sienne.

Flagornerie

La question de la « flagornerie » des chatbots – leur tendance à aller dans le sens de l’utilisateur – concentre aussi les inquiétudes. Clara Chappaz y voit un enjeu particulier pour les adolescents, qui ont besoin de confrontation et de limites pour se construire. « Nous n’avons pas encore de certitude sur les effets sycophantes, mais nous savons que les signaux que nous percevons doivent être pris très au sérieux dès aujourd’hui », a-t-elle averti.

Finalement, un consensus se dessine : l’IA ne doit être ni rejetée ni adoptée sans réserve. Elle peut ouvrir des perspectives majeures pour la psychiatrie, l’éducation et l’accès au savoir, mais seulement si ses effets sur les personnes vulnérables sont étudiés et encadrés. « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore quinze ans », a résumé Clara Chappaz, en référence au retard pris face aux effets des réseaux sociaux.

Santé mentale et IA : chance ou danger ?