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06 mai 2026

santementalevosges.fr : La plateforme créée par et pour les acteurs de la santé mentale dans les Vosges

La direction des Résidences Boussac est fortement impliquée dans le domaine de la santé mentale. Coorganisatrice de la journée "Santé mentale – Travailler ensemble", qui avait réuni 150 acteurs et professionnels de la santé mentale dans les Vosges, le 31 mars dernier, l’Association présentait un nouveau service digital :


Une plateforme inédite dans les Vosges, dont Aïda Saïdi, Assistante de direction et Directrice Formations Boussac, nous explique la genèse, la vocation et l’évolution.

L’Association Résidences Boussac est spécialisée dans l’hébergement et l’accompagnement personnalisé pour les adultes en situation de handicap psychique et/ou psychiatrique et les personnes âgées dépendantes dans les Vosges.

Comment l’idée de cette plateforme dédiée à la santé mentale que vous avez lancée le 15 avril dernier est-elle née ?

Nous avons décidé de créer cette plateforme en décembre 2025. Un diagnostic, effectué auprès de nos salariés et de personnes évoluant dans le secteur médico-social, est à l’origine de deux constats qui ont déclenché le besoin de créer un annuaire digital qui puisse recenser l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine de la santé mentale.

Le premier constat repose sur le fait que, même si la santé mentale est désignée, pour la deuxième année consécutive, Grande Cause nationale par les pouvoirs publics, il est toujours difficile aux acteurs qu’elle concerne d’en donner une définition commune. Troubles psychiques, mal-être, dépression, autisme, maladies psychiatriques… on ne sait pas toujours de quoi nous parlons.

Le deuxième constat : les dispositifs présents dans les Vosges sont nombreux, mais les acronymes qui les désignent sont tellement complexes que même nos salariés rencontrent des difficultés pour les identifier. Pour trouver des solutions aux problématiques liées à la santé mentale dans les Vosges, il est nécessaire de décloisonner les parcours de soins et de vie ; donc de pouvoir identifier les acteurs et les ressources dans les Vosges.

C’est de cette nécessité de favoriser la rencontre, la mutualisation et la coordination entre les secteurs médico-social, sanitaire, social et associatif, qu’est né ce projet. Il y a beaucoup d’inertie dans notre secteur, et nous avons eu envie de faire bouger les choses en prenant l’initiative de créer une cartographie associée à une marque facilement identifiable, accessible et gratuite… Nous y sommes parvenus en fédérant 26 acteurs du territoire autour du projet… et en quatre mois seulement.

Le site santementalevosges.fr est accessible depuis le 15 avril. À qui s’adresse-t-il et que va-t-il permettre ?

Il propose des ressources (existantes par ailleurs, mais diffuses) aux professionnels, institutions et associations de pairs aidants qui interviennent dans le champ de la santé mentale et les instances de coordination. Cette interconnaissance doit permettre de limiter les inégalités sociales dues à la disparité des solutions proposées sur le territoire, ainsi que les ruptures de parcours encore fréquentes dues à la méconnaissance des relais possibles, notamment dans les situations complexes.

Qu’est ce qui en a déterminé la forme ?

Aujourd’hui, chaque institution ou organisme possède son propre annuaire, mais aucune plateforme ne rassemblait ces informations de manière efficace dans les Vosges. La cartographie digitale nous est apparue être la meilleure stratégie pour recenser les acteurs présents sur le territoire. Grâce à la géolocalisation et au moteur de recherche par thématique (logement, emploi, vie sociale, etc.) on peut rapidement identifier l’offre de services proposée dans les Vosges (établissement médico-social, Centre Médico-Psychologique (CMP), lieux de vie sociale adapté, médecins psychiatres et notamment les 13 psychologues conventionnés dans les Vosges, etc.) et accéder à la fiche de l’établissement, médecin ou dispositif identifié. Le site permet ensuite d’exporter cette fiche ainsi que les résultats d’une recherche.

Outre la cartographie et le moteur de recherche, quels types d’informations peut-on trouver ?

Nous avons intégré un « Répertoire des sigles », essentiel pour identifier les dispositifs et les organismes ; il sera complété par un descriptif de leurs missions dans un second temps de développement. L’onglet « Ressources » renvoie vers les numéros utiles, les formations accessibles, les sites et ressources proposés dans les Vosges pour s’informer sur la santé mentale, mais aussi trouver une formation, s’inspirer du partage d’expérience. Enfin, l’onglet « Actualités » permet à tous de s’informer sur les événements proposés dans les Vosges par les acteurs de la santé mentale.

Comment est-t-il voué à évoluer ?

Un comité de suivi – qui réunit six institutions : l’Unafam, Handi-Vosges, Adavie, Association de Belval, Dispositif d’Appui à la Coordination (DAC) et les Résidences Boussac (propriétaire de la plateforme) – a la charge de faire vivre la plateforme, de valider les demandes de référencement, d’analyser les statistiques de fréquentation et d’opérer des mises à jour régulières.

Aujourd’hui le site est opérationnel et accessible. Son contenu va progressivement s’enrichir et nous sommes actuellement en réflexion pour élargir son utilisation aux usagers dans un second temps.

Nous invitons tous les acteurs engagés en faveur de la santé mentale à s’inscrire et à s’en emparer pour interagir, mutualiser les ressources et faciliter la prise en charge dans les Vosges.

LA SANTÉ MENTALE QU’EST-CE QUE C’EST ?

Selon l’OMS, la santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Elle fait partie de notre santé globale au même titre que la santé physique.

Tout mal-être n’est pas un trouble psychiatrique, de même que tout trouble psychiatrique n’est pas un simple mal-être. Santé mentale et troubles psychiques s’inscrivent dans un même continuum et peuvent ainsi coexister. Par exemple, on peut vivre avec un trouble mental et présenter un bon niveau de santé mentale ou vivre sans trouble mental et présenter une santé mentale qui nuit à sa vie quotidienne. Cela explique pourquoi la psychiatrie est un sous ensemble de la santé mentale.

Pour autant, il importe de les dissocier et de ne pas minimiser ou banaliser des pathologies qui nécessitent des soins et une prise en charge spécialisés.

Rappelons que la santé mentale désigne un état de bien-être et la capacité à ressentir, penser et agir de manière à améliorer notre vie et à relever les défis auxquels nous sommes confrontés. Tandis que les troubles mentaux concernent des altérations de la pensée, de l’humeur et/ou du comportement associées à un état de détresse et à un dysfonctionnement marqués.

3 questions à PHILIPPE ROLIN – Bénévole à l’UNAFAM (Union Nationale de Familles et Amis de personnes malades et/ ou handicapées psychiques)

En tant que bénévole de l’UNAFAM, comment avez-vous accueilli cette plateforme ?

Avec enthousiasme. Beaucoup de projets de cartographie n’ont pas abouti, du fait de la complexité que cela représente. L’idée de créer cette plateforme est venue d’Emmanuel Muller, le Directeur Général des Résidences Boussac. Il souhaitait mettre en place un outil capable de regrouper tous les acteurs du secteur médical et médico- social en lien avec la santé mentale dans le département des Vosges.

Pour l’UNAFAM, qui intervient auprès des pairs-aidants, à quoi répond-t-il ?

Il existe, dans les Vosges, comme dans certains départements, un manque de personnel de santé, notamment dans le secteur de la psychiatrie. Face à cette réalité, il y a deux possibilités : s’en effrayer, mais à ce titre on n’avance pas ; ou rechercher des alternatives.

À l’UNAFAM, c’est en écoutant les remarques des personnes et des familles que nous accueillons, que nous avons pris conscience du manque de coordination entre les acteurs. Or, si dans les Vosges, nous disposons d’une vraie richesse en termes de dispositifs, les personnes qui les animent ne se connaissent pas suffisamment pour interagir.

Cette plateforme vient justement répondre au besoin exprimé par les acteurs du secteur et au fait que les familles et personnes en souffrance ont parfois du mal à s’orienter dans ces différents dispositifs. C’est essentiel, car cette méconnaissance pouvait provoquer des ruptures de soins ou des prises en charge non adaptées, alors qu’une solution pouvait être proposée par une association située à proximité. Savoir où ces acteurs sont situés et sur quelles thématiques ils interviennent est d’autant plus important dans le cadre des maladies psychiques, que les prises en charge peuvent être spécifiques selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme, de son âge et de savoir si un diagnostic a été établi.

Qu’est-ce qui, selon vous, va garantir l’utilisation de cet outil digital ?

Le risque, lorsque l’on met en place ce type de plateforme, c’est qu’elle ne soit pas mise à jour régulièrement. Or ce qui est intéressant, dans le fonctionnement de santementalevosges.fr, c’est la mise en place du Comité de suivi et d’une équipe d’administrateurs en charge de la validation des informations transmises par les établissements inscrits et de leur mise à jour. Son succès viendra aussi du fait que cet outil – protéiforme mais simple d’accès – permet, en croisant plusieurs critères et thématiques (logement, travail, vie sociale et affective, etc.) d’obtenir rapidement des réponses pertinentes aux questionnements et aux problématiques rencontrées par ses utilisateurs.

L’UNAFAM va l’utiliser pour aider les familles que ses bénévoles rencontrent. Il doit devenir un outil permanent au service des professionnels et des personnes en souffrance.

“ TRAVAILLER ENSEMBLE ”

Le 31 mars 2026, à l’initiative de Résidences Boussac, l’Association de Belval, de l’UNAFAM et d’Habitat & Humanisme, une journée d’étude dédiée au thème « Santé mentale – Travailler ensemble » a réuni plus de 150 professionnels exerçant dans ce secteur.

Cet appel à se rencontrer a suscité un véritable engouement qui témoigne de la nécessité partagée par tous les acteurs du secteur médico-social, sanitaire et social des Vosges, ainsi que par le monde associatif : trouver des solutions pour collaborer plus efficacement en mutualisant les moyens disponibles afin d’améliorer la prise en charge et le parcours de soins et de vie en santé mentale.

La présentation de la cartographie interactive santementalevosges.fr a été un moment fort de cette journée dont l’objectif visait à installer une dynamique de réseau. Ainsi, pour la première fois, une dizaine d’organisations vosgiennes ont eu l’occasion de travailler ensemble lors de quatre ateliers thématiques : les piliers de l’autonomie, le soin, le logement, l’accès au travail et la vie intime.

Mise en ligne le 15 avril dernier, cette cartographie des acteurs de la santé mentale dans les Vosges, permet en quelques clics de rechercher et d’obtenir des informations sur un établissement médico- social, un accompagnement vers le travail adapté, un centre médico- psychologique (CMP), un lieu de vie sociale adapté, un professionnel de santé, par exemple.

C’est aussi un centre de ressources en santé mentale à disposition des professionnels et des aidants pour faciliter la coordination et les orientations dans le cadre de situations complexes, favoriser l’interconnaissance et contribuer à l’animation du territoire par les acteurs locaux.

santementalevosges.fr

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05 mai 2026

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée

Avec "Le Monde est psy", cette praticienne, professeure à l’université d’Orléans, et son coauteur, ont exploré en mots et en images l’univers complexe des troubles mentaux, pour informer et offrir un regard différent sur la souffrance psychique.

Être bipolaire, c’est quoi ? Et vivre avec une schizophrénie c’est comment ? Plutôt qu’un long traité scientifique bien aride, la psychiatre Jasmina Mallet, professeure à l’université d’Orléans et au CHU, a décidé d’expliquer la maladie mentale en BD. Une approche originale, pour toucher tous les publics et tordre le cou aux préjugés et aux idées reçues sur la santé mentale.

« J’avais envie de donner des clés pour comprendre, pour éviter la stigmatisation sur ces sujets qui peuvent toucher tout le monde », explique la praticienne, qui a longtemps exercé à l’Assistance publique à Paris, avant de venir à Orléans pour participer à l’aventure de la création de la faculté de médecine.

Le projet s’est concrétisé à la suite d’une table ronde lors des rencontres de La Seine en Folie, en 2024. Elle y croise ceux qui vont coécrire ce livre avec elle, Benoît Broyart, auteur et scénariste, et le dessinateur Laurent Richard. En 120 pages, la BD, intitulée « Le monde est psy » et publiée aux éditions Hygée, explore la grande galaxie de la psychiatrie de manière à la fois simple et sensible, en croisant expérience, science, histoire et témoignages de patients.

Parmi eux, David, qui vit avec une schizophrénie et est devenu « pair-aidant », trait d’union entre les patients et les soignants, ou André Robillard, un artiste de 94 ans qui vit depuis des années à l’hôpital psychiatrique Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret). Sorti à l’automne dernier pour coller avec l’actualité du moment - l’année de la santé mentale, grande cause nationale 2025, reconduite en 2026 -, le livre, qui a bénéficié du soutien financier du programme France 2030, commence à faire son chemin dans les librairies et auprès du public : dédicaces au salon du livre à Paris, conférences, etc.

« On n’a pas eu une grande exposition médiatique mais, finalement, cela a plutôt bien marché pour une BD. On a fait un premier tirage à 2 000 exemplaires et on est maintenant en réimpression. Notre éditeur nous soutient », se réjouit la psychiatre qui imagine faire peut-être un jour un deuxième tome. Pour tous ceux qui ont envie d’en apprendre davantage et de rencontrer les auteurs, la Librairie Nouvelle, à Orléans, consacrera un après-midi au sujet, le 6 juin prochain, et mettra en avant de nombreux ouvrages autour de la santé mentale.

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée - Le Parisien

04 mai 2026

Bipolarité : comment avance la recherche ?

Entre IA diagnostique et pistes inflammatoires, la psychiatrie vit une "petite" révolution. La Fondation FondaMental dévoile des avancées dans la recherche pour transformer le quotidien des 600 000 Français concernés par les troubles bipolaires.

"Huit à dix ans". C'est le temps moyen encore nécessaire pour poser un diagnostic de trouble bipolaire. Un retard considérable, aux conséquences parfois dramatiques. Mais la recherche accélère. En 2026, la Fondation FondaMental évoque un tournant vers une « psychiatrie de précision » (Inflammation : une piste clé en psychiatrie), capable d'adapter les soins au profil de chaque patient. Derrière cette promesse, une ambition claire : sortir d'une approche uniforme pour mieux cibler les traitements, et réduire les rechutes, les hospitalisations… et le risque suicidaire, très élevé dans cette pathologie.

Vers une psychiatrie de précision

Les chercheurs s'appuient désormais sur des cohortes massives, comme FACE-BD, pour identifier des biomarqueurs fiables : génétiques, issus de l'imagerie cérébrale ou inflammatoires. L'étude révèle que près de 40 % des patients présentent des signes d'inflammation chronique. Des marqueurs immunitaires (comme l'interleukine-2) sont à l'étude pour de nouveaux traitements. Les chercheurs ont également observé un vieillissement prématuré (mesuré par la longueur des télomères, des sortes de capuchons protecteurs de nos chromosomes) chez certains jeunes patients, ce qui expliquerait une réduction de l'espérance de vie de 10 à 15 ans.
Plus globalement, ces données permettent de mieux comprendre une maladie encore hétérogène, qui touche entre 1 % et 2,5 % de la population française. « L'enjeu, c'est de proposer à chacun un traitement sur mesure », expliquent les équipes de recherche. Une révolution silencieuse, qui pourrait transformer la prise en charge du handicap psychique en limitant les phases aiguës et leurs conséquences sur la vie sociale et professionnelle.

Inflammation, cerveau et nouvelles pistes

Parmi les pistes les plus prometteuses : l'inflammation cérébrale. De plus en plus d'études montrent que certains patients présentent des marqueurs biologiques spécifiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblées. En parallèle, la génétique progresse. Une étude internationale portant sur plus de 150 000 patients a permis d'identifier plusieurs dizaines de gènes impliqués dans la maladie (précisément 298 régions du génome, autrement dit le « code génétique », liés au trouble), certains déjà liés à des traitements existants. Autant d'indices pour affiner les diagnostics… et anticiper les rechutes. Ainsi, en se concentrant sur les facteurs de risque, ils ont constaté que les individus porteurs d'un nombre élevé de variations génétiques spécifiques présentent un risque 7 fois supérieur de développer la maladie.

L'IA et le diagnostic précoce en ligne de mire

Autre révolution en cours : l'intelligence artificielle. En croisant données cliniques, cognitives et biologiques, elle pourrait aider à détecter plus tôt les troubles bipolaires, parfois confondus avec une dépression classique. Car derrière les fluctuations de l'humeur, c'est bien un handicap invisible qui s'installe, avec de lourdes conséquences : troubles cognitifs, fatigue, désinsertion professionnelle mais aussi comorbidités (ou troubles physiques et psychiques associés), via le score de risque polygénique (PRS), révélant par exemple un terrain commun entre le trouble bipolaire et le TDAH. Certaines approches innovantes, comme les parcours de soins coordonnés, montrent déjà des résultats encourageants, avec une réduction significative des hospitalisations et des tentatives de suicide.

Mieux comprendre pour mieux inclure

Reste un défi majeur : la (dé)stigmatisation. Encore largement méconnus, les troubles bipolaires restent associés à des idées reçues tenaces. « Ces travaux contribuent aussi à changer le regard », souligne la Fondation FondaMental. Car mieux comprendre la maladie, c'est aussi mieux accompagner les personnes concernées, réduire le retard diagnostique et enfin prédire l'évolution de la maladie. Les enjeux sont considérables pour une maladie qui coûte environ 6 910 € par an et par patient en France. Or, la Fondation FondaMental déplore que la recherche en psychiatrie ne reçoive que 2 à 4 % des financements en France, contre plus de 15 % dans les pays anglo-saxons.

Bipolarité : comment avance la recherche ?

30 avril 2026

Psychia’tips : des repères cliniques

Pour consolider les savoirs des nouveaux soignants, des infirmiers ont créé Psychia’tips des "fiches repères" en pharmaco et sémiologie.

À leur arrivée en psychiatrie, de nombreux infirmiers expriment leur manque de connaissances liées aux pathologies et à la pharmacologie. Ils signalent également leurs difficultés à déployer des postures cliniques adaptées et à construire progressivement leur rôle propre. Pour répondre à ces attentes, un groupe d’infirmiers du Centre Hospitalier Sainte-Marie de Clermont-Ferrand, accompagné d’un infirmier en pratique avancée (IPA), a créé Psychia’tips, un livret de poche pensé comme un outil concret et pratique.

Ce livret se compose de fiches synthétiques réparties en deux volets complémentaires. Le premier aborde les pathologies psychiatriques les plus fréquentes, avec repères cliniques, éléments essentiels de prise en charge infirmière et schémas facilitant la visualisation rapide des situations de soins. Le second présente les grandes classes pharmacologiques, avec noms commerciaux et dénomination commune internationale (DCI), points de vigilance, surveillances à mettre en place et rappels du rôle propre. Un lexique codé par couleur facilite l’identification des classes de médicaments, la mémorisation et la lecture visuelle.

La structure modulaire de ce support permet de l’actualiser et de l’enrichir de nouvelles fiches afin de couvrir progressivement les situations cliniques rencontrées dans les différents services. Validé par les pharmaciennes et le président de la Commission médicale d’établissement (CME), ce livret tient dans la poche et accompagne le travail quotidien des soignants. Il sert de repère aux nouveaux professionnels et de support de psychoéducation, permettant de transmettre aux patients des informations claires, uniformisées et validées médicalement.

Produits par le CATTP Madeleine-Gaillard, plus de 250 exemplaires ont déjà été diffusés. Le projet a reçu le prix des Pépites de l’Association hospitalière Sainte-Marie (AHSM) 2025, soulignant son utilité et son ancrage de terrain. Une démarche de protection et de labellisation est en cours pour permettre une diffusion plus large au sein de l’AHSM et au-delà. Psychia’tips illustre ainsi la créativité des infirmières et leur capacité à s’inscrire dans une dynamique de transmission des savoirs pour améliorer la qualité des soins et faciliter l’intégration des nouveaux soignants.

Contact : Guillaume Miton, IPA, guillaume.miton@ahsm.fr.

Psychia'tips : des repères cliniques - Santé Mentale

29 avril 2026

Schizophrénie : une théorie vieille de 50 ans enfin confirmée sur les "voix"

Les hallucinations auditives représentent l'un des symptômes les plus déstabilisants de la schizophrénie. Jusqu'à présent, leur mécanisme exact demeurait mystérieux malgré de nombreuses hypothèses. Grâce à des technologies d'imagerie cérébrale avancées, une équipe de l'University of New South Wales a enfin percé ce secret en observant directement l'activité du cerveau pendant ces épisodes. Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses pour un dépistage précoce des troubles psychotiques.

Un mécanisme cérébral défaillant identifié

Thomas Whitford, chercheur en psychologie, a dirigé une expérience novatrice utilisant l'électroencéphalographie pour mesurer les ondes cérébrales. L'objectif consistait à comparer la réaction du cerveau face au discours intérieur chez trois groupes distincts. Son équipe a recruté 142 participants au total, dont 55 personnes schizophrènes ayant récemment vécu des hallucinations auditives, 44 autres atteintes de schizophrénie mais sans hallucinations récentes, et 43 individus sans antécédents psychiatriques.

Le protocole expérimental s'avérait ingénieux. Les volontaires devaient prononcer mentalement le mot « bah » ou « bih » tout en écoutant simultanément l'un de ces deux sons diffusés dans un casque audio. Ils ignoraient si leur choix correspondrait au stimulus externe. Cette méthode permettait d'observer comment le cerveau traite la coïncidence entre pensée verbale et perception sonore.

Les résultats, publiés dans la revue Schizophrenia Bulletin* ont révélé une différence majeure. Chez les personnes saines, le cortex auditif réduit naturellement son activité lorsqu'elles parlent intérieurement ou à voix haute. Le cerveau anticipe le son de sa propre voix et atténue sa réactivité pour éviter une surcharge sensorielle. Cette prédiction neurologique fonctionne comme un filtre automatique distinguant nos pensées des bruits extérieurs.

Quand le cerveau confond l'interne et l'externe

Chez les patients schizophrènes ayant connu des épisodes hallucinatoires récents, ce mécanisme de régulation dysfonctionnait complètement. Leur cerveau réagissait avec une intensité inhabituellement élevée lorsque leur parole intérieure correspondait au son externe. Au lieu de diminuer, l'activité cérébrale augmentait dramatiquement, comme si la voix provenait d'une source extérieure menaçante ou mystérieuse.

« Cette idée circule depuis cinquante ans, mais sa vérification s'avérait impossible car le discours intérieur reste fondamentalement privé », explique Whitford. La technologie moderne a finalement permis de mesurer objectivement ce phénomène invisible. Les données neurologiques confirment que le cerveau des personnes entendant des voix traite leur propre pensée verbale comme une intrusion externe.

Cette découverte explique pourquoi les hallucinations auditives semblent si authentiques et convaincantes pour ceux qui les vivent. Le cerveau ne distingue plus correctement l'origine des signaux auditifs. Les voix intérieures deviennent indiscernables des conversations réelles, créant une confusion profonde et angoissante. Cette erreur d'attribution transforme un processus mental normal en expérience perturbante.

Des perspectives thérapeutiques encourageantes

Les implications cliniques de cette recherche s'annoncent considérables pour la prise en charge psychiatrique. Les médecins pourraient identifier précocement les individus présentant ce défaut de prédiction neuronale, bien avant l'apparition d'une psychose déclarée. Un dépistage préventif permettrait d'intervenir rapidement avec des traitements adaptés, améliorant significativement le pronostic.

Les applications potentielles incluent notamment :

=> Le développement de tests diagnostiques basés sur l'EEG pour détecter les anomalies prédictives.
=> La mise au point de thérapies ciblant spécifiquement ce mécanisme de reconnaissance vocale.
=> L'adaptation des protocoles de rééducation cognitive pour renforcer la distinction interne-externe.
=> La personnalisation des traitements médicamenteux selon les profils neurologiques identifiés.

Cette avancée scientifique transforme radicalement notre compréhension des troubles schizophréniques en révélant leur base neurobiologique concrète.

*Corollary Discharge Dysfunction to Inner Speech and its Relationship to Auditory Verbal Hallucinations in Patients with Schizophrenia Spectrum Disorders | Schizophrenia Bulletin | Oxford Academic

Schizophrénie : une théorie vieille de 50 ans enfin confirmée sur les « voix »

28 avril 2026

La honte ou le "passager clandestin" de la souffrance psychique.

La honte est partout en psychiatrie.
Et pourtant on ne la nomme presque jamais.


1- La honte, l'émotion invisible

-n'apparaît jamais comme symptôme à part entière dans DSM5
-pourtant elle est bien là, pesante, bloquante, si on sait l'entendre
-touche l'identité
-elle dit "je suis quelqu'un de mauvais" (≠culpabilité: "j'ai fait quelque chose de mal")

2- Honte et dépression

-fréquente en lien avec la déformation des cognitions
-empêche souvent de demander de l'aide car implique sa révélation
-porte sur des éléments très concrets du quotidien
-s'aggrave par comparaison aux autres
-plus elle est silencieuse plus elle s'installe

3- Honte et médicaments 💊

"ma mère en serait malade" 
-beaucoup les prennent en cachette
-la pharmacie ? Un lieu parfois redouté (une remarque du pharmacien...ou la voisine qui voit la boîte de risperidone)
-pourquoi ? "Dépendant", "zombifiant"...
- c'est être déjà du "mauvais côté"

4- Honte et hospitalisation

-"surtout ne mettez pas sur le bulletin de situation que je suis à l'HP"
-accepter d'être hospitalisé, c'est accepter d'être vu comme "fou"
-ne s'arrête pas à l'entrée
-continue pendant séjour, après la sortie: comment expliquer au travail, aux amis...?

5- Honte et travail

-Un arrêt pour lombalgies, ça se dit
-Un arrêt pour dépression sévère, c'est plus compliqué
-peur d'être perçu comme instable, imprévisible, moins compétent.
-et en toile de fond: "que dira-t-on de moi?"

6- Honte et proches

-"Je ne veux pas les inquiéter", "je ne peux pas être un fardeau"... des phrases entendues tellement en consultation
-souvent vu comme un geste altruiste "je les protège" mais s'enracine dans la honte d'être vu ainsi
-problème : on se prive d'un soutien si nécessaire

7- Honte et maladie invisible

-fonctionner en public, mais s'effondrer en privé
-en plus double peine: pas de pansement, pas de signe flagrant donc ça peut passer complètement inaperçu
-"mais tu n'as pas l'air malade" est très fréquent et clairement renforçateur de la honte

8- Honte et addictions

-intrication+++
-cercle vicieux: consommation pour fuir une honte préexistante, puis culpabilité de la consommation entretient la honte
-rechute vécue comme la preuve légitimant la honte: "je savais que je n'y arriverais pas, je ne suis pas qqn de confiance"

9- Quand la honte se cache derrière la colère

-honte plus simple à tolérer sous cette forme
-s'exprime contre les autres, le système...
-en consultation, un patient agressif ou opposant cache souvent une honte intense d'avoir besoin d'aide, d'être là, d'être vu dans cet état

10- Sortir de la honte

-la reconnaître + la nommer
-pas forcément une vérité
-thérapie d'autocompassion: apprendre à se traiter soi-même comme un ami
-sortir de la honte ne signifie pas ne plus la ressentir, mais qu'elle ne dicte plus nos comportements ni ne définit notre identité

On ne se libère pas de la honte en la taisant.
On commence à s'en libérer quand on ose enfin la nommer à voix haute.


C'était le rôle de ce texte.
C'est votre rôle maintenant de le faire en le diffusant.

Docteur David MASSON

27 avril 2026

Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto

À l’Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris (IPNP), un lieu où des chercheuses et chercheurs travaillent ensemble sur le fonctionnement du cerveau, Wafa Ghoul fait partie de ces jeunes chercheuses qui cherchent à éclairer l’origine des troubles psychiatriques à travers l’étude de l’ADN. Elle contribue ainsi à mieux reconnaître ces maladies, encore stigmatisées dans la société. 

Grâce à un appel à projets entre l’Université Paris Cité (UPCité) et l’Université de Toronto (U of T), elle a pu développer ses recherches à l’international. Une expérience qu’elle raconte et qui l’a marquée, autant sur le plan professionnel que personnel.

Explorer les troubles psychiatriques à travers l’ADN

Doctorante à l’Université Paris Cité, Wafa entame son parcours dans le monde de la psychiatrie lors de son stage de master à l’IPNP en 2023.

« J’étais intéressée par la génétique humaine, mais la psychiatrie m’a attirée parce que c’est un domaine en pleine évolution avec encore beaucoup de choses à découvrir. »

Animée par une forte envie d’apprendre, elle choisit de poursuivre une thèse au sein de l’IPNP. Son travail consiste à étudier l’ADN de patientes et patients atteints de troubles psychiatriques, en particulier la catatonie, pour mieux décrypter ce qui se passe dans leur corps.

« La catatonie est un trouble qui affecte les mouvements et le comportement, c’est une maladie psychomotrice et une maladie rare. Les patients peuvent avoir des difficultés d’interaction: soit ne plus bouger du tout, soit au contraire être dans un état d’agitation complète. Elle peut se développer chez des personnes atteintes de schizophrénie ou de troubles bipolaires. »

Au cœur de ses recherches sur les troubles du mouvement et du comportement, Wafa explore différentes “couches” de l’ADN.

« L’idée, c’est d’analyser l’ADN présent dans le noyau des cellules, mais aussi l’ADN mitochondrial et le profil épigénétique pour essayer de comprendre quel est l’impact de l’environnement sur ces patients. »

En pratique, elle travaille à la fois sur l’ADN principal des cellules et l’ADN mitochondrial, présent dans les mitochondries ; ces structures qui produisent l’énergie nécessaire au fonctionnement des cellules, notamment celles du cerveau. Elle s’intéresse également au profil épigénétique, qui permet de comprendre comment l’environnement peut influencer l’activité des gènes. Ainsi, des facteurs comme le stress ou le mode de vie peuvent jouer un rôle dans le développement des troubles et expliquer pourquoi certaines personnes sont plus touchées que d’autres.

Au-delà de l’analyse des données génétiques, les recherches de Wafa portent aussi des enjeux de société et de santé publique. Elles participent à faire évoluer le regard porté sur les maladies psychiatriques, en contribuant à améliorer la prise en charge des patientes et patients, à affiner les diagnostics et, à terme, à développer des traitements plus ciblés et personnalisés.

« Que ce soit dans les médias ou dans la culture populaire, les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont souvent vues comme “folles”, simplement parce qu’on ne connaissait pas les mécanismes biologiques ou génétiques derrière ces maladies. En réalité, il s’agit de pathologies comme les autres, comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Elles doivent être prises au sérieux, et les patients méritent la même attention médicale que les autres. »

Un premier pas à l’international

Les travaux de Wafa vont prendre une autre dimension en 2024. Son directeur de thèse Boris Chaumette, enseignant-chercheur en psychiatrie, l’encourage à continuer son analyse de l’ADN mitochondrial et à rejoindre un projet de collaboration internationale. Intitulé « Mitochondrial Gene Risk in Psychiatric Disorders: A Transatlantic Educational and Research Collaboration », ce programme est soutenu par UPCité et l’Université de Toronto via un appel à projets pour favoriser la recherche internationale, particulièrement pour les jeunes chercheuses et chercheurs. L’équipe du Pr. Ana Andreazza de l’Université de Toronto est accueillie à UPCité en mars 2025. Quelques mois plus tard, en octobre, Wafa s’envole à son tour pour Toronto. Une première expérience en Amérique du Nord, où elle découvre une autre manière de faire de la recherche.

« C’est une grande équipe vraiment spécialisée dans les liens entre mitochondrie et troubles bipolaires, qui travaille aussi au niveau biologique et qui fait de l’expérimentation, ce que nous ne faisons pas au laboratoire. Nous, on est plutôt dans l’analyse informatique du séquençage de l’ADN. […] Le fait de partager mes données, d’apprendre à communiquer avec des personnes plus expérimentées, et de présenter mes résultats, c’était très constructif. Je suis revenue avec beaucoup plus d’idées. »

Les premiers résultats de ce projet franco-canadien apportent déjà des éléments encourageants.

« On a montré que les personnes qui souffrent de psychose présentent plus de variations dans l’ADN que celles à risque qui n’ont pas développé la maladie. On est encore au début, mais l’objectif est de comprendre quels mécanismes biologiques sont impliqués. »

Les chercheuses et chercheurs ne savent pas encore exactement pourquoi des variations apparaissent : elles peuvent être héritées ou se développer au cours de l’évolution des cellules. Si les causes restent encore incertaines, ces travaux ouvrent des pistes prometteuses pour mieux cerner l’apparition de certains troubles.

Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto | Université Paris Cité

26 avril 2026

Festival "Les Rencardes" : nous y étions !

Le 11 avril 2026, rencontre entre handicap(s) et culture à Bischheim.

Le groupe musical "Les Voix de l'Aube" a pu faire la démonstration de ce qu'il sait faire... (Article DNA du 25 avril).


Malheureusement le journaliste a oublié de mentionner notre groupe (snif...)


25 avril 2026

Reconnaissance des émotions dans la schizophrénie : les proches également concernés

Les personnes atteintes de schizophrénie ont des difficultés à reconnaître les émotions. Mais ces troubles pourraient aussi exister, plus discrètement, chez leurs proches. Une étude, portée par l’équipe PsyR2, explore les mécanismes cérébraux en jeu.

La schizophrénie est un trouble psychiatrique complexe qui affecte notamment la capacité à reconnaître les émotions, en particulier sur les visages. Ces difficultés ne sont pas anodines : elles sont liées à des problèmes relationnels, un repli social et une moindre autonomie.

Cependant, ces altérations ne concernent pas uniquement les patients. Des études montrent que leurs proches, pourtant en bonne santé, présentent eux aussi des difficultés, notamment face aux émotions négatives comme la peur ou la colère.

Portée par l’équipe PsyR2*, cette étude soulève une question clé : ces troubles pourraient-ils constituer un “endophénotype”, c’est-à-dire une signature intermédiaire entre les gènes et la maladie ?

Une approche plus proche de la vie réelle

Pour mieux comprendre ces mécanismes, les chercheurs ont étudié trois groupes :
= des patients atteints de schizophrénie,
= leurs frères et/ou sœurs non malades,
= et des personnes sans trouble psychiatrique.

Tous ont réalisé une tâche sous IRM fonctionnelle (IRMf), consistant à reconnaître des émotions sur des visages intégrés dans un contexte émotionnel (et non présentés isolément). Cette approche se veut plus proche des situations réelles.

.../...

Ce texte est une reprise de l’article « Reconnaître les émotions : un indice caché de la schizophrénie ? » publié par le CH Le Vinatier le 14 avril 2026.

Lire l'article complet : 
Reconnaissance des émotions dans la schizophrénie : les proches également concernés - Santé Mentale

24 avril 2026

Psychiatrie : quand le bon sens populaire devient toxique

"Quand on veut, on peut"💪

On vous a sûrement dit un truc comme ça en pensant vous aider.
En psychiatrie, certains proverbes ne sont pas juste faux, mais carrément contre-productifs.


1. "Quand on veut, on peut", justement
- certains troubles psy (dépression sévère, schizophrénie...) touchent directement la motivation
- demander à un patient de "vouloir plus fort", c'est comme demander à quelqu'un avec une jambe cassée de courir : "lève-toi et marche"

2. "Le temps guérit toutes les blessures"
- un trouble bipolaire ou une schizophrénie non traités ne s'arrangent pas seuls
- les mécanismes d'évitement dans les troubles anxieux se renforcent
=> Le temps sans soin n'est pas de la patience, c'est une perte de chance en fait

3. "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts"
- non, une dépression, une addiction, une entrée en schizophrénie, des troubles dissociatifs après un trauma dans l'enfance, ça ne rend pas plus fort
- on peut se reconstruire, mais ça laisse des cicatrices. Pas des super-pouvoirs

4. "Il suffit de se secouer un bon coup"
- on ne se "secoue" pas d'une crise de panique ou d'un TOC (on l'est déjà bien assez...)
- cela suppose que le trouble psychique est une question de volonté ou de paresse
- faire cela, c'est surtout ajouter une couche de culpabilité

5. "La parole est d'argent, mais le silence est d'or"
- en santé mentale, c'est souvent l'inverse
- le silence peut alimenter l'isolement, la rumination, la honte
- mettre des mots sur ce qu'on vit (avec un soignant, un proche...) aide à mieux comprendre et à avancer

6. "L'oisiveté est la mère de tous les vices"
- en burn-out ou en dépression, le repos n'est pas de la paresse: c'est une prescription. Il faut recharger les batteries
- forcer l'activité à tout prix peut aggraver l'épuisement, la culpabilité, retarder le rétablissement

7. "Chassez le naturel, il revient au galop"
- implique que tout changement est impossible, donc pas d'espoir
- important: le cerveau avec sa neuroplasticité peut moduler ses schémas, même anciens. C'est le fondement même des psychothérapies comme les TCC

8. "Il n'y a pas de fumée sans feu"
- dans les problématiques psychotiques, le patient peut être convaincu d'être persécuté sans aucun fait réel
- dans la phobie d'impulsion, les gens recherchent une origine aux pensées envahissantes...
=> il n'y a pas forcément de "feu" à retrouver

9. "Aide toi et le ciel t'aidera"
- attaque de panique, crise suicidaire... parfois, on ne sort pas seul d'une détresse psychique aiguë. Tout comme on ne gérerait pas seul une détresse respiratoire
- l'entourage, les soignants..ne sont pas un luxe. C'est ce qui permet de survivre

10. "Il faut savoir tourner la page"
- ça ne se décrète pas
- deuil pathologique, dépressions résistantes, traumatismes complexes... sont précisément des situations où "tourner la page" est très difficile même avec accompagnement
- ⚠️ couche de culpabilité ajoutée !

Les proverbes condensent une sagesse réelle.
Mais en santé mentale, le "bon sens" peut invalider, culpabiliser, retarder le soin.
À retenir : le cerveau est un organe, pas un muscle moral.

À diffuser si vous connaissez quelqu'un à qui ça peut servir !


Dr David MASSON, psychiatre