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24 juin 2026

Autisme, TDAH, schizophrénie... Le paradoxe des troubles cognitifs et mentaux héritables ?

Chronique par Franck Ramus

Si ces troubles engendrent des perturbations importantes sur la vie, pourquoi n'ont-ils pas été écartés par la sélection naturelle ?

Il est maintenant bien établi que la plupart des troubles neurodéveloppementaux - déficience intellectuelle, autisme, TDAH - et psychiatriques - schizophrénie, trouble bipolaire, etc. - ont une forte composante génétique. On sait aussi que ces troubles engendrent des perturbations importantes tout au long de la vie, des altérations des relations sociales et affectives et une diminution de la fécondité, car les personnes affectées ont, en moyenne, moins de descendants que les autres.

On devrait donc s’attendre à ce que les variants génétiques qui augmentent le risque de ces troubles fassent l’objet d’une sélection naturelle négative, c’est-à-dire qu'ils soient éliminés au fil des générations, puisqu'ils ne sont renouvelés que par de rares mutations. Ces troubles devraient donc être tout aussi rares. Or, leur prévalence se situe à au moins 1 % de la population.

Des troubles mieux considérés dans le passé ?

Pour résoudre ce paradoxe, certains chercheurs ont postulé que ces troubles n’avaient pas les mêmes effets délétères dans notre passé lointain et qu'ils étaient sans doute mieux tolérés et moins stigmatisés qu’aujourd’hui, ou qu’ils s’accompagnaient de qualités valorisées.

Par exemple, les personnes schizophrènes ayant des hallucinations étaient peut-être perçues comme communiquant avec les esprits, acquérant ainsi prestige et fonction sociale. Les personnes bipolaires étaient peut-être plus créatives que la moyenne et les personnes autistes se rendaient peut-être utiles grâce à des talents particuliers au sein de leurs intérêts restreints. Ainsi, ces troubles auraient offert des avantages adaptatifs qui contrebalançaient voire surpassaient leurs inconvénients. Et les variants génétiques y prédisposant auraient ainsi pu se maintenir dans notre génome, voire faire l’objet d’une sélection positive.

Une nouvelle étude fascinante*

Ces hypothèses ont longtemps été inaccessibles à l’investigation scientifique. Une nouvelle étude sur l’évolution récente du génome humain apporte enfin des éléments de réponse. Elle s’appuie sur deux grandes avancées scientifiques. La première est le développement des études génomiques révélant les prédispositions génétiques pour de nombreux traits et maladies, y compris pour des traits complexes comme les troubles psychiatriques.

La deuxième est le développement de techniques permettant de reconstituer et analyser l’ADN ancien, issu de restes humains âgés de centaines, de milliers et même de centaines de milliers d’années. Ensemble, ces avancées permettent d’évaluer les prédispositions génétiques chez nos lointains ancêtres et de déterminer si elles ont augmenté, diminué, ou sont restées stables.

Les résultats de cette étude fascinante montrent d’abord que, loin de la fable d’une espèce humaine libérée de l’évolution génétique depuis l’avènement de la culture, celle-ci n’a jamais cessé d’évoluer, son génome se modifiant sans discontinuer jusqu’à ce jour. Ils montrent aussi qu’au cours des 10 000 dernières années, les prédispositions génétiques pour l’intelligence générale ont fait l’objet d’une sélection positive, c'est-à-dire que leur fréquence a augmenté, alors que celles pour la schizophrénie, le trouble bipolaire ou encore le TDAH, ont fait l’objet d’une sélection négative.

Cela suggère que ces troubles ont diminué la descendance des personnes concernées tout au long des derniers millénaires, remettant en cause l’hypothèse d’un avantage adaptatif. Seul le trouble du spectre de l’autisme, au moins dans ses formes les moins sévères, échappe à ce constat, les variants génétiques associés ne semblant pas avoir subi de changements significatifs.

Notre cerveau est particulièrement sensible aux mutations

Alors, comment expliquer le paradoxe de la prévalence relativement élevée de ces troubles ? La meilleure explication est que, bien que les variants génétiques concernés soient régulièrement éliminés, ils se renouvellent constamment par l’apparition de nouvelles mutations. Certes, les mutations individuelles sont très rares, ce qui fait que la plupart des maladies génétiques sévères restent très rares. Mais le cerveau est notre organe le plus complexe, il mobilise plus du tiers de notre génome pour son développement et son fonctionnement, soit environ 7 000 gènes. Une mutation dans n’importe lequel d’entre eux est susceptible de le faire dérailler et d’engendrer des troubles cognitifs ou psychiatriques.

Cela fait de notre cerveau, notre cognition et notre santé mentale des "cibles génomiques" tellement grandes que même des mutations rares sont susceptibles de les toucher régulièrement. Ainsi, quand bien même ils font l’objet d’une sélection génétique négative, les troubles n’en finissent pas de revenir à chaque génération et se maintiennent à une prévalence relativement élevée.

Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure (Paris)

* Ancient DNA reveals pervasive directional selection across West Eurasia Nature volume 654, pages419–428 (2026)

Autisme, TDAH, schizophrénie... Le paradoxe des troubles cognitifs et mentaux héritables, par Franck Ramus – L'Express

02 juin 2026

Schizophrénie et troubles psychotiques : lancement d’une commission internationale d’experts

La revue The Lancet annonce le lancement d’une commission internationale de chercheurs et de cliniciens de premier plan, coprésidé par Marion Leboyer (France) et Michael Berk (Australie). Objectifs : établir la synthèse des connaissances sur la schizophrénie et les troubles psychotiques et proposer des recommandations et une feuille de route des recherches à mettre en place.

Cette initiative majeure a pour ambition de faire progresser les connaissances scientifiques, d’améliorer la prise en charge clinique et de contribuer à orienter les politiques de santé publique et les stratégies de recherche concernant l’un des troubles psychiatriques les plus complexes et les plus insuffisamment pris en compte.

La schizophrénie et les troubles psychotiques apparentés touchent environ 23 millions de personnes dans le monde (soit environ 1 personne sur 345) et sont associés à des conséquences sanitaires, sociales et économiques majeures. Malgré d’importantes avancées en génétique, neurobiologie, épidémiologie et thérapeutique, des lacunes importantes persistent en matière de diagnostic, de prévention, de prise en charge à long terme et de compréhension par le grand public. Dans les pays développés, la schizophrénie représente entre 1,5 % et 3 % des dépenses de santé.

Cette initiative est détaillée dans un Commentaire publié par The Lancet le 21 mai 2026, intitulé “Announcing the Lancet Commission on schizophrenia and psychotic disorders”, co-signé par Marion Leboyer (UPEC, AP-HP, Inserm, Fondation FondaMental, directrice scientifique du Programme de recherche français en psychiatrie de précision PEPR PROPSY – France), Michael Berk (Deakin University et Barwon Health – Australie), Bruno Pedraz-Petrozzi (Fondation FondaMental, Central Institute of Mental Health, University of Heidelberg, PEPR PROPSY – France/Allemagne) et Moritz Spangemacher (Central Institute of Mental Health, University of Heidelberg – Allemagne. *

Mieux articuler recherche et prise en charge

Pour répondre à ces enjeux, la Commission réunira données scientifiques, expertise clinique et contribution des personnes concernées afin de proposer une vision intégrée des troubles psychotiques et de leur prise en charge. Au-delà d’un état des lieux scientifique, la Commission ambitionne de proposer une feuille de route concrète face à un enjeu majeur de santé publique.

Le rapport final fournira des recommandations pratiques et fondées sur les preuves à destination des professionnels de santé — médecins généralistes, psychiatres et autres spécialistes — une synthèse des recherches et une vision stratégique des études à mener ainsi que des contenus accessibles et pédagogiques pour les patients, leurs proches et les décideurs publics à travers le monde.

Une approche globale centrée sur les personnes concernées

La Commission reconnaît les recouvrements fréquents entre schizophrénie, trouble bipolaire, dépression majeure et autres syndromes psychiatriques. Elle adoptera ainsi une approche intégrée visant à dépasser les catégories diagnostiques strictes afin de mieux refléter la complexité des troubles psychotiques.

Les personnes concernées, leurs proches et les associations de patients occupent une place centrale dans les travaux de la Commission. Leur participation contribuera à l’interprétation des données scientifiques et garantira que les recommandations soient socialement pertinentes, réalisables et porteuses d’impact.

La Commission entend également lutter contre la stigmatisation, les discriminations, l’exclusion sociale et les inégalités d’accès aux soins, avec une attention particulière portée aux territoires où les services de santé mentale demeurent limités ou insuffisamment financés.

Les Core Experts qui composent cette Commission

Le rapport final de la Commission dressera un état des lieux des avancées scientifiques et cliniques majeures dans le champ de la schizophrénie, tout en mettant en lumière les zones d’ombre qui subsistent et les priorités qui devront guider la recherche et les pratiques cliniques au cours de la prochaine décennie.

Les travaux de la Commission seront structurés autour de neuf grands chapitres portant notamment sur la validité des diagnostics, les trajectoires et stades évolutifs de la maladie, l’épidémiologie et les facteurs de risque, les mécanismes biologiques et biomarqueurs, les comorbidités psychiatriques et somatiques, la stigmatisation et les réponses sociétales, les traitements, les recommandations cliniques et de santé publique, ainsi que les priorités de recherche pour les années à venir.

Afin de garantir une couverture exhaustive de ces thématiques, plusieurs experts internationaux ont été nommés responsables scientifiques et rédactionnels et coordonnent chacun un groupe d’experts sur la thématique dont ils sont responsables :

Peter Falkai (Allemagne) : Professeur et directeur du département de psychiatrie et psychothérapie de l’Université Ludwig-Maximilian de Munich, porte-parole des Centres allemands pour la santé mentale (DZPG)

Alison Yung (Australie) : Médecin, NHMRC Research Leadership Fellow et professeure de psychiatrie à l’Institute for Mental and Physical Health and Clinical Translation (IMPACT), Deakin University

Maxime Taquet (Royaume-Uni) : MSc BM BCh MRCPsych PhD, professeur associé à l’Université d’Oxford

Rob McCutcheon (Royaume-Uni) : MRCPsych, PhD, professeur associé et psychiatre consultant à l’Université d’Oxford

Dan Siskind (Australie) : MBBS, MPH, PhD, FRANZC, psychiatre clinicien universitaire au Metro South Addiction and Mental Health Service et professeur de psychiatrie à l’Université du Queensland

Nicola Reavley (Australie) : Principal Research Fellow à la Melbourne School of Population and Global Health

Mark Weiser (Israël) : division de psychiatrie du Sheba Medical Center et professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv

Andreas Meyer-Lindenberg (Allemagne) : professeur et directeur du département de psychiatrie et psychothérapie de l’Université de Heidelberg, CEO et directeur médical du Central Institute of Mental Health de Mannheim

En réunissant des experts internationaux, une approche interdisciplinaire et l’expertise des personnes concernées, la Commission entend faire évoluer la compréhension, le diagnostic et la prise en charge des troubles psychotiques à l’échelle mondiale, tout en contribuant à lutter contre la stigmatisation, les discriminations et l’exclusion sociale.

*Announcing the Lancet Commission on schizophrenia and psychotic disorders - The Lancet
Communique de presse, Fondation Fondamental, Fondation Sisley-d’Ornano, 24 mais 2026

Schizophrénie et troubles psychotiques : lancement d'une commission internationale d'experts - Santé Mentale

28 mai 2026

Schizophrénie – Un nouveau traitement mensuel franchit une étape clé vers son autorisation européenne

Les sociétés pharmaceutiques Teva et Medincell ont annoncé ce jeudi 21 mai 2026 que l’Agence européenne des médicaments (EMA) a accepté d’examiner leur demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’Olanzapine LAI (TEV-‘749). Ce traitement, une injection sous-cutanée à libération prolongée administrée une fois par mois, est destiné aux adultes atteints de schizophrénie. S’il est approuvé, il pourrait représenter une avancée majeure pour des milliers de patients en Europe, en répondant au défi crucial de l’observance thérapeutique.

Lutter contre le défi de l’observance thérapeutique

La schizophrénie est une maladie chronique qui nécessite un traitement continu, souvent sous forme de comprimés quotidiens. Cependant, le suivi de ce traitement au long cours représente une difficulté majeure pour de nombreux patients, entraînant des rechutes et des hospitalisations. L’Olanzapine LAI a été spécifiquement conçue pour surmonter cet obstacle.

« L’observance thérapeutique reste un défi majeur pour les personnes atteintes de schizophrénie, en particulier pour celles qui dépendent des formes orales d’olanzapine. Notre olanzapine injectable à libération prolongée, administrée par voie sous-cutanée, pourrait apporter une plus grande stabilité en offrant l’efficacité et la sécurité éprouvées de l’olanzapine sous la forme d’un traitement mensuel », a déclaré Eric Hughes, vice-président exécutif et directeur médical de Teva.

Il ajoute : « L’absence d’une formulation d’olanzapine à action prolongée viable a, pendant trop longtemps, limité les options thérapeutiques disponibles, et nous sommes impatients de collaborer avec l’EMA pour contribuer à répondre à ce besoin médical non satisfait ».

Une pathologie invalidante au lourd fardeau

La schizophrénie touche entre 0,3 % et 1,5 % de la population européenne. Il s’agit d’un trouble mental chronique et gravement invalidant qui altère la pensée, les émotions et le comportement. Les conséquences sont souvent lourdes : isolement social, instabilité professionnelle et une espérance de vie réduite de 15 à 20 ans par rapport à la population générale. Les rechutes sont fréquentes, avec environ 80 % des patients en connaissant plusieurs au cours des cinq premières années de traitement. Chaque épisode comporte un risque de dégradation fonctionnelle et de résistance au traitement.

« L’olanzapine orale quotidienne est l’un des antipsychotiques les plus couramment prescrits aux personnes souffrant de schizophrénie en Europe, où les traitements injectables à libération prolongée sont déjà largement utilisés », a souligné Christophe Douat, Directeur Général de Medincell.

« Nous sommes convaincus qu’une formulation d’olanzapine à libération prolongée, pratique et qui s’intègre naturellement dans la vie des patients, pourrait contribuer à répondre à un besoin réel et durable dans la prise en charge de la schizophrénie ».

Une technologie innovante et un dossier clinique solide

La demande d’autorisation déposée auprès de l’EMA s’appuie sur un programme de développement clinique complet, incluant l’étude de phase 3 SOLARIS. Selon les entreprises, les résultats de cette étude ont démontré un profil d’efficacité et de sécurité pour l’Olanzapine LAI conforme à celui des formulations orales d’olanzapine déjà commercialisées.

Le traitement repose sur la technologie SteadyTeq™, une innovation brevetée par Medincell. Elle utilise un copolymère qui, une fois injecté sous la peau, forme un dépôt entièrement biorésorbable. Ce dernier assure une libération contrôlée, régulière et prolongée du principe actif pendant un mois. Le produit n’est pour l’heure approuvé par aucune autorité réglementaire dans le monde. Une demande similaire a été acceptée pour examen par la FDA aux États-Unis en février 2026.

À propos des entreprises engagées

Teva Pharmaceutical Industries Ltd. (https://www.tevapharm.com/) est une société biopharmaceutique mondiale qui développe et produit des médicaments innovants et génériques.

Medincell (https://www.medincell.com/fr/) est une société biopharmaceutique basée à Montpellier, spécialisée dans le développement de traitements injectables à action prolongée grâce à sa technologie propriétaire BEPO®. UZEDY®, un autre traitement contre la schizophrénie utilisant cette technologie, est déjà commercialisé aux États-Unis par Teva.

TEL AVIV : Schizophrénie - Un nouveau traitement mensuel franchit une étape clé vers son autorisation européenne - Presse Agence

04 mai 2026

Bipolarité : comment avance la recherche ?

Entre IA diagnostique et pistes inflammatoires, la psychiatrie vit une "petite" révolution. La Fondation FondaMental dévoile des avancées dans la recherche pour transformer le quotidien des 600 000 Français concernés par les troubles bipolaires.

"Huit à dix ans". C'est le temps moyen encore nécessaire pour poser un diagnostic de trouble bipolaire. Un retard considérable, aux conséquences parfois dramatiques. Mais la recherche accélère. En 2026, la Fondation FondaMental évoque un tournant vers une « psychiatrie de précision » (Inflammation : une piste clé en psychiatrie), capable d'adapter les soins au profil de chaque patient. Derrière cette promesse, une ambition claire : sortir d'une approche uniforme pour mieux cibler les traitements, et réduire les rechutes, les hospitalisations… et le risque suicidaire, très élevé dans cette pathologie.

Vers une psychiatrie de précision

Les chercheurs s'appuient désormais sur des cohortes massives, comme FACE-BD, pour identifier des biomarqueurs fiables : génétiques, issus de l'imagerie cérébrale ou inflammatoires. L'étude révèle que près de 40 % des patients présentent des signes d'inflammation chronique. Des marqueurs immunitaires (comme l'interleukine-2) sont à l'étude pour de nouveaux traitements. Les chercheurs ont également observé un vieillissement prématuré (mesuré par la longueur des télomères, des sortes de capuchons protecteurs de nos chromosomes) chez certains jeunes patients, ce qui expliquerait une réduction de l'espérance de vie de 10 à 15 ans.
Plus globalement, ces données permettent de mieux comprendre une maladie encore hétérogène, qui touche entre 1 % et 2,5 % de la population française. « L'enjeu, c'est de proposer à chacun un traitement sur mesure », expliquent les équipes de recherche. Une révolution silencieuse, qui pourrait transformer la prise en charge du handicap psychique en limitant les phases aiguës et leurs conséquences sur la vie sociale et professionnelle.

Inflammation, cerveau et nouvelles pistes

Parmi les pistes les plus prometteuses : l'inflammation cérébrale. De plus en plus d'études montrent que certains patients présentent des marqueurs biologiques spécifiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblées. En parallèle, la génétique progresse. Une étude internationale portant sur plus de 150 000 patients a permis d'identifier plusieurs dizaines de gènes impliqués dans la maladie (précisément 298 régions du génome, autrement dit le « code génétique », liés au trouble), certains déjà liés à des traitements existants. Autant d'indices pour affiner les diagnostics… et anticiper les rechutes. Ainsi, en se concentrant sur les facteurs de risque, ils ont constaté que les individus porteurs d'un nombre élevé de variations génétiques spécifiques présentent un risque 7 fois supérieur de développer la maladie.

L'IA et le diagnostic précoce en ligne de mire

Autre révolution en cours : l'intelligence artificielle. En croisant données cliniques, cognitives et biologiques, elle pourrait aider à détecter plus tôt les troubles bipolaires, parfois confondus avec une dépression classique. Car derrière les fluctuations de l'humeur, c'est bien un handicap invisible qui s'installe, avec de lourdes conséquences : troubles cognitifs, fatigue, désinsertion professionnelle mais aussi comorbidités (ou troubles physiques et psychiques associés), via le score de risque polygénique (PRS), révélant par exemple un terrain commun entre le trouble bipolaire et le TDAH. Certaines approches innovantes, comme les parcours de soins coordonnés, montrent déjà des résultats encourageants, avec une réduction significative des hospitalisations et des tentatives de suicide.

Mieux comprendre pour mieux inclure

Reste un défi majeur : la (dé)stigmatisation. Encore largement méconnus, les troubles bipolaires restent associés à des idées reçues tenaces. « Ces travaux contribuent aussi à changer le regard », souligne la Fondation FondaMental. Car mieux comprendre la maladie, c'est aussi mieux accompagner les personnes concernées, réduire le retard diagnostique et enfin prédire l'évolution de la maladie. Les enjeux sont considérables pour une maladie qui coûte environ 6 910 € par an et par patient en France. Or, la Fondation FondaMental déplore que la recherche en psychiatrie ne reçoive que 2 à 4 % des financements en France, contre plus de 15 % dans les pays anglo-saxons.

Bipolarité : comment avance la recherche ?

29 avril 2026

Schizophrénie : une théorie vieille de 50 ans enfin confirmée sur les "voix"

Les hallucinations auditives représentent l'un des symptômes les plus déstabilisants de la schizophrénie. Jusqu'à présent, leur mécanisme exact demeurait mystérieux malgré de nombreuses hypothèses. Grâce à des technologies d'imagerie cérébrale avancées, une équipe de l'University of New South Wales a enfin percé ce secret en observant directement l'activité du cerveau pendant ces épisodes. Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses pour un dépistage précoce des troubles psychotiques.

Un mécanisme cérébral défaillant identifié

Thomas Whitford, chercheur en psychologie, a dirigé une expérience novatrice utilisant l'électroencéphalographie pour mesurer les ondes cérébrales. L'objectif consistait à comparer la réaction du cerveau face au discours intérieur chez trois groupes distincts. Son équipe a recruté 142 participants au total, dont 55 personnes schizophrènes ayant récemment vécu des hallucinations auditives, 44 autres atteintes de schizophrénie mais sans hallucinations récentes, et 43 individus sans antécédents psychiatriques.

Le protocole expérimental s'avérait ingénieux. Les volontaires devaient prononcer mentalement le mot « bah » ou « bih » tout en écoutant simultanément l'un de ces deux sons diffusés dans un casque audio. Ils ignoraient si leur choix correspondrait au stimulus externe. Cette méthode permettait d'observer comment le cerveau traite la coïncidence entre pensée verbale et perception sonore.

Les résultats, publiés dans la revue Schizophrenia Bulletin* ont révélé une différence majeure. Chez les personnes saines, le cortex auditif réduit naturellement son activité lorsqu'elles parlent intérieurement ou à voix haute. Le cerveau anticipe le son de sa propre voix et atténue sa réactivité pour éviter une surcharge sensorielle. Cette prédiction neurologique fonctionne comme un filtre automatique distinguant nos pensées des bruits extérieurs.

Quand le cerveau confond l'interne et l'externe

Chez les patients schizophrènes ayant connu des épisodes hallucinatoires récents, ce mécanisme de régulation dysfonctionnait complètement. Leur cerveau réagissait avec une intensité inhabituellement élevée lorsque leur parole intérieure correspondait au son externe. Au lieu de diminuer, l'activité cérébrale augmentait dramatiquement, comme si la voix provenait d'une source extérieure menaçante ou mystérieuse.

« Cette idée circule depuis cinquante ans, mais sa vérification s'avérait impossible car le discours intérieur reste fondamentalement privé », explique Whitford. La technologie moderne a finalement permis de mesurer objectivement ce phénomène invisible. Les données neurologiques confirment que le cerveau des personnes entendant des voix traite leur propre pensée verbale comme une intrusion externe.

Cette découverte explique pourquoi les hallucinations auditives semblent si authentiques et convaincantes pour ceux qui les vivent. Le cerveau ne distingue plus correctement l'origine des signaux auditifs. Les voix intérieures deviennent indiscernables des conversations réelles, créant une confusion profonde et angoissante. Cette erreur d'attribution transforme un processus mental normal en expérience perturbante.

Des perspectives thérapeutiques encourageantes

Les implications cliniques de cette recherche s'annoncent considérables pour la prise en charge psychiatrique. Les médecins pourraient identifier précocement les individus présentant ce défaut de prédiction neuronale, bien avant l'apparition d'une psychose déclarée. Un dépistage préventif permettrait d'intervenir rapidement avec des traitements adaptés, améliorant significativement le pronostic.

Les applications potentielles incluent notamment :

=> Le développement de tests diagnostiques basés sur l'EEG pour détecter les anomalies prédictives.
=> La mise au point de thérapies ciblant spécifiquement ce mécanisme de reconnaissance vocale.
=> L'adaptation des protocoles de rééducation cognitive pour renforcer la distinction interne-externe.
=> La personnalisation des traitements médicamenteux selon les profils neurologiques identifiés.

Cette avancée scientifique transforme radicalement notre compréhension des troubles schizophréniques en révélant leur base neurobiologique concrète.

*Corollary Discharge Dysfunction to Inner Speech and its Relationship to Auditory Verbal Hallucinations in Patients with Schizophrenia Spectrum Disorders | Schizophrenia Bulletin | Oxford Academic

Schizophrénie : une théorie vieille de 50 ans enfin confirmée sur les « voix »

27 avril 2026

Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto

À l’Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris (IPNP), un lieu où des chercheuses et chercheurs travaillent ensemble sur le fonctionnement du cerveau, Wafa Ghoul fait partie de ces jeunes chercheuses qui cherchent à éclairer l’origine des troubles psychiatriques à travers l’étude de l’ADN. Elle contribue ainsi à mieux reconnaître ces maladies, encore stigmatisées dans la société. 

Grâce à un appel à projets entre l’Université Paris Cité (UPCité) et l’Université de Toronto (U of T), elle a pu développer ses recherches à l’international. Une expérience qu’elle raconte et qui l’a marquée, autant sur le plan professionnel que personnel.

Explorer les troubles psychiatriques à travers l’ADN

Doctorante à l’Université Paris Cité, Wafa entame son parcours dans le monde de la psychiatrie lors de son stage de master à l’IPNP en 2023.

« J’étais intéressée par la génétique humaine, mais la psychiatrie m’a attirée parce que c’est un domaine en pleine évolution avec encore beaucoup de choses à découvrir. »

Animée par une forte envie d’apprendre, elle choisit de poursuivre une thèse au sein de l’IPNP. Son travail consiste à étudier l’ADN de patientes et patients atteints de troubles psychiatriques, en particulier la catatonie, pour mieux décrypter ce qui se passe dans leur corps.

« La catatonie est un trouble qui affecte les mouvements et le comportement, c’est une maladie psychomotrice et une maladie rare. Les patients peuvent avoir des difficultés d’interaction: soit ne plus bouger du tout, soit au contraire être dans un état d’agitation complète. Elle peut se développer chez des personnes atteintes de schizophrénie ou de troubles bipolaires. »

Au cœur de ses recherches sur les troubles du mouvement et du comportement, Wafa explore différentes “couches” de l’ADN.

« L’idée, c’est d’analyser l’ADN présent dans le noyau des cellules, mais aussi l’ADN mitochondrial et le profil épigénétique pour essayer de comprendre quel est l’impact de l’environnement sur ces patients. »

En pratique, elle travaille à la fois sur l’ADN principal des cellules et l’ADN mitochondrial, présent dans les mitochondries ; ces structures qui produisent l’énergie nécessaire au fonctionnement des cellules, notamment celles du cerveau. Elle s’intéresse également au profil épigénétique, qui permet de comprendre comment l’environnement peut influencer l’activité des gènes. Ainsi, des facteurs comme le stress ou le mode de vie peuvent jouer un rôle dans le développement des troubles et expliquer pourquoi certaines personnes sont plus touchées que d’autres.

Au-delà de l’analyse des données génétiques, les recherches de Wafa portent aussi des enjeux de société et de santé publique. Elles participent à faire évoluer le regard porté sur les maladies psychiatriques, en contribuant à améliorer la prise en charge des patientes et patients, à affiner les diagnostics et, à terme, à développer des traitements plus ciblés et personnalisés.

« Que ce soit dans les médias ou dans la culture populaire, les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont souvent vues comme “folles”, simplement parce qu’on ne connaissait pas les mécanismes biologiques ou génétiques derrière ces maladies. En réalité, il s’agit de pathologies comme les autres, comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Elles doivent être prises au sérieux, et les patients méritent la même attention médicale que les autres. »

Un premier pas à l’international

Les travaux de Wafa vont prendre une autre dimension en 2024. Son directeur de thèse Boris Chaumette, enseignant-chercheur en psychiatrie, l’encourage à continuer son analyse de l’ADN mitochondrial et à rejoindre un projet de collaboration internationale. Intitulé « Mitochondrial Gene Risk in Psychiatric Disorders: A Transatlantic Educational and Research Collaboration », ce programme est soutenu par UPCité et l’Université de Toronto via un appel à projets pour favoriser la recherche internationale, particulièrement pour les jeunes chercheuses et chercheurs. L’équipe du Pr. Ana Andreazza de l’Université de Toronto est accueillie à UPCité en mars 2025. Quelques mois plus tard, en octobre, Wafa s’envole à son tour pour Toronto. Une première expérience en Amérique du Nord, où elle découvre une autre manière de faire de la recherche.

« C’est une grande équipe vraiment spécialisée dans les liens entre mitochondrie et troubles bipolaires, qui travaille aussi au niveau biologique et qui fait de l’expérimentation, ce que nous ne faisons pas au laboratoire. Nous, on est plutôt dans l’analyse informatique du séquençage de l’ADN. […] Le fait de partager mes données, d’apprendre à communiquer avec des personnes plus expérimentées, et de présenter mes résultats, c’était très constructif. Je suis revenue avec beaucoup plus d’idées. »

Les premiers résultats de ce projet franco-canadien apportent déjà des éléments encourageants.

« On a montré que les personnes qui souffrent de psychose présentent plus de variations dans l’ADN que celles à risque qui n’ont pas développé la maladie. On est encore au début, mais l’objectif est de comprendre quels mécanismes biologiques sont impliqués. »

Les chercheuses et chercheurs ne savent pas encore exactement pourquoi des variations apparaissent : elles peuvent être héritées ou se développer au cours de l’évolution des cellules. Si les causes restent encore incertaines, ces travaux ouvrent des pistes prometteuses pour mieux cerner l’apparition de certains troubles.

Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto | Université Paris Cité

25 avril 2026

Reconnaissance des émotions dans la schizophrénie : les proches également concernés

Les personnes atteintes de schizophrénie ont des difficultés à reconnaître les émotions. Mais ces troubles pourraient aussi exister, plus discrètement, chez leurs proches. Une étude, portée par l’équipe PsyR2, explore les mécanismes cérébraux en jeu.

La schizophrénie est un trouble psychiatrique complexe qui affecte notamment la capacité à reconnaître les émotions, en particulier sur les visages. Ces difficultés ne sont pas anodines : elles sont liées à des problèmes relationnels, un repli social et une moindre autonomie.

Cependant, ces altérations ne concernent pas uniquement les patients. Des études montrent que leurs proches, pourtant en bonne santé, présentent eux aussi des difficultés, notamment face aux émotions négatives comme la peur ou la colère.

Portée par l’équipe PsyR2*, cette étude soulève une question clé : ces troubles pourraient-ils constituer un “endophénotype”, c’est-à-dire une signature intermédiaire entre les gènes et la maladie ?

Une approche plus proche de la vie réelle

Pour mieux comprendre ces mécanismes, les chercheurs ont étudié trois groupes :
= des patients atteints de schizophrénie,
= leurs frères et/ou sœurs non malades,
= et des personnes sans trouble psychiatrique.

Tous ont réalisé une tâche sous IRM fonctionnelle (IRMf), consistant à reconnaître des émotions sur des visages intégrés dans un contexte émotionnel (et non présentés isolément). Cette approche se veut plus proche des situations réelles.

.../...

Ce texte est une reprise de l’article « Reconnaître les émotions : un indice caché de la schizophrénie ? » publié par le CH Le Vinatier le 14 avril 2026.

Lire l'article complet : 
Reconnaissance des émotions dans la schizophrénie : les proches également concernés - Santé Mentale

23 avril 2026

Schizophrénie : une mutation génétique en cause ?

Dans une nouvelle étude publiée dans Nature Neuroscience*, des chercheurs ont mieux compris le rôle d’une mutation génétique dans la schizophrénie.

Cette mutation du gène grin2a perturbe la capacité de la personne à adapter son interprétation du monde face à de nouvelles informations.

Mais en agissant sur cette mutation du gène grin2a, les scientifiques ont réussi à inverser son effet et à restaurer un comportement normal chez la Souris.

*Reduced mediodorsal thalamus activity underlies aberrant belief dynamics in a genetic mouse model of schizophrenia | Nature Neuroscience

Schizophrénie : une mutation génétique en cause ?

20 avril 2026

Quel rôle de l’inflammation dans les troubles psychiatriques sévères ?

Une étude menée à partir des données de plus de 7 000 patients par le centre de recherche académique dédié à l’avancement des connaissances scientifiques dans le domaine des troubles psychiatriques SINAPS, en partenariat avec la Fondation FondaMental (France), apporte un nouvel éclairage sur le rôle de l’inflammation dans les troubles psychiatriques sévères. Ce travail met en évidence de nouvelles pistes pour personnaliser la prise en charge des patients souffrant de dépression, de schizophrénie ou de trouble bipolaire. 

Communiqué.

Environ un tiers des personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères (tels que la dépression résistante aux traitements, la schizophrénie ou le trouble bipolaire) présentent une inflammation chronique de bas grade. Ce phénomène biologique est associé à des formes plus sévères de la maladie et à une moins bonne réponse aux traitements.

Un marqueur biologique présent chez un tiers des patients

Publiée dans la revue scientifique internationale Brain, Behavior, and Immunity (1), cette recherche s’appuie sur les cohortes nationales FACE (FondaMental Advanced Centers of Expertise) de la Fondation FondaMental. Elle regroupe des patients atteints de dépression résistante, de schizophrénies ou de troubles bipolaires afin de mieux comprendre les facteurs communs associés à cette inflammation chronique. Les résultats montrent qu’environ 30 % des patients, quel que soit leur diagnostic psychiatrique, présentent des niveaux élevés de CRP (C-Reactive Protein), un biomarqueur sanguin révélateur d’inflammation chronique de bas grade.

Les chercheurs ont également utilisé plusieurs méthodes statistiques robustes (régression logistique pénalisée, forêts aléatoires et classification non supervisée) pour identifier les principaux facteurs associés à cette inflammation chronique de faible intensité :

= Le surpoids et l’obésité, de loin les facteurs les plus significatifs,
= Les déséquilibres métaboliques, notamment le cholestérol,
= Le tabagisme et la dépendance à la nicotine.

Ces facteurs liés au mode de vie et à la santé métabolique, bien connus en santé cardiovasculaire, jouent donc également un rôle clé dans l’inflammation associée aux troubles psychiatriques étudiés.

Cependant, l’étude montre que les facteurs liés à l’inflammation chronique diffèrent selon le sexe. Chez les femmes, l’inflammation est principalement associée au surpoids et aux troubles métaboliques. Un autre biomarqueur, l’acide urique, semble également impliqué. Chez les hommes, la situation est plus variée, mais le tabagisme apparaît comme un facteur particulièrement important.

Quelles perspectives pour les patients ?

Ces résultats plaident pour une prise en charge plus personnalisée, qui utilise la CRP non plus comme un simple indicateur général, mais comme un premier signal d’alerte pour orienter des actions ciblées. En complément des traitements standards (médicaments psychotropes et psychothérapie), cela pourrait inclure des interventions sur le mode de vie (alimentation, activité physique, arrêt du tabac) ou des traitements spécifiquement dirigés contre l’inflammation et/ou les anomalies métaboliques.

Ces travaux de recherche constituent une étape importante vers une psychiatrie de précision, adaptée aux caractéristiques individuelles. Les auteurs appellent désormais à des études prospectives pour évaluer l’impact de ces interventions ciblées sur l’inflammation.

1 – Tim Rietberg et al. From non-specific biomarker to targeted action: transdiagnostic and sex-specific drivers of high-CRP status in severe mental illness across the FondaMental Advanced Centers of Expertise (FACE) cohorts, Brain, Behavior, and Immunity, 2026. https://doi.org/10.1016/j.bbi.2026.106464

Quel rôle de l’inflammation dans les troubles psychiatriques sévères ? - Santé Mentale

09 avril 2026

[Recherche] : Les organoïdes cérébraux et l’intelligence artificielle : de nouvelles perspectives pour le diagnostic de la schizophrénie et des troubles bipolaires

Rédigé par Océane Delvarre, scientifique et bénévole au pôle recherche

Publié le : 12 mars 2026

Diagnostiquer la schizophrénie et le trouble bipolaire reste aujourd’hui un défi majeur en psychiatrie. En l’absence de biomarqueurs biologiques fiables, les cliniciens s’appuient essentiellement sur l’observation des symptômes et les entretiens cliniques, avec un risque d’erreurs et de confusions entre pathologies.

Une équipe de chercheurs de l’université Johns Hopkins (Baltimore, États-Unis) propose une approche innovante : combiner des organoïdes cérébraux, parfois simplifiés en « mini-cerveaux » – des modèles cellulaires cultivés en laboratoire qui reproduisent certaines caractéristiques du tissu cérébral humain – avec des algorithmes d’intelligence artificielle pour identifier des signatures neuronales propres à chaque trouble. À terme, cette approche pourrait compléter les outils cliniques actuels, en apportant un appui au diagnostic.

La schizophrénie et la bipolarité, des troubles difficiles à diagnostiquer

Aujourd’hui, aucun examen biologique, aucune prise de sang ni aucun test d’imagerie ne permet de poser avec certitude un diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Ces pathologies reposent sur une évaluation clinique des symptômes, qui peuvent être proches d’autres maladies neurologiques ou psychiatriques. Cette complexité explique les erreurs diagnostiques fréquentes1.

Les organoïdes cérébraux : des modèles cellulaires 3D du cerveau humain

Pour dépasser ces limites, les chercheurs se tournent vers les organoïdes cérébraux. Cultivées en laboratoire à partir de cellules humaines reprogrammées (issues par exemple de la peau ou du sang), ces structures tridimensionnelles reproduisent certaines caractéristiques du cerveau, comme l’organisation de réseaux neuronaux et une activité électrique. Elles ne constituent toutefois ni un organe complet ni un cerveau fonctionnel.

Dans cette étude, les scientifiques ont généré des organoïdes mimant la composition en cellules du cortex préfrontal, une région cérébrale clé impliquée dans la planification, la prise de décision et la régulation des comportements. Ces organoïdes ont été produits à partir de cellules de personnes atteintes de schizophrénie, de trouble bipolaire, mais aussi de personnes sans trouble psychiatrique, servant de groupe contrôle, afin de comparer les résultats1;2.

Quand l’intelligence artificielle « écoute » l’activité neuronale

Les organoïdes ont été enregistrés à l’aide de microélectrodes capables de capter leur activité électrique. Ces signaux ont ensuite été analysés par des algorithmes de machine learning (apprentissage automatique), capables de reconnaître des motifs complexes invisibles à l’œil humain2.

Résultat : les chercheurs ont identifié des signatures électriques distinctes entre les organoïdes sains et ceux issus de patients atteints de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Ces différences deviennent encore plus marquées lorsque les réseaux neuronaux sont stimulés par des impulsions électriques, mimant une forte sollicitation du cerveau2.

L’intelligence artificielle parvient ainsi à distinguer des organoïdes de patients schizophrènes de ceux de personnes saines2, en se basant uniquement sur leurs signatures électrophysiologiques. Dans certaines conditions expérimentales, la précision de classification atteint plus de 92 %.

Vers des signatures neuronales des maladies psychiatriques

Ces résultats suggèrent l’existence de véritables « signatures neuronales » propres à chaque trouble. À terme, cette approche pourrait compléter les outils cliniques actuels, en apportant un appui au diagnostic2.

Au-delà du diagnostic, ces organoïdes ouvrent la voie à une nouvelle forme de médecine personnalisée : il devient possible de tester différents traitements directement sur les organoïdes issus des cellules d’un patient, afin d’observer leur effet sur l’activité neuronale, sans risque pour la personne. L’objectif n’est plus seulement de traiter les symptômes, mais d’adapter les prescriptions aux réponses biologiques individuelles1,2.

Un enjeu majeur pour les neurosciences et la psychiatrie de demain : la médecine personnalisée

Cette recherche illustre une évolution des neurosciences : le passage d’une psychiatrie fondée uniquement sur l’observation des comportements à une approche intégrant des données biologiques et computationnelles. En combinant organoïdes cérébraux, intelligence artificielle et neurosciences, les chercheurs développent des outils capables de relier le fonctionnement des réseaux neuronaux aux troubles psychiques. À terme, ces approches pourraient transformer la prise en charge des maladies psychiatriques et neurodéveloppementales, en permettant des diagnostics plus fiables, des traitements mieux ciblés et une médecine plus personnalisée.
Sources
Published, R. M. C. /. Neural basis of schizophrenia and bipolar disorder found in brain organoids. The Hub https://hub.jhu.edu/2025/09/22/schizophrenia-bipolar-disorder-brain-organoids/ (2025).

Cheng, K. et al. Machine learning-enabled detection of electrophysiological signatures in iPSC-derived models of schizophrenia and bipolar disorder. APL Bioeng. 9, 036118 (2025).

Les organoïdes cérébraux et l’intelligence artificielle : de nouvelles perspectives pour le diagnostic de la schizophrénie et des troubles bipolaires - Fondation pour la Recherche sur le Cerveau

28 mars 2026

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre.

S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.

C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.

Une vulnérabilité majeure dès l’entrée en détention

Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).

Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.

Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.

Une apparente stabilité qui cache une réalité contrastée

Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.

Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.

Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.

Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.

Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.

Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.

Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.

Quelles pistes d’amélioration ?

Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.

Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.

Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.

Cet article a été co-rédigé par Kevin D'Ovidio, épidémiologiste statisticien, Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale Hauts-de-France (F2RSM Psy).

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

27 mars 2026

Un de vos proches présente un problème de santé mentale ? Aidez-nous à comprendre votre expérience.

L’objectif de l’étude PSY-AID, menée au sein de l’Université Paris Cité, est de mieux comprendre comment les proches s’adaptent aux problèmes de santé mentale d’un membre de leur entourage, la vision qu’ils ont de ces difficultés mais aussi de leurs conséquences.

Les proches de personnes présentant des troubles psychiatriques sont une de leurs principales sources de soutien face à la maladie. Ce soutien est d’autant plus important dans les moments de crise et notamment, lors de l’hospitalisation. Pourtant, peu de travaux se sont intéressés à l’impact de cette prise en charge sur les proches.

L’objectif de l’étude PSY-AID est donc d’explorer le vécu des proches de patients présentant un trouble psychiatrique et notamment, d’investiguer l’impact de l’hospitalisation sur leur ajustement psychologique. Plus précisément, il s’agit :

- d’explorer les facteurs impliqués dans l’adaptation psychologique des proches de patients : âge/genre ; statut du proche (frère, mère, ami(e)…) ; type et ancienneté du trouble psychiatrique ; niveau d’autonomie du patient ;

- de déterminer la charge liée à l’hospitalisation dans le vécu des proches ;

- d’explorer le rôle des modalités d’hospitalisation dans l’adaptation psychologique des proches : hospitalisation libre ou sous contrainte ; à temps complet ou temps partiel ; durée de l’hospitalisation ; motif de l’hospitalisation…

Cette étude comparative sera menée auprès d’un minimum de 600 proches de patients, âgés de 18 à 70 ans, dont un membre de leur entourage (âgé d’au moins 14 ans) a fait l’objet d’un suivi par un professionnel de santé mentale ou d’une hospitalisation pour motif psychiatrique au cours des trois dernières années. Les participants rempliront de façon anonyme un questionnaire en ligne et seront invités à contacter les organisateurs de la recherche pour participer à un entretien visant à partager leur expérience.

Les résultats permettront de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les proches de personnes présentant des problèmes de santé mentale mais aussi leurs ressources et les processus psychologiques impliqués dans leur adaptation à la maladie. À terme, il s’agit de proposer des pistes aux professionnels de la santé et du médico-social pour mieux accompagner les proches de patients.

Les inclusions se dérouleront jusqu’en décembre 2026 et les premiers résultats seront publiés à partir de septembre 2027.

Informations détaillées sur l’étude : https://lpps.u-paris.fr/participer-aux-recherches-et-activites/appel-a-participation/

Un de vos proches présente un problème de santé mentale ? Aidez-nous à comprendre votre expérience - Santé Mentale

20 mars 2026

Le placenta, nouveau marqueur potentiel du risque de schizophrénie

Des travaux récents explorent comment certaines signatures génétiques du placenta, influencées par l’environnement prénatal comme l’exposition au THC, pourraient moduler la vulnérabilité psychiatrique ultérieure. Ces données interrogent la prévention dès la grossesse et ouvrent la voie à un repérage biologique précoce des trajectoires à risque.

La schizophrénie apparaît souvent à l’adolescence, après des années de développement cérébral silencieux. Les chercheurs cherchent désormais ses origines bien avant les premiers symptômes. Des travaux récents déplacent le regard vers la période prénatale.Ils interrogent le rôle du placenta, organe clé des échanges entrela mère et le fœtus.

Une équipe de la Western University et du Children’sHospital of Eastern Ontario a publié dans Biology of Reproduction* desrésultats sur l’exposition prénatale au THC. Ces travaux examinentcomment certaines signatures génétiques placentaires pourraientsignaler un risque accru de schizophrénie. Cette piste reliefacteurs environnementaux, expression des gènes et vulnérabilitépsychiatrique future, dès la naissance.

*Identifying established human placental markers of schizophrenia in rodents after gestational ∆9-tetrahydrocannabinol exposure† | Biology of Reproduction | Oxford Academic

Le placenta, nouveau marqueur potentiel du risque de schizophrénie - Science et vie

23 février 2026

Trouble bipolaire, santé métabolique et fonctions cognitives : ce que montre la cohorte FACE-BD

Publié le 3 février 2026

Ophélia Godin, épidémiologiste, chercheuse à la Fondation FondaMental.

En France, entre 1% et 2,5% de la population est concernée par une forme de troubles bipolaires, soit entre 650.000 et 1.600.000 personnes. Ces personnes présentent souvent des problèmes de santé associés, appelés comorbidités. Parmi eux, le syndrome métabolique touche une personne sur cinq, soit une prévalence deux fois plus élevée que dans le reste de la population. Il est caractérisé par l’association de plusieurs symptômes métaboliques : l’obésité, les troubles de la glycémie, les dyslipidémies et l’hypertension artérielle.

Parallèlement, les troubles cognitifs constituent une dimension centrale des troubles bipolaires, avec un impact durable sur le fonctionnement social, professionnel et la qualité de vie. Si un lien entre syndrome métabolique et cognition a été suggéré, les données disponibles restaient jusqu’ici limitées par des effectifs restreints ou des approches uniquement transversales.

C’est dans ce contexte qu’une étude menée à partir de la cohorte FACE-BD, qui rassemble des patients suivis dans les Centres Experts Bipolaires sur tout le territoire français, a cherché à évaluer les associations entre syndrome métabolique et performances cognitives chez les personnes vivant avec un trouble bipolaire, en croisant une analyse transversale et un suivi longitudinal. Coordonnée par la Fondation FondaMental, FACE-BD est la première cohorte mise en place sur le territoire national permettant un bilan approfondi et un suivi à long terme des personnes atteintes de troubles bipolaires.

Les chercheurs ont analysé les données de 1 175 personnes atteintes de trouble bipolaire. Toutes ont passé des évaluations cliniques et des tests neuropsychologiques standardisés permettant de mesurer leurs performances cognitives. Un indice global de cognition a été calculé à partir de ces tests. Parmi elles, 367 personnes ont été réévaluées deux ans plus tard afin d’observer l’évolution de leurs performances dans le temps. Les analyses ont pris en compte plusieurs facteurs, comme l’âge, le sexe, le niveau d’études, les traitements et les comorbidités addictives.

Les résultats montrent que le syndrome métabolique était présent chez 21,5 % des participants. Les analyses transversales mettent en évidence une association entre la présence d’un syndrome métabolique et des performances cognitives plus faibles. Les personnes concernées présentent notamment un indice cognitif global inférieur, ainsi que des performances réduites en flexibilité cognitive, en inhibition et en mémoire verbale. Ces associations persistent après ajustement sur les principaux facteurs cliniques et sociodémographiques.

En revanche, sur une période de deux ans, les chercheurs n’ont pas observé de modification significative des capacités cognitive liée au syndrome métabolique. Autrement dit, ce syndrome serait associé à des performances cognitives plus faibles, mais pas à un déclin cognitif au cours de la période de suivi. Des études longitudinales complémentaires demeurent nécessaires pour mieux caractériser l’évolution de ces associations à plus long terme.

Ces données soulignent l’importance d’un dépistage systématique et rigoureux des anomalies métaboliques chez les personnes vivant avec un trouble bipolaire. Dépister tôt des problèmes comme le surpoids, l’hypertension, le cholestérol ou la glycémie permet de les traiter rapidement et d’éviter des complications.

En parallèle, il est important d’identifier et d’accompagner les difficultés cognitives, par exemple la mémoire, l’attention ou la capacité à s’adapter aux situations du quotidien. Des interventions adaptées - comme des programmes de rééducation cognitive ou un suivi psychologique - peuvent aider les patients à rester autonomes et à améliorer leur fonctionnement social et professionnel.

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Actualités | Fondation FondaMental

25 janvier 2026

Stimuler le système immunitaire pour traiter la dépression bipolaire : de premiers résultats encourageants pour l’interleukine-2

Publié le 19 décembre 2025

Marion Leboyer, professeur de psychiatrie (UPEC, AP-HP, Inserm), directrice scientifique du Programme français de psychiatrie de précision (PEPR PROPSY) et directrice générale de la Fondation FondaMental.

En 2025, nous avons publié une étude dans le cadre du projet européen H2020 MOODSTRATIFICATION, menée avec l’AP-HP. Elle explorait une piste innovante pour traiter la dépression bipolaire : stimuler le système immunitaire avec une faible dose d’interleukine-2 (IL-2). Cette molécule, naturellement produite par le corps, agit en augmentant le nombre de lymphocytes T régulateurs (Tregs), des cellules clés du système immunitaire qui protègent notre corps contre les réactions inflammatoires excessives et le développement de maladies auto-immunes.

En effet, de plus en plus de recherches montrent que toutes les maladies mentales (par exemple : dépressions, troubles bipolaires ou schizophrénies) mais pas tous les patients, peuvent être liés à une inflammation chronique et à des anomalies du système immunitaire.

Dans cette première étude clinique mené en double aveugle sur un petit nombre de patients, les participants ayant reçu cette faible dose d’IL-2 ont vu leurs symptômes dépressifs et anxieux s’améliorer progressivement, tout en présentant une très bonne tolérance au traitement. Ces résultats suggèrent que rééquilibrer le système immunitaire pourrait avoir un effet direct sur les symptômes psychiatriques, ouvrant la voie à des traitements totalement nouveaux pour les personnes qui ne répondent pas suffisamment aux thérapies actuelles.

L’étape suivante sera de reproduire ces résultats sur un plus grand nombre de patients, et d’étendre l’approche à d’autres troubles mentaux présentant une composante inflammatoire. À terme, l’objectif est de développer des traitements personnalisés, adaptés au profil immunitaire de chaque patient. C’est tout l’enjeu du Programme Français de psychiatrie de précision (PEPR PROPSY), qui a pour objectif d’identifier de nouvelles stratégies thérapeutiques adaptées aux différents sous-groupes de patients.

Stimuler le système immunitaire pour traiter la dépression bipolaire : de premiers résultats encourageants pour l’interleukine-2 | Actualités | Fondation FondaMental

26 décembre 2025

Schizophrénie : une théorie vieille de 50 ans enfin confirmée sur les "voix"

Pendant un demi-siècle, une hypothèse fascinante a circulé dans les cercles scientifiques : et si les voix entendues par les personnes schizophrènes n'étaient que leur propre parole intérieure, mal interprétée ? Une étude récente vient enfin de confirmer cette théorie. Des chercheurs australiens ont mis en évidence un dysfonctionnement cérébral spécifique qui explique ce phénomène troublant.

Les hallucinations auditives représentent l'un des symptômes les plus déstabilisants de la schizophrénie. Jusqu'à présent, leur mécanisme exact demeurait mystérieux malgré de nombreuses hypothèses. Grâce à des technologies d'imagerie cérébrale avancées, une équipe de l'University of New South Wales a enfin percé ce secret en observant directement l'activité du cerveau pendant ces épisodes. Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses pour un dépistage précoce des troubles psychotiques.

16 décembre 2025

Transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision

Publié 12 décembre 2025

Dans un article publié dans JAMA Psychiatry *, la Pr. Marion Leboyer (UPEC, AP-HP, Inserm, PEPR PROPSY, Fondation FondaMental) et un groupe de chercheurs internationaux, proposent une stratégie ambitieuse et concrète pour transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision et améliorer la prise en charge des patients par une approche plus personnalisée.

Ces travaux sont le fruit du Global Summit for precision Psychiatry, un colloque organisé à Bruxelles en 2024 par la Fondation FondaMental en collaboration avec le Programme français de psychiatrie de précision (France 2030) et l’ECNP (European College of Neuropsychopharmacology).

Les maladies psychiatriques : un défi de santé publique d’ampleur mondiale

Aujourd’hui, les maladies psychiatriques, comme les troubles bipolaires, les schizophrénies ou encore les dépressions, représentent l’un des plus grands défis de santé du XXIᵉ siècle. Selon l’OMS, elles touchent une personne sur huit dans le monde, soit 970 millions de personnes, et constituent l’une des principales causes de handicap.

Pourtant, deux personnes peuvent recevoir le même diagnostic (une dépression, un trouble bipolaire, une schizophrénie…) sans que leurs maladies ne soient dues aux mêmes causes et ne doivent être soignées de la même manière.

La psychiatrie de précision cherche justement à mieux décrire et comprendre ces différences afin de développer des stratégies thérapeutiques plus adaptées pour chaque individu.

Les progrès de la recherche en psychiatrie ouvrent la voie vers des traitements sur mesure pour chaque patient

Pendant longtemps, pour poser un diagnostic, les psychiatres ne pouvaient s’appuyer que sur les symptômes cliniques observables : tristesse, anxiété, fatigue, épisodes maniaques, hallucinations… Aujourd’hui, la recherche permet d’aller plus loin : grâce à l’imagerie cérébrale, la génétique, l’électrophysiologie, ou encore l’immunologie,il devient possible d’identifier des biomarqueurs.

Ces signaux biologiques mesurables permettront de regrouper des patients ayant des caractéristiques similaires, afin de mieux comprendre comment la maladie fonctionne, de poser des diagnostics plus précis et de mieux prévoir son évolution. C’est exactement cette démarche qui a permis, en cancérologie, d’améliorer considérablement la précision des diagnostics et l’efficacité des traitements au-delà de la seule localisation des tumeurs.

À partir de ces connaissances, il deviendra possible de :

- Personnaliser les stratégies thérapeutiques (regroupant traitements médicamenteux, prise en charge psychothérapeutique et amélioration de l’hygiène de vie) en fonction du profil biologique et des symptômes de chaque patient

- Mesurer l’efficacité d’innovations thérapeutiques en utilisant des critères d’évaluation objectifs lors des essais cliniques

- Accélérer la mise au point de nouveaux traitements conçus pour cibler précisément ces mécanismes biologiques pour des sous-groupes homogènes de patients

En France, cette dynamique émergente est portée par le Programme français de recherche en psychiatrie de précision(France 2030),copiloté par l’Inserm et le CNRS et dont le Pr Marion Leboyer assure la direction scientifique. Lancé en 2025, ses objectifs et méthodes sont détaillé dans un dossier spécial publié dans la revue Médecine Science en mai 2025

Une dynamique internationale à renforcer

La feuille de route insiste également sur l’importance d’une mobilisation internationale pour accélérer la recherche et l’innovation, afin d’offrir aux patients des soins personnalisés et plus efficaces. Cela passe par :

- Le renforcement des collaborations scientifiques internationales, indispensables à la validation des biomarqueurs

- L’adaptation des réglementations pour encourager l’innovation en psychiatrie, sur le modèle de l’oncologie

- L’investissement conjoint des acteurs publics et privés pour convertir les avancées de la recherche en outils cliniques opérationnels

Dans ce contexte, 2025 a marqué un tournant majeur pour la psychiatrie de précision à l’échelle internationale, avec la signature d’un consortium franco-britannique sur les biomarqueurs en psychiatrie et le lancement du Prix Precision Mind avec le soutien du groupe Wakam, pour soutenir des projets de recherche collaboratifs franco-britanniques dans ce domaine ou encore avec la mise en place de collaborations scientifiques entre les centres experts français et les centres d’excellence allemands.

Lire l’article

*Implementing Precision Medicine in Psychiatry | Psychiatry and Behavioral Health | JAMA Psychiatry | JAMA Network

Transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision - Santé Mentale

03 décembre 2025

Troubles mentaux : et si c’était à cause des modifications d'un seul gène ?

Pour la première fois, il a été démontré que les mutations du gène GRIN2A pouvaient provoquer le développer d’une maladie mentale, comme la schizophrénie.

Schizophrénie, dépression, anxiété… Jusqu’à présent, les preuves montraient que ces troubles mentaux résultaient de l'interaction de nombreux facteurs, notamment génétiques. Mais dans une récente étude, parue dans la revue Molecular Psychiatry* des scientifiques l'Institut de génétique humaine du Centre hospitalier universitaire de Leipzig (Allemagne) ont révélé le rôle joué par un seul gène dans le développement de ces maladies.

Dans le cadre de leurs travaux, ils sont partis d’un constat : "il a été récemment identifié que des variants rares du gène GRIN2A, codant pour la sous-unité GluN2A du récepteur N-méthyl-D-aspartate (NMDAR), confèrent un risque important de schizophrénie." Afin de déterminer la prévalence des troubles mentaux chez les personnes présentant des troubles liés à GRIN2A, qui joue un rôle central dans la régulation de l'excitabilité électrique des cellules nerveuses, l’équipe a analysé les données de 121 adultes porteurs d'une altération du gène GRIN2A. Ensuite, ils ont recherché la présence de symptômes psychiatriques chez ces patients.

*GRIN2A null variants confer a high risk for early-onset schizophrenia and other mental disorders and potentially enable precision therapy | Molecular Psychiatry

Troubles mentaux : et si c’était à cause des modifications d'un seul gène ?

02 décembre 2025

[Recherche] : Le Vinatier finance un projet doctoral sur les hallucinations dans la schizophrénie

Chaque année, Le Vinatier sélectionne et finance des projets doctoraux et post-doctoraux. Parmi eux, celui de Santiago Rodriguez, titulaire d’un master en neurosciences fondamentales et cliniques, porte sur les hallucinations chez les personne atteintes de schizophrénie. Le chercheur présente son travail sur le site de l’établissement.

Pouvez-vous nous rappeler qui encadrera votre projet ainsi que le service et la structure de recherche qui vous accueillera ?

Mon projet sera encadré par la Dr. Marine Mondino et par le Pr. Frédéric Haesebaert, deux membres de l’équipe PsyR2 du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL), situé au sein du Vinatier.

En parallèle, les études composant mon projet bénéficient de la collaboration de 11 centres hospitaliers sur tout le territoire national ainsi que d’un centre de neuroimagerie (CERMEP). (…)

(…)

Pouvez-vous nous expliquer votre sujet doctoral/post-doctoral ?

Mon projet doctoral s’articule autour de trois études portant sur les hallucinations chez les patients atteints de schizophrénie. L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes cognitifs et cérébraux impliqués, afin de développer des approches thérapeutiques innovantes et personnalisées avec la stimulation cérébrale non invasive. (…)

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Santiago Rodriguez sur le site du Vinatier Psychiatrie universitaire Lyon métropole

Le Vinatier finance un projet doctoral sur les hallucinations dans la schizophrénie - Santé Mentale

16 novembre 2025

Une thérapie numérique efficace dans la schizophrénie en phase III

AMSTERDAM (TICpharma) - Une thérapie numérique associée au traitement antipsychotique s'est montrée efficace pour réduire les symptômes négatifs expérientiels chez des patients atteints de schizophrénie dans un essai de phase III, selon les résultats présentés au congrès de l'European College of Neuropsychopharmacology (ECNP), à Amsterdam et rapportés par Click Therapeutics et Boehringer Ingelheim dans un communiqué le 13 octobre.

L'étude CONVOKE est "le premier et unique essai clinique à montrer une réduction statistiquement significative des symptômes négatifs expérientiels de la schizophrénie en complément du traitement antipsychotique standard", se félicitent les deux partenaires.

Cette thérapie numérique, dont le nom de code est CT-155 ou BI 3972080, a été développée pour fournir des techniques d'intervention psychosociale interactive ciblant les croyances défaitistes et le manque de motivation.

Ce logiciel fixe aux patients des objectifs personnalisés qui s'alignent sur le niveau de fonctionnement actuel qui est propre à chacun pour favoriser l'engagement dans des activités du monde réel (activation comportementale) et propose des interventions thérapeutiques visant à aider les patients à atteindre ces objectifs (restructuration cognitive, entraînement des compétences sociales et des affects positifs ainsi que de la capacité à tolérer la détresse), expliquent la biotech américaine et le groupe allemand.

Dans cette phase III américaine, ont été inclus 457 adultes atteints de schizophrénie depuis 14,8 ans en médiane, avec des symptômes négatifs modérés à sévère définis par un score initial d'au moins 2 points sur au moins deux des trois domaines parmi les activités sociales, professionnelles et récréatives de l'échelle CAINS-MAP (score initial médian de 26 points), traités par antipsychotique à dose stable.

Ces patients ne devaient notamment pas être traités par plus de deux antipsychotiques (ou deux formulations différentes) ni avoir suivi de psychothérapie au cours des trois derniers mois, selon des critères d'exclusion présentés en session orale, le 13 octobre, par Abhishek Pratap, directeur exécutif global evidence lead chez Boehringer Ingelheim.

Ils ont été randomisés en double aveugle entre l'ajout de la thérapie numérique CT-155 et une application mobile contrôle (présentation similaire, fonctionnement incitant à un engagement quotidien, avec quelques éléments d'éducation thérapeutique).

Il apparaît tout d'abord que le niveau d'engagement dans l'étude est resté élevé tout au long des quatre mois prévus, s'élevant à 70,4% avec la thérapie CT-155 et 76,5% avec l'appli contrôle à la fin de l'étude. Les données montrent également un engagement quotidien des patients, avec une utilisation médiane de 76 jours au cours de l'étude (vs 92 jours), pendant 8 minutes par jour en médiane (vs 2 min).

Le critère principal d'évaluation a été atteint, avec une réduction des symptômes négatifs expérientiels (avolition, anhédonie…) après 16 semaines d'utilisation de la thérapie numérique, de 6,8 points sur l'échelle CAIN-MAPS vs -4,2 points avec l'appli contrôle, soit une amélioration de 62%, avec une taille d'effet D de Cohen de -0,32, un résultat statistiquement significatif et équivalent à ce qui est observé dans des essais cliniques évaluant des antipsychotiques, des antidépresseurs ou des psychothérapies, selon Abhishek Pratap.

Les analyses de sensibilité ont montré la robustesse de ce résultat, retrouvée également dans les analyses par sous-groupe.

Les résultats pour les critères secondaires, comme les symptômes de motivation et de plaisir, les symptômes négatifs expressifs, les symptômes positifs ou le fonctionnement social, n'ont pas été présentés et ne sont pas non plus mentionnés dans le communiqué.

La thérapie numérique CT-155 a par ailleurs été bien tolérée, avec aucun événement indésirable grave en lien avec le traitement. L'incidence des événements indésirables était de 9,3% avec la thérapie CT-155 et de 13,4% avec l'appli contrôle mais leur nature n'a pas été précisée. Aucun n'a conduit à l'abandon prématuré de l'étude.

Click Therapeutics et Boehringer Ingelheim avaient obtenu, en 2024, le statut de Breakthrough Device Designation pour la thérapie CT-155 de la part de la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Ce traitement est prévu pour être proposé sur prescription, indiquent-ils.

Une étude multicentrique est par ailleurs en cours pour évaluer l'efficacité de l'appli CT-155 en vie réelle auprès de 262 patients. Elle doit s'achever début 2027, selon le registre américain des essais cliniques ClinicalTrials.

Luu Ly Do Quang

Une thérapie numérique efficace dans la schizophrénie en phase III - TICpharma

Schizophrénie : une thérapie numérique efficace sur les symptômes négatifs - Santé Mentale