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15 août 2026

[Publication] : Santé mentale – Les clés pour aller mieux

 Dans le dernier numéro du Figaro santé (juillet/août/septembre 2026)

Dossier : prendre soin de sa santé mentale

-          Troubles « PSY », les tabous se lèvent, les traitements progressent

-          Dépression, de nouvelles thérapies contre les formes les plus sévères

-          Troubles bipolaires, des molécules efficaces, mais à prendre à vie

-          Hospitalisation, quand elle devient indispensable

-          Schizophrénie, comment gérer cette maladie chronique

-          Les nouveaux outils des psys

-          La santé mentale des jeunes, attention à ne pas tout confondre

https://kiosque.lefigaro.fr/catalog/le-figaro-sante/le-figaro-sante/2026-07-01

10 juillet 2026

Parcours santé : quand l’art relaie la santé mentale

Du 17/07/2026 au 18/07/2026 de 14h à 18h

GEM Aube, 97 Avenue de Colmar | Strasbourg ; www.gem-aube.net/

Gratuit, plateau

Le  Groupe d’Entraide Mutuelle Aube, dans le cadre de son projet de rendre visible les activités artistiques de personnes en situation de handicap psychique, travaille depuis fin 2025  à une exposition artistique. Une première session a eu lieu le 21 juin au Vaisseau ; nous vous invitons à découvrir cette exposition lors d’une deuxième session qui se tiendra au GEM Aube,  97 avenue de Colmar, les 17 et 18 juillet, de 14 h à 18h .

Ce seront au total 22 adhérents qui exposeront leurs œuvres à l’extérieur ou à l’intérieur de nos locaux. Venez les rencontrer et découvrir leurs œuvres. Chaque journée sera clôturée par un repas convivial à petits prix ouvert à toutes et tous.

Ce projet a été rendu possible notamment grâce au soutien financier de Tôt ou t’Art permettant la rémunération de Camille Morin et Maud Bertrand qui nous ont accompagnés dans ce projet. 

Nous attendons votre venue une excellente journée et espérons vous voir nombreux pour venir soutenir la création artistique.

À très bientôt !

Parcours santé : quand l’art relaie la santé mentale, Exposition à Strasbourg : dates, horaires, tarifs

03 juillet 2026

[Livre] : Vers une psychiatrie sociale audacieuse, Pierre Doussinet et Croix Marine

Auteur Clément Bonnet ; Editions Champ social ; paru le 10 février 2026

Le mouvement "Croix Marine" a été fondé après la Libération par le Dr P. Doussinet.

Si la Croix Rouge est bien connue, Croix Marine inspirée par son modèle a été beaucoup plus modeste, même si elle se retrouve actuellement dans Santé Mentale France. L’intérêt de cet ouvrage est de redécouvrir la richesse des initiatives inscrites dans les partenariats entre secteurs public et privé pour favoriser l’intégration scolaire, l’insertion sociale et professionnelle. Il décrit tout autant la transformation du climat des hôpitaux psychiatriques avec la psychothérapie institutionnelle que le développement d’une action sociale spécialisée organisée aujourd’hui par le médico-social.

En traversant actuellement les deux années de la grande cause nationale dédiée à la santé mentale, il est utile de repérer les sources de progrès venues de Croix Marine. C’est le projet de l’auteur qui nous fait parcourir les réalisations et les ambitions du mouvement Croix Marine fondé après la Libération par le Dr P. Doussinet. Il insiste sur l’importance d’aménager les milieux de vie pour favoriser la participation sociale des personnes en situation de handicap psychique, ce qui nécessite avant tout de reconnaître pour elles le droit de s’associer, y compris dans les établissements psychiatriques ou médico-sociaux. Pour ce faire il faut mobiliser le milieu social, alerter l’opinion, associer le grand public aux problématiques de santé mentale avec la conviction que rien ne sera possible sans une prise de conscience collective.
Pour Croix Marine le milieu social doit garantir l’encadrement et la protection des plus vulnérables. Encore faut-il que chacun de nous puisse prendre soin de la société pour que celle-ci devienne une société du soin mutuel.
Un retour sur les pratiques innovantes d’hier pour affronter l’actualité des enjeux de la santé mentale.

01 juillet 2026

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

Jamais la santé mentale n'a autant occupé l'espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée.

« Les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques en Europe. » « Les jeunes vont de plus en plus mal. » « Une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l'année écoulée. » Dans les médias, ces titres alarmistes deviennent familiers et interrogent : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?
Spoiler alert : ces solitudes et ces douleurs n'ont pourtant rien de nouveau. Seule la manière dont nous les racontons a changé. Ainsi, lorsque Nicolas Demorand révèle, en 2025, qu'il vit avec un trouble bipolaire, beaucoup saluent son courage. D'autres lui écrivent pour le remercier. Pas seulement parce qu'ils se reconnaissent dans sa maladie, mais parce qu'ils retrouvent dans son récit quelque chose qui nous concerne tous. Cette fatigue de devoir toujours aller bien. Cette difficulté à montrer ses fragilités. Une parole qui se libère et qui constitue une avancée incontestable. Mais elle soulève aussi une question plus troublante. Assistons-nous réellement à une aggravation sans précédent des troubles psychiques ? Ou avons-nous appris à regarder autrement nos fragilités ?

Ce qui ne se disait pas

Par le passé, les dépressions se vivaient souvent à voix basse, parfois dans la honte. Les troubles bipolaires inspiraient - et inspirent encore - de nombreux préjugés. La schizophrénie, elle aussi, est longtemps restée méconnue et stigmatisée. Au bout du fil, Mickaël Worms-Ehrminger commence par saluer cette parole enfin libérée. Une conviction qui irrigue également son récent ouvrage Communiquer en santé mentale. Repères pour de nouvelles stratégies et pratiques (Presses de l'EHESP, janvier 2026). Pour ce docteur en santé publique et recherche clinique, cette visibilité nouvelle ne signifie pourtant pas que la souffrance était moindre autrefois.
« Je ne crois pas que les gens aillent massivement plus mal qu'avant, observe-t-il. En revanche, nous parlons beaucoup plus de santé mentale et nous avons tendance à interpréter sous ce prisme des expériences qui appartiennent pourtant à la vie elle-même. Un deuil, une séparation, une période de précarité ou simplement des moments de doute peuvent provoquer des symptômes anxieux ou dépressifs sans qu'il y ait nécessairement une maladie psychiatrique. » « Au fond, ajoute-t-il, le fait que nous en parlions davantage ne signifie pas forcément que nous souffrons davantage. »

Des chiffres qui racontent plusieurs histoires

Les données disponibles dessinent un paysage plus nuancé qu'il n'y paraît. Selon Santé publique France, près d'un adulte sur six a connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Chez les adolescents et les jeunes adultes, plusieurs indicateurs se sont dégradés depuis la pandémie. Les passages aux urgences pour gestes suicidaires ont notamment augmenté chez les adolescentes. « Des chiffres qu'il convient toutefois d'interpréter avec prudence, les études incluant également certains gestes d'automutilation ou de scarification qui ne traduisent pas toujours une volonté de mourir », précise Mickaël Worms-Ehrminger, sans toutefois minimiser la souffrance réelle de ces jeunes. Les chiffres ne racontent pas tous la même histoire. Ainsi, dans son enquête EnCLASS publiée le 2 juin 2026, Santé publique France rapporte que huit collégiens sur dix et plus de sept lycéens sur dix ont une perception positive de leur vie actuelle. Quant au taux de suicide, il demeure élevé mais a globalement diminué depuis les années 1980. « L'économie de l'attention exige des titres alarmistes afin de provoquer plus d'engagement, de clics et de partages », analyse le chercheur. Il invite ainsi à se méfier des lectures trop univoques. « Parce que dire qu'un jeune sur cinq va mal attirera toujours davantage l'attention que rappeler que quatre sur cinq vont bien, tempère-t-il. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'existe pas de souffrance, mais nous devons nous garder d'une forme de catastrophisme permanent. »

Une époque qui supporte mal ses blessures

À l'occasion de la Grande cause nationale consacrée à la santé mentale 2025, reconduite en 2026, le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, rappelait sur son site qu'il fallait « déstigmatiser les maladies mentales, mais attention à ne pas en faire un simple effet de mode ni à banaliser les troubles psychiatriques ». Une nuance que partage Mickaël Worms-Ehrminger : « À force de vouloir éliminer toute forme de mal-être, on risque de faire croire qu'il serait anormal d'aller mal. Or la tristesse, la peur ou le découragement font partie de la condition humaine. Le problème n'est pas de souffrir. Le problème, c'est quand cette souffrance devient envahissante et empêche de vivre. »

Quelle différence entre émotion et maladie ?

Dans une revue publiée en mars 2026 dans Nature Reviews Psychology, la psychologue britannique Lucy Foulkes s'est intéressée aux effets parfois inattendus des campagnes de sensibilisation à la santé mentale. Non parce qu'elles seraient inutiles. Au contraire. Mais parce qu'à force de scruter nos émotions, nous finissons parfois par les interpréter autrement. Mickaël Worms-Ehrminger aime d'ailleurs rappeler que « cent pour cent de la population mondiale présente des symptômes anxieux ». « L'anxiété est une émotion normale, insiste-t-il. Ce qui importe, c'est de savoir quand elle devient si envahissante qu'elle altère réellement le quotidien. » Toute la difficulté consiste alors à distinguer la souffrance inhérente à la vie de celle qui devient maladie.

Quand les réponses se trouvent sur les réseaux sociaux

À 41 ans, Hélène découvre un soir une vidéo TikTok intitulée « Dix signes que vous êtes probablement TDAH sans le savoir. » Elle se reconnaît immédiatement. « J'avais l'impression qu'on m'expliquait enfin toute ma vie », raconte-t-elle. Le diagnostic posé quelques semaines plus tard ne confirmera pourtant aucun trouble du déficit de l'attention. Une expérience qui illustre combien l'autodiagnostic, à l'ère des réseaux sociaux, peut parfois brouiller la frontière entre les difficultés de la vie, des émotions universelles, et la maladie (Santé mentale : gare à l'autodiagnostic sur les réseaux). Pour le chercheur, ces situations sont de plus en plus fréquentes. « Les listes de symptômes sont parfois tellement générales que chacun peut s'y reconnaître, déplore Mickaël Worms-Ehrminger.
C'est un peu comme les horoscopes. Nous avons tous besoin de donner du sens à nos difficultés, mais toutes les particularités humaines ne relèvent pas d'une pathologie. » C'est ce qu'on appelle communément un biais de confirmation, soit la tendance à filtrer, à sélectionner les informations qui vont dans le sens de ce que nous croyons.
Le phénomène n'est pas sans risque. Certains influenceurs « en santé mentale » ou pseudo-thérapeutes prospèrent sur ces fragilités et promettent des réponses simples à des souffrances complexes, sans garde-fous médicaux. Des dérives sectaires peuvent également s'engouffrer dans cette quête de sens, en proposant des méthodes miracles ou des communautés d'appartenance particulièrement séduisantes pour des personnes en quête de réponses.

Derrière les mots, le handicap psychique

Parler davantage de santé mentale ne doit pas faire oublier ceux pour qui la souffrance psychique est devenue une maladie et parfois un véritable handicap invisible. Mickaël Worms-Ehrminger tient d'ailleurs à recentrer le débat sur ces situations souvent les plus lourdes. « Ceux qui souffrent le plus aujourd'hui sont souvent ceux qui allaient déjà mal avant. »
C'est là, selon lui, que se situe la véritable urgence. À mesure que la santé mentale est devenue un sujet de société, un paradoxe est apparu. Les discours sur le bien-être psychologique se sont multipliés, mais la réalité du handicap psychique reste largement méconnue. Schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions sévères ou certains troubles anxieux peuvent pourtant avoir des conséquences très concrètes sur l'emploi, le logement, les relations sociales ou l'accès aux soins. Derrière les mots de la santé mentale, les maux les plus lourds demeurent souvent les moins visibles. Et derrière eux, des hommes et des femmes dont le quotidien est profondément bouleversé par une maladie que rien ne distingue au premier regard.

Redonner du pouvoir d'agir

À écouter certains débats, on finirait presque par croire que la souffrance psychique se résume à une affaire de neurotransmetteurs. Mickaël Worms-Ehrminger n'en est pas convaincu. « Nous avons peut-être oublié quelque chose d'essentiel, le temps de parole et l'alliance thérapeutique. Si moins de la moitié des patients répondent aux antidépresseurs, c'est bien que tout ne se joue pas dans la chimie du cerveau. » Depuis plusieurs années, la psychiatrie du rétablissement et la réhabilitation psychosociale remettent justement la personne au centre, en complément d'une médication si besoin et bien évidemment en accord et en discussion avec son médecin ou psychiatre. L'objectif n'est plus seulement de faire disparaître des symptômes. Il s'agit aussi de retrouver un logement, un travail, des relations, des projets, parfois simplement le goût du lendemain. Autrement dit, chacun peut peu à peu reprendre du pouvoir sur sa vie et retrouver sa place dans sa propre histoire.

Une autre idée du soin

Les êtres humains se révèlent rarement dans les questionnaires. Plus rarement encore dans les diagnostics notamment « sauvages ». Ils se découvrent dans leurs fragilités, leurs blessures, leurs élans et ces nuits qu'ils parviennent, un jour, à traverser. Au fond, le véritable enjeu de la santé mentale n'est peut-être pas de construire des vies sans ombre. Il est de faire en sorte que ceux qui traversent la nuit n'aient plus à le faire seuls. Peut-être est-ce là, finalement, la plus belle définition du soin.

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

30 juin 2026

Santé mentale : l’IA, une chance ou un danger ?

L’intelligence artificielle peut s’avérer un outil performant pour les professionnels de la santé mentale, mais elle est aussi susceptible de compromettre la santé mentale des jeunes. Les psychiatres appellent donc à mettre en place des garde-fous. Clara Chappaz, Allison Fine Mishkin et Raphaël Gaillard se sont attaqué à cette problématique lors d’une conférence organisée le 9 juin à l’occasion du congrès international d’addictologie Albatros 2026.

Comme il a été rappelé en introduction à la conférence, l’enquête européenne « IA conversationnelle et santé mentale des jeunes » de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) indique que 86 % des jeunes Français utilisent une IA conversationnelle et que 48 % l’utilisent pour parler de sujets personnels ou intimes. Constatant que l’IA occupe désormais « une place centrale dans la vie de tous, y compris celle des plus jeunes », Clara Chappaz, ambassadrice du numérique et de l’intelligence artificielle pour la France, pense qu’elle doit désormais être traitée comme une question pleinement politique. « Les technologies ne sont plus seulement des sujets techniques, elles sont devenues des sujets profondément politiques », a-t-elle notamment déclaré. À cette fin, la France, explique-t-elle, cherche à faire entendre sa voix dans les instances internationales, du G7 à l’OCDE en passant par l’ONU, afin de poser des principes communs. Il s’agit de ne pas se faire déborder par des effets nocifs de l’IA, et de ne pas réagir trop tardivement, comme ce fut le cas par exemple pour les réseaux sociaux.

Détecter les signaux faibles

Une fois encadrée, l’IA reste un outil performant, y compris pour les professionnels de la santé mentale, a abondé le Dr Raphaël Gaillard, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. La psychiatrie, serait, pour l’IA, « un terrain d’application privilégié. Car le diagnostic repose souvent sur l’agrégation de signaux faibles, captés parfois dès les premières secondes d’une consultation. Regrouper des signaux faibles, l’IA sait très bien le faire », résume-t-il. À ses yeux, cette capacité pourrait contribuer demain à rendre le diagnostic psychiatrique plus objectif, en complément des critères cliniques existants. Toutefois, a-t-il ajouté, rejoignant les préoccupations de Clara Chappaz, il est indispensable de prévoir des « garde-fous » afin que les chatbots puissent alerter ou orienter vers un professionnel lorsqu’une situation l’exige. L’IA pourrait ainsi devenir un outil d’appui au diagnostic et au suivi des maladies psychiatriques chroniques, sans se substituer au soin humain.

Définir les comportements attendus

Allison Fine Mishkin, responsable du développement de l’enfant chez OpenAI, a rejoint les préoccupations de Clara Chappaz et Raphaël Gaillard, en ce qui concerne l’encadrement de l’IA. Ainsi, a-t-elle développé, OpenAI n’autorise pas l’usage de ses produits aux moins de 13 ans. Mais cette règle est souvent transgressée. Selon certaines recherches aux États-Unis, cite-t-elle, environ la moitié des filles de moins de 13 ans se tournent déjà vers des chatbots lorsqu’elles se sentent tristes ou anxieuses.

« Il faut aussi se demander ce qui se passe dans la vie de ces jeunes lorsqu’elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour se tourner vers un parent, un ami ou un autre adulte de confiance », a-t-elle souligné. Face à cet état de fait, OpenAI s’entoure d’une armada de médecins, psychiatres, psychologues, cliniciens et spécialistes du développement de l’enfant, pour examiner les réponses des IA aux questionnements enfantins, et définir les comportements attendus, notamment face aux questions de santé mentale. « Il ne suffit pas de dire qu’un outil est sûr et de le mettre entre les mains des jeunes », a insisté Allison Fine Mishkin. Il faut aussi définir les effets positifs que l’on cherche à produire.

Attachement émotionnel rare

Allison Fine Mishkin a également présenté des travaux menés par OpenAI, notamment l’analyse de 40 millions d’interactions avec ChatGPT et un essai contrôlé randomisé. Quatre résultats ressortent : l’attachement émotionnel aux chatbots semble rare ; les conversations très affectives restent minoritaires même chez les utilisateurs intensifs ; la modalité d’usage, voix ou texte, influence les comportements ; enfin, les personnes qui demandent des conseils personnels ne sont pas forcément les plus dépendantes émotionnellement au modèle.

Ces conclusions ne conduisent pas OpenAI à minimiser les risques, mais à défendre une démarche de recherche continue. « Il est essentiel de collaborer avec la communauté académique et de nous imposer des standards élevés de validation et de mise en œuvre », a déclaré Allison Fine Mishkin, en soulignant aussi l’importance des usages éducatifs, très présents chez les jeunes.

Raphaël Gaillard a, pour sa part, rappelé que les IA comportent néanmoins une part sombre, inexplorée. Il s’interroge sur la puissance relationnelle de ces outils, capables d’offrir une écoute permanente, sans jugement apparent, et entièrement centrée sur l’utilisateur. Certains patients, dit-il, confient désormais davantage de choses à une IA qu’à leur thérapeute. Le psychiatre rapporte avoir lu jusqu’à 140 pages d’échanges entre un patient et une IA, frappé par « le niveau d’intimité » produit par cette relation.

Intolérance aux relations humaines ?

Son inquiétude dépasse la seule dépendance : si l’IA devient plus disponible, plus fluide et moins frustrante que les relations humaines, elle pourrait réduire la tolérance aux désaccords, aux lenteurs et aux frictions ordinaires de la vie sociale. « Face à une interaction aussi puissante, disponible en continu, ne risque-t-on pas de perdre la patience nécessaire aux relations humaines ? », a-t-il demandé. Pour lui, l’IA pourrait devenir un outil de « désensibilisation » aux relations réelles si elle dispense l’utilisateur de composer avec une volonté autre que la sienne.

Flagornerie

La question de la « flagornerie » des chatbots – leur tendance à aller dans le sens de l’utilisateur – concentre aussi les inquiétudes. Clara Chappaz y voit un enjeu particulier pour les adolescents, qui ont besoin de confrontation et de limites pour se construire. « Nous n’avons pas encore de certitude sur les effets sycophantes, mais nous savons que les signaux que nous percevons doivent être pris très au sérieux dès aujourd’hui », a-t-elle averti.

Finalement, un consensus se dessine : l’IA ne doit être ni rejetée ni adoptée sans réserve. Elle peut ouvrir des perspectives majeures pour la psychiatrie, l’éducation et l’accès au savoir, mais seulement si ses effets sur les personnes vulnérables sont étudiés et encadrés. « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore quinze ans », a résumé Clara Chappaz, en référence au retard pris face aux effets des réseaux sociaux.

Santé mentale et IA : chance ou danger ?

26 juin 2026

Santé mentale : va-t-on vraiment plus mal qu'avant ?

Jamais la santé mentale n'a autant occupé l'espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée. Décryptage.

« Les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques en Europe. » « Les jeunes vont de plus en plus mal. » « Une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l'année écoulée. » Dans les médias, ces titres alarmistes deviennent familiers et interrogent : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?

Spoiler alert : ces solitudes et ces douleurs n'ont pourtant rien de nouveau. Seule la manière dont nous les racontons a changé. Ainsi, lorsque Nicolas Demorand révèle, en 2025, qu'il vit avec un trouble bipolaire, beaucoup saluent son courage. D'autres lui écrivent pour le remercier. Pas seulement parce qu'ils se reconnaissent dans sa maladie, mais parce qu'ils retrouvent dans son récit quelque chose qui nous concerne tous. Cette fatigue de devoir toujours aller bien. Cette difficulté à montrer ses fragilités. Une parole qui se libère et qui constitue une avancée incontestable. Mais elle soulève aussi une question plus troublante. Assistons-nous réellement à une aggravation sans précédent des troubles psychiques ? Ou avons-nous appris à regarder autrement nos fragilités ?

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Lire l'article complet :

https://informations.handicap.fr/a-sante-mentale-va-t-on-vraiment-plus-mal-qu-avant-39339.php

19 juin 2026

Baromètre des pratiques en santé mentale et en psychiatrie en France : quels constats ?

Le Baromètre OPRA (Observatoire des PRAtiques en santé mentale) 2026 présente des résultats issus d’un sondage national sur les pratiques en santé mentale, centré sur les pratiques clés en psychiatrie sur l’année 2025. Porté par l’Observatoire des pratiques en santé mentale (OPRA), il repose sur une démarche bénévole associant personnes concernées, proches, professionnel·le·s et chercheur·euses. 

Le rapport met en évidence des marges importantes de progression dans la lutte contre les pratiques stigmatisantes et dans la reconnaissance d’une véritable horizontalité dans les accompagnements. Il montre aussi que la qualité de vie au travail des équipes constitue un enjeu central, car elle influence directement la qualité des pratiques proposées aux personnes accompagnées.

10 juin 2026

Isolement et contention dans les établissements psychiatriques français : état des lieux de ces pratiques controversées

Dans les services de psychiatrie, certaines mesures restreignant la liberté des patients, telles que les soins sans consentement, la mise à l’isolement ou la contention à l’aide de sangles, sont autorisées dans un cadre légal strict. Les recherches révèlent toutefois d’importantes différences entre établissements dans le recours à ces pratiques. Quelle est la situation en France, alors que le ministère de la santé ambitionne d’en finir avec la contention d’ici à 2030 ?

Comme en 2025, la « Grande cause nationale » 2026 est consacrée à la santé mentale. Dans ce contexte, Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, a annoncé le 2 juin 2026 la suppression, à l’horizon 2030, de la contention dans les services de psychiatrie.

La psychiatrie se distingue en effet des autres spécialités médicales par la possibilité de recourir à des soins sans le consentement des personnes, ainsi que par d’autres pratiques restreignant la liberté de mouvement, telles que l’isolement en chambre dédiée et la contention mécanique à l’aide de sangles.

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08 juin 2026

Au sortir de la réunion interministérielle Santé mentale du 2 juin, le Collectif Santé mentale Grande cause fait part de sa grande insatisfaction

En tant que co-fondatrice et co-animatrice du Collectif Santé mentale – Grande cause nationale, Santé mentale France partage l’inquiétude et l’insatisfaction exprimées à l’issue de la réunion interministérielle du 2 juin organisée par la ministre de la Santé, Stéphanie RIST.

Si certaines annonces marquent des avancées, notamment l’objectif de mettre fin à la contention et à l’isolement, elles restent aujourd’hui très en-deçà des attentes suscitées par la Grande cause nationale et de l’ampleur des besoins exprimés sur le terrain.

Depuis deux ans, les constats sont connus. Les alertes sont documentées. Les propositions existent.

La question est désormais politique : la santé mentale sera-t-elle enfin portée comme une véritable politique publique interministérielle, dotée d’une gouvernance claire, de moyens ambitieux et construite avec les personnes concernées ?

Au sortir de la réunion interministérielle Santé mentale du 2 juin, le Collectif Santé mentale Grande cause fait part de sa grande insatisfaction - Santé mentale France

04 juin 2026

[Insolite] : Un hôpital français fait appel aux ânes pour la santé mentale, les patients approuvent

Quand le moral est en berne, caresser un âne peut aider – c’est en tout cas l’une des prescriptions du complexe hospitalier de Ville-Evrard, à l’est de Paris.

Au cœur du domaine, entre bâtiments de ferme du XIXe siècle et sous-bois, cinq ânes prennent une part non négligeable du travail de soin psychique, entre deux bouchées de foin.

L’unité de thérapie avec des ânes de l’hôpital, unique en France, fonctionne depuis 2016, lorsque Ermelinda Hadey, infirmière en psychiatrie, et son mari François ont lancé ce programme en pariant sur le fait que ces animaux, réputés pour leur calme et leur sociabilité, pourraient nouer avec les patients des liens que les traitements classiques ne permettent pas toujours d’établir.

« Médecine animale »

Vendredi, les patients ont promené les ânes – Nono, Pitou, Oscar, Manolo et Malraux – dans le parc, leur ont nettoyé les sabots et, à la fin de la séance, les ont enlacés. Chaque patient est associé, au fil du temps, à un même compagnon, car la familiarité, visiblement, fonctionne dans les deux sens.

Pour Nathalie, 60 ans, l’effet est immédiat. « Quand vous prenez un médicament qui vous détend… c’est exactement pareil, dit-elle. J’appellerais ça de la médecine animale. Ça soulage. On ne pense plus au reste. »

Les patients ne sont identifiés que par leur prénom afin de préserver leur anonymat.

L’infirmière Audrey Seffar cite les progrès de Nathalie comme exemple de ce que les animaux peuvent déclencher. Au début, elle refusait de descendre de la voiturette mise à disposition des patients ayant des difficultés physiques.

« Mais petit à petit, avec des encouragements, elle l’a fait, explique Seffar. L’animal sert de médiateur. Il est tellement extraordinaire qu’aujourd’hui elle a pu quitter la voiturette et se tenir aux côtés de son âne. »

Un autre patient, Jérôme, 52 ans, estime que le programme l’aide à rompre la solitude.

« Discuter avec des gens, participer à des activités que je ne ferais pas normalement, ça m’aide dans ma vie quotidienne, dit-il. Ça permet de sortir de la routine des soins et des médicaments. Rester chez moi, ce n’est pas bon pour moi. »

« Éponges émotionnelles »

Certains des ânes sont arrivés à Ville-Evrard après avoir eux-mêmes connu la négligence ou la maltraitance – ils ont été adoptés via des refuges avant que François Hadey ne les forme au travail thérapeutique. Il décrit leurs aptitudes pour ce rôle avec un respect presque professionnel.

« Un âne est très intelligent. Il comprend très vite, mais il faut lui expliquer lentement, dit-il. Les ânes sont des animaux calmes, sereins, généralement proches des gens. Une fois engagés dans ces interactions, ils créent un lien très fort avec les patients. Ce sont des éponges émotionnelles. »

Le programme a obtenu en 2022 le statut officiel d’unité de soins, une reconnaissance administrative qui a permis de recruter trois infirmiers à temps plein, épaulés par des bénévoles d’une association pour s’occuper des animaux.

Depuis, il s’est élargi à d’autres espèces : cochons d’Inde, poules, colombes, chèvres, tortues et lapins, les plus petits animaux étant amenés directement dans les chambres des patients qui ne peuvent pas sortir.

Les séances sont gratuites pour les patients et financées par le système public de santé français. Elles sont conçues comme des interventions thérapeutiques pour des personnes souffrant d’anxiété, de dépression, d’autisme, de schizophrénie et d’autres troubles, le personnel observant des progrès en matière de régulation émotionnelle, de communication et d’estime de soi.

Ermelinda Hadey décrit ce travail comme fondé sur une forme de logique du miroir : s’occuper d’un animal, selon elle, crée les conditions pour que les patients prennent soin d’eux-mêmes.

« Nous travaillons sur l’alimentation de l’animal, ce qui nous permet d’aborder les habitudes alimentaires du patient. Nous travaillons sur l’hygiène de l’animal et, par effet miroir, sur l’hygiène du patient aussi », explique-t-elle.

Beaucoup de patients prennent des antipsychotiques ou des sédatifs qui peuvent anéantir toute motivation. C’est précisément là, dit-elle, que les ânes se rendent indispensables.

« Cela ne remplace ni un médecin ni une prescription médicale, mais cela peut aider les patients à retrouver confiance en eux et un sentiment de valeur personnelle », souligne Hadey.

Pour une meilleure reconnaissance

Malgré son succès apparent, la thérapie avec les animaux reste en marge de la pratique psychiatrique officielle – et l’équipe de Ville-Evrard voudrait que cela change.

« Pour cela, il nous faut de la recherche. Nous avons de nombreux témoignages de patients… Les soignants qui les accompagnent constatent aussi les bénéfices au quotidien. Mais les médecins ont tellement d’autres responsabilités qu’ils ne les voient pas forcément directement », explique Hadey.

Pour l’étudiante infirmière Alicia Fabi, 18 ans, les patients reviennent des séances visiblement transformés. « À chaque retour d’activité, ils disent qu’ils se sentent bien, calmes et détendus, et qu’ils ont apprécié la sortie. C’est très positif », dit-elle.

Alors que la séance de vendredi touchait à sa fin et que les patients bavardaient dans la lumière de l’après-midi, une infirmière a lâché ce qui pourrait faire office de devise officieuse de l’unité : « Les ânes sont mes meilleurs collègues. »

Un hôpital français fait appel aux ânes pour la santé mentale, les patients approuvent - Yahoo Actualités France

12 mai 2026

Pollution environnementale : un facteur de risque pour la santé mentale

Particules fines, dioxyde d’azote, bruit des transports, métaux lourds, perturbateurs endocriniens… l’exposition à la pollution environnementale pourrait contribuer au développement de troubles psychiatriques, tels que la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie.

C’est ce que souligne un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), qui s’appuie sur une revue systématique de la littérature [1]. L’agence appelle à mieux intégrer ces données dans les politiques de santé publique.

Les données sont désormais assez convergentes et constituent une base solide en faveur de l’implication de la pollution atmosphérique dans l’apparition de pathologies mentales

Pr Franck Schurhoff

« Le nombre croissant de données établissant un lien entre la pollution et les troubles de la santé mentale souligne l’urgence d’intégrer les politiques environnementales et de santé publique », indique l’agence. « Même des réductions modestes des niveaux de pollution pourraient apporter des améliorations significatives en matière de santé mentale à l’échelle de la population. »

En 2023, les troubles mentaux représentent la sixième cause de handicap et la huitième cause de mortalité dans l’Union européenne. Depuis les années 2000, leur prévalence est en hausse constante. Si l’influence de facteurs psychosociaux liés à la vie en milieu urbain (stress, insécurité, précarité…) a longtemps focalisé l’attention des chercheurs, l’implication de la pollution est de plus en plus pointée du doigt.

Deux fois plus de maladies psychiatriques en zone urbaine

« L’effet de la pollution de l’air sur la santé mentale est étudié depuis seulement 10 à 15 ans », a souligné auprès de Medscape édition française le Pr Franck Schurhoff (Hôpital Henri-Mondor, AP-HP, Créteil). « Les données sont désormais assez convergentes et constituent une base solide en faveur de l’implication de la pollution atmosphérique dans l’apparition de pathologies mentales. »

Les particules fines (PM10 et PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO2) sont parmi les polluants les mieux documentés. Selon l’AEE, les revues systématiques disponibles mettent en évidence un lien statistiquement significatif entre une exposition chronique à ces polluants et les symptômes dépressifs.

La pollution de l’air pourrait non seulement favoriser l’apparition de troubles, mais aussi en aggraver les symptômes et l’évolution.

Le lien entre environnement urbain et santé mentale a d’abord été mis en évidence à travers l’urbanicité, c’est-à-dire le fait de naître, grandir et vivre en ville, explique le psychiatre, coordonnateur d’un projet sur la question (voir encadré). Selon une revue récente à laquelle il a participé, le risque de troubles psychotiques est environ deux fois plus élevé en milieu urbain qu’en zone rurale, avec un risque relatif compris entre 2 et 2,5 dans les méta-analyses, suivant une relation dose-réponse [2].

Pour autant, « l’urbanicité n’est pas un facteur de risque en soi, mais un agrégat de facteurs sociaux et environnementaux », précisent les auteurs. Parmi ces facteurs figurent la fragmentation sociale, l’isolement et la précarité, ainsi qu’un moindre accès aux espaces verts et une exposition accrue à la pollution atmosphérique.

Concernant spécifiquement la pollution de l’air, « les études se sont intéressées à son rôle à la fois comme facteur de risque et comme facteur modificateur de la maladie psychiatrique, susceptible d’influencer son évolution chez les patients déjà atteints », souligne le psychiatre. Elle pourrait ainsi non seulement favoriser l’apparition de troubles, mais aussi en aggraver les symptômes et l’évolution.

L’exposition à la pollution de l’air extérieur pendant des périodes critiques du développement cérébral – in utero, pendant l’enfance et l’adolescence – est associée à des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau

Le moment et la durée de l'exposition sont des critères fondamentaux. De nombreuses études suggèrent un effet à long terme d’une exposition précoce, y compris in utero. « Des travaux ont montré que l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse ou l’enfance augmente le risque de troubles psychiatriques 15 à 20 ans plus tard ».

L’hypothèse d’une neuro-inflammation chronique

Ces observations sont cohérentes avec les données en neurosciences, note l’AEE. « L’exposition à la pollution de l’air extérieur pendant des périodes critiques du développement cérébral – in utero, pendant l’enfance et l’adolescence – est associée à des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau. »

Plusieurs études montrent une association entre les pics de pollution et une augmentation des épisodes dépressifs ou des décompensations psychotiques.

Plusieurs mécanismes sont avancés, en particulier une réponse inflammatoire systémique. « Les polluants inhalés stimulent la production de cytokines pro-inflammatoires au niveau pulmonaire. Ces médiateurs peuvent ensuite franchir la barrière hémato-encéphalique et induire une neuro-inflammation chronique », explique le Pr Schurhoff. Cette inflammation favoriserait alors l’émergence ou l’aggravation de troubles psychiatriques.

Au-delà de ce risque à long terme, certaines données suggèrent également un effet aigu. Plusieurs études montrent une association entre les pics de pollution et une augmentation des épisodes dépressifs ou des décompensations psychotiques, notamment chez les patients atteints de schizophrénie.

Dans une étude menée sur 11 ans en région parisienne, les équipes du Pr Schurhoff ont observé une hausse des passages aux urgences pour troubles psychotiques et épisodes dépressifs lors des pics de particules fines (PM2.5 et PM10)[3]. La corrélation apparait plus marquée entre le nombre annuel de pics de PM2,5 et les passages pour troubles psychotiques.

Ces résultats restent observationnels, mais renforcent l’hypothèse d’un impact direct de la pollution atmosphérique sur la santé mentale.

Vers une évolution des politiques publiques ?

Si le lien de causalité n’est pas formellement établi, les données apparaissent convergentes. Pour l’AEE, la réduction de la pollution pourrait contribuer à améliorer le bien-être mental. « Même une augmentation modeste du risque peut avoir un impact important à l’échelle de la population, compte tenu de la forte prévalence des troubles mentaux. »

Ces éléments plaident pour une évolution des politiques publiques, estime l’agence. Jusqu’à présent, les stratégies de réduction de la pollution atmosphérique ont été principalement justifiées par leurs bénéfices respiratoires et cardiovasculaires. « Elles pourraient également avoir des bénéfices pour la santé mentale » et contribuer ainsi à « réduire la charge des troubles mentaux » à l’échelle de la population.

Au-delà de la pollution atmosphérique, l’AEE souligne également le rôle du bruit de l’environnement. Les données montrent que l’exposition chronique au bruit des transports est ainsi associée à une augmentation du risque de dépression (+3 %) et d’anxiété (+2 %).

À l’inverse, l’exposition aux espaces verts apparaît comme un facteur protecteur, associé à une réduction du stress et à une amélioration du bien-être psychique.

En France, plusieurs travaux de recherche en cours

Malgré les arguments suggérant un impact neurotoxique, les liens entre pollution atmosphérique et troubles mentaux sont encore peu étudiés en France. Pour étudier l’influence de la pollution de l’air sur les risques de schizophrénie, de troubles bipolaires et de troubles du spectre de l’autisme, le Pr Schurhoff et ses équipes prévoient la mise en place d’ une chaire d’excellence , coordonnée par la Fondation FondaMental, avec l’objectif notamment de mener des études cliniques.

Coordonnée par l’université Paris-Est Créteil, le projet PUMA vise à « examiner le lien entre l’urbanicité, la pollution de l’air et les troubles psychiatriques ». Une étude vient d’être lancée pour étudier les effets à court terme de la pollution de l’air au niveau individuel en équipant de capteurs de pollution des patients atteints d’un trouble bipolaire, de schizophrénie, de dépression résistante ou d’un trouble du spectre de l’autisme.

« Leur exposition à la pollution va être enregistrée en temps réel pendant un mois. En parallèle, ils seront invités à renseigner leur état psychologique sur une application trois fois par mois », a expliqué le Pr Schurhoff. « Il s’agit de vérifier si leur état psychologique varie en fonction de l’intensité de la pollution ».

Autre étude en projet portée par la Fondation FondaMental : l’étude rétrospective Pollupsyqui vise à déterminer s’il existe un lien entre le niveau d’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de développer une schizophrénie, un trouble du spectre de l’autisme ou un trouble bipolaire, dans un premier temps pendant la vie entière, puis pendant les différentes périodes du neurodéveloppement.

« L’exposition des personnes ayant un trouble à différents polluants sera mesurée depuis leur naissance jusqu’à leur inclusion dans l’étude, en utilisant l’historique résidentiel de chacun, et comparée à des sujets sans trouble psychiatrique », précise le psychiatre, responsable scientifique de l’étude. « On peut ainsi estimer les niveaux d’exposition, selon le lieu de résidence, en remontant jusqu’à 30 ans en arrière ».

Références

Pollution and mental health: current scientific evidence, European Environment Agency, publication en ligne du 3 mars 2026. Source


Pignon B, Szöke A, Ku B, Melchior M, Schurhoff F, Urbanicity and psychotic disorders: Facts and hypotheses, Dialogues in Clinical Neuroscience. 2023 Dec;25(1):122-138. Source


Pignon B, Borel C, Lajnef M, Richard JR, Szöke A, Hemery F, Leboyer M, Foret G, Schürhoff F, PM2.5 and PM10 air pollution peaks are associated with emergency department visits for psychotic and mood disorders, Environmental Science and Pollution Research. 2022; ;29(59):88577-88586. Source

Pollution de l‘air : un facteur de risque pour la santé mentale

11 mai 2026

Les mauvaises idées pour prendre soin de sa santé mentale

Problème, on pense que celles-là c'est OK (hélas, non...)
Comment sortir de l'escalier sans fin ?


1- Penser positif, quoi qu'il arrive
-voir uniquement le bon côté des choses
-problème : ça ne fait pas disparaître mais recouvrir l'émotion difficile. Et ça peut la faire revenir plus fort en boomerang
-les émotions négatives sont des signaux, pas des ennemis

2- Éviter tout ce qui fait souffrir
-c'est utile, mais à court terme.
-problème : votre cerveau fait cette observation : "J'ai évité et je me sens soulagé"
-Il apprend que vous aviez bien raison d'avoir peur, et il la confirme
-l'évitement, c'est l'engrais de la peur

3- En parler encore et encore à ses proches
-parler, expliquer, partager, se soutenir aide
-le piège : tourner sans fin à deux en co-ruminant. On s'alimente mutuellement sans avancer
-parler de sa souffrance, ce n'est pas la même chose que travailler dessus en psychothérapie

4- Attendre de se sentir prêt avant d'agir
-"J'attends de me sentir motivé"
-problème : attendre d'être prêt, c'est attendre quelque chose qui ne viendra que si on commence
-la motivation se nourrit de l'action, et pas l'inverse. C'est en démarrant qu'on devient prêt

5- Continuer à ruminer quand on n'a pas trouvé de solution
-alors on cogite encore et encore
-problème : à un moment c'est comme un hamster qui court dans une roue : épuisant et non productif
-la qualité d'une solution ne se mesure pas en quota horaire

6- Chercher uniquement le "pourquoi" salvateur
-comprendre est important
-problème : quand cette quête devient obsédante, elle retarde tout
-je peux comprendre pourquoi je me suis blessé à vélo, mais le savoir ne dispense pas chirurgie + rééducation
-le soin c'est aussi le "comment"

7- Attendre d'une consultation d'être longue pour être efficace
-s'il faut du temps pour comprendre la situation, 1 h avec son psy peut conforter sans faire bouger grand chose
-il peut se passer quelque chose même dans une consultation de 20 min
-la précision compte, pas le chrono

8- Devoir absolument être exhaustif avec son psy
-vous préparez vos séances comme un exposé sans trame ?
-problème : le principal se noie dedans
-ce qui compte : bien définir vos problématiques et objectifs ensemble. Pas préparer une autobiographie

9- Chercher le médicament miracle qui résout tout
-un 💊 c'est ok quand un trouble bloque tout
-problème : il ne règle pas tout et ne fait pas voir la vie en rose
-son objectif : aider à apaiser et reprendre pied
-il rend possible la psychothérapie, et c'est déjà beaucoup !

10- Croire qu'aller mieux = ne plus rien ressentir de désagréable
-un tel souhait rend une guérison impossible et irréaliste
-objectif : pouvoir ressentir et traverser sans s'effondrer, et non s'anesthésier émotionellement
-la tristesse et l'anxiété sont saines et utiles !

Sortir de l'escalier sans fin, ça commence déjà par reconnaître qu'on y est.

Ça vous a parlé ? Faites largement circuler ce texte (à télécharger ici). 


C'est déjà une vraie bonne idée pour prendre soin de notre santé mentale.

Docteur David MASSON




06 mai 2026

santementalevosges.fr : La plateforme créée par et pour les acteurs de la santé mentale dans les Vosges

La direction des Résidences Boussac est fortement impliquée dans le domaine de la santé mentale. Coorganisatrice de la journée "Santé mentale – Travailler ensemble", qui avait réuni 150 acteurs et professionnels de la santé mentale dans les Vosges, le 31 mars dernier, l’Association présentait un nouveau service digital :


Une plateforme inédite dans les Vosges, dont Aïda Saïdi, Assistante de direction et Directrice Formations Boussac, nous explique la genèse, la vocation et l’évolution.

L’Association Résidences Boussac est spécialisée dans l’hébergement et l’accompagnement personnalisé pour les adultes en situation de handicap psychique et/ou psychiatrique et les personnes âgées dépendantes dans les Vosges.

Comment l’idée de cette plateforme dédiée à la santé mentale que vous avez lancée le 15 avril dernier est-elle née ?

Nous avons décidé de créer cette plateforme en décembre 2025. Un diagnostic, effectué auprès de nos salariés et de personnes évoluant dans le secteur médico-social, est à l’origine de deux constats qui ont déclenché le besoin de créer un annuaire digital qui puisse recenser l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine de la santé mentale.

Le premier constat repose sur le fait que, même si la santé mentale est désignée, pour la deuxième année consécutive, Grande Cause nationale par les pouvoirs publics, il est toujours difficile aux acteurs qu’elle concerne d’en donner une définition commune. Troubles psychiques, mal-être, dépression, autisme, maladies psychiatriques… on ne sait pas toujours de quoi nous parlons.

Le deuxième constat : les dispositifs présents dans les Vosges sont nombreux, mais les acronymes qui les désignent sont tellement complexes que même nos salariés rencontrent des difficultés pour les identifier. Pour trouver des solutions aux problématiques liées à la santé mentale dans les Vosges, il est nécessaire de décloisonner les parcours de soins et de vie ; donc de pouvoir identifier les acteurs et les ressources dans les Vosges.

C’est de cette nécessité de favoriser la rencontre, la mutualisation et la coordination entre les secteurs médico-social, sanitaire, social et associatif, qu’est né ce projet. Il y a beaucoup d’inertie dans notre secteur, et nous avons eu envie de faire bouger les choses en prenant l’initiative de créer une cartographie associée à une marque facilement identifiable, accessible et gratuite… Nous y sommes parvenus en fédérant 26 acteurs du territoire autour du projet… et en quatre mois seulement.

Le site santementalevosges.fr est accessible depuis le 15 avril. À qui s’adresse-t-il et que va-t-il permettre ?

Il propose des ressources (existantes par ailleurs, mais diffuses) aux professionnels, institutions et associations de pairs aidants qui interviennent dans le champ de la santé mentale et les instances de coordination. Cette interconnaissance doit permettre de limiter les inégalités sociales dues à la disparité des solutions proposées sur le territoire, ainsi que les ruptures de parcours encore fréquentes dues à la méconnaissance des relais possibles, notamment dans les situations complexes.

Qu’est ce qui en a déterminé la forme ?

Aujourd’hui, chaque institution ou organisme possède son propre annuaire, mais aucune plateforme ne rassemblait ces informations de manière efficace dans les Vosges. La cartographie digitale nous est apparue être la meilleure stratégie pour recenser les acteurs présents sur le territoire. Grâce à la géolocalisation et au moteur de recherche par thématique (logement, emploi, vie sociale, etc.) on peut rapidement identifier l’offre de services proposée dans les Vosges (établissement médico-social, Centre Médico-Psychologique (CMP), lieux de vie sociale adapté, médecins psychiatres et notamment les 13 psychologues conventionnés dans les Vosges, etc.) et accéder à la fiche de l’établissement, médecin ou dispositif identifié. Le site permet ensuite d’exporter cette fiche ainsi que les résultats d’une recherche.

Outre la cartographie et le moteur de recherche, quels types d’informations peut-on trouver ?

Nous avons intégré un « Répertoire des sigles », essentiel pour identifier les dispositifs et les organismes ; il sera complété par un descriptif de leurs missions dans un second temps de développement. L’onglet « Ressources » renvoie vers les numéros utiles, les formations accessibles, les sites et ressources proposés dans les Vosges pour s’informer sur la santé mentale, mais aussi trouver une formation, s’inspirer du partage d’expérience. Enfin, l’onglet « Actualités » permet à tous de s’informer sur les événements proposés dans les Vosges par les acteurs de la santé mentale.

Comment est-t-il voué à évoluer ?

Un comité de suivi – qui réunit six institutions : l’Unafam, Handi-Vosges, Adavie, Association de Belval, Dispositif d’Appui à la Coordination (DAC) et les Résidences Boussac (propriétaire de la plateforme) – a la charge de faire vivre la plateforme, de valider les demandes de référencement, d’analyser les statistiques de fréquentation et d’opérer des mises à jour régulières.

Aujourd’hui le site est opérationnel et accessible. Son contenu va progressivement s’enrichir et nous sommes actuellement en réflexion pour élargir son utilisation aux usagers dans un second temps.

Nous invitons tous les acteurs engagés en faveur de la santé mentale à s’inscrire et à s’en emparer pour interagir, mutualiser les ressources et faciliter la prise en charge dans les Vosges.

LA SANTÉ MENTALE QU’EST-CE QUE C’EST ?

Selon l’OMS, la santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Elle fait partie de notre santé globale au même titre que la santé physique.

Tout mal-être n’est pas un trouble psychiatrique, de même que tout trouble psychiatrique n’est pas un simple mal-être. Santé mentale et troubles psychiques s’inscrivent dans un même continuum et peuvent ainsi coexister. Par exemple, on peut vivre avec un trouble mental et présenter un bon niveau de santé mentale ou vivre sans trouble mental et présenter une santé mentale qui nuit à sa vie quotidienne. Cela explique pourquoi la psychiatrie est un sous ensemble de la santé mentale.

Pour autant, il importe de les dissocier et de ne pas minimiser ou banaliser des pathologies qui nécessitent des soins et une prise en charge spécialisés.

Rappelons que la santé mentale désigne un état de bien-être et la capacité à ressentir, penser et agir de manière à améliorer notre vie et à relever les défis auxquels nous sommes confrontés. Tandis que les troubles mentaux concernent des altérations de la pensée, de l’humeur et/ou du comportement associées à un état de détresse et à un dysfonctionnement marqués.

3 questions à PHILIPPE ROLIN – Bénévole à l’UNAFAM (Union Nationale de Familles et Amis de personnes malades et/ ou handicapées psychiques)

En tant que bénévole de l’UNAFAM, comment avez-vous accueilli cette plateforme ?

Avec enthousiasme. Beaucoup de projets de cartographie n’ont pas abouti, du fait de la complexité que cela représente. L’idée de créer cette plateforme est venue d’Emmanuel Muller, le Directeur Général des Résidences Boussac. Il souhaitait mettre en place un outil capable de regrouper tous les acteurs du secteur médical et médico- social en lien avec la santé mentale dans le département des Vosges.

Pour l’UNAFAM, qui intervient auprès des pairs-aidants, à quoi répond-t-il ?

Il existe, dans les Vosges, comme dans certains départements, un manque de personnel de santé, notamment dans le secteur de la psychiatrie. Face à cette réalité, il y a deux possibilités : s’en effrayer, mais à ce titre on n’avance pas ; ou rechercher des alternatives.

À l’UNAFAM, c’est en écoutant les remarques des personnes et des familles que nous accueillons, que nous avons pris conscience du manque de coordination entre les acteurs. Or, si dans les Vosges, nous disposons d’une vraie richesse en termes de dispositifs, les personnes qui les animent ne se connaissent pas suffisamment pour interagir.

Cette plateforme vient justement répondre au besoin exprimé par les acteurs du secteur et au fait que les familles et personnes en souffrance ont parfois du mal à s’orienter dans ces différents dispositifs. C’est essentiel, car cette méconnaissance pouvait provoquer des ruptures de soins ou des prises en charge non adaptées, alors qu’une solution pouvait être proposée par une association située à proximité. Savoir où ces acteurs sont situés et sur quelles thématiques ils interviennent est d’autant plus important dans le cadre des maladies psychiques, que les prises en charge peuvent être spécifiques selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme, de son âge et de savoir si un diagnostic a été établi.

Qu’est-ce qui, selon vous, va garantir l’utilisation de cet outil digital ?

Le risque, lorsque l’on met en place ce type de plateforme, c’est qu’elle ne soit pas mise à jour régulièrement. Or ce qui est intéressant, dans le fonctionnement de santementalevosges.fr, c’est la mise en place du Comité de suivi et d’une équipe d’administrateurs en charge de la validation des informations transmises par les établissements inscrits et de leur mise à jour. Son succès viendra aussi du fait que cet outil – protéiforme mais simple d’accès – permet, en croisant plusieurs critères et thématiques (logement, travail, vie sociale et affective, etc.) d’obtenir rapidement des réponses pertinentes aux questionnements et aux problématiques rencontrées par ses utilisateurs.

L’UNAFAM va l’utiliser pour aider les familles que ses bénévoles rencontrent. Il doit devenir un outil permanent au service des professionnels et des personnes en souffrance.

“ TRAVAILLER ENSEMBLE ”

Le 31 mars 2026, à l’initiative de Résidences Boussac, l’Association de Belval, de l’UNAFAM et d’Habitat & Humanisme, une journée d’étude dédiée au thème « Santé mentale – Travailler ensemble » a réuni plus de 150 professionnels exerçant dans ce secteur.

Cet appel à se rencontrer a suscité un véritable engouement qui témoigne de la nécessité partagée par tous les acteurs du secteur médico-social, sanitaire et social des Vosges, ainsi que par le monde associatif : trouver des solutions pour collaborer plus efficacement en mutualisant les moyens disponibles afin d’améliorer la prise en charge et le parcours de soins et de vie en santé mentale.

La présentation de la cartographie interactive santementalevosges.fr a été un moment fort de cette journée dont l’objectif visait à installer une dynamique de réseau. Ainsi, pour la première fois, une dizaine d’organisations vosgiennes ont eu l’occasion de travailler ensemble lors de quatre ateliers thématiques : les piliers de l’autonomie, le soin, le logement, l’accès au travail et la vie intime.

Mise en ligne le 15 avril dernier, cette cartographie des acteurs de la santé mentale dans les Vosges, permet en quelques clics de rechercher et d’obtenir des informations sur un établissement médico- social, un accompagnement vers le travail adapté, un centre médico- psychologique (CMP), un lieu de vie sociale adapté, un professionnel de santé, par exemple.

C’est aussi un centre de ressources en santé mentale à disposition des professionnels et des aidants pour faciliter la coordination et les orientations dans le cadre de situations complexes, favoriser l’interconnaissance et contribuer à l’animation du territoire par les acteurs locaux.

santementalevosges.fr

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05 mai 2026

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée

Avec "Le Monde est psy", cette praticienne, professeure à l’université d’Orléans, et son coauteur, ont exploré en mots et en images l’univers complexe des troubles mentaux, pour informer et offrir un regard différent sur la souffrance psychique.

Être bipolaire, c’est quoi ? Et vivre avec une schizophrénie c’est comment ? Plutôt qu’un long traité scientifique bien aride, la psychiatre Jasmina Mallet, professeure à l’université d’Orléans et au CHU, a décidé d’expliquer la maladie mentale en BD. Une approche originale, pour toucher tous les publics et tordre le cou aux préjugés et aux idées reçues sur la santé mentale.

« J’avais envie de donner des clés pour comprendre, pour éviter la stigmatisation sur ces sujets qui peuvent toucher tout le monde », explique la praticienne, qui a longtemps exercé à l’Assistance publique à Paris, avant de venir à Orléans pour participer à l’aventure de la création de la faculté de médecine.

Le projet s’est concrétisé à la suite d’une table ronde lors des rencontres de La Seine en Folie, en 2024. Elle y croise ceux qui vont coécrire ce livre avec elle, Benoît Broyart, auteur et scénariste, et le dessinateur Laurent Richard. En 120 pages, la BD, intitulée « Le monde est psy » et publiée aux éditions Hygée, explore la grande galaxie de la psychiatrie de manière à la fois simple et sensible, en croisant expérience, science, histoire et témoignages de patients.

Parmi eux, David, qui vit avec une schizophrénie et est devenu « pair-aidant », trait d’union entre les patients et les soignants, ou André Robillard, un artiste de 94 ans qui vit depuis des années à l’hôpital psychiatrique Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret). Sorti à l’automne dernier pour coller avec l’actualité du moment - l’année de la santé mentale, grande cause nationale 2025, reconduite en 2026 -, le livre, qui a bénéficié du soutien financier du programme France 2030, commence à faire son chemin dans les librairies et auprès du public : dédicaces au salon du livre à Paris, conférences, etc.

« On n’a pas eu une grande exposition médiatique mais, finalement, cela a plutôt bien marché pour une BD. On a fait un premier tirage à 2 000 exemplaires et on est maintenant en réimpression. Notre éditeur nous soutient », se réjouit la psychiatre qui imagine faire peut-être un jour un deuxième tome. Pour tous ceux qui ont envie d’en apprendre davantage et de rencontrer les auteurs, la Librairie Nouvelle, à Orléans, consacrera un après-midi au sujet, le 6 juin prochain, et mettra en avant de nombreux ouvrages autour de la santé mentale.

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée - Le Parisien

31 mars 2026

Santé mentale : la grande cause à l’oeuvre

La Grande Conversation fait le bilan de la première année Grande cause nationale santé mentale avec Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l'Alliance pour la Santé Mentale qui a porté, aux côtés du Collectif « Santé mentale Grande cause nationale », un plaidoyer pour faire de la santé mentale la Grande cause nationale de 2025 et 2026.

La première année de Grande cause nationale a permis une meilleure visibilité du sujet auprès du grand public, ainsi que l’émergence d’un collectif d’acteurs du champ de la santé mentale qui porte une vision transversale de la santé mentale, touchant toutes les sphères de la société au-delà du sanitaire : école, travail, universités… Enjeu majeur de société, la santé mentale pâtit encore au début de cette deuxième année de Grande cause nationale d’un manque de moyens et de mobilisation des pouvoirs publics...

Santé mentale : la grande cause à l’œuvre - La Grande Conversation

28 mars 2026

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre.

S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.

C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.

Une vulnérabilité majeure dès l’entrée en détention

Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).

Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.

Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.

Une apparente stabilité qui cache une réalité contrastée

Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.

Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.

Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.

Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.

Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.

Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.

Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.

Quelles pistes d’amélioration ?

Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.

Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.

Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.

Cet article a été co-rédigé par Kevin D'Ovidio, épidémiologiste statisticien, Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale Hauts-de-France (F2RSM Psy).

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

27 mars 2026

Un de vos proches présente un problème de santé mentale ? Aidez-nous à comprendre votre expérience.

L’objectif de l’étude PSY-AID, menée au sein de l’Université Paris Cité, est de mieux comprendre comment les proches s’adaptent aux problèmes de santé mentale d’un membre de leur entourage, la vision qu’ils ont de ces difficultés mais aussi de leurs conséquences.

Les proches de personnes présentant des troubles psychiatriques sont une de leurs principales sources de soutien face à la maladie. Ce soutien est d’autant plus important dans les moments de crise et notamment, lors de l’hospitalisation. Pourtant, peu de travaux se sont intéressés à l’impact de cette prise en charge sur les proches.

L’objectif de l’étude PSY-AID est donc d’explorer le vécu des proches de patients présentant un trouble psychiatrique et notamment, d’investiguer l’impact de l’hospitalisation sur leur ajustement psychologique. Plus précisément, il s’agit :

- d’explorer les facteurs impliqués dans l’adaptation psychologique des proches de patients : âge/genre ; statut du proche (frère, mère, ami(e)…) ; type et ancienneté du trouble psychiatrique ; niveau d’autonomie du patient ;

- de déterminer la charge liée à l’hospitalisation dans le vécu des proches ;

- d’explorer le rôle des modalités d’hospitalisation dans l’adaptation psychologique des proches : hospitalisation libre ou sous contrainte ; à temps complet ou temps partiel ; durée de l’hospitalisation ; motif de l’hospitalisation…

Cette étude comparative sera menée auprès d’un minimum de 600 proches de patients, âgés de 18 à 70 ans, dont un membre de leur entourage (âgé d’au moins 14 ans) a fait l’objet d’un suivi par un professionnel de santé mentale ou d’une hospitalisation pour motif psychiatrique au cours des trois dernières années. Les participants rempliront de façon anonyme un questionnaire en ligne et seront invités à contacter les organisateurs de la recherche pour participer à un entretien visant à partager leur expérience.

Les résultats permettront de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les proches de personnes présentant des problèmes de santé mentale mais aussi leurs ressources et les processus psychologiques impliqués dans leur adaptation à la maladie. À terme, il s’agit de proposer des pistes aux professionnels de la santé et du médico-social pour mieux accompagner les proches de patients.

Les inclusions se dérouleront jusqu’en décembre 2026 et les premiers résultats seront publiés à partir de septembre 2027.

Informations détaillées sur l’étude : https://lpps.u-paris.fr/participer-aux-recherches-et-activites/appel-a-participation/

Un de vos proches présente un problème de santé mentale ? Aidez-nous à comprendre votre expérience - Santé Mentale

19 mars 2026

Les Héros de Notre Temps 2026 : savoir agir face aux troubles mentaux avec PSSM

L'association Premiers secours en santé mentale (PSSM) présidée par Muriel Vidalenc déploie en France une formation reconnue au niveau mondial pour permettre à chacun de devenir secouriste en santé mentale.

L'ambiance est à la fois studieuse et décontractée dans la salle de cours du Greta (formation pour adultes) de Saint-Germain-en-Laye (78) en cette mi-décembre. La douzaine d'étudiants de 30 à 62 ans, réunis en groupe de 3 ou 4, alternent mises en situation et apports plus théoriques, animés par Corinne Geoffroy. Cette formatrice professionnelle, qui travaille aussi sur le burn-out ou la gestion du stress, est agréée PSSM (Premiers secours en santé mentale) et conduit ces adultes vers une attestation de secouriste en santé mentale.

La méthode est très reconnue à l'échelle internationale; elle a vu le jour en Australie en 2000 et a été d'abord popularisée dans les pays anglo-saxons. L'association PSSM France, fondée en 2018, est garante dans notre pays de cette formation adaptée au contexte français. Elle donne aux individus "les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour soutenir un ami, un membre de la famille ou un collègue confronté à un problème de santé mentale ou à une crise". Elle est délivrée partout en France par près de 2000 formateurs eux-mêmes expressément formés; 250.000 personnes l'ont déjà suivie.

Des formations sur deux jours

"Il s'agit d'un projet citoyen, indique Muriel Vidalenc, présidente de l'association. Comment, sans se substituer à un professionnel, être capable d'Approcher, d'Ecouter, de Réconforter, d'Encourager à consulter et de Renseigner sur les ressources disponibles". Les initiales de ces cinq démarches forment l'acronyme AERER et structurent les formations délivrées sur 2 jours.

"Nous avons des signaux inquiétants concernant les jeunes. Nous avons développé des modules spécifiques sur les ados et nous envisageons de compléter les modules standard avec une approche consacrée aux seniors" , précise la présidente qui se réjouit de voir prolongée cette année la Grande Cause nationale santé mentale. Anxiété chronique, dépression, pensées suicidaires, phobies…: de fait, 30% des Français ont dans leur entourage une personne qui souffre d'un trouble de santé mentale, selon Santé Publique France.

Pour les salariés, le montant des sessions peut être pris en charge par leur entreprise et sans doute à l’avenir via le compte personnel de formation.

Le fonds solidaire PSSM France peut endosser la facture, sur dossier et sous conditions de ressources, ou pour des bénévoles associatifs.

Comment aider ?

PSSM France est soutenue par des fondations et entreprises mais ne fait pas appel à la générosité du public. L'association, qui compte 23 salariés, a agréé à ce jour 1800 formateurs. Vous voulez être le prochain? La formation de deux jours coûte 250€. Des aides au financement sont possibles.

Aider ou participer. S'inscrire ou s'informer https://www.pssmfrance.fr/

17 mars 2026

[Rapport] : Dix mesures d'urgence pour le repérage et l’intervention précoce en santé mentale

Le rapport de la mission "Intervention et repérage précoce" s’appuie sur une revue de littérature internationale et plus de 100 auditions menées entre novembre 2025 et janvier 2026.


Ce rapport a été rédigé par :

Dr Rachel Bocher, Psychiatre des Hôpitaux, Cheffe de pôle au CHU Nantes,
Pr Marie-Odile Krebs, Psychiatre d’adulte, Cheffe du pôle PEPIT au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, Responsable d’équipe à l’IPNP Inserm UMR1266 - Université Paris Cité, Coordinatrice du réseau Transition et du RHU PsyCARE
Mme Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale pour l’Alliance de la Santé Mentale

dans le cadre de la mission sur le repérage et l’intervention précoce en santé mentale, initiée à la demande de Mr Yannick Neuder, Ministre de la Santé et de l’accès aux soins.

La mission s’est déroulée de novembre 2025 à février 2026. Dans ce cadre, ont été auditionnées plus de 100 personnes que nous remercions pour leur temps et leur implication (listées en annexe)

Nous remercions également Mmes Laetitia Vrignaud, Lydie Mathevet et Léa De Macedo pour leur aide précieuse dans la conduite et la synthèse des auditions.

Nous remercions enfin Paris Santé campus et son directeur Antoine Tesnière pour leur accueil au sein de leurs locaux.

https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/2026-02-25-rapport-mission-intervention-precoce.pdf

07 mars 2026

Tempête mentale : une série de podcasts pour comprendre les troubles psychiques

Tempête Mentale donne la parole à cinq troubles psychiques majeurs :

- la bipolarité,

- la dépression,

- l’anxiété,

- les troubles du comportement alimentaire,

- la schizophrénie.

Chaque épisode met en scène un huis clos intérieur : une personne anonyme dialogue avec « la voix » de son trouble, interprétée par Camille Lellouche.
Grâce à ce dispositif sensible et unique, le podcast montre comment le trouble s’impose, se cache, influence, bouscule ou tente de contrôler le quotidien.

Les épisodes, courts et accessibles, sont inspirés de témoignages réels et validés par un professionnel de santé.

Ecouter la série complète