Publié le mardi 10 février 2026
C’est la dernière allégation du ministre de la santé américain Robert F. Kennedy Jr. Si ce régime dit cétogène a démontré un intérêt dans certaines formes d'épilepsie, les données restent aujourd’hui beaucoup trop préliminaires concernant la schizophrénie.
Avec Boris Chaumette, psychiatre et enseignant-chercheur à l’Université Paris Cité, à l’INSERM et à l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l'Enfant
Derrière ce nom de cétogène se cache un régime - et c’est un peu contre intuitif - un régime riche en graisses. Il consiste à réduire drastiquement les glucides, sucre, riz, pâtes, mais aussi une bonne partie des légumes et fruits, au profit de beaucoup de gras.
Un régime très gras utilisé dans certains cas d'épilepsie
Puisqu’il n’y a plus de glucides, le corps doit changer son métabolisme et se servir des graisses plutôt que le glucose comme carburant, c’est ce qu’on appelle la cétose. Évacuons d’emblée la question de la perte de poids, ce n’est pas un régime recommandé comme stratégie durable à ce niveau-là. En revanche, il est vrai qu’il a été étudié dans certaines pathologies neurologiques, notamment l’épilepsie.
Le psychiatre Boris Chaumette explique que le régime cétogène modifie profondément les voies du métabolisme en changeant le carburant énergétique des cellules, notamment au niveau des mitochondries qui sont nos usines énergétiques. « Quand les mitochondries sont dysfonctionnelles, elles peuvent générer du stress oxydatif et favoriser la mort cellulaire. Donc une des vertus du régime cétogène, c'est d'éviter cette mitochondrie et que les nutriments aillent dans d'autres voies et donc ne passent pas par cette usine défectueuse ». En fournissant une source d’énergie alternative, le régime cétogène peut réduire ce stress dans ces pathologies et a montré des bénéfices cliniques dans certaines formes d’épilepsie pharmacorésistantes. Pour l’une d’entre elle d’ailleurs, le déficit en GLUT1, c’est même un traitement de référence.
Pour la schizophrénie, une surinterprétation de résultats extrêmement limités
Pour une fraction de patients atteints de schizophrénie cette fois, certains scientifiques soupçonnent des anomalies de la mitochondrie, c’est ce parallèle qui a conduit à faire du régime cétogène une piste actuelle de recherche. Mais, évidemment, il y un « mais »... Kennedy, dans sa prise de parole au Tennessee State Capitol mercredi dernier, évoque les travaux récents d’un chercheur, vraisemblablement Christopher Palmer. Ce scientifique a bien publié une étude en juin 2019 dans Schizophrenia Research mais elle concerne seulement 2 patients.
Pour Boris Chaumette, ces observations restent largement insuffisantes pour tirer des conclusions générales : « Des patients qui bénéficient de certaines approches, ça c'est toujours intéressant, mais ça ne fait pas une loi pour autant. » De plus, l'étude est un rapport de cas et elle a été menée sans protocole en double aveugle. Ce qui signifie que patient et médecin connaisse la nature du traitement, ce qui expose à des biais. Il faudrait répliquer les résultats, déterminer à qui s'adresse vraiment ce type de régime et poursuivre les études. Des essais cliniques sont actuellement en cours pour évaluer rigoureusement cette piste. Mais à ce stade, selon Boris Chaumette, présenter le régime cétogène comme un traitement relève d'une « surinterprétation de résultats extrêmement limités. »
Des recommandations nutritionnelles à contre-courant
Ces déclarations s’inscrivent dans une vision plus large défendue par Robert F. Kennedy Jr pour sa campagne « Take Back Your Health », soit « Reprenez en main votre santé ». Le ministre de la santé affiche une recherche permanente de causes extérieures à des maladies dont la part génétique et biologique est importante, comme on l’a vu dans ses prises de position sur les vaccins et l’autisme. Et puis, on note également la présence d’un discours nutritionnel qui encourage une alimentation très riche en graisses animales, aux antipodes des recommandations de ces dernières décennies.
Peut-être qu’un jour, pour des profils très spécifiques de patients, le régime cétogène pourrait devenir un outil. C’est la logique de la médecine personnalisée ou de précision. Mais le régime cétogène ne soignera certainement jamais cette maladie. La schizophrénie est une pathologie chronique. Et si les traitements actuels améliorent nettement la santé et le quotidien des patients, on n’en guérit pas pour autant. La chronique est à écouter pour entendre l'intégralité des explications de Boris Chaumette.
Non, un régime riche en gras ne soigne pas la schizophrénie | France Culture
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