Christophe Gattuso, 20 mars 2026
Phénomène international qui touche particulièrement plusieurs pays d’Europe, les tensions d’approvisionnement en quiétapine, rencontrées depuis plus d’un an préoccupent l’agence européenne du médicament (EMA), qui suit de près la situation.
En France, les autorités sanitaires se mobilisent également depuis 2024 pour faire face au risque de pénurie des médicaments contenant de la quétiapine, prescrits en France dans plusieurs types de troubles psychiques durables : la schizophrénie, le trouble bipolaire et certaines dépressions.
« Des difficultés persistent pour la quétiapine 400 mg à libération prolongée et pour le Téralithe 250 mg, observait l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans un communiqué, le 5 février 2026. Néanmoins, de manière générale, la situation se stabilise suite aux améliorations des derniers mois. La reconstitution progressive des stocks se poursuit pour la plupart des psychotropes. »
Lors du Congrès de l’Encéphale, le 21 janvier, Laurence Peyraut, directrice générale du LEEM, syndicat des entreprises du médicament, est revenue sur les raisons de ces tensions et a expliqué comment les laboratoires pharmaceutiques s’organisaient pour y faire face et garantir l’accès aux traitements concernés.
Une concentration de la production problématique
Les importantes difficultés d’approvisionnement qui sont allées jusqu’à des ruptures de stocks sont consécutives à un arrêt partiel de l’activité de l’usine Pharmathen International, en Grèce, qui fournit, en temps normal, 60 % de la quétiapine distribuée en France. Lié à un défaut qualité, cet arrêt a démarré en juillet 2024 et a duré plusieurs mois. Il faudra encore plusieurs mois pour reconstituer les stocks. L’EMA s’attend à ce que les difficultés persistent jusqu’au milieu de l’année 2026.
« La concentration de la production auprès d’un acteur fragilise la chaîne du médicament », analyse Laurence Peyraut. Les difficultés rencontrées par l’usine grecque Pharmathen a eu un effet « boule de neige » sur les pénuries. Les laboratoires, les pharmaciens et les médecins essaient de trouver des solutions alternatives en attendant que la situation s'améliore. « Cela reporte des situations de pénurie sur les traitements alternatifs, puisque cela augmente la demande sur un traitement. Une tension naturelle en découle », poursuit la DG du LEEM.
Une forte pression sur les prix
Les entreprises pharmaceutiques ont travaillé étroitement avec l'ANSM pour trouver des solutions palliatives le temps que la chaîne de production se remette en marche.
« Nous avons interdit les exportations, activé des mécanismes de solidarité européenne voire des mécanismes de solidarité entre les laboratoires, mis en place la dispensation à l’unité, la préparation magistrale et essayé de trouver des solutions de remplacement, indique Laurence Peyraut. Et même si ce n'est pas souhaitable, on a arrêté les procédures d'initiation en attendant que les solutions se remettent en marche. »
La psychiatrie est particulièrement exposée aux pénuries car les innovations de rupture sont extrêmement difficiles, observe par ailleurs la responsable du LEEM. « Par nature, le prix des médicaments baisse et l’innovation incrémentale, [qui consiste à faire évoluer le produit ou service sans en changer ses caractéristiques fondamentales, NDLR], n'est pas valorisée, poursuit Laurence Peyraut. C’est un problème ».
La pression très importante sur les prix dessert la France « qui a aujourd'hui les prix les plus bas en Europe, cela installe une concurrence malsaine entre les pays. »
Cette pression sur les prix entraîne une difficulté à alimenter le marché, comme on a pu le voir en période de pandémie. Le Pr Antoine Pelissolo, chef de la psychiatrie au CHU Henri-Mondor de Créteil, déplorait cette situation, il y a quelques mois, dans nos colonnes : « Etant donné que ces produits sont vendus à un prix inférieur en France, les laboratoires préfèrent les commercialiser dans des pays où les marges sont plus élevées. Cela pose un problème de souveraineté puisque nous n'avons pas de contrôle sur la situation », observait-il.
Les prix bas poussent les industriels à essayer de trouver des modes de production les plus performants possibles, ce qui a amené la France à concentrer la production de quiétapine dans l’usine Pharmathen, en Grèce.
L’enjeu d’une souveraineté sanitaire européenne
Laurence Peyraut observe par ailleurs que 80% de la recherche clinique est faite hors Europe, essentiellement aux Etats-Unis et en Asie. La prise de position très agressive de Donald Trump exprimée à Davos, pendant le congrès de l’Encéphale, ajoute à ce « problème géopolitique du médicament ». « Le sujet de la souveraineté sanitaire doit être porté par l'Europe », estime Laurence Peyraut
« Il y a urgence à recapitaliser le médicament, mais aussi le soin pour les patients », poursuit la directrice du LEEM. D’autant que les Français vieillissent - nous sommes aussi nombreux à plus de 65 ans que les moins dans 25 ans. En outre, un quart des jeunes souffriraient de symptômes dépressifs depuis les années COVID.
Face au risque de pénuries de médicaments, les industriels ont lancé en mars 2021 la plateforme TRACStocks pour optimiser l'information sur les ruptures de stocks de médicaments et les anticiper autant que possible. Les laboratoires ont également signé une charte d'engagement dans le cadre de la feuille de route pénurie avec le gouvernement pour trouver des solutions. La mise en place de stocks de sécurité votée par les parlementaires est en revanche une « fausse bonne idée » selon Laurence Peyraut.
« Il est logique de vouloir mobiliser des stocks, notamment si demain, nous avons de nouveau des conflits armés sur le territoire. Mais vouloir faire des stocks de sécurité, c’est avoir du stock partout et des produits nulle part ! Aucune étude n'a démontré que cela règle les problèmes. » En dépit de ce programme volontariste, « six antipsychotiques de dernière génération sont disponibles dans d'autres pays européens et pas en France », déplore Laurence Peyraut.
Devant le parterre de psychiatres réunis au congrès de l’encéphale, la DG du LEEM a affirmé qu’il fallait « absolument revaloriser la psychiatrie en France et accélérer la recherche fondamentale pour trouver des solutions ». « Il faut continuer à investir, reconnaître la valeur de l'innovation même incrémentale, et tout faire pour redonner accès à l'innovation en France », a-t-elle conclu.
Pénurie de quiétapine : le point sur la situation
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