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05 mai 2026

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée

Avec "Le Monde est psy", cette praticienne, professeure à l’université d’Orléans, et son coauteur, ont exploré en mots et en images l’univers complexe des troubles mentaux, pour informer et offrir un regard différent sur la souffrance psychique.

Être bipolaire, c’est quoi ? Et vivre avec une schizophrénie c’est comment ? Plutôt qu’un long traité scientifique bien aride, la psychiatre Jasmina Mallet, professeure à l’université d’Orléans et au CHU, a décidé d’expliquer la maladie mentale en BD. Une approche originale, pour toucher tous les publics et tordre le cou aux préjugés et aux idées reçues sur la santé mentale.

« J’avais envie de donner des clés pour comprendre, pour éviter la stigmatisation sur ces sujets qui peuvent toucher tout le monde », explique la praticienne, qui a longtemps exercé à l’Assistance publique à Paris, avant de venir à Orléans pour participer à l’aventure de la création de la faculté de médecine.

Le projet s’est concrétisé à la suite d’une table ronde lors des rencontres de La Seine en Folie, en 2024. Elle y croise ceux qui vont coécrire ce livre avec elle, Benoît Broyart, auteur et scénariste, et le dessinateur Laurent Richard. En 120 pages, la BD, intitulée « Le monde est psy » et publiée aux éditions Hygée, explore la grande galaxie de la psychiatrie de manière à la fois simple et sensible, en croisant expérience, science, histoire et témoignages de patients.

Parmi eux, David, qui vit avec une schizophrénie et est devenu « pair-aidant », trait d’union entre les patients et les soignants, ou André Robillard, un artiste de 94 ans qui vit depuis des années à l’hôpital psychiatrique Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret). Sorti à l’automne dernier pour coller avec l’actualité du moment - l’année de la santé mentale, grande cause nationale 2025, reconduite en 2026 -, le livre, qui a bénéficié du soutien financier du programme France 2030, commence à faire son chemin dans les librairies et auprès du public : dédicaces au salon du livre à Paris, conférences, etc.

« On n’a pas eu une grande exposition médiatique mais, finalement, cela a plutôt bien marché pour une BD. On a fait un premier tirage à 2 000 exemplaires et on est maintenant en réimpression. Notre éditeur nous soutient », se réjouit la psychiatre qui imagine faire peut-être un jour un deuxième tome. Pour tous ceux qui ont envie d’en apprendre davantage et de rencontrer les auteurs, la Librairie Nouvelle, à Orléans, consacrera un après-midi au sujet, le 6 juin prochain, et mettra en avant de nombreux ouvrages autour de la santé mentale.

Santé mentale : la psychiatre Jasmina Mallet combat les idées reçues en bande dessinée - Le Parisien

04 mai 2026

Bipolarité : comment avance la recherche ?

Entre IA diagnostique et pistes inflammatoires, la psychiatrie vit une "petite" révolution. La Fondation FondaMental dévoile des avancées dans la recherche pour transformer le quotidien des 600 000 Français concernés par les troubles bipolaires.

"Huit à dix ans". C'est le temps moyen encore nécessaire pour poser un diagnostic de trouble bipolaire. Un retard considérable, aux conséquences parfois dramatiques. Mais la recherche accélère. En 2026, la Fondation FondaMental évoque un tournant vers une « psychiatrie de précision » (Inflammation : une piste clé en psychiatrie), capable d'adapter les soins au profil de chaque patient. Derrière cette promesse, une ambition claire : sortir d'une approche uniforme pour mieux cibler les traitements, et réduire les rechutes, les hospitalisations… et le risque suicidaire, très élevé dans cette pathologie.

Vers une psychiatrie de précision

Les chercheurs s'appuient désormais sur des cohortes massives, comme FACE-BD, pour identifier des biomarqueurs fiables : génétiques, issus de l'imagerie cérébrale ou inflammatoires. L'étude révèle que près de 40 % des patients présentent des signes d'inflammation chronique. Des marqueurs immunitaires (comme l'interleukine-2) sont à l'étude pour de nouveaux traitements. Les chercheurs ont également observé un vieillissement prématuré (mesuré par la longueur des télomères, des sortes de capuchons protecteurs de nos chromosomes) chez certains jeunes patients, ce qui expliquerait une réduction de l'espérance de vie de 10 à 15 ans.
Plus globalement, ces données permettent de mieux comprendre une maladie encore hétérogène, qui touche entre 1 % et 2,5 % de la population française. « L'enjeu, c'est de proposer à chacun un traitement sur mesure », expliquent les équipes de recherche. Une révolution silencieuse, qui pourrait transformer la prise en charge du handicap psychique en limitant les phases aiguës et leurs conséquences sur la vie sociale et professionnelle.

Inflammation, cerveau et nouvelles pistes

Parmi les pistes les plus prometteuses : l'inflammation cérébrale. De plus en plus d'études montrent que certains patients présentent des marqueurs biologiques spécifiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblées. En parallèle, la génétique progresse. Une étude internationale portant sur plus de 150 000 patients a permis d'identifier plusieurs dizaines de gènes impliqués dans la maladie (précisément 298 régions du génome, autrement dit le « code génétique », liés au trouble), certains déjà liés à des traitements existants. Autant d'indices pour affiner les diagnostics… et anticiper les rechutes. Ainsi, en se concentrant sur les facteurs de risque, ils ont constaté que les individus porteurs d'un nombre élevé de variations génétiques spécifiques présentent un risque 7 fois supérieur de développer la maladie.

L'IA et le diagnostic précoce en ligne de mire

Autre révolution en cours : l'intelligence artificielle. En croisant données cliniques, cognitives et biologiques, elle pourrait aider à détecter plus tôt les troubles bipolaires, parfois confondus avec une dépression classique. Car derrière les fluctuations de l'humeur, c'est bien un handicap invisible qui s'installe, avec de lourdes conséquences : troubles cognitifs, fatigue, désinsertion professionnelle mais aussi comorbidités (ou troubles physiques et psychiques associés), via le score de risque polygénique (PRS), révélant par exemple un terrain commun entre le trouble bipolaire et le TDAH. Certaines approches innovantes, comme les parcours de soins coordonnés, montrent déjà des résultats encourageants, avec une réduction significative des hospitalisations et des tentatives de suicide.

Mieux comprendre pour mieux inclure

Reste un défi majeur : la (dé)stigmatisation. Encore largement méconnus, les troubles bipolaires restent associés à des idées reçues tenaces. « Ces travaux contribuent aussi à changer le regard », souligne la Fondation FondaMental. Car mieux comprendre la maladie, c'est aussi mieux accompagner les personnes concernées, réduire le retard diagnostique et enfin prédire l'évolution de la maladie. Les enjeux sont considérables pour une maladie qui coûte environ 6 910 € par an et par patient en France. Or, la Fondation FondaMental déplore que la recherche en psychiatrie ne reçoive que 2 à 4 % des financements en France, contre plus de 15 % dans les pays anglo-saxons.

Bipolarité : comment avance la recherche ?