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30 juin 2025

Pénuries de médicaments : les industriels doivent payer

En psychiatrie : une situation dramatique !

À date, de très nombreux psychotropes sont difficilement disponibles ou font défaut : des antipsychotiques (dont la Quétiapine), des thymorégulateurs (Lithium), des antidépresseurs (notamment la Sertraline). Ces médicaments partagent de douloureux points communs : un changement brutal de molécule ou de dosage augmente considérablement les risques de rechute, d’hospitalisation et pourrait, dans certains cas, entrainer une augmentation des suicides.

Plusieurs associations membres de France Assos santé, dont Argos 2001 et l’Unafam, alertent les pouvoirs publics depuis des mois, demandant que tous les outils soient actionnés pour limiter le désastre. Les préparations magistrales en pharmacie d’officine peuvent constituer une alternative lorsque les spécialités pharmaceutiques sont en rupture. Des préparations magistrales ont ainsi été autorisées, produites et prises en charge pour contribuer à pallier, partiellement, les pénuries de Quétiapine[2]. Face à des prix imposés par les pouvoirs publics et jugés intenables par les pharmaciens d’officine, ces derniers ont décidé de ne pas produire de Sertraline[3].

Les patients doivent-ils continuer à être pris entre le marteau et l’enclume, alors que les industriels ont une obligation d’approvisionnement « approprié et continu du marché national de manière à couvrir les besoins des patients en France »[4] ?

[2] Tensions d’approvisionnement en quétiapine : recommandations au 27 mai 2025, ANSM

[3] Préparations magistrales : les officines s’inquiètent des conditions de prise en charge proposées par la DGS, communiqué de presse Pharmaciens des préparatoires de France, syndicat national de la préparation pharmaceutique SN2P, 14 mai 2025

[4] Article L5121-29 du code de la santé publique.

Pénuries de médicaments : les industriels doivent payer - France Assos Santé

28 juin 2025

Comment savoir si vous êtes vraiment paranoïaque ?

Publié le 25 févr. 2025 par Manon Duran en collaboration avec Dr Dominique Boyer (psychiatre et psychothérapeute)

La paranoïa est un terme souvent utilisé à tort pour décrire une simple méfiance ou une tendance à l’anxiété. Pourtant, il s’agit d’un trouble bien réel qui peut aller d’une simple hypersensibilité à des délires de persécution.

Sommaire

-Rappel : qu’est-ce que la paranoïa ?

-Test : êtes-vous paranoïaque ou simplement trop méfiant(e) ?

-Calcul et interprétation des résultats du test !

-Paranoïa : tests diagnostiques et examens | Santé Magazine

27 juin 2025

Analogues du GLP-1 dans l’obésité : l’ANSM ouvre la primoprescription aux généralistes

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) annonce que la prescription des analogues du GLP-1 sera ouverte à tout médecin pour le traitement de l’obésité à partir du 23 juin 2025.

Le ministre de la Santé et de l’Accès aux soins Yannick Neuder l’avait annoncé fin mai. C’est chose faite. La primoprescription des analogues du GLP-1 (aGLP-1) dans le traitement de l’obésité est élargie à tout médecin à partir du 23 juin 2025, a annoncé l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Jusqu’ici, seuls les médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition ou compétents en nutrition étaient autorisés à réaliser la prescription initiale, ce qui « a pu freiner l’accès pour certains patients, du fait de délais parfois importants pour consulter un spécialiste », explique l’agence sanitaire dans un communiqué.

Wegovy (sémaglutide), Mounjaro (tirzépatide) et Saxenda (liraglutide) sont indiqués dans l’obésité en seconde intention, en cas d’échec de la prise en charge nutritionnelle et en association à un régime hypocalorique et à une activité physique. « Les aGLP-1 indiqués dans l’obésité ne doivent pas être utilisés pour la perte de poids à des fins esthétiques », rappelle l’ANSM, en raison des effets indésirables parfois graves.

Un dispositif de pharmacovigilance renforcé

C’est pourquoi l’agence maintient « une vigilance élevée sur l’utilisation de ces médicaments et une surveillance renforcée et continue des risques ». Outre les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) de Montpellier et de Limoges qui mènent une enquête sur cette classe médicamenteuse depuis 2019, le groupement d’intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare en collaboration avec le centre Drugs-SafeR de Bordeaux poursuit des études de pharmaco-épidémiologie (identifier un surrisque, mieux caractériser les effets indésirables). De plus, les laboratoires Novo Nordisk et Eli Lilly, producteurs des aGLP-1 Saxenda et Wegovy pour le premier et du double agoniste des récepteurs du GLP-1 et du GIP Mounjaro pour le second, sont chargés de transmettre un bilan trimestriel sur toutes les données « d’usages non conformes à l’autorisation de mise sur le marché (AMM)* de ces médicaments ».

Des effets indésirables rares et graves ont été décrits, à type de pancréatite, d’occlusion intestinale et de gastroparésie. Plusieurs signaux sont en cours d’investigation : la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (Noian), qui a été inscrite comme effet indésirable très rare dans le résumé des caractéristiques du produit et la notice du sémaglutide ; grossesse et contraception (des signalements à l’étranger de grossesse font craindre une perte d’efficacité de la contraception orale et des risques pour le fœtus). Par ailleurs, une surveillance à long terme est prévue sur des effets méconnus ou très rares (cancer de la thyroïde, cancers gastro-intestinaux).

Avant un déploiement des prescriptions, des étapes sont encore attendues. Si la Haute Autorité de santé a donné son feu vert en 2024 au remboursement du Wegovy et du Mounjaro, seulement en cas d’IMC ≥ 35 kg/m² pour les deux (c’est-à-dire avec des conditions plus restreintes que l’AMM) – le Saxenda ne faisant pas l’objet d’une prise en charge – , il reste à déterminer leurs prix et remboursement par l’Assurance-maladie. Le gouvernement a par ailleurs annoncé un plan obésité pour la rentrée de septembre pour une prise en charge de cette maladie chronique « sur tous les plans, éducatif, sanitaire, sportif et médicamenteux », avait déclaré Yannick Neuder en marge d’une visite de l’usine Novo Nordisk à Chartres.

Analogues du GLP-1 dans l’obésité : l’ANSM ouvre la primoprescription aux généralistes | Le Quotidien du Médecin | Spécialités | Médecine générale

26 juin 2025

Coercition : restitution de l’étude nationale PLAID-Care

Le 5 juin 2025, la salle des Vieilles tours à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or a été le centre d’une réflexion nationale sur la réduction de la coercition en psychiatrie. 

Dans une atmosphère conviviale, propice aux échanges et aux rencontres, la journée de restitution des résultats de l’étude PLAID-Care (Psychiatrie et libertés individuelles) a rassemblé 130 professionnels et usagers venus de plus de 20 établissements de France. L’événement a permis de partager les fruits d’une recherche ambitieuse et de dessiner les contours d’un avenir pour une psychiatrie plus respectueuse des droits de la personne.

Rappelons que PLAID-Care visait à étudier le fonctionnement des établissements psychiatriques n’ayant pas ou peu recours à des mesures de contrainte, afin de dégager les leviers d’une discipline plus respectueuse des libertés individuelles.

La journée a été solennellement ouverte par Madame Jehanno, directrice du Centre Hospitalier de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, qui a souligné l’engagement de son établissement dans cette démarche innovante. Sébastien Saetta, sociologue, directeur de l’ENSEIS Recherche et coordinateur de l’étude, a ensuite posé les jalons de la journée, rappelant l’importance de l’engagement de tous les acteurs du soin dans cette dynamique.

Pour contextualiser les enjeux, Coralie Gandré de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) a dressé un panorama complet de la coercition, tant au niveau international qu’en France. Cette présentation a offert une base de connaissances solide et nécessaire avant de plonger au cœur des résultats de PLAID-Care.

S’en est suivie la présentation de l’étude et de ses conclusions par l’équipe de recherche. Sébastien Saetta a été rejoint par Loïc Rohr, infirmier et coordonnateur de la recherche au CH de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, Yvonne Quenum, infirmière au CHU de Saint-Étienne, et Jean-Paul Lanquetin, infirmier de secteur psychiatrique. Ensemble, ils ont exposé la méthodologie et les résultats très attendus. Adoptant une perspective de salutogenèse, la recherche ne s’est pas focalisée sur les facteurs de risque, mais sur l’étude des ingrédients et de la culture qui permettent à un établissement psychiatrique d’être le moins coercitif possible.

La suite de la journée a été consacrée à l’échange et à l’approfondissement des résultats grâce à quatre tables rondes, riches de la diversité des points de vue des professionnels et des usagers des établissements investigués ou étant repérés comme moins coercitifs. Ces ateliers ont exploré la question de la moindre coercition sous tous ses angles :

-Les leviers cliniques

-Les leviers organisationnels et managériaux

-Les leviers et obstacles institutionnels

-L’impact sur les parcours professionnels et les parcours de soin

La journée s’est achevée sur une note tournée vers l’avenir. La dynamique impulsée par PLAID-Care est loin de s’essouffler et devrait se concrétiser par plusieurs projets :

–Des publications majeures : un article scientifique est en cours de finalisation, accompagné de la rédaction d’un ouvrage de référence et, de manière plus originale, d’une bande dessinée pour une diffusion plus large des savoirs.

–La formation PLAID-Care : déployée depuis début 2025, cette formation vise à outiller les établissements pour réduire activement le recours à la coercition.

–De nouveaux projets de recherche : l’étude a généré des questions et collaborations, donnant naissance à trois projets ambitieux :

TranPsyCo : une approche transdisciplinaire pour analyser les déterminants et les impacts de la coercition.

Psycore : une étude d’impact d’un programme spécifique de moindre recours à l’isolement et à la contention.

Cette journée, plus qu’une simple restitution, a été une véritable bouffée d’air et de motivation pour tous les participants. Elle marque le début d’une nouvelle phase, où les résultats de la recherche se transforment en actions concrètes, en formations et en nouvelles investigations. Comme l’a si bien résumé une pair-aidante présente, l’objectif d’une telle démarche est avant tout de « semer de l’espoir ». Un véritable plaidoyer pour des soins plus respectueux des droits et de la dignité des personnes.

Coercition : restitution de l’étude nationale PLAID-Care - Santé Mentale

25 juin 2025

[Documentaire] : Handicap, aux origines du combat

À l'occasion des 50 ans de la loi sur le handicap, La Chaîne Parlementaire (LCP) diffuse ce documentaire (52mn) réalisé par Laetitia Møller et raconté par Jérémie Elkaïm.

Disponible du  au 

C'est un combat de près d'un siècle, qui n'a jamais été raconté en documentaire, celui que les personnes handicapées physiques ont mené pour revendiquer un droit simple, celui d'exister. De l'entre-deux-guerres où quelques visionnaires prêchent dans le désert, à la première politique nationale du handicap votée en juin 1975, se dévoilent des décennies de luttes, d'émancipation et d'éveil politique. Éclairé par des militants handicapés d'hier et d'aujourd'hui confrontés à des archives méconnues, ce projet mémoriel inédit croise l'intime et le politique. Il décrypte les racines d'un débat très actuel.

De la rééducation des mutilés de la Première Guerre mondiale aux revendications radicales des « Handicapés Méchants » dans les années 1970, en passant par l'injonction à marcher imposée aux polios dans les années 1950, ce film retrace une histoire faite de ruptures, de mobilisations et de revendications identitaires. De l'entre-deux-guerres aux lois fondatrices de juin 1975 - dont on célèbre aujourd'hui le cinquantenaire - les personnes handicapées se battent pour leur droit à exister, à être visibles, à vivre dignement. À travers des archives rares et les voix de militantes et militants d'hier et d'aujourd'hui, le film explore les racines d'un débat toujours actuel, autour de l'antivalidisme, de la vie autonome ou de la fermeture des institutions.

24 juin 2025

[Podcast] : La santé mentale des jeunes

Depuis des années la santé mentale des jeunes se dégrade. Aujourd'hui il faut des faits divers dramatiques pour chercher comment repérer les adolescents en souffrance et les prendre en charge. Comment expliquer ces souffrances ? Quelles solutions trouver ?


Émission "Carnets de santé" par Marina Carrère d'Encausse (28mn)

Avec Marie Rose Moro, pédopsychiatre, directrice de la maison de Solenn, et professeure à l'université Paris-Descartes

Le meurtre d’une surveillante par un collégien à Nogent le 10 juin dernier a fait réagir toute la classe politique y compris le gouvernement. Ainsi le ministre chargé de la santé et de l’accès aux soins affirme « au-delà du fait divers, c’est bien la souffrance psychique qui est visée et qui « ne doit plus rester sans réponse ». En référence à d’autres événements graves survenus ces dernières semaines.

Un plan ambitieux présenté le lendemain propose des solutions dans cette année où la santé mentale a été décrétée grande cause nationale. Et chez les jeunes il y a urgence. Les indicateurs sont au rouge : anxiété, pensées suicidaires, tentatives de suicide, passage aux urgences, troubles alimentaires, addictions, les chiffres sont alarmants. On a beaucoup évoqué la pandémie de Covid 19 pour les expliquer et c’est vrai que cette crise a été souvent délétère pour les jeunes mais force est de constater que si le choc du Covid et de ses confinements s’éloigne, la demande de soins, chez les jeunes adultes comme chez les adolescents, ne faiblit pas. La faute aux conflits armés, aux attentats, à la crise climatique, à la pression scolaire ou aux risques liés à Internet et à un accès précoce et sans limite aux réseaux sociaux ? Tout peut jouer à cet âge où le psychisme est particulièrement mis à rude épreuve. Et où, outre ces troubles, des maladies psychiatriques telles la schizophrénie, peuvent apparaître.

Comment comprendre réellement cette dégradation de la santé mentale des jeunes ? Certains sontils plus à risque que d’autres ? Comment repérer ces troubles le plus tôt possible ? Et que leur proposer alors que les solutions d’accueil, de soins et d’accompagnement n’ont jamais été si faibles ?

La santé mentale des jeunes | France Culture

23 juin 2025

Schizophrénie : une maladie complexe et souvent mal nommée

Des auditeurs de Radio France s’interrogent sur l’usage du mot « schizophrène » comme adjectif ou pour qualifier des situations paradoxales. Quels sont les effets de cet emploi fautif sur la perception de la maladie ? L’avis d’Emmanuelle Rémond, présidente de l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques).

Si vous avez 2 minutes :

Dans cet extrait, la présidente de l’Unafam décrit la maladie. Elle explique pourquoi la schizophrénie peut faire peur, notamment en raison des symptômes mal compris.

Si vous avez 3 min 30 :

La présidente de l’Unafam détaille les symptômes de la schizophrénie, les manifestations de la maladie chez les personnes qui en sont atteintes, pourquoi elle peut être profondément invalidante. Elle insiste sur les effets négatifs de l’usage du mot « schizophrène » comme adjectif, qui contribue à stigmatiser les malades.

Message d’auditeur :

Je suis une fidèle auditrice de Franceinfo et France Inter, et cela fait déjà quelque temps que je pense à vous écrire. Une expression souvent employée me heurte énormément : Il s’agit du terme « schizophrène » pour désigner une situation alambiquée, contradictoire, lunaire, à facettes multiples, simplement complexe ou que sais-je encore. J’ai un proche atteint de cette maladie. Lui a droit à ce terme et à tout prendre préférerait que cela n’eut jamais été le cas. Je l’imagine qui sursaute douloureusement à chaque fois qu’il l’entend dans un usage que je qualifierais d’ignorant (la schizophrénie est une maladie), complaisant (c’est un terme à la mode) et totalement dénué d’empathie.
Outre qu’il s’agit littéralement d’un abus de langage, c’est oublier (ou ne jamais y avoir pensé ce qui est pire) que derrière ce terme sont les malades, d’un mal difficile et compliqué, dur à vivre et dont les traitements sont lourds. Je trouve que l’utilisation de ce terme est réellement indigne de vos radios, et je pèse mes mots. Et je ne parle pas de l’appauvrissement de la langue avec l’emploi plus globalement de termes « génériques » et creux car celui-ci n’est pas creux, il désigne une grande souffrance.


Schizophrénie : une maladie complexe et souvent mal nommée – La Médiatrice

22 juin 2025

Bref retour sur les journées nationales Santé Mentale France les 12 et 13 juin 2025

Ces journées qui se sont tenues à Montpellier ont réuni plus de 700 participants, dont notre présidente Françoise MALAVIELLE, qui nous propose ce résumé.

Ces rencontres étaient centrées sur le rétablissement, un nouveau paradigme issu des usagers et qui a beaucoup évolué dans le champ de la santé mentale ces dernières décennies comme l’a bien relaté Aude Fauvel, historienne spécialiste de l'histoire de la psychiatrie française.

Cette évolution, relativement récente en France, nécessite un changement de regard de la part des équipes de soins et l’implication dans ces équipes « d’experts d’expérience ». Un programme « Médiateurs de Santé-Pairs »(MSP) visant à accompagner la formation et le recrutement de personnes concernées par des troubles psychiques rétablies ou en voie de rétablissement, dans des établissements hospitaliers ou structures médico-sociales est détaillé par le CCOMS, Centre Collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale installé dans un EPSM (Etablissement Public de Santé Mentale) déployé dans la métropole lilloise. Actuellement on compte près de 200 MSP en France ayant une licence professionnelle délivrée à Paris XIII ou à Bordeaux.

Un autre exemple d’alliance entre des professionnels d’un établissement psychiatrique et d’une patiente devenue, depuis, pair aidante et patiente experte au sein de ce même établissement, est rapporté.

Un des outils du rétablissement est la réhabilitation psychosociale. Un exemple de cette démarche est porté par un service du Centre Hospitalier de Rouffach (68) dont l’originalité est de présenter un modèle intégré de coordination entre PTSM, CLSM et Centre de ressources en Réhabilitation Psychosociale.

Aussi, pour aider à (re)trouver le chemin du rétablissement un nouveau média participatif Plein Espoir, construit par et pour les personnes vivant avec des troubles psychiques, est proposé à l’initiative de Santé mentale France.


Le rétablissement de la personne souffrant d’un trouble psychique passe aussi par celui de ses proches : ateliers PROSPECT (Unafam), psychoéducation (Programme Profamille), soutien des jeunes aidants (Communauté de pratiques Etincelles&Co).

En conclusion, "l’ambition de ces journées était de promouvoir une inventivité et une transversalité de proximité sur les territoires afin de favoriser les processus de rétablissement des personnes concernées, dans le respect de leur projet de vie, dans un souci de co-construction, de déstigmatisation et de promotion de leur citoyenneté".

21 juin 2025

[Dossier] : La santé mentale à "Apprentis d’Auteuil"

Newsletter juin 2025

La santé mentale, Grande Cause nationale 2025, est un sujet de préoccupation majeure chez les acteurs du champ social, tant les jeunes sont touchés par des problématiques qui impactent leur quotidien et mettent à mal leur avenir. "Apprentis d’Auteuil" met en place des formations pour ses salariés et déploie sur le terrain des actions de sensibilisation et d’accompagnement des jeunes, en particulier pour ceux dont les parcours sont particulièrement exposés et complexes.

t.information.apprentis-auteuil.org/mrx/80sgXi6lM/938000/1473545390.html

20 juin 2025

[Tribune] : Non à la technocratisation du soin psychique

Le gouvernement prône une approche standardisée des psychothérapies. Une vision technocratique que dénoncent psychologues et chercheurs dans un texte collectif.

Si le constat de l'ampleur des souffrances psychiques des Français ne cesse de se confirmer depuis les années 2000, la récente crise du Covid a été un vrai tournant politique : création d'un poste de délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie en 2019, Assises de la santé mentale et de la psychiatrie en 2021 suivies du Sommet mondial sur la santé mentale, création de « MonParcoursPsy » en 2022 devenu « MonSoutienpsy » en 2024. Selon l'Assurance maladie, une personne sur quatre serait à risque d'un trouble psychologique au cours de sa vie.

Dans cette logique, la santé mentale a cette année été érigée « grande cause nationale » par le gouvernement, avec ce slogan « Parlons santé mentale ! ». C'est à ce titre que, en tant que psychologues cliniciens, enseignants et chercheurs en psychopathologie, nous souhaitons prendre la parole dans cette tribune, en réponse – d'abord – aux récentes propositions du Pr Frank Bellivier (délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie) mais aussi – plus généralement – pour contribuer au débat sur la santé mentale en France.

Dans une prise de parole au Sénat suivi d'un article publié dans L'Express le 27 mars – ces propos ayant été reconfirmés le 16 mai dernier lors des 40 ans du titre de psychologue –, le Pr Bellivier affirme que l'offre de soin psychologique doit être revue en profondeur au motif qu'elle ne serait pas assez fondée sur des « données probantes ».

La santé mentale n'est pas qu'une affaire médicale

Selon lui, les psychologues actuellement formés le seraient de façon insuffisante ; il s'agirait de ne les certifier « cliniciens » qu'à la condition qu'en plus de leur titre de psychologue (obtenu à bac + 5), ils soient formés à un éventail réduit de thérapies supposées scientifiquement efficaces comme « la remédiation cognitive dans la schizophrénie, la psychoéducation dans les troubles bipolaires ou […] les troubles dépressifs récurrents, les thérapies cognitivo-comportementales dans les troubles anxieux, ou l'EMDR dans le psychotraumatisme ».

Cliniciens recevant quotidiennement des patients en souffrance – schizophrènes, dépressifs, anxieux ou psychotraumatisés – mais formés à d'autres types de thérapies aussi rigoureuses et reconnues, nous sommes interpellés par ces affirmations peu étayées scientifiquement, qui témoignent d'une méconnaissance tant du métier de psychologue que de ce que soigner veut dire. On se doit de le rappeler dans le débat public : non, la santé mentale n'est pas qu'une affaire médicale !

Les psychothérapies ne reposent pas sur un principe actif identifiable comme c'est le cas pour les médicaments, et ne peuvent donc être administrées selon les mêmes logiques de traitement. Par ailleurs, non, les psychologues ne sont pas des psychotechniciens, experts en tel ou tel type de thérapie. Et, enfin, non, la recherche scientifique sur l'efficacité des psychothérapies ne conclut pas à la seule efficacité des quatre approches citées par M. Bellivier, à l'exclusion des autres.

Il faut savoir décrypter que, derrière les fausses évidences prônées par le délégué ministériel à la santé mentale, le modèle qu'il préconise dans le champ du soin est un modèle essentiellement biomédical qui fait de la souffrance psychique une « maladie comme les autres » (ainsi que l'affirme la fondation FondaMental à laquelle il est fortement lié) et qui situe de facto le psychologue à une place de paramédical exerçant sous l'autorité du psychiatre – comme si, à chaque diagnostic correspondait un seul et unique traitement psychothérapique, testé selon les standards de la médecine. Et comme si le psychologue se réduisait à n'être qu'un technicien de la psychothérapie, alors que ses fonctions vont bien au-delà.

De multiples leviers au cas par cas

Si un tel modèle biomédical est légitime et a fait ses preuves dans le soin des pathologies somatiques, il est aujourd'hui controversé en ce qui concerne les troubles psychiques et leur traitement. Les études les plus récentes concluent plutôt que la métaphore médicale en psychologie donne lieu à de nombreux biais de compréhension et de prise en charge, au sens où il n'y a pas, stricto sensu, de « santé mentale » que viendraient « troubler » des « maladies mentales », lesquelles pourraient être traitées par des psychothérapies-médicaments.

La réalité clinique est plus complexe. Les souffrances psychiques sont multifactorielles : elles relèvent certes en partie de causes génétiques et environnementales mais tout aussi bien de causes psychiques. Ces trois factorialités s'intriquent dès la vie intra-utérine et engendrent au fil du développement psychologique des effets en cascade, fondant la singularité de chacun.

De ce fait, aucune approche exclusive n'est aujourd'hui praticable pour l'ensemble des patients ayant reçu un même diagnostic, sur le modèle de ce qui a lieu en médecine. Différentes psychothérapies apparaissent au contraire comme également efficaces et de multiples leviers cliniques doivent être inventés au cas par cas.

Plus encore, ce qui se dégage des études depuis une vingtaine d'années en termes d'efficience thérapeutique, c'est l'importance du facteur « non spécifique » de la relation au thérapeute. En d'autres termes, il s'agirait plutôt de promouvoir les psychologues les mieux formés aux multiples dimensions de l'« alliance thérapeutique » (les plus souples, les plus capables de se décentrer pour entendre quelque chose de la souffrance psychique des patients et co-construire avec eux le soin le plus ajusté).

Or il se trouve que ces compétences sont électivement portées par les « psychologues cliniciens » formés à la psychopathologie psychanalytique, ceux, paradoxalement, que le délégué à la santé mentale entend exclure du champ du soin en leur refusant le titre de « clinicien ».

Une perte de chance pour les patients

Une grande partie de la profession – d'ailleurs composée de psychologues de tous bords – s'est à un titre ou à un autre récemment insurgée à l'idée d'un tel supposé « kit psychothérapique » d'État, sans aucun fondement clinique ni scientifique. Une partie des psychiatres s'est également jointe au mouvement.

Concrètement, un trouble anxieux ou une dépression peuvent être traités avec une même part d'efficacité – sur la moyenne des patients – par une psychothérapie psychanalytique, une thérapie cognitivo-comportementale, une thérapie médicamenteuse ou un mixte des deux ou des trois, en fonction de l'adhérence au traitement de chaque personne concernée, de son histoire de vie, de ses ressources du moment. Faire croire qu'il y aurait, dans le champ de la santé mentale, une seule « meilleure psychothérapie » pour chaque supposée « maladie » constitue donc – au-delà de la pseudo-scientificité d'une telle position – une perte de chance pour les patients.

Une telle politique en santé mentale – décrochée des réalités du terrain ainsi que des conclusions de la science – risque bien, comme ça l'a été pour les pays qui sont allés dans cette voie, de devenir elle-même, à moyen terme, un problème pour la santé mentale. Le modèle médical ne saurait constituer la réponse à tous les défis de notre société – y compris ceux relatifs à la souffrance psychique.

Santé mentale : les psychologues contre la réforme Bellivier