Les recommandations actuelles concernant la prise en charge de la schizophrénie font l’objet d’une révision approfondie. L’objectif est double : intégrer les dernières avancées scientifiques et adapter ces recommandations au contexte clinique contemporain, notamment au système de soins en santé mentale. Dans ce cadre, la Haute Autorité de Santé (HAS) a initié un travail ciblé sur les premiers épisodes psychotiques, les personnes à risque d’évolution vers une psychose et les diagnostics et évaluations pré-thérapeutiques, avant d’aborder la prise en charge médicamenteuse (1). Comme l’a soulevé Pr Dondé Coquelet (Grenoble) lors du congrès de l’Encéphale (2), ce processus soulève des questions cruciales, notamment sur la place des biomarqueurs dans la stratification des patients et la personnalisation des soins.
Une pathologie hétérogène rendant difficile l’identification de marqueurs universels
La schizophrénie est une pathologie complexe, impliquant des dysfonctionnements dans de multiples systèmes. Pourtant, le diagnostic en pratique clinique reste catégoriel, ce qui met en lumière le besoin urgent d’une psychiatrie de précision. Les biomarqueurs suscitent un intérêt croissant dans ce contexte et leur potentiel est vaste, notamment pour : préciser le risque évolutif après un premier épisode psychotique ; affiner le diagnostic, y compris dans les formes larvaires ou atypiques ; identifier des sous-types cliniques et/ou des cibles thérapeutiques ; prédire le pronostic et la réponse aux traitements ainsi que la tolérance à ces derniers.
Bien que de nombreux marqueurs aient été étudiés (syndrome infectieux, estrogènes, délétion 22q11.2, etc.), aucun n’a encore démontré une efficacité clinique validée ou une applicabilité généralisée. En effet, pour qu’un biomarqueur soit cliniquement utile, il doit répondre à des critères stricts : sensibilité et spécificité élevées, reproductibilité, mesurabilité aisée et ubiquitaire, association à un mécanisme biologique précis et capacité à fournir une information quantitative. Or, la schizophrénie est une maladie hétérogène, ce qui rend difficile l’identification de marqueurs universels. Pour surmonter cette hétérogénéité, il est essentiel : de constituer des bases de données larges pour séparer les sous-groupes, d’analyser longitudinalement les données, car les réponses évoluent avec la maladie, et de multiplier les biomarqueurs pour affiner la précision diagnostique et pronostique.
De quelques avancées récentes et pistes prometteuses
Lors de son allocution, Pr Dondé Coquelet a présenté quelques avancées prometteuses dans ce domaine, notamment plusieurs études et cohortes, comme TONE-P (1 000 sujets évalués avec des questionnaires prépsychotiques tels que le PQ16 et le PCA) ont permis d’identifier l’anxiété sociale comme critère le plus discriminant pour évaluer le haut risque de psychose. Un autre marqueur d’intérêt pourrait être la réduction de l’amplitude de la négativité de discordance (mismatch negativity ou MMN), une réponse électrique du cerveau provoquée par n’importe quel changement dans un son ou motif sonore à partir du moment où la mémoire garde la trace des précédents stimuli, qui prédit un risque accru de conversion vers un premier épisode psychotique et une résistance médicamenteuse. On sait aussi que le cumul de biomarqueurs (EEG, IRM, IL-16) améliore la robustesse du pronostic de transition psychotique, tandis que des études récentes ont montré que les tests auditifs qui distinguent des sous-groupes de patients schizophrènes avec ou sans déficit auditif ont permis de constater que le premier groupe avait un pronostic plus sévère (plus de troubles cognitifs, plus d’impact fonctionnel, plus de décrochage scolaire) que les sujets sans déficit.
Malgré des avancées encourageantes dans ce domaine, et avant d’envisager une révision des recommandations, il est crucial d’accepter la réalité physiopathologique plurielle de la schizophrénie, de maintenir un regard critique sur la précision individuelle par rapport aux données groupales et de poursuivre les efforts de traduction des avancées scientifiques en pratique clinique, conclut le Pr Dondé Coquelet.
Références
Haute Autorité de Santé. Repérage et prise en charge des personnes présentant un premier épisode psychotique ou un risque d’évolution vers une psychose – Note de cadrage. Juillet 2025.
Dondé Coquelet C. Le futur de la schizophrénie : vers une psychiatrie de précision ? L’encéphale. Du 21 au 23 janvier 2026 (Paris)
Révision des recommandations HAS sur la schizophrénie : quelle place pour les biomarqueurs ?
Haute Autorité de Santé. Repérage et prise en charge des personnes présentant un premier épisode psychotique ou un risque d’évolution vers une psychose – Note de cadrage. Juillet 2025.
Dondé Coquelet C. Le futur de la schizophrénie : vers une psychiatrie de précision ? L’encéphale. Du 21 au 23 janvier 2026 (Paris)
Révision des recommandations HAS sur la schizophrénie : quelle place pour les biomarqueurs ?
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