Nouvelles fixes

Nos actions en cours

- Organisation de la formation Profamille, psychoéducation pour les familles
=> information et inscription

- Soutien du groupe musical "Les Voix de l'Aube"
=> https://www.youtube.com/@AssociationTP-TP

- Organisation de la formation PSSM (Premiers secours en santé mentale)
=> 24 et 25 février à Sélestat (nous contacter)

Nouvelles

Nous avons besoin de vous (adhésion ou simple don)

https://www.helloasso.com/associations/troubles-psychiques-tous-partenaires

29 juin 2026

Dépression, bipolarité, schizophrénie… La santé mentale, nouvel eldorado des laboratoires pharmaceutiques

Si les traitements contre le cancer se perfectionnent à une vitesse époustouflante, c’était loin d’être le cas, ces dernières années, de ceux destinés à soigner les troubles mentaux. Et les malades atteints de schizophrénie, de bipolarité ou de dépression en étaient encore réduits à se contenter de traitements mis au point il y a trente ans, voire soixante ans pour certaines molécules.

Des médicaments qui marchent globalement bien… « pour 60 % à 70 % des patients. Mais les 30 % restants n’y répondent pas bien et c’est un problème majeur, explique Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie à l’université de Clermont Auvergne et membre de la fondation FondaMental. En psychiatrie, nous traitons des troubles dont nous ne connaissons souvent pas la cause précise. Certaines personnes souffrant de dépression ressentent, par exemple, beaucoup d’anxiété, d’autres sont ralenties, d’autres encore n’éprouvent plus aucun plaisir. On peut penser que les mécanismes sous-jacents sont différents. Pourtant, nous disposons des mêmes médicaments pour tous. »

Si la pharmacopée des psychiatres s’est si peu étoffée ces dernières décennies, c’est que les laboratoires se sont longtemps tenus relativement éloignés de ce champ de recherche, qu’ils considéraient comme trop risqué. Le taux de succès, s’agissant du développement d’un nouveau médicament, y est en effet « de l’ordre d’un sur dix, contre un sur six s’agissant des autres indications, souligne Bartlomiej Szabat-Iriaka, gérant santé chez Exane AM. Les principales raisons de cet écart sont simples : les patients sont très hétérogènes, les essais sur les animaux prédisent moins bien la réponse humaine, et l’efficacité est plus difficile à mesurer objectivement que dans des maladies guidées par des biomarqueurs. »

Regain d’intérêt avec de récentes découvertes scientifiques

Ces écueils n’ont pas disparu, mais les laboratoires sont de retour dans le champ de la psychiatrie. De récentes découvertes scientifiques ont suscité de leur part un regain d’intérêt pour les maladies mentales, qui touchent 20 % des Américains et des Européens.

En témoigne le rachat, en 2023, de la biotech Karuna Therapeutics par l’américain BMS, pour 14 milliards de dollars. Si le laboratoire américain a payé si cher cette société, c’est qu’elle disposait dans sa besace d’un candidat médicament, le KarXT, dont le mécanisme d’action rompt avec celui des antipsychotiques utilisés depuis trente ans. Au lieu de bloquer les récepteurs de la dopamine, ce qui occasionne des effets secondaires importants (troubles moteurs, cognitifs, prise de poids, effet sédatif…), le KarXT stimule un autre type de récepteurs (qu’on appelle les récepteurs muscariniques). À la clé : une efficacité plus grande sur les symptômes de la schizophrénie et moins d’effets secondaires. BMS ambitionne désormais d’étendre l’indication de ce médicament aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer et souffrant à ce titre de symptômes psychotiques. Commercialisé sous le nom de Cobenfy, il n’est cependant pas encore disponible en Europe.

« Cette avancée illustre bien comment des traitements novateurs peuvent enfin voir le jour après des années de stagnation en matière d’innovation et d’échecs dans les essais cliniques dans le domaine de la santé mentale, note le cabinet Ixia dans une étude récente. Encouragés par ces résultats, biotechs et laboratoires pharmaceutiques se lancent à nouveau dans la R&D en santé mentale. »

Près de 200 molécules en développement

Plusieurs concurrents de BMS se sont engouffrés dans la brèche. En janvier 2025, Johnson & Johnson a acquis Intra-Cellular Therapies, un spécialiste des maladies des maladies mentales, pour près de 15 milliards de dollars. Intra-Cellular disposait notamment d’un médicament tout juste commercialisé et indiqué dans le traitement de la schizophrénie et de la bipolarité, le Caplyta. Depuis cette acquisition, le laboratoire américain a obtenu l’autorisation d’étendre son indication dans le traitement de la dépression sévère. L’année dernière, le Caplyta rapporté 700 millions de dollars à Johnson & Johnson.

Biogen espère encore racheter Sage Therapeutics, qui a développé un traitement contre la dépression post-partum, tandis qu’AbbVie a acquis Cerevel Therapeutics pour près de 9 milliards de dollars. Un échec dans ce dernier cas puisque la molécule développée par cette biotech a finalement échoué en phase 2. AbbVie n’en a pas moins persévéré dans le traitement des maladies mentales, et acquis en août dernier un candidat médicament contre la dépression, développé par la start-up Gilgamesh, qui présente la particularité d’être un psychédélique - une classe de médicaments qui suscite l’intérêt grandissant des laboratoires.

Enrichir la panoplie du psychiatre

L’ampleur des recherches dans le domaine des maladies mentales est encore faible comparé aux travaux menés en cancérologie. Près de 200 molécules sont néanmoins actuellement en développement, selon la société Iqvia. 20 % d’entre elles visent le traitement de la dépression, 13 % la schizophrénie et 10 % les troubles du sommeil.

« Ces nouveaux médicaments sont intéressants en ce qu’ils enrichissent la panoplie du psychiatre, estime Pierre-Michel Llorca. Nous revendiquons de disposer du plus grand nombre de molécules possible parce que, aujourd’hui, nous ne savons pas prédire laquelle fonctionnera le mieux sur tel ou tel patient. Il nous faut pouvoir les tester, de façon empirique, en attendant de pouvoir catégoriser précisément les patients comme c’est le cas en oncologie, et pratiquer une psychiatrie de précision. » Le praticien regrette dès lors que ces médicaments ne soient pour l’instant disponibles qu’aux États-Unis, pour ceux qui sont déjà sur le marché.

Dépression, bipolarité, schizophrénie… La santé mentale, nouvel eldorado des laboratoires pharmaceutiques

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire