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30 janvier 2025

Troubles psychiques (dépression, bipolarité...) : faut-il en parler au travail ?

Alors qu’un Français sur cinq souffre de troubles psychiques, la difficulté à en parler est toujours présente. Faut-il essayer d’en parler au travail ? On fait le point avec Coralie Fournier, psychologue du travail.

Faut-il parler de sa maladie au travail ? Une question délicate à laquelle il n’est pas toujours évident de répondre. Partager ses problèmes avec ses collègues, c’est prendre le risque d’être mis à l’écart. En toucher un mot à son patron, c’est risquer une mise au placard… Et si ce choix était différent selon le trouble, l’entreprise et les collègues de chacun ?

Les troubles psychiques désignent différentes affections qui altèrent l’état de santé mentale. Ils peuvent, selon les individus, prendre des formes et s’exprimer de manière très différente. Ils peuvent être diagnostiqués à plusieurs périodes de la vie et s’installent plus ou moins dans la durée. Les plus répandus sont : les troubles bipolaires, les troubles anxieux, les addictions, la dépression, les troubles obsessionnels compulsifs ou encore les troubles psychotiques tel que la schizophrénie. Ces divers troubles modifient le rapport de l’individu à la réalité objective. C’est ce qui nous permet la distinction entre la réalité psychique construite par l’individu et celle qui nous entoure. Cela peut donc avoir un impact sur la vie sociale mais également sur la vie professionnelle.

Troubles psychiques : les préjugés sont tenaces

Il faut savoir que depuis 2005, le handicap psychique est reconnu par la loi. Celui-ci est défini comme une restriction d’activité liée à une altération de l’état de santé psychique. Cela permet notamment à l’employé de bénéficier de dispositifs prévus pour aider à l’insertion professionnelle. L’entreprise peut alors aménager le poste ainsi que les conditions de travail. Cette insertion est connue pour avoir des impacts positifs sur les troubles.

Parfois, un employé va préférer taire ses troubles psychiques, car les préjugés sont encore tenaces. Et légalement, rien ne lui oblige à déclarer à son employeur ou à ses collègues son trouble. De nombreux managers ne sont pas sensibilisés à cette question. En parler avec eux, leur expliquer ce dont vous avez besoin comme aménagement peut aider à faire la lumière sur certains troubles.

Pourquoi il est important de libérer la parole

Libérer la parole peut également permettre de diminuer la souffrance de la maladie. Cela permet de banaliser ces pathologies. La verbalisation est donc la condition sine qua non d’une possible amélioration. Côté employeur comme employé, discuter peut permettre de mieux se comprendre.

Coralie Fournier, psychologue du travail ajoute : "Toutefois, un contexte de liberté doit être instauré en amont, cela reste une démarche à l’initiative du salarié dans laquelle il est libre de s’exprimer ou non selon ses ressentis, son contexte de travail, la nature et les potentielles évolutions de son trouble... Cela évite les comportements de réactance, qu’ils soient exprimés de manière consciente ou non".

La difficulté de parler de son trouble psychique tient surtout à la peur de fragiliser notre lien à l’autre, de voir nos responsabilités diminuer etc. Tout se joue alors sur la confiance à l’autre, et surtout par une sensibilisation aux troubles psychiques et à ce qu’il représente. Il est pour cela important que les RH et les employeurs se forment à la santé mentale : qu’est-ce que sont ces affections ? Que vit la personne concernée ? Comment l’accompagner ?

Si vous vous sentez en confiance, parler de ces sujets encore tabous peut grandement faire avancer, autant sur le plan de la maladie que sur celui de la connaissance de ces troubles.

Coralie Fournier conclue : "L’idée d’en parler reste le meilleur moyen pour sensibiliser et atténuer les stéréotypes. Cependant, il faut garder à l’esprit que le salarié ne doit pas se sentir contraint. En ressent-il le besoin ? Est-il prêt à s’exposer ? Il est également important de penser aux éventuelles conséquences, positives comme négatives, qui peuvent en découler. Si le contexte n’est pas favorable à une adaptation au trouble rencontré, il faut penser à la manière de le rendre. Les stratégies d’influence en vue de modifier les représentations mentales/sociales sont appropriées, cela peut passer par la verbalisation du salarié mais pour limiter l’impact des conséquences négatives, la diffusion d’idée de manière implicite avec une non identification de l’acteur concerné, peut aider le salarié dans sa prise de décision".

Troubles psychiques (dépression, bipolarité...) : faut-il en parler au travail ?

28 janvier 2025

[Livre] : SCHIZO mais pas solo – Comprendre et accompagner activement la schizophrénie d’un proche

Eva Debrini ; Préface du Dr Mireille Wazen, psychiatre et Postface du Dr Yann Hodé Editions Vuibert 

parution le 20/02/2025 (18,90 €)

Le témoignage et les conseils de la maman d’un ado schizophrène pour mieux appréhender la maladie et vivre avec.

https://www.fnac.com/a20930455/Eva-Debrini-Schizo-mais-pas-solo



27 janvier 2025

Santé mentale : Pour nos proches ou pour nous, il est possible d'agir

Fatigue, anxiété, dépression, maladies psychiatriques… Les troubles mentaux ont différents visages. Identifier les signaux propres à chaque maladie, le plus tôt possible, permet de mieux y faire face. Il est temps de briser les tabous: chacun peut agir à son niveau, confirment les spécialistes.

Des petits pas en avant: numéros de prévention, centres psy pour ados ou adultes

Plusieurs avancées sont à saluer: la mise en place en 2022 du 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h sur 24) et de 125 Maisons des adolescents (250 espérées d'ici à 2027), le renforcement des centres MédiPsy de psychiatrie privée dans des zones sous-dotées. Et aussi la montée en puissance des équipes mobiles psychiatriques auprès des aînés (EMPSA) intervenant sur le lieu de vie des plus de 60 ans souffrant de troubles psychiatriques, la formation de plus de 300 infirmiers en santé mentale pour pallier l'insuffisance de psychiatres… Mais nous partons de si loin! Pour répondre à la détresse des patients, la famille n'a pas vocation à remplacer les soignants mais elle joue souvent un rôle de sentinelle. Nos conseils pour repérer le type de souffrance et y répondre au mieux.

Initiatives à saluer

Mon soutien psy permet, depuis 2022, de bénéficier de consultations chez un psychologue (jusqu'à douze renouvelables si besoin) prises en charge par l'Assurance maladie sans prescription médicale.
Liste des 3 550 psychologues habilités sur ameli.fr
Accompagnement avec un psychologue conventionné : Mon soutien psy | ameli.fr | Médecin

Food4Mood est une appli développée par l'association FondaMental.
Elle offre un programme personnalisé pour apprendre à mieux manger, et éviter ainsi une inflammation chronique risquant d'aggraver les troubles en lien avec la santé mentale.
Food4Mood : l'application nutritionnelle bonne pour la santé mentale | Fondation FondaMental

Et psy c'était toi ?
C'est un nouveau média destiné aux 15-30 ans à l'initiative du groupe hospitalier universitaire de Paris, vise à mieux informer les jeunes via le réseau TikTok.
Et Psy C'était Toi - YouTube

Psycom, organisme public, informe, oriente et sensibilise sur la santé mentale via de nombreuses brochures et vidéos.
psycom.org

• L'association Unafam soutient depuis 1963 les malades et leurs familles grâce à ses 1 800 bénévoles dans 305 sites de proximité.
Pour ne pas rester seul. Unafam.org

• L'association React met en place une stratégie de soutien aux familles avec un enfant ou un ado au comportement tyrannique.
association-react.com

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°662

25 janvier 2025

Forum européen de Bioéthique : "Santé mentale et bioéthique"

Conférences et débats

du 29 janvier au 01 février 2025

En France, la dépression touche un adulte sur six, et pas moins de seize millions d’entre nous ont déjà utilisé des psychotropes. Entre 2019 et 2022, chez les 12-25 ans, l’Assurance maladie a observé une augmentation de 20 % des maladies psychiatriques et de 60 % de la consommation d’antidépresseurs. Chez les 25-34 ans, le suicide est désormais la première cause de mortalité. Depuis vingt ans, partout dans le monde, les problèmes de santé mentale ne cessent d’augmenter, notamment dans les populations les plus fragiles : jeunes, personnes âgées, sans-abris, détenus, femmes enceintes… C’est dire si la santé mentale est un problème de santé publique.

Pourtant, la prise en charge psychiatrique et psychologique reste encore trop souvent un « véritable parcours du combattant » (rapport du Haut-Commissariat au Plan). La psychiatrie est en crise : manque de lits, de psychiatres, d’infirmier·e·s, manque de moyens et de reconnaissance. Auprès du grand public, mais probablement aussi pour une part importante des médecins et même des institutions, la psychiatrie fait peur, au point d’être souvent reléguée dans l’angle mort de la médecine.

La « santé mentale » pose avant tout un problème de définition. Et comme disait Albert Camus en 1944 : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. » Si la « santé mentale » était considérée d’égale à égale avec la « santé physique », il y a fort à parier que le monde irait mieux. Imaginez seulement qu’on puisse, en France, en 2025, proclamer que l’on va faire de la « santé physique » une grande cause nationale. C’est inimaginable, car la « santé physique » est depuis longtemps déjà considérée comme le bien le plus précieux de l’humanité. Alors, pourquoi n’en va-t-il pas de même pour la santé mentale ? C’est aussi une forme de médecine à deux vitesses.

Cette année, au Forum Européen de Bioéthique, nous tâcherons d’explorer la santé mentale avec le même degré d’exigence que celui attendu pour la santé physique : évolutions diagnostiques, thérapeutiques, sociétales et juridiques…

https://www.forumeuropeendebioethique.eu/

24 janvier 2025

[31 janvier 2025] : Nuits de la psychiatrie

Psychiatrie : briser les préjugés et susciter des vocations !

Anxiogène, opaque, moins prestigieuse... Cible de préjugés persistants, la psychiatrie est délaissée par les étudiants en médecine. La campagne #ChoisirPsychiatrie vise à stimuler leur intérêt en rendant ses lettres de noblesse à cette discipline.

"La psychiatrie sauve des vies". Alors qu'un Français sur cinq est confronté à des difficultés liées à sa santé mentale, cette spécialité est délaissée par les futurs médecins. Face au double défi d'une hausse des troubles psychiques et d'une offre de soin en tension, la profession se mobilise. C'est tout l'objet de la campagne #ChoisirPsychiatrie, qui, lancée courant 2024, cherche à « réenchanter le regard » porté sur cette spécialité. Objectif ? « Promouvoir une discipline médicale riche, nourrie de considérations éthiques, philosophiques et sociétales, qui embrasse pleinement les défis de notre société contemporaine. »

Des places vacantes en psychiatrie

Portée par le Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) et les associations nationales des internes de psychiatrie et des étudiants en médecine de France (AFFEP et AMNEF), cette campagne vise plus précisément à « stimuler l'intérêt des plus jeunes et à susciter des vocations ». Et elles ont du pain sur la planche...
Née au 19e siècle, la psychiatrie a révolutionné la perception de la santé mentale. Deux siècles plus tard, elle reste pourtant méconnue et source de nombreux stéréotypes. En 2023, lors de l'Examen classant national (ECN), qui permet aux étudiants en médecine d'accéder aux différentes spécialités en fonction de leur ordre de classement, 67 des 547 places en psychiatrie sont demeurées vacantes. « Si ce n'était malheureusement pas la première fois, c'est pour nous le symbole d'une spécialité victime des idées reçues. Symbole des opportunités marquées pour bâtir un système de soins moderne et adapté aux défis contemporains », constate le président du CNUP, Olivier Bonnot.

Un baromètre met en lumière des préjugés tenaces

Comment expliquer ce désamour ? Le premier « baromètre d'image » sur la perception du métier de psychiatre, réalisé par l'institut de sondages CSA -pour le CNUP- auprès du grand public, de lycéens et d'étudiants en médecine, met en exergue une perception erronée de la psychiatrie qui s'apparente à un univers « anxiogène », « opaque », la discipline médicale « la moins prestigieuse », qui comporte des recherches « moins intéressantes » que dans les autres spécialités, un métier « difficile » et « pesant » psychologiquement... « Autant d'affirmations qui sont factuellement fausses mais toujours tenaces dans l'inconscient collectif alors même que les pratiques se sont considérablement transformées et ont rompu avec les pratiques asilaires », affirment les trois partenaires.

Quand l'expérience permet de dédramatiser

« Il y a de quoi s'inquiéter de la perception de l'univers psychiatrique parmi nos étudiants en médecine : 37 % d'entre eux déclarent avoir peur de cette spécialité. Toutefois, ce chiffre descend à 24 % pour ceux ayant effectué un stage dans un service psychiatrique. Cela démontre que l'expérience et la connaissance du milieu permettent (...) de dédramatiser », souligne Mirces Polosan, secrétaire général du CNUP. Une vision partagée par 85 % des Français qui prônent l'idée d'un stage en psychiatrie obligatoire pour tous les étudiants en médecine (contre 69 % de ces derniers).

Une utilité sociale toutefois reconnue

Petit aparté... En dépit de ces a priori, l'enquête révèle que, paradoxalement, les Français sont unanimes lorsqu'il s'agit de reconnaître l'utilité sociale de cette discipline. Ils sont également conscients de l'importance de prendre soin de leur santé mentale et de celle de leurs proches. Ainsi une personne sur trois a déjà consulté « un psy », un chiffre qui atteint même 59 % chez les lycéens.

Les 1ères Nuits de la psychiatrie

Dans le prolongement de cette campagne, le CNUP, l'AFFEP et l'AMNEF organisent, le 31 janvier 2025, les premières Nuits de la psychiatrie, à travers la France. L'enjeu ? Donner un maximum d'informations aux étudiants pour qu'ils puissent choisir leur spécialité en sachant ce que le métier de psychiatre implique concrètement. La soirée débutera par une série de « speed datings » de 10 minutes chacun qui leur permettront d'échanger avec des psychiatres et des internes en psychiatrie. Elle se prolongera ensuite autour d'un cocktail dînatoire afin d'échanger « à bâtons rompus » autour du cursus et du déroulement de la carrière.
Sept villes (Strasbourg, Lille, Tours, Grenoble, Lyon, Bordeaux, Paris/Sorbonne Université, Clermont-Ferrand) accueillent cette première édition. Chaque événement est organisé localement par les étudiants en médecine, sur le campus universitaire, afin de favoriser leur participation ainsi que celles des internes et des professeurs de psychiatrie.

Faciliter l'accès aux soins en santé mentale

Cette initiative répond notamment à l'ambition du gouvernement de recruter des professionnels de santé, et notamment des psychiatres, alors que la santé mentale a été érigée « Grande cause nationale de 2025 ». Autre ambition : faciliter l'accès aux soins. Pour ce faire, le gouvernement a annoncé début décembre qu'à compter du 1er janvier, tous les Français pourront consulter un psychologue gratuitement une fois par mois, sans ordonnance. Ce dispositif est une extension du programme « Mon soutien psy », qui, lui, nécessitait une prescription médicale et limitait le nombre de séances prises en charge à huit par an (Dès le 5 avril, 8 séances de psy remboursées!). Pour en bénéficier, il suffira de consulter la liste des thérapeutes agréés par l'Etat, disponible sur la plateforme monsoutienpsy.ameli.fr, puis de récupérer la feuille de soins à l'issue du rendez-vous et de l'envoyer à son organisme d'Assurance maladie.

Psychiatrie : briser les préjugés et susciter des vocations!

22 janvier 2025

Maladies invisibles : comment vivre avec le poids du regard des autres ?

Pour elles, c’est la double peine. Les personnes souffrant d’une maladie qui affecte leur comportement doivent aussi faire face au regard négatif de la société. Comment surmonter cette stigmatisation ? Enquête.

Il a fallu dix ans pour que Carole, jeune consultante au parcours apparemment sans accroc, ose parler de ses troubles obsessionnels compulsifs (Toc) devant quelqu’un d’autre que son compagnon ou sa famille.

Dix ans ponctués de longues périodes d’isolement, quand masquer son angoisse convulsive d’être contaminée et ses obsessions hygiénistes lui demandait trop d’énergie, ne serait-ce que pour aller boire un verre avec des amis. « J’avais peur de ne pas être comprise et d’être moquée », se souvient-elle. Une peur fondée sur un climat ambiant peu propice, estime-t-elle : « Le handicap est présenté dans la société comme un sujet lourd, souvent triste. »

Affronter au quotidien la gêne, les railleries ou l'éloignement

Gêne, railleries, éloignement : autant de réactions que les personnes atteintes d’un trouble psychique ou du comportement doivent affronter au quotidien. Ainsi, Alexandre, qui souffre de schizophrénie, a vu ses relations amicales être affectées par des périodes où il se rappelle avoir été « haut perché » ou « être devenu condescendant » sous l’influence d’un sentiment de toute-puissance. « J’ai très mal vécu le fait de voir s’éloigner des amis proches, alors que je leur ai présenté mes excuses et exprimé mon désir de renouer », regrette le jeune homme âgé de 33 ans.

Au cours de ses expériences professionnelles, s’il a rencontré des personnes bienveillantes à son égard, il a aussi vécu beaucoup de situations inconfortables, liées à l’ignorance : « Souvent, les gens confondent la schizophrénie avec un TDI (Trouble dissociatif de l’identité), quand quelqu’un s’identifie à deux, voire plusieurs personnalités. Ou bien ils s’imaginent qu’on peut devenir violent, alors qu’en général on a plus de mal avec nous-mêmes qu’avec les autres. »

Ces troubles invisibles font parfois peser une défiance sur les personnes concernées. Atteinte d’un trouble bipolaire pour lequel elle a été plusieurs fois hospitalisée, Pauline le confirme : « Je sens bien qu’on a plus de mal à m’accorder sa confiance, du fait de ma maladie. » Récemment, un couple de son entourage a sollicité cette mère de famille à la foi vive pour devenir la marraine de leur enfant : « Ça m’a fait un plaisir immense. Jusqu’à présent, personne n’avait voulu me confier cette responsabilité ! »

La désinvolture des personnes publiques ou des médias

Mère d’un jeune homme schizophrène et fondatrice du podcast Gueules Cachées, qui donne la parole à des personnes atteintes de troubles psychiques, Laetitia Forgeot d’Arc souligne la désinvolture des personnes publiques ou des médias. « Des responsables politiques se taxent de “schizophrènes” ou se défendent d’être “autistes”. C’est très inscrit dans notre société. Moi-même qui suis concernée familialement, je peux plaisanter avec le terme “borderline”, contribuant à sa stigmatisation, reconnaît-elle. Tous ces mots sont employés à mauvais escient et connotés négativement. Cela pousse les personnes à se recroqueviller sur elles-mêmes ; or le repli social est précisément en première ligne des symptômes de ces maladies-là. »

Le rôle de l'environnement pour dépasser les étiquettes négatives

De son côté, Alexandre rêverait que sa mère s’intéresse davantage aux mécanismes et à l’univers de la schizophrénie, par exemple en suivant la Boussole, le programme de la Maison perchée – une communauté de jeunes adultes atteints de troubles psychiques –, dont il est proche, destiné aux familles de malades. Après des années où le sujet était tabou, sa mère a rejoint l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques).

Des groupes de parole mis en place par des associations

Les groupes de parole mis en place par des associations sont souvent d’un grand secours pour les personnes qui se sentent incomprises. Élisabeth Vincent voit en eux « un levier de sociabilisation ».

Alexandre, lui, est devenu « pair-aidant » au sein de la Maison perchée, haut lieu de promotion de cette forme nouvelle d’accompagnement venue du monde anglo-saxon qui mise sur l’apport de l’expérience et des échanges réciproques entre personnes. « Ça me fait du bien d’aider d’autres personnes », se réjouit-il. Laetitia Forgeot d’Arc se félicite de l’arrivée en France de ce dispositif, pour lequel un diplôme universitaire a été mis en place : « Dire à des personnes atteintes d’un trouble qu’elles sont des expertes, un atout pour les autres, c’est très fort ! » Pour lutter contre les situations stigmatisantes en milieu professionnel, certains tombent le masque et s’engagent. Ainsi Carole ou Alexandre, qui parle de la Fresque de la santé mentale, des formations aux premiers secours en santé mentale, de l’installation de lignes d’écoute. Autant d’outils récents mis à disposition des responsables en ressources humaines ou des manageurs. Preuve que les mentalités commencent à évoluer.

Maladies invisibles : comment vivre avec le poids du regard des autres ?