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10 septembre 2025

Handicap psychique et cancer : comment améliorer prévention et soins ?

Des résultats et des outils pour agir, issus de l’étude CAHP (Cancer et handicap psychique)*, ont été diffusés le 20 août par la Fondation internationale de recherche appliquée sur le handicap (FIRAH). Cette vaste recherche-action, qui a inclus de nombreux partenaires, interrogeait les liens entre le cancer et les troubles psychiques. L’objectif global de cette recherche** était de définir et d’observer, pour les personnes avec un trouble psychique, les liens que la situation de handicap entretient avec l’expérience cancéreuse (soupçonnée ou diagnostiquée) et, plus largement, avec la santé somatique.

Freins et paradoxes

Ce travail pointe tout d’abord les difficultés lors du dépistage et de l’accès aux soins oncologiques. L’étude constate notamment des taux de dépistage et de diagnostic plus faibles que dans la population générale, entraînant une surmortalité. Plusieurs facteurs sont en cause : manque d’information, invitations au dépistage adressées aux tuteurs ou encore anxiété face aux examens. Une fois le cancer diagnostiqué, le parcours se heurte parfois à des maladresses voire des violences symboliques de la part des soignants qui s’adressent davantage aux accompagnateurs qu’aux patients. Les soins somatiques peuvent d’ailleurs prendre du retard à cause de la priorité donnée aux soins psychiatriques.

A ces freins s’ajoutent à des facteurs de vulnérabilité spécifiques liées à la pathologie psychique. Les aidants familiaux apparaissent comme des maillons indispensables du parcours. Leur présence permet non seulement de sécuriser les rendez-vous mais aussi de traduire et d’adapter l’information médicale. Les infirmiers, médecins généralistes et psychiatres constituent également souvent des points d’ancrage essentiels pour les patients.

Au-delà des difficultés, l’étude relève aussi des dimensions inédites de résilience et d’adaptation. Ainsi, elle pointe des mécanismes psychologiques développés par les personnes concernées. Si le cancer symbolise souvent une rupture, il peut aussi être un catalyseur de liens sociaux et d’apprentissages émotionnels pour les malades comme pour leur entourage.

Des recommandations pour fluidifier les parcours

Pour réduire ces inégalités, l’étude formule plusieurs recommandations : développer une information en santé adaptée, renforcer la coordination entre champs psychiatrique et somatique et former les soignants aux spécificités du handicap psychique. Il s’agit également de créer des référents parcours capables de fluidifier les liens entre les services hospitaliers et les structures médico-sociales. L’étude CAHP a donné lieu à la création de plusieurs outils de sensibilisation, d’information et de formation, destinés au grand public, aux personnes concernées et aux proches, ainsi qu’aux soignants. Développés en partenariat avec l’agence de production Les Trois Petits Points (anciennement Agence DIODE), ils sont disponibles en ligne.

**Cette recherche a été menée par le laboratoire LISST de l’Université de Toulouse Jean Jaurès et du CNRS, en partenariat avec l’Université Saint-Etienne, Aix-Marseille Université, l’UNAFAM, l’Institut Bergonié, l’Institut Camille Miret, l’ARSEAA (Association Régionale pour la Sauvegarde de l’Enfant, de l’Adolescent et de l’Adulte), l’ARESVI (Association de Recherche et d’Etude sur la Santé, la Ville et les Inégalités), le FORMS (Fédération Occitanie Roussillon des Maisons de Santé pluri-professionnelles), la FECOP (Fédération de l’exercice coordonné pluriprofessionnel), et l’Agence Les Trois Petits Points (anciennement Agence Diode).

*Recherche CAHP : une étude des effets croisés entre la situation de handicap et l’expérience cancéreuse

Handicap psychique et cancer : comment améliorer prévention et soins ? - Santé Mentale

Cancer : le handicap psychique, cause d'inégalités d'accès aux soins | Infirmiers.com | IPA & Spécialités | Recherche et bibliographie

27 octobre 2023

Troubles psychiques : un risque de cancer augmenté ?

Stigmatisation, isolement social, services d'oncologie et de psychiatrie qui ne communiquent pas... Les personnes avec troubles psychiques sévères seraient plus sujettes au risque de développer un cancer et d'en mourir. En cause, l'éclipse diagnostique.

Des mois, voire des années. C'est le temps perdu par ce jeune homme atteint de troubles psychiques dont l'extrême fatigue n'a pas été prise au sérieux. Associée par les médecins aux effets secondaires de son traitement, elle était finalement le résultat d'une leucémie diagnostiquée sur le tard. On parle en médecine « d'éclipse diagnostique ». Des témoignages comme celui-là, l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) en a recueillis un grand nombre dans le cadre de son enquête : « Obstacles, ressources et contrastes dans les parcours de soins complexes : le cas du cancer chez les personnes vivant avec un trouble psychique sévère », publiée en septembre 2023. L'impact peut alors être vital… Documentée depuis plusieurs années, la surmortalité des personnes ayant un trouble psychique (bipolarité, schizophrénie, dépression, anxiété…) est imputée à un risque plus élevé de suicide. Or, contrairement aux idées reçues, cette mortalité prématurée est attribuable « avant tout, à des motifs de décès similaires aux causes de mortalité les plus fréquentes en population générale (notamment les cancers et les maladies cardio-vasculaires) », explique l'Irdes.

Taux de mortalité deux fois plus élevé

L'institut remarque que, pour le cancer (toutes pathologies confondues), le taux de mortalité des personnes vivant avec un trouble psychique est même « doublé par rapport à la population générale ». En cause ? « Un cumul de vulnérabilités » qui accentue le risque de comorbidités. Au premier plan, un moindre recours aux examens diagnostiques recommandés et donc une mise en place des traitements retardée, avec, effet boule de neige, une diminution des chances de rémissions. Par ailleurs, la parole du patient n'est pas toujours bien prise en compte : « la plainte somatique est comprise comme un symptôme du trouble psychique ou comme un effet de son traitement, sans toujours donner lieu à des examens complémentaires ou au suivi recommandé ». Ajoutons à cela certains traitements (notamment neuroleptiques) qui jouent sur la perception de la douleur et conduisent certains patients à ne pas alerter leur entourage et le corps médical.

Iniquité dans les parcours de soin

D'autres problématiques viennent également ralentir le processus diagnostique puis thérapeutique ; l'Irdes observe une méconnaissance des particularités psychiques par les équipes soignantes, entraînant une stigmatisation et une iniquité dans les parcours de soin. D'après lui, les équipes d'oncologie associent la prise en charge de ces patients à un « surcroît de travail et parfois un découragement, voire un rejet, à la suite de rendez-vous manqués par exemple ». Un oncologue témoigne : « Chez les patients schizophrènes, tous les gestes invasifs sont problématiques, et il est beaucoup plus compliqué de les traiter ». Pour couronner le tout, des obstacles de communication entre les services d'oncologie et de psychiatrie ont été identifiés. Enfin, l'isolement social et la précarité financière dans lesquelles vivent ces personnes les éloignent un peu plus d'un suivi médical régulier.

Quelles solutions ?

Une meilleure coordination entre les spécialités médicales pourrait, selon l'Irdes, améliorer cette prise en charge. D'autant que, d'après ces chercheurs, « certaines personnes ont un trouble relativement stabilisé et parfois sont aguerries dans l'organisation de leurs soins (prise de rendez-vous, gestion des traitements médicamenteux et des effets secondaires, relations aux professionnels) via leur expérience du soin en santé mentale ». Le concept de « reverse integrated care », déjà présent dans le modèle américain de santé, est l'une des solutions envisagées par l'Irdes. L'idée ? Offrir aux personnes ayant un trouble psychique sévère l'accès à des soins de santé physiques coordonnés, directement au sein des services de santé mentale. En résumé, il s'agirait de faire communiquer davantage les deux systèmes qui fonctionnent encore trop en vases-clos.

19 septembre 2023

[Article] : Obstacles, ressources et contrastes dans les parcours de soins complexes : le cas du cancer chez les personnes vivant avec un trouble psychique sévère.

Coralie Gandré, Delphine Moreau, Ibtissem Ben Didri et Anna-Veera Seppänen en collaboration avec le consortium Canopée, 
Questions d’économie de la santé, n°281 septembre 2023

La surmortalité des personnes vivant avec un trouble psychique a été reconnue comme problème de santé publique depuis une dizaine d’années en France.

Cependant, les actions concrètes pour lutter contre cette surmortalité demeurent limitées et nécessitent une meilleure compréhension des parcours de soins somatiques complexes pour cette population présentant un cumul de vulnérabilités. 

À partir de l’analyse des parcours pour cancer – reposant sur une double approche qualitative et quantitative – cette recherche met en évidence des inégalités pour les personnes vivant avec un trouble psychique, qui concernent en particulier
l’accès aux examens diagnostiques recommandés, le délai entre le diagnostic et la mise en place des traitements, le caractère invasif et l’intensité des traitements, le suivi post-traitement et le risque de décès, tout en soulignant l’hétérogénéité des situations vécues. Les différences identifiées dans les parcours de soins peuvent être liées à des adaptations aux spécificités des personnes suivies et à leurs choix, mais aussi à des préconceptions sur les difficultés associées 
aux troubles psychiques, ou encore à une organisation inadaptée des soins que des politiques
publiques seraient susceptibles d’améliorer.

*publication synthétique issue du projet de recherche Canopée financé par l’Institut national du cancer et reposant sur la collaboration entre 3 équipes appartenant à 3 institutions : l’EHESP (Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique), l’IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé) et le GHU (Groupe Hospitalier Universitaire) Paris Psychiatrie et Neurosciences.

https://www.irdes.fr/recherche/questions-d-economie-de-la-sante/281-obstacles-ressources-et-contrastes-dans-les-parcours-de-soins-complexes.pdf.

01 septembre 2023

Améliorer les soins oncologiques des patients «psy» : le CH Charles-Perrens s’engage

Alors que les patients souffrant des troubles psychiatriques sévères sont plus à risque de cancers, ils sont moins bien soignés. Afin d’améliorer leur accès aux soins et aux prises en charge, le CH Charles Perrens et l’Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer (CLCC) de Nouvelle-Aquitaine, signent une convention de partenariat.

Afin de proposer une prise en charge globale alliant soins oncologiques et soins psychiatriques, l’Institut Bergonié et le Centre Hospitalier Charles Perrens ont décidé de renforcer leurs collaborations médicales et soignantes ainsi que leur partenariat stratégique bilatéral. Au travers de ce rapprochement, les deux établissements souhaitent également conforter leurs missions respectives dans le cadre d’une approche qui se veut résolument pluridisciplinaire, avec un objectif commun poursuivi, celui de l’amélioration de la prise en charge du patient. La proximité géographique des deux institutions offre en outre de réelles opportunités pour mener à bien des actions de collaboration.

L’objectif poursuivi est l’amélioration de la prise en charge des patients, que leur maladie soit identifiée au préalable ou épisode rencontré au cours d’une hospitalisation.

Les besoins recensés par les parties sont les suivants:

Pour l’Institut Bergonié
– Mieux comprendre les traitements médicamenteux relevant de la discipline psychiatrie pour mieux appréhender les interactions éventuelles
– Mieux gérer les situations d’addiction médicamenteuse
– Mieux accompagner une situation de décompensation ponctuelle d’un patient et savoir qui contacter
– Mieux accompagner les patients dans leur prise en charge globale face à leur maladie.

Pour le CH Charles Perrens :
– Mieux comprendre les traitements médicamenteux relevant de la discipline oncologie afin de mieux appréhender les interactions éventuelles
– Mieux accompagner une situation de découverte de cancer et savoir qui contacter
– Mieux accompagner les patients dans leur prise en charge globale face à leur maladie

Pour répondre à ces besoins, les axes majeurs de cette collaboration seront les suivants :
– Communiquer sur les dispositifs de soins existants au sein de chaque établissement,
– Définir et mettre en œuvre une collaboration afin d’améliorer la prise en charge des patients présentant des troubles mixtes, relevant à la fois des disciplines oncologie et psychiatrie,
– Collaborer sur des appels à projets communs, travaux de recherche et publication,
– Mettre en œuvre des actions communes de prévention, notamment favoriser l’accès au dépistage des cancers,
– Formaliser un groupe de travail sur la thématique « pharmacie ».

• Communiqué de presse, 5 juillet

03 décembre 2022

Pourquoi la consommation de cannabis multiplie le risque de cancer du poumon ?

Quand un cancer du poumon survient avant l’âge de 45 ans, c’est probablement que du cannabis a été fumé jeune… Ce qui confirme que cette drogue n’est définitivement pas bonne pour la santé, pulmonaire en particulier.

Le cannabis peut déclencher chez les personnes prédisposées (qui ignorent d’ailleurs leur fragilité) des troubles neuropsychiques, et surtout une schizophrénie. On sait moins, prévient le Pr Christos Chouaid, pneumologue au CHI de Créteil (Val-de-Marne), que le cannabis est également à l’origine de cancers du poumon. Ainsi, quand ce cancer survient avant l’âge de 45 ans, c’est probablement que du cannabis a été fumé jeune…

Des cancers précoces d’autant plus agressifs

Et ces cancers précoces sont d’autant plus agressifs que l’hypothèse d’un tel cancer est alors à peine évoquée puisqu’il est censé survenir plus tard après un certain nombre d’années d’intoxication tabagique. De plus, ils se manifestent peu, sauf à un stade avancé, et les options thérapeutiques sont à ce moment limitées…

Enfin, facteur pronostique péjoratif supplémentaire, ils se produisent et évoluent plus rapidement qu’avec le tabac, et ils sont moins accessibles aux traitements.

« Pas de doses "tolérables" de cannabis »

Le risque de cancer induit par l’inhalation de cannabis est donc avéré, indépendamment de la consommation de tabac comme on le croyait autrefois. La plupart (85 %) des cancers du poumon sont effectivement liés à un tabagisme et/ou au cannabis, le reste à d’autres facteurs : particules inhalées dans le cadre professionnel ou un environnement pollué.

Par ailleurs, il n’existe pas de dose « tolérable » de cannabis (pour la bonne santé du poumon) puisque le risque, multiplié par six de développer un cancer du poumon, est présent dès que l’on fume un joint par jour depuis dix ans, ou deux joints par jour depuis cinq ans, précise le Pr Christos Chouaid.

02 octobre 2022

[Recherche] : Prise en charge du cancer chez les personnes souffrant de troubles psychiques sévères.

L’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) propose un document exhaustif en termes de ressources bibliographiques sur la prise en charge du cancer chez les personnes souffrant de troubles psychiques sévères.

Les individus suivis pour des troubles psychiques font face à une mortalité prématurée, quelle que soit la cause de décès. Ce phénomène, marqueur d’inégalité de santé, questionne le suivi et l’accès aux soins somatiques des personnes vivant avec un trouble psychique sévère. Les données du Système national des données de santé (SNDS) permettent de caractériser leur recours aux soins courants à l’échelle nationale en comparaison aux principaux bénéficiaires de l’Assurance maladie. Leur exploitation démontre un moindre recours aux soins de prévention et aux soins de spécialistes courants chez les individus suivis pour un trouble psychique sévère, malgré une prévalence plus élevée des principales pathologies chroniques qu’en population générale, et une fréquence plus importante des hospitalisations évitables, malgré des contacts plus fréquents en médecine générale. 

Ces résultats soulignent les difficultés du système de santé à répondre de manière satisfaisante aux besoins spécifiques des personnes vivant avec un trouble psychique et soutiennent le développement de mesures dédiées pour améliorer l’accès et la prise en charge somatique de cette population aux multiples vulnérabilités1.

Réalisée dans le cadre du projet Canopée (2) dont l’objectif est d’étudier les potentiels défauts de prise en charge du cancer chez les personnes souffrant de troubles psychiques sévères, cette bibliographie rassemble de la littérature scientifique identifiée à partir de l’interrogation des bases de données et portails suivants : Medline, Irdes, Cairn, Science direct, Web of science, Googlescholar. Après un focus sur la surmortalité et les difficultés dans l’accès aux soins somatiques, les aspects principalement documentés sont : la prévalence, l’incidence et le parcours de soins pour cancer des personnes souffrant de troubles psychiques sévères (schizophrénie, troubles bipolaires) sous l’angle à la fois qualitatif et quantitatif.

1. Gandré, C. et Coldefy, M. (2020). « Le recours aux soins somatiques des personnes suivies pour des troubles psychiques sévères en France : comparaison avec la population générale. » Revue D’epidemiologie Et De Sante Publique 68: S31

2. Irdes. Programme de recherche 2021-2023. Page 76.

Télécharger le document :

« La prise en charge du cancer chez les personnes souffrant de troubles psychiques sévères » (PDF)
Bibliographie thématique, septembre 2022, centre de documentation de l’Irdes,
Marie-Odile Safon, Véronique Suhard, synthèses et bibliographie.

06 mai 2022

[Communiqué de presse] : Cancer et handicap : tous dépistés !

Les personnes en situation de handicap participent deux fois moins aux dépistages nationaux de cancers.


Face à ce constat qui confirme que l’accès aux soins n’est pas le même pour tous, une équipe de recherche coordonnée par la fédération, publie, en avril 2022, un rapport intitulé « Prévention des cancers pour les personnes handicapées vieillissantes en structures médico-sociales et à domicile : promouvoir et accompagner le dépistage ». Elle identifie grâce à cette recherche les raisons de la faible participation aux dépistages et formule des propositions pour y remédier. L’équipe a également créé une palette d’outils adaptés à l’adresse des professionnels de la santé et du médico-social, ainsi que des personnes en situation de handicap et leurs aidants.


CP-cancerEThandicap-04042022.pdf (ancreai.org)

22 janvier 2022

[Recherche] : Certains antipsychotiques augmenteraient le risque de cancer du sein

Selon certaines études transversales du type cas-témoins, le risque de cancer du sein serait augmenté chez les patientes atteintes d’une schizophrénie, par rapport à la population générale. Quelle est la part des traitements dans ce risque supposé ? Les antipsychotiques qui ont tendance à interférer avec le métabolisme de la prolactine pourraient-ils être en cause ? C’est à ces questions que tente de répondre une étude finlandaise du type cas-témoins intracohorte dans laquelle ont été initialement incluses 30 785 femmes chez lesquelles le diagnostic de schizophrénie a été posé entre 1972 et 2014.

Un cancer du sein a été détecté et traité chez 1 069 d’entre elles entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2017. Ce groupe (âge : 18-85 ans) a été constitué après exclusion des cas comportant des antécédents de cancer, de transplantation d’organes, de mastectomie ou encore d’infection par le VIH. Le groupe témoin a compté 5 339 patientes atteintes de schizophrénie, indemnes de cancer du sein et appariés selon l’âge et l’ancienneté de la maladie. L’analyse des données a reposé sur une régression logistique conditionnelle avec ajustements sur les comorbidités et les traitements concomitants.

La prise d’antipsychotiques qui n’interfèrent pas avec le métabolisme de la prolactine (incluant la clozapine, la quetiapine ou l’aripiprazole) ne s’est pas accompagnée d’une modification du risque de cancer du sein, que la durée d’exposition soit comprise entre une et quatre années (odds ratio ajusté [ORa] 0,95, intervalle de confiance à 95 % IC 95% 0,73-1,25) ou supérieure à cinq années (ORa 1,19, IC 95 % 0,90-1,58) (versus durée < une année).

Les résultats sont quelque peu différents avec les antipsychotiques capables d’augmenter la production de prolactine, le risque de cancer du sein étant significativement augmenté, uniquement en cas d’exposition prolongée (≥ 5 ans), l’ORa correspondant étant en effet estimé à 1,56 [IC 95 % 1,27-1,92], p < 0,001). Le risque d’adénocarcinome lobulaire est apparu plus élevé que celui d’adénocarcinome canalaire, les valeurs correspondantes des ORas étant respectivement de 2,36 [IC 95 % 1,46-3,82] et 1,42 [IC 95 % 1,12-1,80].

L’exposition prolongée aux antipsychotiques capables de stimuler la production de prolactine semble donc associée à une augmentation du risque de cancer du sein chez les patientes atteintes de schizophrénie. Un argument de plus pour surveiller les taux plasmatiques de prolactine chez les patientes exposées à ces médicaments.

Taipale H et coll. : Antipsychotic use and risk of breast cancer in women with schizophrenia: a nationwide nested case-control study in Finland. Lancet Psychiatry 2021. 8(10):883-891. doi: 10.1016/S2215-0366(21)00241-8.

04 octobre 2021

[Recherche] : Certains antipsychotiques liés à une augmentation du risque du cancer du sein

L’utilisation d’antipsychotiques hyperprolactinémiants est associée de façon significative à un risque accru de cancer du sein chez les femmes atteintes de schizophrénie, suggère une nouvelle étude publiée dans The Lancet. Néanmoins, appelés à commenter ces résultats, deux experts sont plus mitigés et indiquent qu’à ce stade de la recherche, un changement de pratique clinique semble prématuré.

Les investigateurs ont comparé des données des registres finlandais portant sur plus de 30 000 femmes diagnostiquées schizophrènes. Sur ces patientes, 1 069 avaient aussi reçu un diagnostic de cancer du sein. Les résultats montrent qu’une exposition à long terme à des psychotiques hyperprolactinémiants était associée à une augmentation du risque de 56% de développer un cancer du sein comparé à une exposition de courte durée. Aucune association significative n’a été observée avec une exposition cumulée à des antipsychotiques sans effet sur la prolactine.

"Si vous devez programmer un traitement par antipsychotiques sur du long terme, préférez des antipsychotiques qui n’augmentent pas la prolactine chez les femmes et informez les filles du risque potentiel afin de permettre une décision partagée en toute connaissance de cause", a affirmé le chercheur Christoph Correll, professeur de psychiatrie (Hofstra/Northwell, New York) et co-auteur de l’étude à Medscape Medical News.

"Il importe de surveiller la prolactinémie et d’agir en cas d’hyperprolactinémie chez les femmes atteintes de schizophrénie traitées par antipsychotiques hyperprolactinémiants" insiste-t-il.

La prévalence du cancer du sein est augmentée de 25% chez les femmes atteintes de schizophrénie par rapport à la population générale. Les antipsychotiques ont longtemps été vus comme un coupable potentiel, mais les recherches n’ont pas permis de conclure, explique Christoph Correll.

Antipsychotic use and risk of breast cancer in women with schizophrenia: a nationwide nested case-control study in Finland - The Lancet Psychiatry

Certains antipsychotiques liés à une augmentation du risque du cancer du sein ?
 (medscape.com)