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Nouvelles
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20 février 2026
Rencontre avec Charles Nécol, président de la Coordination régionale Santé mentale France Grand Est
Son action témoigne d’un attachement constant à l’ancrage territorial et d’une volonté de décloisonner les pratiques, en articulant le local et le national. Il défend avec conviction une santé mentale fondée sur les droits, la citoyenneté, le pouvoir d’agir et la participation des personnes concernées, considérant leur parole comme un levier essentiel pour orienter les démarches et transformer durablement les pratiques.
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03 novembre 2025
[Interview] : "Si on a davantage parlé de santé mentale, la psychiatrie est toujours à la peine"
En cette fin octobre, alors que l’année de la santé mentale tire à sa fin, quel pré-bilan tirez-vous ?
Corinne Martinez – Il est très mitigé. Bien sûr, et c’est un point positif, on a davantage parlé de santé mentale et, surtout, du mal-être qui touche de nombreux jeunes. Mais pour ce qui est de la psychiatrie, qui est notre périmètre à l’Unafam, elle est toujours à la peine.
Et pas vraiment de plan santé mentale à l’œuvre, en dépit du label « cause nationale »…
M – Sur le papier, le plan santé mentale de Yannick Neuder, le ministre de la Santé et de l’Accès aux soins du gouvernement Bayrou, dévoilé en juin dernier, vise à renforcer la psychiatrie. C’est écrit en tout cas. Au niveau des principes, l’Unafam est assez satisfaite de voir que certaines de ses propositions ont été reprises, comme le repérage précoce ou le besoin de formation des médecins de premier recours. Après, comment sera-t-il mis en œuvre ? C’est la question, dans le contexte politique que l’on connaît. A part de l’affichage, ça reste très flou.
En matière de psychiatrie, l’année 2025 n’aura-t-elle pas permis quand même de faire bouger les lignes ?
M – Elle aura peut-être permis de lancer des fils pour que l’individualisme qui caractérise nos sociétés arrive à évoluer vers davantage d’attention à l’autre. A cet égard, la manifestation du 10 février dernier, place de la République, à Paris, à l’occasion du 20e anniversaire de la loi handicap de 2005, a été un moment mémorable. Ce genre d’événement remet sur le devant de la scène l’idée qu’on a tous la possibilité de faire quelque chose. C’est pourquoi, par exemple, l’Unafam plaide, dans ses 48 propositions, en faveur du déploiement des Premiers secours en santé mentale auprès de la population générale.
Ces 48 propositions s’articulent autour de 3 axes, le premier appelant à « agir précocement ». En quoi est-ce nécessaire de repérer le plus tôt possible un trouble psychique ?
M – On sait aujourd’hui que plus on agit tôt, moins la maladie va s’installer et plus le handicap associé pourra être évité ou minoré. Et selon les cas, elle pourra être réversible. En raison de la plasticité ou de la maturité cérébrale chez les plus jeunes, rien n’est perdu si l’on peut agir avant 25 ans. Même avec des aménagements, la personne pourra se réinsérer dans la vie, celle qu’elle s’est choisie. Agir précocement, c’est éviter le couperet. Et puisque le contexte nous porte à faire des économies, c’est aussi réduire les coûts pour la société, puisque la personne va bien et pourra même être contributive au collectif.
Agir tôt suppose quelques améliorations…
M – Le maître-mot, c’est formation. Le premier contact, c’est le médecin traitant. Il faut donc faire en sorte qu’il y ait une formation digne de ce nom à la psychiatrie au cours du cursus en médecine et, en attendant, que soient proposés, au moins dans le cadre de la formation continue, des modules pour les généralistes, comme cela se fait dans certaines régions où il y a des contacts entre les établissements psychiatriques et les Unions régionales des professionnels de santé (URPS). Au travers des projets territoriaux de santé mentale et des conseils locaux de santé mentale, il faut impérativement mettre l’ensemble des acteurs en réseau et s’appuyer sur toutes ces compétences.
Ce qui revient à dire que, en santé aussi, il faut en finir avec le travail en silos…
M – L’approche pluriprofessionnelle qui favorise la prise en charge de la personne dans sa globalité, psychique et somatique, s’inscrit bien dans ce concept de « One Health » (« une seule santé »), préconisé par l’OMS en matière d’accompagnement et de rétablissement. On sait aujourd’hui que certaines molécules entraîneront des effets indésirables, tels que le diabète, ou seront, chez les femmes, à surrisque de cancer du sein. Il y a aussi un corps, il faut s’en occuper.
Et rappelons qu’il est possible de faire du repérage très tôt…
M – Effectivement, les sage-femmes ont un rôle à jouer, en première ligne, dans le repérage des dépressions du post-partum, afin de prévenir les éventuelles incidences sur le développement des nourrissons. Et la prévention est aussi l’une des missions de la médecine scolaire, à ceci près que, avec 900 médecins scolaires pour quelque 12 millions d’élèves, elle ne peut remplir correctement sa mission.
Le deuxième axe de vos propositions vise à « Promouvoir le rétablissement de tous grâce à une psychiatrie de qualité ancrée sur la communauté ». En clair, l’Unafam défend une approche plus inclusive, notamment vis-à-vis des proches, parents, fratries…
M – Outre la réorganisation des soins, qui passe notamment par un accès plus rapide à une première consultation spécialisée, il faut aussi accompagner les parents, pour lesquels la découverte d’une maladie psychiatrique chez leur enfant ou adolescent, constitue un séisme et, double peine, un vrai parcours du combattant (errance médicale, reconnaissance du handicap, etc.). La psychoéducation est là pour prendre en compte cette douleur, voire ce traumatisme, et dire aux familles qu’elles ne sont pas seules. Apprendre à comprendre la maladie, c’est une chose, mais savoir quels comportements adopter et faire confiance, et pouvoir dialoguer avec les soignants est tout aussi important. La psychoéducation sert à reconnaître la place de chacun. C’est pour cela que l’Unafam a porté en association avec le Centre lyonnais pour les aidants /familles en psychiatrie (CLAP) du Vinatier, le programme de psychoéducation BREF.
A ce sujet, l’Unafam souhaite la reconnaissance et professionnalisation de la pair-aidance, ainsi que son intégration dans les équipes de soins…
M – Les études montrent qu’une personnes malade, en particulier si elle est jeune, se confiera plus volontiers à un « alter égo », qui lui ressemble, est passé par là et s’en est sorti. L’échange s’installe plus naturellement, sans les réserves d’une relation « sachant/patient ». Et d’ailleurs, bien souvent, les professionnels de santé sont amenés à changer leur vision, face à un pair-aidant qui est capable de leur dire que telle attitude génère tel ressenti chez le patient, etc. Tout le monde a à y gagner. Enfin, l’ambition du rétablissement ne vise pas l’intégration sociale dans la normalité la plus absolue. La volonté de la personne malade doit être respectée, quels que soient ses choix.
« Respecter les droits », c’est précisément l’objet du 3e et dernier axe de vos propositions pour une refondation de la psychiatrie. Aujourd’hui encore, des progrès restent à faire, en matière de respect de la dignité des personnes ?
M – On voit encore en 2025 des personnes qui, arrivant pour une hospitalisation complète, se retrouvent en pyjama, sans portable, qu’on lui a retiré, sans accès à la famille ! Et je ne parle même pas de la contention. L’Unafam a publié en juin dernier un Manifeste pour l’abolition de la contention en psychiatrie, comme l’ont fait certains pays, à l’instar de l’Italie, le Danemark, le Royaume-Uni, etc. Problème de formation ou d’éthique, toujours est-il qu’il est possible de proposer des alternatives, comme des salons d’apaisement pour les patients agités ou les plans de prévention partagés (directives anticipées en psychiatrie).
En résumé, il faut en finir avec cette pratique de l’enfermement…
M – Elle est traumatisante pour les patients, évidemment, mais également pour les soignants. Si on développe une nouvelle appréhension de la psychiatrie, on réussira à faire de ce secteur une discipline de pointe, d’autant que, dans le même temps, a émergé la psychiatrie personnalisée de précision, qui fait appel à l’IRM, la génétique, etc., pour le diagnostic et le ciblage des traitements.
Pensez-vous que cela puisse aussi contribuer à rendre la filière « psy » plus attractive ?
M – Certainement. On est vraiment dans une dynamique nouvelle, avec des publications quasiment chaque semaine sur les molécules, les neurotransmetteurs ou encore sur l’impact des traumas sur la vulnérabilité génétique. J’ai l’impression que nous sommes à un moment où tout se met en place pour qu’il y ait des avancées majeures et des ouvertures, comme on l’a vu avec le sida ou le cancer.
Dans cet alignement des planètes, croyez-vous en l’avènement d’un plan pour la psychiatrie à l’orée de 2026 ?
M – Nous aurions besoin d’une mise à plat. Au cours des dernières années, des financements ont été attribués, commençons donc, déjà, par évaluer ce qui existe sur le terrain – en termes de pratiques mises en place, de respect des cahiers des charges, d’efficience, de résultats, etc. Les pays nordiques, le Canada le font quasi en routine. Il n’est pas question de sanctionner, mais de comprendre pourquoi telle ou telle initiative ne marche pas, et de se réorienter. Sans évaluation, il est difficile d’analyser finement les besoins, en respectant les problématiques territoriales.
« Si on a davantage parlé de santé mentale, la psychiatrie est toujours à la peine » - France Assos Santé
13 août 2025
Avec Marion Leboyer, un nouveau regard sur les maladies mentales
S'engager à décrypter les maladies mentales dans les années 1980, c'était comme partir en 1900 à l'assaut des terres vierges américaines: un parcours semé d'embûches. À l'époque on pensait encore l'autisme lié à une mauvaise relation à la mère! Avec sa détermination de lionne, Marion Leboyer avait les atouts pour relever le défi. Biberonnée par des parents universitaires, elle grandit dans l'idée que transformer le monde passe par un esprit critique aiguisé. Pour elle, ce sera médecine option psychiatrie, "discipline qui avait et a toujours le plus besoin d'innovation", dit-elle sans sourciller. Et on devine l'ombre des patients souffrant de dépression résistante, trouble bipolaire, schizophrénie, ou autisme quand elle cite Albert Einstein: "Il est plus facile de casser un atome qu'un préjugé." En psychiatrie, on sort à peine du brouillard.
07 août 2025
Santé mentale : " La Grande cause ne doit pas seulement être un label, sans mesures concrètes, sans moyens financiers conséquents"
La santé mentale comme Grande cause nationale : il était temps ?
Antoine Pelissolo : Oui, en effet, je me réjouis que 2025, soit décrétée Grande cause nationale. Cela va permettre de mettre un coup de projecteur sur les maladies psychiques, informer le grand public et faire en sorte qu’elles ne soient plus taboues. De nombreuses voix de personnalités dans divers domaines s’élèvent pour déstigmatiser les maladies mentales et l’on trouve de plus en plus d’information dans les médias. La parole se libère, heureusement, car 13 millions de personnes souffrent d’un trouble psychique chaque année en France. Mais, je rencontre encore beaucoup de patients qui n’osent pas en parler, surtout dans le milieu professionnel où il est encore très mal venu de révéler ce genre de maladies.
Que pensez-vous des récentes annonces faites par le gouvernement, dans ce cadre ?
A. P. : Certaines mesures vont dans le bon sens. Par exemple, repérer et intervenir précocement pour les jeunes de 12 à 25 ans. Mais il faut y adjoindre des moyens financiers, car la pédopsychiatrie, notamment, est dans un état déplorable. Augmenter le nombre d’internes* et faire en sorte que cette spécialité soit plus attractive est une bonne mesure, mais il faut des équipes formées pour accueillir les étudiants en stage et nous sommes déjà en flux tendu dans les services.
En vingt ans, le nombre de patients a doublé. Environ un tiers des postes de praticiens hospitaliers sont vacants, et le nombre de lits a diminué.
Cette Grande cause ne doit pas seulement être un label sans mesures concrètes, sans moyens financiers conséquents. En vingt ans, le nombre de patients a doublé. Environ un tiers des postes de praticiens hospitaliers sont vacants, et le nombre de lits a diminué. Nous attendons des mesures plus ambitieuses car il s’agit de « réarmer » l’ensemble du système : réduire les délais pour obtenir un rendez-vous mais aussi réduire le taux d’occupation des unités d’hospitalisation. La plupart des services sont saturés en permanence. Il faut adapter l’offre de soins, aussi bien en hospitalisation qu’en ambulatoire. Car les besoins en psychiatrie ne cessent d’augmenter et l’offre de soins est insuffisante pour proposer au plus grand nombre des prises en charge de qualité.
Ce plan va-t-il redorer la psychiatrie ?
A. P. : En France dans les années 1970, la psychiatrie française était prise pour modèle avec des équipes très expertes, beaucoup de réflexion, une culture de la transmission des savoirs, un bon accompagnement des patients… Nous avons aussi notre autocritique à faire parce que depuis quelques années, notre secteur s’est un peu enfermé sur lui-même. Aujourd’hui, le métier manque d’attractivité et pourtant c’est un métier passionnant avec beaucoup de satisfaction professionnelle et personnelle. Il faut aussi pouvoir mieux accompagner les patients après l’hospitalisation dans leur réinsertion, au sein de la société. Réfléchir à une nouvelle organisation des soins et se projeter un peu plus vers le futur.
Les dernières études montrent que la santé mentale des jeunes se dégrade, pourquoi ?
A. P. : La pandémie et les confinements ont considérablement altéré la santé mentale des enfants, collégiens, lycéens, étudiants, jeunes adultes… Mais la situation ne s’est pas améliorée depuis, au contraire, elle s’est dégradée dans cette population. il y a eu en effet une véritable rupture de vie sociale, ce qui a beaucoup de répercussions, surtout à cet âge de la vie.
Il existe aussi un contexte anxiogène, les guerres, le dérèglement climatique… qui trouve une caisse de résonance à travers les réseaux sociaux, ce qui a une influence, sans doute.
De plus, la société a changé, les jeunes ont moins de liens sociaux dans la vie réelle. L’isolement fait souffrir et ceci est vrai dans toutes les couches de la population. Encore plus dans les quartiers précaires et dans des régions rurales. Car il y a encore moins d’accès aux soins.
*Le nombre d’internes en psychiatrie passera de 500 à 600 par an à partir de 2027.
Santé mentale : « La Grande cause ne doit pas seulement être un label, sans mesures concrètes, sans moyens financiers conséquents »
30 septembre 2024
Podcast réalisé par l’équipe de Radio Barjot’s
https://podcast.mobile-adenum.fr/@radiobarjots/episodes/nuit-du-handicap-2024
23 mars 2024
[Interview] : Schizophrénie : une diversité de formes et d’évolutions possibles
Dans le cadre des Journées de la Schizophrénie, qui a lieu cette semaine du 18 au 25 mars 2023, nous avons donné la parole au Pr Fabrice Berna, psychiatre (CHU de Strasbourg), chercheur (Inserm 1114) et spécialiste de cette pathologie psychiatrique.
À cette occasion, il déconstruit un certain nombre de stéréotypes comme le fait qu’il n’existe pas UNE, mais DES schizophrénies, dont certaines ont d’excellentes perspectives d’évolution symptomatique.
Il rappelle qu’une prise en charge adéquate et sur mesure permet, dans certains cas, d’obtenir un rétablissement durable et déplore la stigmatisation dont sont encore victimes les personnes qui souffrent de ce trouble.
18 mars 2024
Les antipsychotiques ne sont plus l’alpha et l’oméga du traitement de la schizophrénie.
Publiés le 7 février dans eClinicalMedicine, une revue du Lancet, les résultats d’une méta-analyse confirment l’intérêt d’ajouter ces molécules aux traitements de référence.
Ces résultats « devraient changer les recommandations pour la pratique dans le traitement de la schizophrénie ne répondant pas aux antipsychotiques », estime le Dr Guillaume Fond, psychiatre à l’Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM), enseignant et chercheur à la faculté de médecine de la Timone.
Dans ce travail, l’équipe a retenu 44 essais colligeant les données de 3 358 participants présentant une schizophrénie, traités soit par rispéridone, soit par clozapine, soit par des combinaisons d’antipsychotiques et qui évaluaient l’intérêt de 45 traitements complémentaires.
Un tiers des médicaments (16 médicaments) qui étaient ajoutés aux antipsychotiques ont démontré une efficacité significative par rapport au placebo pour au moins un critère de jugement.
30 octobre 2023
Mieux soigner les maladies mentales grâce à la psychiatrie de précision - PEPR PROPSY
Questions posées :
En quoi la recherche en psychiatrie est-elle un enjeu majeur de santé publique ?...
Comment expliquer que les maladies mentales occasionnent ces années de vie perdues ?...
Comment décririez-vous l'état actuel de la psychiatrie en France ?...
Comment le programme PROPSY a-t-il été pensé au regard de ce contexte ? Quelle définition pouvez-vous donner d’une « psychiatrie de précision » ?...
Le programme PROPSY se concentre sur quatre troubles : les troubles bipolaires, les troubles dépressifs majeurs, les schizophrénies et les troubles du spectre de l’autisme. Sur quels critères vous êtes-vous appuyée pour établir cette liste ?...
Pourriez-vous donner un exemple d’une stratégie thérapeutique ciblée au sein du programme ?...
PROPSY aspire à développer des innovations en psychiatrie, quels rôles les entreprises et start-ups ont-elles à jouer ?...
Quelle place sera accordée au numérique au sein du programme ? En particulier l’Intelligence artificielle et l’imagerie cérébrale ?...
La stigmatisation et l’isolement sociaux sont des risques majeurs liés aux troubles de la santé mentale, comment comptez-vous aborder ces enjeux, notamment auprès du grand public et des décideurs ?...
Paradoxalement, face à ces défis croissants, l’attractivité du secteur psychiatrique ne cesse de décliner depuis quelques années. Dans le cadre du PEPR, quelles actions peuvent-être menées auprès de jeunes professionnels ?...
29 mars 2023
[Interview] : Schizophrénie, une diversité de formes et d’évolutions possibles
Dans le cadre des Journées de la Schizophrénie, qui ont lieu du 18 au 25 mars 2023, nous avons donné la parole au Pr Fabrice Berna, psychiatre (CHU de Strasbourg), chercheur (Inserm 1114) et spécialiste de cette pathologie psychiatrique.
A cette occasion, il déconstruit un certain nombre de stéréotypes comme le fait qu’il n’existe pas "UNE", mais "DES" schizophrénies, dont certaines ont d’excellentes perspectives d’évolution symptomatique.
Il rappelle qu’une prise en charge adéquate et sur mesure permet, dans certains cas, d’obtenir un rétablissement durable et déplore la stigmatisation dont sont encore victimes les personnes qui souffrent de ce trouble.
Medscape édition française : Comment définit-on la schizophrénie ?
Pr Fabrice Berna : Tout d’abord, il faut savoir que les critères pour poser un diagnostic de schizophrénie ont été définis sur la base d’une convention basée sur les symptômes les plus typiques et les plus fréquents de la schizophrénie. Les signes cliniques comprennent des symptômes dits positifs comme les délires, hallucinations – beaucoup de patients entendent des « voix » –, une désorganisation de la pensée, du comportement, et/ou des symptômes négatifs tel le retrait social et l’absence de motivation. On parle de schizophrénie quand les symptômes ont une durée d’au moins un mois avec un retentissement fonctionnel au quotidien d’au moins six mois. Le diagnostic est donc purement clinique car il n’y a aucun marqueur en imagerie cérébrale, ou détectable dans le sang qui permet d’établir le diagnostic de schizophrénie.
Medscape édition française : Le spectre des symptômes est large, y a-t-il de fait plusieurs formes de schizophrénie ?
Pr Fabrice Berna : Effectivement, le terme englobe plusieurs types de schizophrénies, très différentes les unes des autres, au point que parler de schizophrénie pour un patient que l’on vient de diagnostiquer est peu précis au vu de la multiplicité des formes. C’est important de le dire au regard de l’image négative véhiculée par la schizophrénie car si certaines évoluent mal, on ne peut pas généraliser à l’ensemble des schizophrénies.
Medscape édition française : Comment distinguer alors les différents types de schizophrénie ?
Pr Fabrice Berna : Il existe plusieurs façons de penser cette diversité de formes. Certains considèrent que l’on peut classifier les différentes formes selon les stades de la maladie. Cela va aller des schizophrénies débutantes – des stades à risque qui précèdent la schizophrénie jusqu’au premier épisode – à des schizophrénies qui évoluent plus dans le temps.
D’autres vont dire que certains patients présentent des symptômes atypiques et vont identifier un petit contingent de « fausses schizophrénies » qui s’expliquent par une épilepsie, une maladie auto-immune ou inflammatoire, etc. Il faut savoir les repérer car le traitement est alors très différent.
Il y a une troisième façon de codifier les schizophrénies, qui vient de l’école allemande de Wernicke-Kleist-Leonhard – et qu’on essaie de généraliser à Strasbourg – et qui est une façon plus complexe de classer les schizophrénies sur une base clinique. Cette classification (dite WKL) identifie 35 formes différentes de la maladie au sein du spectre qui s’étend de la schizophrénie aux troubles de l’humeur. Cette classification tient compte non seulement des dimensions de symptômes que présentent les patients mais surtout de l’évolution de la maladie dans le temps.
Medscape édition française : Justement, comment peuvent évoluer les schizophrénies ?
Pr Fabrice Berna : On sait par exemple qu’il existe des formes de schizophrénie avec des symptômes qui disparaissent complètement après les premiers épisodes, ce qu’on appelle dans le jargon de cette classification, les psychoses cycloïdes. Elles représentent 20 % des épisodes psychotiques. L’intérêt de les repérer, c’est que leur évolution est plutôt favorable et qu’elles peuvent bénéficier d’une stratégie thérapeutique différente. L’hypothèse – qui va être testée prochainement dans une étude nationale que je coordonne –, c’est que l’on pourrait dans ces psychoses cycloïdes, réduire, voire arrêter les traitements, en dehors des épisodes.
A titre d’exemple, une étude a montré que chez les patients avec une psychose cycloïde, dix ans après le premier épisode, trois quarts de ces patients travaillaient en milieu ordinaire, la moitié était en couple – au même titre que des sujets contrôle du même âge et du même sexe. Ces patients avaient une dose de traitement 3 fois inférieures et 20% n’en prenaient plus.
Il existe d’autres formes qui, en apparence, semblent plutôt bien se remettre après les premiers épisodes mais qui risquent de moins bien évoluer par la suite. Elles ont une présentation d’allure bipolaire (avec une alternance d’épisodes d’excitation et d’inhibition), avec une charge héréditaire importante, ce qui signifie que l’on retrouve souvent des apparentés atteints.
On voit donc que l’on peut établir des distinctions entre des formes avec une évolution favorable et un faible risque génétique, les psychoses cycloïdes, et d’autres, au contraire, d’évolution a priori moins favorables, mais avec une charge héréditaire importante.
Medscape édition française : Que peut-on attendre en termes de rétablissement pour ces patients ?
Pr Fabrice Berna : Aujourd’hui, une prise en charge adéquate et sur mesure des patients ayant une schizophrénie combine traitement pharmacologique et réhabilitation psychosociale. Toutes ces approches thérapeutiques sont orientées vers le rétablissement du patient avec l’objectif de lui apprendre à vivre avec sa maladie, de réaliser ses buts et de s’épanouir. Cet accompagnement joue un grand rôle dans le pronostic à long terme du trouble psychiatrique, et dans la qualité de l’insertion sociale.
Medscape édition française : On peut donc se montrer optimiste quant à l’évolution d’un patient vivant avec une schizophrénie ?
Pr Fabrice Berna : Disons qu’il y a réellement un potentiel d’évolution favorable – sans nier qu’il existe des situations difficiles. Dans un contexte où l’on entend plutôt parler de l’évolution de la schizophrénie comme inéluctablement défavorable, la réalité que nous constatons est différente ce qui nourrit notre optimisme.
Medscape édition française : La mauvaise image qu’a la schizophrénie est donc à bannir ?
Pr Fabrice Berna : Tout à fait, or à chaque fait divers dramatique, les médias nous ont malheureusement habitué à attendre le diagnostic psychiatrique sensé expliquer ce drame, ce biais est très regrettable ! La grande majorité des actes délictueux ou criminels ne sont pas commis par des personnes avec des troubles psychiatriques. Ce serait même plutôt l’inverse, les personnes avec une schizophrénie sont souvent victimes de la violence : c’est plus souvent elles qui se font agresser et qui ont été victimes de harcèlement.
Medscape édition française : Comment faire en sorte de changer l’image négative que les gens se font de la schizophrénie ?
Pr Fabrice Berna : Les stéréotypes ont la vie dure mais je pense que le mieux est de communiquer auprès du grand public sur les troubles psychiatriques en général. Par exemple, j’ai récemment co-animé avec Laurent Lefèvre, un pair aidant, un Ciné Débat autour de la projection du film « Le soleil de trop près » [une fiction de Brieuc Carnaille sortie en septembre 2022 qui suit le chemin de Basile, un trentenaire atteint de schizophrénie paranoïde sur le chemin de la réinsertion, NDLR] en présence de la déléguée régionale de l’Unafam et je pense que c’est une excellente formule.
Le témoignage très convaincant du pair aidant, lui-même vivant avec une schizophrénie a vraiment permis de changer le visage de la maladie auprès du public.
Cela suscite beaucoup de compassion car on mesure à quel point la souffrance est grande dans cette pathologie où le rejet est souvent basé sur l’ignorance et la peur. Et surtout on peut entendre là des exemples de personnes qui se sont admirablement rétablies de leur maladie.
Schizophrénie : une diversité de formes et d’évolutions possibles (medscape.com)
20 février 2023
[Psychiatrie innovante] : "Donner aux usagers les mêmes chances que les autres de s’insérer"
Pouvez-vous nous présenter le Centre Jean Minvielle ?
« Le Centre de Rétablissement et de Réhabilitation Jean Minvielle est une structure dédiée à la réhabilitation psychosociale de jeunes présentant des troubles schizophréniques débutants. Historiquement, ce Centre était un hôpital de jour. Sa transformation a débuté en 2017 lorsque j’en ai pris la direction, pour en faire, à moyens constants, un centre orienté vers le rétablissement et la réhabilitation. Le public accueilli a entre 16 et 40 ans. Notre approche n’est pas réservée à cette tranche d’âge ou cette pathologie, mais nous nous inscrivons dans un contexte, à Montpellier, où la psychiatrie est plutôt organisée par âge ou par maladie. A part avoir un diagnostic de schizophrénie de moins de 10 ans et la volonté de la personne, il n’y a pas de condition d’entrée dans le dispositif. Un tiers des personnes suivies arrivent d’ailleurs chez nous directement, sans orientation d’un service ou d’un praticien. En continu, nous accompagnons 140 usagers, avec l’effectif suivant : 8 case-manageurs (infirmiers de formation), 1 assistant social, 1 job coach à mi-temps, 1 médiatrice de santé pair, 1.5 psychologue, 1 mi-temps de neuro-psychologue, 1 interne, et moi-même, sachant que le psychiatre n’a pas du tout une position centrale dans notre fonctionnement, puisque je ne suis pas le psychiatre traitant de tous les usagers. Le premier rendez-vous est donné dans la semaine. Le taux de ré-hospitalisation sur le centre est un peu inférieur à 7%. Nous n’avons pas de liste d’attente et les personnes sont rarement suivie au-delà d’un an. En moyenne, les projets emploi et logement (qui constituent une part importante des demandes) trouvent une issue favorable en 3-5 mois. Nous disposons d’ailleurs d’un appartement-test où les personnes peuvent faire un essai de logement autonome durant 15 jours.
• Lire la suite sur le site du GCS pour la recherche et la formation en santé mentale
• Découvrir aussi l’ouvrage de N. Rainteau, Soyez réhab, Guide pratique de réhabilitation psychosociale, Elsevier-Masson, 2022
15 juin 2022
Immuno-psychiatrie : quelle relation entre inflammation et dépression ?
Immuno-psychiatrie
Entretien avec Marion Leboyer, Psychiatre à Créteil et Robert Dantzer, Chercheur à l'Université du Texas, qui nous parlent de la relation entre inflammation et dépression.
05 mai 2022
[Interview] : Parcours de vie ? parcours de soin ?
"Il faut soutenir la personne dans son parcours de vie, pas seulement dans son parcours de soin"...
Interview du Pr Frank Bellivier [chef du département de psychiatrie et de médecine addictologique du groupe hospitalier Saint-Louis, Lariboisière, Fernand-Widal (AP-HP), délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie depuis 2019] à l'occasion de la journée mondiale des troubles bipolaires (30 mars).
20 avril 2022
Ukraine : comment aider les enfants exposés aux traumatismes de la guerre ?
Selon les estimations de l'UNICEF, 4,3 millions d'enfants, soit plus de la moitié des enfants vivant en Ukraine, ont été déplacés depuis le 24 février : plus de 1,8 millions d'enfants ont traversé la frontière pour se réfugier dans les pays voisins et 2,5 millions d'enfants ont « voyagé » à l'intérieur du pays. Dans certaines régions du pays, les enfants vivent terrés dans des caves pour se protéger des bombes.
Quels sont les impacts de la guerre sur les enfants ?
Comment organiser une prise en charge ?
Des questions auxquelles a répondu la Professeure Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et directrice de la maison de Solenn (Paris). Pionnière de la psychiatrie transculturelle, elle est directrice scientifique de la revue L'Autre , qu'elle a fondée.
Lire l'article sur le site de Medscape :
Télécharger l'article :
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21 décembre 2020
Clotilde Coureau : son nouveau combat pour sensibiliser les Français aux maladies psychiatriques
Comment êtes-vous devenue ambassadrice ?
Clotilde Coureau - J’ai reçu un appel de la FRM un peu avant le premier confinement pour me demander si nous pouvions travailler ensemble, et j’ai aussitôt accepté. Un domaine de la recherche m’interpellait, celui des maladies mentales. J’ai moi-même perdu ou vu souffrir plusieurs amis, qui n’ont pas été diagnostiqués suffisamment à temps et n’ont pas reçu de traitements appropriés.
Comment expliquer que la recherche en psychiatrie soit le parent pauvre de la recherche biomédicale en France ?
Clotilde Coureau - Faute de budgets suffisants, la recherche, notamment celle destinée à explorer de nouvelles voies thérapeutiques, connaît un retard considérable. Elle n’est pas considérée comme prioritaire, car les maladies mentales (dépression, anorexie, schizophrénie, troubles bipolaires…) sont toujours entourées d’un grand tabou, bien qu’elles touchent aujourd’hui près de douze millions de Français et que ce chiffre risque de s’aggraver avec la crise sanitaire. Elles sont associées à un sentiment d’échec, de peur, de honte, qui empêche de nombreuses personnes « qui ne vont pas bien » de consulter. Or ces maux du psychisme sont des maladies comme les autres, qui peuvent et doivent être soignées.
Votre message aux pouvoirs publics ?
Clotilde Coureau - Passer du temps au laboratoire du Pr Marie-Odile Krebs, à l’Institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris, m’a permis de mieux comprendre le processus de maturation cérébrale des ados et les graves répercussions d’une importante consommation de cannabis sur leur santé mentale. Je ne comprends pas pourquoi ces informations capitales ne parviennent pas aux jeunes, par le biais des établissements scolaires. La prévention est essentielle quand on sait que 75 % des maladies psychiatriques débutent avant l’âge de 25 ans. Il faut agir vite, sinon, les conséquences sur la vie de la personne, mais aussi sur son entourage, peuvent être dramatiques.








