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Nouvelles
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07 mai 2026
"Je suis une personne, pas une maladie" : atteint de schizophrénie, Bernard s’est inséré professionnellement
Le regard de Bernard Royer de Véricourt, 56 ans et demi, est averti tandis qu’il guette les innombrables serre-joints qui maintiennent les lattes de bois à la recherche de ceux qui méritent un petit coup de pompe. Avec plusieurs patients du Césame - dont les noms resteront gravés sur l’embarcation -, le centre de santé mentale angevin, il construit sa quatrième barque en bois dans le cadre du chantier naval thérapeutique mis en place par l’établissement il y a plusieurs années.
C’est en 1993 que Bernard est diagnostiqué schizophrène. Un coup de massue. À l’époque, c’est soit on travaillait, soit on touchait l’Allocation aux adultes handicapés. À seulement 24 ans, son horizon se réduit, ses parents y contribuant fortement. Ils m’ont beaucoup stigmatisé, ont mis la pression sur le corps médical et martelaient que de toute façon, je ne travaillerai jamais. Sa maladie se caractérise alors par des angoisses fréquentes, marquées par des bouffées délirantes, des dissociations avec la réalité et générant des hospitalisations longues freinant par à-coups son parcours professionnel.
La réhabilitation par le travail
Mais Bernard le sait, je suis une personne, pas une maladie. Alors pour rebondir, il passe plusieurs diplômes, s’essaie à diverses professions pour tourner la page. D’abord des études de médecine soldées par un échec, puis un BTS conducteur de travaux, un brevet de paysagisme, ensuite le travail dans les vignes, la vie de père au foyer, avant, finalement, de trouver sa voie, pas si éloignée de celle de son grand-père marin : charpentier de marine.
Contractuel depuis octobre 2022 au sein du Césame en tant que moniteur-éducateur, Bernard fait partie d’une minorité. En effet en France, seules 38 % des personnes en situation de handicap psychique sont en emploi. C’est dans l’objectif de faire émerger des solutions afin de leur faciliter l’accès et le maintien dans l’emploi que se tient ce jeudi 30 avril le Forum emploi et santé mentale au Campus Pierre-Cointreau organisé par l’Alliance pour la Santé Mentale, la Fédération Santé mentale France et Fabrice Le Peutrec, formateur engagé sur les questions d’insertion et de troubles psychiques.
« Je suis une personne, pas une maladie » : atteint de schizophrénie, Bernard s’est inséré - Angers.maville.com
27 avril 2026
Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto
Explorer les troubles psychiatriques à travers l’ADN
Doctorante à l’Université Paris Cité, Wafa entame son parcours dans le monde de la psychiatrie lors de son stage de master à l’IPNP en 2023.
« J’étais intéressée par la génétique humaine, mais la psychiatrie m’a attirée parce que c’est un domaine en pleine évolution avec encore beaucoup de choses à découvrir. »
Animée par une forte envie d’apprendre, elle choisit de poursuivre une thèse au sein de l’IPNP. Son travail consiste à étudier l’ADN de patientes et patients atteints de troubles psychiatriques, en particulier la catatonie, pour mieux décrypter ce qui se passe dans leur corps.
« La catatonie est un trouble qui affecte les mouvements et le comportement, c’est une maladie psychomotrice et une maladie rare. Les patients peuvent avoir des difficultés d’interaction: soit ne plus bouger du tout, soit au contraire être dans un état d’agitation complète. Elle peut se développer chez des personnes atteintes de schizophrénie ou de troubles bipolaires. »
Au cœur de ses recherches sur les troubles du mouvement et du comportement, Wafa explore différentes “couches” de l’ADN.
« L’idée, c’est d’analyser l’ADN présent dans le noyau des cellules, mais aussi l’ADN mitochondrial et le profil épigénétique pour essayer de comprendre quel est l’impact de l’environnement sur ces patients. »
En pratique, elle travaille à la fois sur l’ADN principal des cellules et l’ADN mitochondrial, présent dans les mitochondries ; ces structures qui produisent l’énergie nécessaire au fonctionnement des cellules, notamment celles du cerveau. Elle s’intéresse également au profil épigénétique, qui permet de comprendre comment l’environnement peut influencer l’activité des gènes. Ainsi, des facteurs comme le stress ou le mode de vie peuvent jouer un rôle dans le développement des troubles et expliquer pourquoi certaines personnes sont plus touchées que d’autres.
Au-delà de l’analyse des données génétiques, les recherches de Wafa portent aussi des enjeux de société et de santé publique. Elles participent à faire évoluer le regard porté sur les maladies psychiatriques, en contribuant à améliorer la prise en charge des patientes et patients, à affiner les diagnostics et, à terme, à développer des traitements plus ciblés et personnalisés.
« Que ce soit dans les médias ou dans la culture populaire, les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont souvent vues comme “folles”, simplement parce qu’on ne connaissait pas les mécanismes biologiques ou génétiques derrière ces maladies. En réalité, il s’agit de pathologies comme les autres, comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Elles doivent être prises au sérieux, et les patients méritent la même attention médicale que les autres. »
Un premier pas à l’international
Les travaux de Wafa vont prendre une autre dimension en 2024. Son directeur de thèse Boris Chaumette, enseignant-chercheur en psychiatrie, l’encourage à continuer son analyse de l’ADN mitochondrial et à rejoindre un projet de collaboration internationale. Intitulé « Mitochondrial Gene Risk in Psychiatric Disorders: A Transatlantic Educational and Research Collaboration », ce programme est soutenu par UPCité et l’Université de Toronto via un appel à projets pour favoriser la recherche internationale, particulièrement pour les jeunes chercheuses et chercheurs. L’équipe du Pr. Ana Andreazza de l’Université de Toronto est accueillie à UPCité en mars 2025. Quelques mois plus tard, en octobre, Wafa s’envole à son tour pour Toronto. Une première expérience en Amérique du Nord, où elle découvre une autre manière de faire de la recherche.
« C’est une grande équipe vraiment spécialisée dans les liens entre mitochondrie et troubles bipolaires, qui travaille aussi au niveau biologique et qui fait de l’expérimentation, ce que nous ne faisons pas au laboratoire. Nous, on est plutôt dans l’analyse informatique du séquençage de l’ADN. […] Le fait de partager mes données, d’apprendre à communiquer avec des personnes plus expérimentées, et de présenter mes résultats, c’était très constructif. Je suis revenue avec beaucoup plus d’idées. »
Les premiers résultats de ce projet franco-canadien apportent déjà des éléments encourageants.
« On a montré que les personnes qui souffrent de psychose présentent plus de variations dans l’ADN que celles à risque qui n’ont pas développé la maladie. On est encore au début, mais l’objectif est de comprendre quels mécanismes biologiques sont impliqués. »
Les chercheuses et chercheurs ne savent pas encore exactement pourquoi des variations apparaissent : elles peuvent être héritées ou se développer au cours de l’évolution des cellules. Si les causes restent encore incertaines, ces travaux ouvrent des pistes prometteuses pour mieux cerner l’apparition de certains troubles.
Comprendre les troubles psychiatriques : le parcours de recherche de Wafa Ghoul entre Paris et Toronto | Université Paris Cité
14 avril 2026
[Livre] : Aidants et fiers de l'être
Nicolas Franck, Romain Rey ; édition Odile Jacob ; Date de parution : 4 février 2026
Aider un proche malade ou âgé, ou encore atteint de troubles cognitifs ou d’une maladie dégénérative, bouleverse l’existence. Mais répondre à ses besoins ne doit pas exclure de respecter les siens propres.
La fonction d’aidant est essentielle, mais mal reconnue. Pour la personne qui l’exerce, prendre conscience de la charge qu’elle supporte permet de mieux y faire face.
Écrit à partir de nombreux témoignages, ce livre met en lumière le retentissement de ce rôle sur la santé physique et mentale des aidants, ainsi que sur leur quotidien. Son objectif est de leur permettre de prendre soin d’eux-mêmes pour prévenir l’épuisement, par une meilleure connaissance des états émotionnels et des tensions qu’ils traversent.
Toutes les questions liées à la condition d’aidant y sont abordées, dont celle du dialogue avec les soignants, avec l’entourage familial, et celle des aides et dispositifs existants, afin de pouvoir assumer ce rôle avec sérénité.
08 avril 2026
Se reconnecter aux autres après un épisode psychotique
Un cercle de soutien solide est essentiel au rétablissement après un épisode psychotique. Malheureusement, certaines personnes constatent que leurs relations peuvent se tendre voire se briser pendant et après un épisode.
Aujourd'hui, Lesley McCuaig revient sur les étapes qui lui ont permis de réfléchir, de reconstruire et de se détacher de certaines relations après avoir vécu un épisode psychotique lié à la schizophrénie.
La psychose influence la façon dont nous traitons l'information. Elle peut nous pousser à voir, croire ou entendre des choses qui ne sont pas réelles.
Parmi les effets secondaires potentiels de la psychose figure la difficulté à entretenir des relations. Pourtant, si la schizophrénie (la maladie dont je suis atteinte) affecte indéniablement les aidants, les amis et la famille, certaines personnes peuvent parfois oublier qu'elle est également difficile à vivre pour la personne malade elle-même.
Lorsque les symptômes de la psychose s'atténuent, certaines de nos relations peuvent s'améliorer. Mais, il arrive que la tension provoquée par un épisode psychotique soit trop intense au point d’endommager la relation, même après l'atténuation des symptômes.
Il n'est jamais agréable de perdre des amis ou des proches. Bien que cela puisse faire mal, nous devons prendre le temps de faire le deuil de ces relations et essayer d'aller de l'avant.
Comment la psychose a affecté mes relations
La psychose m’a coûté plusieurs relations qui comptaient beaucoup pour moi. Je suis parvenue à en reconstruire certaines avec du temps et des efforts, mais d'autres sont restées définitivement perdues.
Est-il difficile pour moi de vivre aujourd’hui sans ces relations ? Pour être honnête... oui, parfois. Je réfléchis souvent à ce qu’étaient mes relations avant et après mon diagnostic de schizophrénie.
Cependant, j'ai souvent remarqué que les relations que j'ai perdues à cause de la psychose étaient fragiles ou montraient déjà des signes de toxicité avant même mon diagnostic de schizophrénie. En d'autres termes, ces relations n'étaient pas solides dès le départ.
Lorsque je traverse un épisode psychotique, je suis accaparée par « ma » réalité. Parmi les symptômes de ma psychose figurent les hallucinations auditives, à savoir le fait d’entendre des choses qui n’existent pas. Pourtant, tout ce que je vis pendant un de ces épisodes est authentique. C'est ma réalité propre, même si elle n'est pas perceptible pour les autres.
Parfois, la psychose trouble la capacité de jugement et de discernement, compromettant ainsi la possibilité d’entretenir des relations équilibrées. D’autres fois, la psychose peut entraîner des comportements qui paraissent étranges ou imprévisibles aux yeux des autres, comme le fait de parler à des personnes qui ne sont pas là. Ces symptômes et ces réactions peuvent m'empêcher d’entretenir avec mes amis, ma famille et mes aidants des relations conformes aux normes sociales.
De même, le manque de discernement, les comportements imprévisibles et le fait d’être déconnecté de la réalité peuvent rendre presque impossible le maintien de relations équilibrées pendant un épisode psychotique. C'est une expérience aliénante pour tout le monde.
Reconstruire après la perte et chérir ceux qui sont restés
La bonne nouvelle, c'est qu'avec un traitement approprié, les personnes peuvent sortir d'un épisode psychotique et commencer à reconstruire ce qui a été perdu. Le fait de disposer d’un cercle familial, d’amis et d’aidants auxquels ils peuvent faire confiance et sur lesquels ils peuvent compter joue un rôle clé dans le processus de rétablissement.
Parfois, en raison d’un manque de compréhension, de la stigmatisation ou de leurs propres difficultés personnelles, certaines personnes ne sont pas en mesure d'accompagner quelqu’un qui se rétablit d'une psychose. Je comprends comment et pourquoi cela peut arriver, mais je suis reconnaissante et attachée à celles et ceux qui n'ont pas laissé un épisode psychotique définir notre amitié.
Personne ne sort indemne d'un épisode de psychose. Souvent, l’après-crise nécessite un travail pour gérer les séquelles comme les traumatismes, la culpabilité et la honte.
3 façons de naviguer dans les relations affectées par un épisode psychotique
1. Prendre le temps de faire son deuil
Lorsque la psychose entraîne une rupture des relations, la personne affectée doit prendre le temps de faire son deuil.
C’est un temps de réflexion et d’introspection. Il est également utile d'en parler avec quelqu'un, comme un ami ou un professionnel.
2. Choisir d'aller de l'avant
Après le deuil, apprenez à aller de l'avant avec ceux que vous aimez et respectez. Faire le deuil d'une relation fait mal, mais affronter ces sentiments vous permet d'aller de l'avant avec ou sans elle.
3. Savoir quand lâcher prise
Apprendre à lâcher prise est peut-être l'une des plus grandes leçons que j'ai tirées de mon expérience, depuis que j'ai reçu mon diagnostic de schizophrénie. Je veux tourner la page sur la vie que j’avais autrefois et commencer à me fixer de nouveaux objectifs réalistes pour l'avenir.
Les relations peuvent être complexes avec ou sans schizophrénie, mais les miennes ont été aggravées et compliquées par dix années d'alcoolisme. Parfois, je me dis que c’est un miracle qu'il me reste encore un ami !
Mais avec du temps, de la patience, des efforts et de l'engagement, les relations peuvent survivre et s'épanouir au-delà de la psychose. Vous pouvez réapprendre à faire confiance, à rire et à aimer.
Le point à retenir : aller de l'avant
Bien que la psychose puisse être perturbatrice et décourageante pour les personnes atteintes de schizophrénie, elle n'a pas à définir qui nous sommes.
Les relations vont et viennent. Certes, il peut être décevant et décourageant de voir un aidant, un ami ou un membre de la famille s'éloigner au moment même où l'on est au plus mal, mais cela ne doit pas définir toutes nos relations. Avec une bonne observance du traitement, il est possible de mener une vie très épanouissante avec des relations qui comptent.
Certaines relations peuvent survivre à la psychose et en sortir renforcées.
Ce témoignage et les informations présentées ont une visée pédagogique et ne constituent pas des conseils spécifiques pour l'évaluation, la gestion ou le traitement d'une quelconque pathologie.
Se reconnecter aux autres après un épisode psychotique
07 avril 2026
Faire face à la stigmatisation de la schizophrénie : surmonter la honte de soi, les stéréotypes et les mythes médiatiques
La stigmatisation de la schizophrénie peut être l’un des aspects les plus difficiles à vivre pour les malades. Lesley McCuaig relève trois sources de stigmatisation : la honte de soi, les stéréotypes sociaux et les mythes médiatiques. Appelant à une plus grande sensibilisation aux maladies mentales sévères, elle espère que le partage de son expérience contribuera à dissiper ces idées fausses.
La schizophrénie est sans doute le trouble psychiatrique qui suscite la plus forte stigmatisation.
Je passe beaucoup de temps à militer et à évoquer mon expérience de la schizophrénie afin de lutter contre la stigmatisation dont elle pâtit. Mes interventions et mes écrits m'ont permis de constater que de nombreuses personnes ne comprennent pas ce qu’est la schizophrénie.
La stigmatisation de la schizophrénie résulte souvent d'un manque d'éducation sur le sujet. Les gens ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas, et la schizophrénie peut sembler effrayante au premier abord.
J'ai donc choisi de raconter mon histoire afin d’éveiller les consciences sur la réalité de la vie avec la schizophrénie. J’espère que mes écrits et la lecture d’autres articles sur le même sujet aideront à mieux comprendre ce trouble psychiatrique souvent méconnu et à réduire ainsi la stigmatisation dont il fait l’objet.
La stigmatisation de la schizophrénie chez les personnes récemment diagnostiquées
Avant que l’on me diagnostique une schizophrénie, je ne savais presque rien de cette maladie. Si j'avais eu les connaissances que j’ai aujourd'hui, le choc du diagnostic aurait sans doute été moins violent.
L'autostigmatisation peut constituer un défi majeur pour les personnes souffrant de schizophrénie. On y retrouve souvent la honte d'être atteint de la maladie. En ce qui me concerne, la stigmatisation sociale entourant la schizophrénie, combinée à l’autostigmatisation, m'ont empêchée de tendre la main et de demander de l'aide.
Je ressentais une profonde honte liée aux hallucinations auditives que j’entendais.
Les stéréotypes sur la schizophrénie peuvent cacher des vérités surprenantes
Stéréotype social n° 1 : « Seuls les sans-abri ont des hallucinations auditives »
L'idée ici est, je pense, que « seuls » les sans-abri ont des hallucinations auditives dues à la schizophrénie ou à d'autres troubles mentaux sévères.
Les recherches montrent que 5,5 % de la population américaine souffre d'une maladie mentale sévère, un taux qui atteint 31,4 % chez les sans-abri. La schizophrénie touche environ 1 % de la population générale, mais 20 % des sans-abri.
Malgré une prévalence plus élevée chez les sans-abri, ces derniers ne représentent qu'un faible pourcentage des personnes atteintes de schizophrénie. En effet, sur les 1 % de personnes atteintes de schizophrénie, la grande majorité ne vit pas dans la rue. Ces stéréotypes renforcent la stigmatisation des sans-abri et de la schizophrénie. Ils impliquent que les personnes atteintes de schizophrénie sont incapables de mener une vie stable et que le fait d’avoir un logement peut prévenir ou guérir la maladie.
Stéréotype social n° 2 : « Les hallucinations auditives sont toujours un signe de schizophrénie »
Les chercheurs estiment que 5 à 28 % de la population générale entend des voix ou d'autres sons sous forme d'hallucinations. Ces phénomènes peuvent avoir diverses origines, notamment des troubles liés à la perte auditive, sans lien avec la schizophrénie. 16 % des personnes souffrant de troubles de l’audition ont des hallucinations sonores.
Jusqu'à 70 % des personnes feront l’expérience d’hallucinations auditives au moins une fois dans leur vie au moment de l’endormissement ou au réveil. Il s'agit d'une forme d'hallucination courante.
Les études montrent également qu'environ 75 % des personnes atteintes de schizophrénie souffriront d’hallucinations auditives.
Dépasser la représentation de la schizophrénie dans les médias
Mythe médiatique n° 1 : Les personnes atteintes de schizophrénie sont violentes
La stigmatisation de la schizophrénie est souvent entretenue par les représentations véhiculées par la presse, la radio ou le cinéma, notamment l’idée selon laquelle les « personnes atteintes de schizophrénie commettent des actes violents ».
En réalité, la plupart des personnes atteintes de troubles psychotiques ne commettront jamais d'acte de violence. Les études montrent que moins de 10 % des crimes violents commis au sein de la société peuvent être attribués à la schizophrénie.
De fait, selon certaines études, les personnes atteintes de schizophrénie sont 14 fois plus susceptibles d'être victimes d'un crime violent que d'en être les auteurs.
La stigmatisation peut avoir un effet paralysant sur la vie d'une personne. Cela peut entraîner notamment l’isolement social, une baisse de l'estime de soi, une détérioration des relations, une réduction des opportunités en matière d'emploi et de logement, et constituer un frein majeur à la recherche de soins, ce qui allonge les délais de prise en charge.
Qu'est-ce que la schizophrénie ? Il s'agit d'un trouble psychiatrique qui affecte les pensées, les émotions et les comportements d’une personne. Certains des premiers signes d'alerte sont de voir ou d’entendre quelque chose qui n'existe pas, d’avoir parfois une pensée désorganisée (symptômes positifs), de manquer de motivation pour effectuer ses activités quotidiennes (symptômes négatifs).
Lorsque l’on décrit les symptômes de la schizophrénie, le terme « positif » n'a pas la même signification que celle que nous lui attribuons habituellement. Les symptômes positifs sont des expériences qui s'ajoutent à l’état mental normal d'une personne, comme les hallucinations ou les troubles délirants. En revanche, les symptômes négatifs sont des pertes ou diminutions de fonctions psychologiques normales d'une personne, affectant sa motivation, ses interactions sociales et l’expression de ses émotions.
Mythe médiatique n° 2 : La schizophrénie est un dédoublement de la personnalité
La schizophrénie n'est pas synonyme de dédoublement de la personnalité, de personnalités multiples ou de troubles dissociatifs.
Au contraire, une personne atteinte de schizophrénie peut avoir des difficultés à prendre des décisions, à distinguer la réalité de l'imaginaire, ou encore à exprimer et gérer des émotions normales. Les symptômes peuvent varier d'une personne à l'autre.
Le point à retenir
La stigmatisation peut avoir un impact profond sur une personne atteinte d'une maladie, en altérant non seulement l'image qu’elle a d’elle-même mais aussi celle que la société lui renvoie.
Ainsi, pour contribuer à réduire la stigmatisation de la schizophrénie et celle associée aux maladies mentales sévères, je vous invite à vous informer et à sensibiliser votre entourage. Vous pouvez commencer par écouter des podcasts, lire des articles sur Internet ou regarder des vidéos sur YouTube. Si vous avez des enfants, vous pouvez les sensibiliser à la santé mentale dès leur plus jeune âge.
Nous sommes nombreux à nous mobiliser pour défendre les personnes atteintes de maladies mentales sévères telles que la schizophrénie. Ne laissez pas notre combat rester sans écho.
Ce témoignage et les informations présentées ont une visée pédagogique et ne constituent pas des conseils spécifiques pour l'évaluation, la gestion ou le traitement d'une quelconque pathologie.
Schizophrénie : comprendre et surmonter la stigmatisation, les stéréotypes et la honte
06 mars 2026
[Livre] : "Fille d'accident"
Karine Deraëdt ; éditions Hygee ; parution le 12/03/2026
Entre noirceur familiale et éclats de lucidité, Karine Deraëdt nous livre un roman coup de poing, aussi brutal que poignant. La narratrice enterre son père, et avec lui, des décennies de silence, de terreur et d’attentes déçues. Commence alors un récit sans filtre, qui navigue entre souvenirs d’enfance, internement psychiatrique et survie émotionnelle.L’écriture est vive, frontale, traversée de fulgurances poétiques et d’un humour noir salvateur.
29 novembre 2025
[Livre] : Les émotions fantômes
Ancien infirmier en psychiatrie, je vous informe de la prochaine parution de mon huitième livre aux éditions Bérangel, avec lesquelles je travaille et que je recommande vivement. Il sera intitulé :
"Les émotions fantômes", un titre évocateur.
La plupart des expériences vécues durant l’enfance jouent un rôle déterminant dans le développement émotionnel ultérieur. Elles laissent une empreinte, bonne ou mauvaise, et érigent les fondations de notre équilibre psychologique.
Les souvenirs ne sont donc pas qu’un simple retour dans le passé ; ils constituent notre identité. Inscrits en nous, ils influencent notre présent et notre futur. Parfois, ils peuvent être à l’origine d’un mal-être, de symptômes et de maladies. Comment peut-on s’en départir et tâcher de maîtriser ces fantômes d’hier ?
Quatre histoires, inspirées par mes expériences personnelles et professionnelles, tentent d’apporter un éclairage sur les mécanismes de transmission de la souffrance cachée.
Le livre sera préfacé par le Professeur Marcel RUFO et post facé par le Dr Hervé BOKOBZA.
Vous pouvez dès lors réaliser une précommande à partir du lien suivant :
https://fr.ulule.com/les-emotions-fantomes/coming-soon/
Les petites maisons d’édition, comme Bérangel, tentent de survivre et se battent pour conserver une liberté de parole, il faut absolument les soutenir.
18 octobre 2025
[Reportage] : Bienvenue dans un groupe de paroles...
Avant ou après les crises aiguës qui nécessitent une hospitalisation, les personnes atteintes de maladies psychiatriques sévères trouvent refuge chez leurs proches. Les parents se retrouvent ainsi tiraillés entre le besoin de protéger et la nécessité de fixer des limites à leurs enfants majeurs.
Il est un peu plus de 18 heures quand Michelle Escudié prend la parole. Autour d'elle, assis en cercle, une vingtaine de personnes de tous âges. L'ambiance est feutrée, des chuchotements ici ou là, quelques sourires. "Bonjour à tous et bienvenue dans ce groupe de paroles d'aidants", déclare d'une voix chaleureuse la coordinatrice de ce groupe de parole d'aidants psychiatriques.
Pendant cinq minutes, elle commencera par rassurer les nouveaux venus : s'ils le souhaitent, ils peuvent s'exprimer sans peur. L'anonymat dans ce groupe de parole mensuel d'aidants psychiatrique est non seulement demandé mais requis. Certains d'entre eux sont là de manière quasi clandestine. "Surtout, ne donnez pas de détails trop précis : mon fils risquerait de savoir que je suis venue, nous glisse après coup une participante. S'il le sait, tout pourrait s'effondrer."
"Tout", c'est cette relation de confiance si fragile tissée entre les parents et leurs enfants malades. D'abord parce que, dans les premiers temps, ils refusent d'admettre leur maladie. Et rejettent toute proposition d'aide. "Il devient très agressif dès que je lui parle du psychiatre ou de maladie", dit Vera, la quarantaine, la voix tremblante. Son fils, adulte, s'est mis à délirer depuis quelques mois, des hallucinations qu'elle reconnaît quand il en a, mais qu'il refuse d'assimiler à des symptômes pathologiques. Vera a encore une fille mineure. Pour sa sécurité et son bien-être, elle voudrait voir son fils suivi. "Mais je ne sais plus comment faire, j'ai tout essayé", souffle-t-elle.
12 août 2025
[Livre] : De l’autre côté de la raison
Ce roman jeunesse développe la vie de Jules, 15 ans, qui s’enfonce dans la schizophrénie paranoïde, mais aussi la détresse de son entourage, surtout de ses parents, qui s’inquiète de le voir sombrer. Cette forme de schizophrénie, la plus répandue, se caractérise principalement par une désorganisation de la pensée et par des hallucinations avec des thèmes de persécution. « C’est un sujet qui me tenait à cœur », explique l’auteur.
09 juillet 2025
Radiographie du secteur de la santé mentale et de la psychiatrie avec Coralie Gandré, chercheuse en santé publique
Rencontre
Dans le contexte actuel de crise de la psychiatrie, la santé mentale a été désignée « grande cause nationale » de l’année 2025. Pourriez-vous nous expliquer la distinction entre santé mentale et psychiatrie ?
Coralie Gandré : La santé mentale est une dimension essentielle de la santé. Elle peut fluctuer au cours de la vie, influencée par les événements que nous traversons. En revanche, la psychiatrie intervient lorsque la santé mentale se détériore, entraînant des troubles psychiques. C’est une spécialité médicale qui traite ces troubles lorsqu’ils deviennent pathologiques.
Quel est votre constat sur l’état actuel de la psychiatrie et de la prise en charge de la santé mentale ?
C. G. : Mon constat rejoint celui de nombreux rapports depuis des décennies. Car si la crise du Covid a mis en lumière les problématiques de santé mentale, les difficultés sont bien antérieures. La psychiatrie en particulier est une spécialité médicale en crise, en raison de son manque d’attractivité. Aujourd’hui, jusqu’à un quart des postes sont vacants dans certains établissements.
La psychiatrie subit aussi les conséquences d’une organisation non optimale du système de soins de santé mentale dans son ensemble. Notamment en amont, avec une difficulté d’accès aux soins pour les personnes souffrant de troubles psychiques lorsqu’ils nécessitent des soins spécialisés.
05 juillet 2025
"J’suis bipolaire, tu m’invites ?" : un périple à travers la France pour lever les tabous sur la santé mentale.
Faire-face.fr : Comment va se dérouler votre tour de France du 27 juin au 7 juillet, et quel est son objectif ?
Léa Vigier : Avec ce tour de France, j’associe une cause qui m’est extrêmement chère à quelque chose que j’adore faire : voyager pour aller à la rencontre des gens. Le but, c’est de réussir à me faire inviter par des personnes que je vais rencontrer – dans leur voiture le temps d’un trajet, au restaurant, chez elles pour dormir – après leur avoir annoncé que j’ai une maladie mentale.
Sur une face de la pancarte que j’aurai en permanence avec moi, j’ai écrit « J’suis bipolaire, tu m’invites ? », et sur l’autre, « J’suis malade mentale, tu m’invites ? ». Elle a pour objectif de faire rire les gens et d’enclencher une discussion destinée à sensibiliser à la bipolarité et faire en sorte qu’on arrête de coller à cette maladie une image à la fois très négative et très floue. Concernant l’itinéraire, je vais partir de Marseille, remonter par l’Ouest, passer par Paris puis redescendre par l’Est. Je ne veux pas dévoiler davantage mon itinéraire, car il y a déjà des personnes qui m’ont proposé un hébergement. Or, mon souhait, c’est vraiment d’aller à la rencontre d’inconnus croisés sur le parcours.
F-f.fr : Quelles sont les étiquettes que l’on colle le plus souvent aux personnes bipolaires ?
L.V : L’une des choses que j’entends le plus souvent, c’est que la bipolarité est un changement radical de comportement. Soit on est gentil, soit on est méchant. C’est complètement faux, bien sûr, mais c’est ce qui explique que tant de gens éprouvent une certaine crainte à l’égard des personnes bipolaires. Ce qui est étonnant, c’est que presque tout le temps, les gens me disent aussi qu’ils connaissent une personne bipolaire, leur grand-mère, leur tante, un ami… Cette maladie est donc tout autour de nous, elle touche énormément de gens [NDLR : entre 1 et 2,5 % de la population française, selon la Haute autorité de Santé]. Mais elle reste très mal comprise.
F-f.fr : C’est aussi une maladie mal diagnostiquée ?
L.V : Dans mon cas, le diagnostic a pris sept ans mais, en moyenne, c’est neuf ans. L’une des raisons, c’est que lorsque les personnes atteintes sont dans une phase d’humeur haute, elles ne ressentent pas le besoin de consulter un psychiatre puisqu’elles se sentent bien. Résultat : les professionnels de santé ne voient les patients que lorsqu’ils traversent une phase dépressive. C’est pour cette raison que près de 60 % des personnes bipolaires sont d’abord diagnostiqués comme étant dépressives. Et, le problème, c’est que les antidépresseurs ont tendance à accentuer les symptômes de la bipolarité. Elle pourrait être diagnostiquée bien plus rapidement si les personnes atteintes et leurs proches en connaissaient mieux les signes.
« J’suis bipolaire, tu m’invites ? » : un périple à travers la France pour lever les tabous sur la santé mentale - Faire Face - Toute l'actualité du handicap
19 mai 2025
[Livre] : "Où tu seras reine"
Maud, vingt-cinq ans, entretient une relation fusionnelle avec sa mère. Quand sa psychiatre, qui suit la jeune femme pour une schizophrénie sévère, lui explique que ce lien l’empêche de s’épanouir, Maud décide de prendre ses distances avec la figure maternelle.
Jusqu’au jour où elle découvre sur son répondeur un message paniqué de cette dernière. Un message qui se conclut par « Je l’ai tué ».
Maud se précipite dans la maison de son enfance. Commence alors une chasse au trésor funèbre qui va l'amener, pièce par pièce, à exhumer d'inavouables secrets de famille…
14 mai 2025
[Livre] : Et c'est moi qu'on enferme
Et c'est moi qu'on enferme (Grand format - Broché 2025), de Philippa Motte | Stock
Philippa, bipolaire, raconte l’effrayante beauté de la folie
05 mai 2025
[Télévision] : Santé mentale, briser le tabou
Il est évidemment important de parler de santé mentale. Important de dire que les troubles psychiatriques et les dépressions sont le lot de beaucoup. Important de rappeler que la maladie psychique touche aussi celles et ceux qui prennent la lumière. Alors écoutons Yannick Noah confier la dépression qu’il l’assaillit en 1983 après sa victoire à Roland-Garros, Florent Manaudou partager ce sentiment, lui, après l’euphorie des JO. Tendons l’oreille aux troubles anxieux de Pomme, aux tentatives de suicide de l’humoriste Constance, bipolaire, à la paranoïa de François Berléand. M6 veut « briser le tabou » de la santé mentale et fait parler des personnalités publiques — certaines, pas bien longtemps — sur leur part d’ombre.
À leurs côtés, des « anonymes » viennent livrer, eux aussi, des pathologies sévères : troubles borderline, schizophrénique ou dissociatif de l’identité. La démarche est louable, mais le documentaire mélange tout (échelle de gravité, pathologies, soins à apporter), et surexpose les « anonymes » dans des mises en scène pataudes, frisant le mauvais goût — images saccadées, musiques stridentes... la folie illustrée sans peur du cliché. Fallait-il, par exemple, montrer un délire paranoïaque en plantant le témoin dans une forêt, le laissant mimer la panique ? Incarner des envies suicidaires près d’un balcon ? Le sujet méritait mieux, les malades aussi.
02 mai 2025
"Tout allait bien. Et puis j’ai explosé en vol" : le quotidien de Clément, bipolaire de type 2
Clément a 40 ans. Depuis ses 26 ans, il est traversé par des phases de lumière et de nuit. Le mot « bipolaire » est longtemps resté imprononçable. Il préférait croire à une fragilité de caractère, à un trouble borderline, plus flou, plus acceptable. Le diagnostic n'est venu que plus tard, après l'errance, les traitements inefficaces, les ruptures, les postes quittés ou perdus. Il raconte les accès d'hypomanie qui passent inaperçus, la garde à vue, l'amour qui vacille, l'incapacité à tenir dans un cadre, les médicaments qui bousculent – et la lente, très lente acceptation.
« Tout allait bien. Et puis j’ai explosé en vol » : le quotidien de Clément, bipolaire de type 2
04 avril 2025
[Podcast] : Le témoignage de Nicolas DEMORAND
02 avril 2025
[Livre] : Vivre avec un trouble bipolaire. Du diagnostic à la vie quotidienne
Entre témoignage et explications scientifiques, Fabrice Saulière nous révèle à quoi ressemble réellement la vie lorsqu’on est atteint de troubles bipolaires. Encore méconnu du grand public, la bipolarité touche pourtant entre 1% et 2,5% de la population française. Néanmoins, la vie lorsqu’on souffre de cette maladie relève toujours d’un véritable combat : méconnaissance, stigmatisation, errance médicale, difficultés à gérer les symptômes. Epaulé par Nicolas Franck lors de la relecture médicale, l’auteur nous livre ici son expérience afin de sensibiliser le public à propos de sa maladie. Malgré les multiples difficultés auxquelles il fait face, Fabrice nous montre qu’il est possible d’apprendre à vivre avec ce trouble.
Fabrice Saulière, père de famille et pait-aidant au centre hospitalier Le Vinatier, est atteint de troubles bipolaires. Entreprenant et créatif, il déconstruit les clichés à propos de ce trouble à travers ce livre.
Marion Barraud, illustratrice et autrice de BD nantaise aux dessins originaux. Elle s’occupe de toutes les illustrations qui animent ce livre.
Nicolas Franck, professeur de psychiatrie, étudie la schizophrénie, la bipolarité et la réhabilitation psychosociale. Il est également le médecin qui a suivi Fabrice Saulière tout au long de son parcours.
[télécharger pdf] Vivre avec un trouble bipolaire - Du diagnostic à la vie quotidienne | GM Binder
01 avril 2025
"On se sent seul et insidieusement on s’isole" : dans le quotidien des aidants de malades psychiatriques
Ils sont 4,5 millions, en France, à accompagner un proche atteint de troubles psychiques. Un rôle parfois difficile à tenir.
« La mère de mes enfants a fini par voir qu'il y avait un problème. Je n'étais pas encore diagnostiqué mais elle voyait bien les moments d'effondrement. Il faut être honnête, pour les proches, c'est un enfer. » Dans un long entretien, accordé au Point le mercredi 26 mars, le journaliste Nicolas Demorand se confie sur sa bipolarité. Il raconte ses années de souffrance, la pose tardive du diagnostic, le poids du silence, et s'ouvre sur le quotidien, marqué par la maladie, avec la femme qui partage sa vie. « Si je ne dors pas dans mon lit mais sur un canapé, c'est parce que le lit m'angoisse. Il faut un vrai travail d'écoute avec le malade, mais aussi de la subtilité. »
Ils œuvrent dans l'ombre et sont, pourtant, 4,5 millions d'aidants à accompagner, en France, des malades atteints de troubles psychiatriques (bipolarité, schizophrénie, troubles anxieux généralisés, dépression sévère…). Dans un dévouement silencieux, ils se posent en alliés précieux du malade. Confrontés au double défi de construire un quotidien plus serein et de maintenir un équilibre précaire, entre investissement sans réserve et nécessaire préservation d'eux-mêmes. Un rôle difficile, intense, souvent complexe.
Dans un peu plus de la moitié des cas, ils vivent avec leur proche malade (Unafam). Ce sont d'abord des parents – 75 % des maladies psychiatriques apparaissant entre 15 et 20 ans – puis des conjoints, plus rarement des enfants. Parmi eux, Benoît, 52 ans, journaliste de profession. En couple avec Amandine, 44 ans, atteinte de trouble de l'état limite (ou trouble de la personnalité borderline) et de bipolarité, il raconte une vie rythmée par l'imprévisibilité de la maladie, oscillant entre état d'hypomanie (une forme atténuée de phase maniaque), d'euthymie (une humeur stable et « normale ») et de dépression.
« Notre quotidien dépend de la phase dans laquelle se trouve Amandine », amorce-t-il. En état dépressif, cette dernière peut « présenter des comportements dangereux pour elle-même ». Le couple vérifie alors qu'elle n'ait « pas trop » de médicaments à disposition, qu'aucune bouteille d'alcool ne traîne encore dans les placards. Et Benoît limite autant que possible ses déplacements. « Quand je pars, j'ai toujours en tête qu'il peut se passer un drame… » Des situations « difficiles », admet-il pudiquement, refusant de s'apitoyer sur son cas. « C'est Amandine, qui est malade, et elle ne l'a pas choisi. »
27 mars 2025
Nicolas Demorand : "Je suis un malade mental, je ne veux plus le cacher"
"Oui, je suis un malade mental : c’est cru, c’est violent à dire et sûrement à entendre, mais je ne veux plus le cacher ni ME cacher", témoigne Nicolas Demorand, journaliste et présentateur du 7/10 de France Inter, à la veille de la parution de son livre dans lequel il se confie à ce sujet.
Vous le savez, ce moment précis de la matinale a toujours été pour moi un moment de partage, un moment où je m'autorise à dire "je". Mais ce matin, ce n’est pas une série télé ou un polar américain que je vais défendre. C’est plus intime, plus douloureux.
Peut-être, vous souvenez-vous, amis auditeurs, de cette journée spéciale "Santé mentale : la fin d'un tabou", en septembre dernier sur Inter. Ce jour-là, sachez que je ne vous ai pas tout dit. Ce jour-là, je n'ai pas osé vous confier ce que je brûlais de vous dire. Je suis atteint moi aussi, depuis des années, par l'une de ces maladies sur lesquelles nos invités s'exprimaient. Oui, je suis un malade mental : c’est cru, c’est violent à dire et sûrement à entendre, mais je ne veux plus le cacher ni ME cacher.
Comme des centaines de milliers de Français, je suis bipolaire. Bipolaire de type 2. J'alterne des phases d’euphorie et des périodes de dépression mais je suis soigné. Et je suis là chaque matin, tendu vers un objectif, celui de travailler avec toute l'équipe pour vous informer, vous divertir et vous faire ressentir des émotions. Et si je me suis tu si longtemps, c'est parce que la maladie mentale fait peur. Parce que la maladie mentale reste une maladie honteuse. Et j'avais honte.
La maladie est pour moi un état, j'ai décidé maintenant d'en faire un combat. Un combat pour tous ceux, des milliers, des centaines de milliers, des millions peut-être, souffrent en silence alors qu'il est possible de vivre et de travailler avec une maladie mentale. Voilà ce que je voulais vous dire ce matin, en 80 secondes ou un peu plus, pour que vous ayez la primeur de cette vérité intime à laquelle j'ai consacré un livre.
24 mars 2025
[28 mars] : Docu-débat : Spirale
Pour la 11e Journée Mondiale des Troubles Bipolaires, Bipol'Air22, Des O et des BAS et PositiveMinders vous offrent ce docu-débat :
Docu-débat : Spirale
