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26 mars 2026

Pénurie de quiétapine : la directrice générale du LEEM fait le point sur la situation

Christophe Gattuso, 20 mars 2026

Phénomène international qui touche particulièrement plusieurs pays d’Europe, les tensions d’approvisionnement en quiétapine, rencontrées depuis plus d’un an préoccupent l’agence européenne du médicament (EMA), qui suit de près la situation.

En France, les autorités sanitaires se mobilisent également depuis 2024 pour faire face au risque de pénurie des médicaments contenant de la quétiapine, prescrits en France dans plusieurs types de troubles psychiques durables : la schizophrénie, le trouble bipolaire et certaines dépressions.

« Des difficultés persistent pour la quétiapine 400 mg à libération prolongée et pour le Téralithe 250 mg, observait l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans un communiqué, le 5 février 2026. Néanmoins, de manière générale, la situation se stabilise suite aux améliorations des derniers mois. La reconstitution progressive des stocks se poursuit pour la plupart des psychotropes. »

Lors du Congrès de l’Encéphale, le 21 janvier, Laurence Peyraut, directrice générale du LEEM, syndicat des entreprises du médicament, est revenue sur les raisons de ces tensions et a expliqué comment les laboratoires pharmaceutiques s’organisaient pour y faire face et garantir l’accès aux traitements concernés.

Une concentration de la production problématique

Les importantes difficultés d’approvisionnement qui sont allées jusqu’à des ruptures de stocks sont consécutives à un arrêt partiel de l’activité de l’usine Pharmathen International, en Grèce, qui fournit, en temps normal, 60 % de la quétiapine distribuée en France. Lié à un défaut qualité, cet arrêt a démarré en juillet 2024 et a duré plusieurs mois. Il faudra encore plusieurs mois pour reconstituer les stocks. L’EMA s’attend à ce que les difficultés persistent jusqu’au milieu de l’année 2026.

« La concentration de la production auprès d’un acteur fragilise la chaîne du médicament », analyse Laurence Peyraut. Les difficultés rencontrées par l’usine grecque Pharmathen a eu un effet « boule de neige » sur les pénuries. Les laboratoires, les pharmaciens et les médecins essaient de trouver des solutions alternatives en attendant que la situation s'améliore. « Cela reporte des situations de pénurie sur les traitements alternatifs, puisque cela augmente la demande sur un traitement. Une tension naturelle en découle », poursuit la DG du LEEM.

Une forte pression sur les prix

Les entreprises pharmaceutiques ont travaillé étroitement avec l'ANSM pour trouver des solutions palliatives le temps que la chaîne de production se remette en marche.

« Nous avons interdit les exportations, activé des mécanismes de solidarité européenne voire des mécanismes de solidarité entre les laboratoires, mis en place la dispensation à l’unité, la préparation magistrale et essayé de trouver des solutions de remplacement, indique Laurence Peyraut. Et même si ce n'est pas souhaitable, on a arrêté les procédures d'initiation en attendant que les solutions se remettent en marche. »

La psychiatrie est particulièrement exposée aux pénuries car les innovations de rupture sont extrêmement difficiles, observe par ailleurs la responsable du LEEM. « Par nature, le prix des médicaments baisse et l’innovation incrémentale, [qui consiste à faire évoluer le produit ou service sans en changer ses caractéristiques fondamentales, NDLR], n'est pas valorisée, poursuit Laurence Peyraut. C’est un problème ».

La pression très importante sur les prix dessert la France « qui a aujourd'hui les prix les plus bas en Europe, cela installe une concurrence malsaine entre les pays. »

Cette pression sur les prix entraîne une difficulté à alimenter le marché, comme on a pu le voir en période de pandémie. Le Pr Antoine Pelissolo, chef de la psychiatrie au CHU Henri-Mondor de Créteil, déplorait cette situation, il y a quelques mois, dans nos colonnes : « Etant donné que ces produits sont vendus à un prix inférieur en France, les laboratoires préfèrent les commercialiser dans des pays où les marges sont plus élevées. Cela pose un problème de souveraineté puisque nous n'avons pas de contrôle sur la situation », observait-il.

Les prix bas poussent les industriels à essayer de trouver des modes de production les plus performants possibles, ce qui a amené la France à concentrer la production de quiétapine dans l’usine Pharmathen, en Grèce.

L’enjeu d’une souveraineté sanitaire européenne

Laurence Peyraut observe par ailleurs que 80% de la recherche clinique est faite hors Europe, essentiellement aux Etats-Unis et en Asie. La prise de position très agressive de Donald Trump exprimée à Davos, pendant le congrès de l’Encéphale, ajoute à ce « problème géopolitique du médicament ». « Le sujet de la souveraineté sanitaire doit être porté par l'Europe », estime Laurence Peyraut

« Il y a urgence à recapitaliser le médicament, mais aussi le soin pour les patients », poursuit la directrice du LEEM. D’autant que les Français vieillissent - nous sommes aussi nombreux à plus de 65 ans que les moins dans 25 ans. En outre, un quart des jeunes souffriraient de symptômes dépressifs depuis les années COVID.

Face au risque de pénuries de médicaments, les industriels ont lancé en mars 2021 la plateforme TRACStocks pour optimiser l'information sur les ruptures de stocks de médicaments et les anticiper autant que possible. Les laboratoires ont également signé une charte d'engagement dans le cadre de la feuille de route pénurie avec le gouvernement pour trouver des solutions. La mise en place de stocks de sécurité votée par les parlementaires est en revanche une « fausse bonne idée » selon Laurence Peyraut.

« Il est logique de vouloir mobiliser des stocks, notamment si demain, nous avons de nouveau des conflits armés sur le territoire. Mais vouloir faire des stocks de sécurité, c’est avoir du stock partout et des produits nulle part ! Aucune étude n'a démontré que cela règle les problèmes. » En dépit de ce programme volontariste, « six antipsychotiques de dernière génération sont disponibles dans d'autres pays européens et pas en France », déplore Laurence Peyraut.

Devant le parterre de psychiatres réunis au congrès de l’encéphale, la DG du LEEM a affirmé qu’il fallait « absolument revaloriser la psychiatrie en France et accélérer la recherche fondamentale pour trouver des solutions ». « Il faut continuer à investir, reconnaître la valeur de l'innovation même incrémentale, et tout faire pour redonner accès à l'innovation en France », a-t-elle conclu.

Pénurie de quiétapine : le point sur la situation

23 mars 2026

Schizophrénie et trouble bipolaire I : la FDA valide la milsapéridone (Bysanti)

Stéphanie Lavaud, 19 mars 2026

Les autorités américaines de régulation du médicament ont validé la milsapéridone (Bysanti), un traitement de première intention pour le traitement aigu des épisodes maniaques ou mixtes associés au trouble bipolaire I, également indiqué pour le traitement de la schizophrénie chez les adultes, a annoncé Vanda Pharmaceuticals dans un communiqué[1].

Bioéquivalence avec l’ilopéridone

La milsapéridone appartient à la classe des antipsychotiques atypiques. Cette nouvelle entité chimique se transforme rapidement en ilopéridone, fournissant ainsi deux molécules actives qui agissent en tandem en antagonisant les récepteurs D2 de la dopamine, 5-HT2A de la sérotonine et alpha1-adrénergiques afin de moduler les voies clés dans ces troubles. Son profil de sécurité correspond étroitement à celui établi pour l'ilopéridone.

De fait, l'autorisation de mise sur le marché délivrée par la FDA s'appuie sur des études cliniques qui ont démontré que la milsapéridone agissait de la même manière que l'ilopéridone, un antipsychotique atypique déjà étudié et autorisé. Ces études ont montré que Bysanti était bioéquivalent à l'ilopéridone sur toute la gamme posologique. Les études de bioéquivalence ont également confirmé que Bysanti est absorbé et utilisé par l'organisme de la même manière que l'ilopéridone, dont le profil de sécurité est étayé par les données issues d'essais menés auprès de milliers de personnes et de plus de 100 000 années-patients d'utilisation dans le monde réel.

Dans les études sur la schizophrénie, les effets secondaires les plus courants étaient les suivants : vertiges, bouche sèche, fatigue, nez bouché, somnolence, accélération du rythme cardiaque, hypotension artérielle en position debout (hypotension orthostatique) et prise de poids [2].

Dans les études sur la manie bipolaire, les effets secondaires courants comprenaient une accélération du rythme cardiaque, des vertiges, une bouche sèche, une augmentation des taux d'enzymes hépatiques dans les analyses sanguines, un nez bouché, une prise de poids, une hypotension artérielle et une somnolence.

À l’étude dans le trouble dépressif majeur résistant au traitement.

01 mars 2026

Schizophrénie débutante : vers un traitement plus précoce et plus intensif

Alors que la Haute autorité de santé (HAS) prépare de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la schizophrénie, une session organisée lors du congrès de l’Encéphale a mis en avant des potentielles évolutions. Au cours de sa présentation, la Pre Delphine Capdevielle (CHU de Montpellier) a rappelé l’importance d’une prise en charge « rapide, intensive et adaptée » dans les mois qui suivent un premier épisode psychotique.

Le délai des six semaines habituellement appliqué pour évaluer l’efficacité et les effets secondaires d’un premier traitement par antipsychotique « pourrait être abaissé à quatre semaines » afin d’envisager plus rapidement une augmentation des doses, suggère la psychiatre. « Aller lentement dans l’initiation du traitement peut représenter une perte de temps pour le patient. »
Concernant les antipsychotiques injectables à longue durée d’action de deuxième génération, notamment les agonistes partiels des récepteurs dopaminergiques D2, « ils doivent pouvoir être proposés rapidement », afin d’améliorer l’acceptation du traitement et la qualité de vie des patients, a ajouté la spécialiste.
Une utilisation en deuxième intention de la clozapine pourrait également être mise en avant, des données récentes ayant mis en évidence un risque de rechute réduit et une amélioration de l’espérance de vie associés à un traitement plus précoce par ce puissant antipsychotique.
Les recommandations de 2025 de l’International College of Neuropsychopharmacology (CINP) préconisent un recours plus rapide à la clozapine, mais toujours après échec de deux antipsychotiques.

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26 février 2026

Schizophrénie : comment l’inflammation et le métabolisme influencent la résistance aux traitements

Publié le 27 janvier 2026

Kaori Saitoh, chercheuse en psychiatrie à l’IMRB Neuropsychiatrie translationnelle (UPEC, Inserm U955), au FHU ADAPT (UPEC, AP-HP) et à la Fondation FondaMental

La schizophrénie est une maladie mentale qui touche environ 1 % de la population au cours de la vie. Pour 20 à 30 % des patients, les traitements antipsychotiques standards ne sont pas efficaces, conduisant à une forme résistante appelée schizophrénie résistante au traitement (TRS), pour laquelle la clozapine demeure l’option thérapeutique de référence.

L’identification précoce de la TRS est essentielle mais reste difficile. Des études antérieures ont montré que les personnes atteintes de schizophrénie présentent souvent des signes d’inflammation chronique de faible intensité et un syndrome métabolique (caractérisé par une obésité, des troubles de la glycémie, des dyslipidémies et de l’hypertension artérielle). Ces deux affections, souvent interconnectées, pourraient jouer un rôle important dans la réponse au traitement.

Dans notre étude portant sur 419 patients en France, nous avons mesuré des marqueurs sanguins d’inflammation et évalué la présence d’un syndrome métabolique, puis examiné leur association avec le besoin de recourir à la clozapine.

Nous avons observé que les individus présentant une inflammation étaient plus susceptibles d’être résistants au traitement, et que ce risque était encore plus marqué chez les personnes présentant à la fois une inflammation et un syndrome métabolique. Par ailleurs, l’inflammation et le syndrome métabolique étaient tous deux significativement associés à la schizophrénie ultra-résistante, même en comparaison avec des patients répondant aux antipsychotiques standards ou à la clozapine.

Ces résultats suggèrent que l’inflammation et les troubles métaboliques pourraient constituer des indicateurs pertinents d’une mauvaise réponse au traitement. Comme ces paramètres peuvent être détectés par des analyses sanguines et potentiellement améliorés par des changements de mode de vie, ils offrent une opportunité d’intervention précoce afin d’optimiser la prise en charge. Toutefois, notre étude reposant sur des données recueillies à un seul moment, il n’a pas été possible d’établir un lien de causalité entre ces facteurs et la TRS.

L’évaluation de l’inflammation et du syndrome métabolique pourrait aider les cliniciens à identifier plus tôt les patients à haut risque et à concevoir des stratégies thérapeutiques plus efficaces. Des recherches longitudinales supplémentaires seront toutefois nécessaires pour confirmer ces observations et développer des marqueurs d’inflammation réellement exploitables en pratique clinique.

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Actualités | Fondation FondaMental

16 février 2026

Non, un régime riche en gras ne soigne pas la schizophrénie !

Publié le mardi 10 février 2026

C’est la dernière allégation du ministre de la santé américain Robert F. Kennedy Jr. Si ce régime dit cétogène a démontré un intérêt dans certaines formes d'épilepsie, les données restent aujourd’hui beaucoup trop préliminaires concernant la schizophrénie.

Avec Boris Chaumette, psychiatre et enseignant-chercheur à l’Université Paris Cité, à l’INSERM et à l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l'Enfant

Derrière ce nom de cétogène se cache un régime - et c’est un peu contre intuitif - un régime riche en graisses. Il consiste à réduire drastiquement les glucides, sucre, riz, pâtes, mais aussi une bonne partie des légumes et fruits, au profit de beaucoup de gras.

Un régime très gras utilisé dans certains cas d'épilepsie

Puisqu’il n’y a plus de glucides, le corps doit changer son métabolisme et se servir des graisses plutôt que le glucose comme carburant, c’est ce qu’on appelle la cétose. Évacuons d’emblée la question de la perte de poids, ce n’est pas un régime recommandé comme stratégie durable à ce niveau-là. En revanche, il est vrai qu’il a été étudié dans certaines pathologies neurologiques, notamment l’épilepsie.

Le psychiatre Boris Chaumette explique que le régime cétogène modifie profondément les voies du métabolisme en changeant le carburant énergétique des cellules, notamment au niveau des mitochondries qui sont nos usines énergétiques. « Quand les mitochondries sont dysfonctionnelles, elles peuvent générer du stress oxydatif et favoriser la mort cellulaire. Donc une des vertus du régime cétogène, c'est d'éviter cette mitochondrie et que les nutriments aillent dans d'autres voies et donc ne passent pas par cette usine défectueuse ». En fournissant une source d’énergie alternative, le régime cétogène peut réduire ce stress dans ces pathologies et a montré des bénéfices cliniques dans certaines formes d’épilepsie pharmacorésistantes. Pour l’une d’entre elle d’ailleurs, le déficit en GLUT1, c’est même un traitement de référence.

Pour la schizophrénie, une surinterprétation de résultats extrêmement limités

Pour une fraction de patients atteints de schizophrénie cette fois, certains scientifiques soupçonnent des anomalies de la mitochondrie, c’est ce parallèle qui a conduit à faire du régime cétogène une piste actuelle de recherche. Mais, évidemment, il y un « mais »... Kennedy, dans sa prise de parole au Tennessee State Capitol mercredi dernier, évoque les travaux récents d’un chercheur, vraisemblablement Christopher Palmer. Ce scientifique a bien publié une étude en juin 2019 dans Schizophrenia Research mais elle concerne seulement 2 patients.

Pour Boris Chaumette, ces observations restent largement insuffisantes pour tirer des conclusions générales : « Des patients qui bénéficient de certaines approches, ça c'est toujours intéressant, mais ça ne fait pas une loi pour autant. » De plus, l'étude est un rapport de cas et elle a été menée sans protocole en double aveugle. Ce qui signifie que patient et médecin connaisse la nature du traitement, ce qui expose à des biais. Il faudrait répliquer les résultats, déterminer à qui s'adresse vraiment ce type de régime et poursuivre les études. Des essais cliniques sont actuellement en cours pour évaluer rigoureusement cette piste. Mais à ce stade, selon Boris Chaumette, présenter le régime cétogène comme un traitement relève d'une « surinterprétation de résultats extrêmement limités. »

Des recommandations nutritionnelles à contre-courant

Ces déclarations s’inscrivent dans une vision plus large défendue par Robert F. Kennedy Jr pour sa campagne « Take Back Your Health », soit « Reprenez en main votre santé ». Le ministre de la santé affiche une recherche permanente de causes extérieures à des maladies dont la part génétique et biologique est importante, comme on l’a vu dans ses prises de position sur les vaccins et l’autisme. Et puis, on note également la présence d’un discours nutritionnel qui encourage une alimentation très riche en graisses animales, aux antipodes des recommandations de ces dernières décennies.

Peut-être qu’un jour, pour des profils très spécifiques de patients, le régime cétogène pourrait devenir un outil. C’est la logique de la médecine personnalisée ou de précision. Mais le régime cétogène ne soignera certainement jamais cette maladie. La schizophrénie est une pathologie chronique. Et si les traitements actuels améliorent nettement la santé et le quotidien des patients, on n’en guérit pas pour autant. La chronique est à écouter pour entendre l'intégralité des explications de Boris Chaumette.

Non, un régime riche en gras ne soigne pas la schizophrénie | France Culture

10 février 2026

Congrès français de psychiatrie 2025 : la psychiatrie en exploration

Dossier réalisé par Christine Fallet Publié le 05/02/2026

Au-delà des psychotropes classiques, la psychiatrie explore des possibilités de traitements de plus en plus variées, comme en témoigne le 17e Congrès français de psychiatrie (CFP – Cannes, du 10 au13 décembre). 

Parmi les approches non médicamenteuses, la luminothérapie n’est plus cantonnée aux troubles saisonniers mais s’invite dans la dépression et les troubles bipolaires. La discipline lorgne aussi du côté de substances comme les psychédéliques (dans les addictions notamment) ou la kétamine, peu utilisée malgré un intérêt démontré dans la dépression résistante et les idées suicidaires.

Sommaire

Lumière sur la luminothérapie !

La kétamine trop peu utilisée ?

Psychédéliques et cannabidiol à l’étude contre l’alcool

Bientôt un consensus pour optimiser l’usage des antidépresseurs chez le sujet âgé

Environnement et autisme : rien n’est encore prouvé

Un lien entre TDAH et obésité

SMS du Congrès français de psychiatrie 2025

CFP 2025 : la psychiatrie en exploration | Le Quotidien du Médecin

02 février 2026

La stimulation cérébrale peut-elle améliorer les capacités d’anticipation altérées dans le TDAH et la schizophrénie ?

Publié le : 16 janvier 2026

Dr. Anne Giersch, directrice de recherche à l’INSERM et responsable de l’équipe ‘Psychiatrie’ dans l’Unité Strasbourg Translational Neuroscience & Psychiatry à Strasbourg. Elle s’intéresse aux troubles du sens de soi dans la schizophrénie, en lien avec des expériences de perception du temps inhabituelles et fragmentées.

Le projet du Dr. Anne Giersch, intitulé « Attention et anticipation : quelles altérations dans le TDAH et la schizophrénie et quels effets de la TMS sur le cervelet CRUS I/II ?» est financé par la Fondation à hauteur de 80 000€ dans le cadre de l’appel à projets 2025 « les mécanismes sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».

Que ce soit pour attraper le bus à temps ou éviter un obstacle en marchant, notre cerveau doit constamment anticiper ce qui va se passer et rester concentré au bon moment. Cette capacité à prévoir un événement futur et préparer une action adaptée avant qu’il n’arrive correspond à l’anticipation temporelle, étroitement liée à la capacité à maintenir l’attention dans le temps. Ces fonctions sont souvent altérées dans des troubles comme la schizophrénie et le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). La stimulation magnétique transcrânienne (TMS), technique non invasive de stimulation cérébrale, représente un espoir pour ces pathologies, mais son efficacité reste encore à démontrer. Cibler le cervelet apparaît comme une piste prometteuse mais peu encore exploitée en raison d’une connaissance limitée de ses effets et mécanismes. Ce projet vise à évaluer les effets de la stimulation magnétique transcrânienne dans la schizophrénie et le TDAH, afin d’en optimiser l’efficacité et de contribuer au développement de nouvelles approches de traitement pour les patients atteints de ces troubles.

Attention et prédiction : des mécanismes de l’anticipation altérés dans la schizophrénie et le TDAH

Traiter une information sensorielle en détail prend du temps. C’est pourquoi il est nécessaire d’anticiper les informations à venir afin de rester connecté avec son environnement. L’anticipation temporelle repose sur deux mécanismes complémentaires : des processus attentionnels, qui permettent de maintenir l’information dans le temps, et des mécanismes de prédiction automatiques, qui permettent au cerveau de prédire le déroulement d’un évènement de façon rapide et implicite. Le premier mécanisme est altéré dans la schizophrénie et le TDAH. Et les travaux du Dr. Anne Giersch et son équipe ont suggéré que les mécanismes automatiques sont altérés en cas de schizophrénie. Ces altérations expliqueraient les difficultés des patients à se connecter à ce qui les entoure, jusqu’à se confondre avec leur environnement et perdre la perception de leurs limites corporelles, et leur sens de soi.

La stimulation magnétique transcrânienne, une piste thérapeutique potentielle pour le TDAH et la schizophrénie

La stimulation magnétique transcrânienne (TMS) est une technique non invasive de stimulation du cerveau, qui représente un espoir pour de nombreuses pathologies psychiatriques mais qui n’a pas encore fait la preuve de son efficacité dans la schizophrénie ou le TDAH. Leur application reste limitée en raison du manque de connaissance sur leurs effets et leur mode d’action. L’objectif du projet, réalisé chez l’homme et la souris, est de réunir les éléments qui permettront d’éclairer les choix des modes de stimulation les plus efficaces pour ces deux troubles.

Cibler les processus d’anticipation altérés dans la schizophrénie et le TDAH en stimulant le cervelet

Les travaux antérieurs des chercheurs suggéraient l’implication du cervelet dans les capacités d’anticipation. En effet, leurs données indiquent que la TMS appliquée sur le cervelet permet d’améliorer les capacités de prédiction temporelle chez des volontaires sains. Le projet permettra de savoir si la TMS a ces effets bénéfiques par une amélioration de l’attention ou de mécanismes plus automatiques. En parallèle, les chercheurs distingueront les mécanismes attentionnels et automatiques dans la schizophrénie et le TDAH. Il s’agit de savoir quelles altérations peuvent être remédiées dans chacune de ces pathologies à l’aide de la TMS.

Vers des protocoles de stimulation plus efficaces pour la schizophrénie et le TDAH

L’application d’un protocole très similaire chez la souris est destinée à vérifier si d’autres protocoles de stimulation sont plus efficaces que ceux utilisés habituellement chez l’homme. Cette étape par l’animal permet d’éviter des études chez l’homme qui pourraient être pénibles pour les volontaires.

Ce projet permettra d’évaluer le potentiel thérapeutique de la stimulation magnétique transcrânienne dans la schizophrénie et le TDAH, afin d’en optimiser l’efficacité et de contribuer au développement de nouvelles approches de traitement pour ces troubles.

Equipes et partenaire

Le projet associe les équipes aux expertises complémentaires du Dr. Anne Giersch (Strasbourg), pour son expertise dans l’étude des troubles cognitifs liés aux pathologies psychiatriques, du Dr. Anne Bonnefond (Lyon) qui explore de longue date les troubles de l’attention soutenue, du Dr. Sébastien Weibel (Strasbourg), spécialiste reconnu du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et l’équipe du Dr. Philippe Isope (Strasbourg) spécialiste du rôle du cervelet dans le traitement temporel des informations.

La stimulation cérébrale peut-elle améliorer les capacités d’anticipation altérées dans le TDAH et la schizophrénie ? - Fondation pour la Recherche sur le Cerveau

30 janvier 2026

Ultrasons : piste prometteuse contre la dépression résistante

Publié le 16 janvier 2026

Le 13 janvier 2026, Handicap.fr s’intéressait à la technologie innovante de Sonomind, start-up française lauréate du Prix Marcel Dassault pour l’innovation en psychiatrie 2025, remis par la Fondation FondaMental et le Groupe Dassault.

Sonomind a développé une technique de neuromodulation par ultrasons pour traiter la dépression résistante. Indolore et non invasive, cette méthode cible avec précision les circuits cérébraux impliqués dans les troubles de l’humeur, grâce à une lentille acoustique personnalisée imprimée en 3D. Les premiers essais cliniques menés en France montrent une réduction des symptômes de plus de 60 % après cinq jours de traitement, sans effets secondaires.

Cette approche représente un espoir supplémentaire dans la lutte contre les formes résistantes de dépression, qui concernent 30 à 50 % des patients et pour lesquelles les traitements classiques se révèlent inefficaces.

Handicap.fr | Ultrasons: piste prometteuse contre la dépression résistante | Actualités | Fondation FondaMental

11 janvier 2026

Santé mentale : Fin de la pénurie pour la rispéridone, psychotrope pour la schizophrénie et les troubles bipolaires

L’approvisionnement en rispéridone, traitement utilisé contre la schizophrénie et les troubles bipolaires, a repris normalement, a annoncé mercredi l’agence du médicament, alors que ce médicament faisait partie des multiples psychotropes sujets à des risques de pénurie.

Les approvisionnements en rispéridone injectable, produite par le laboratoire Janssen, « ont repris pour l’ensemble des dosages, en quantité suffisante pour couvrir l’ensemble des besoins des patients et continuer de pallier les difficultés d’approvisionnement des autres laboratoires », a annoncé dans un communiqué l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)*. En conséquence, « nous abrogeons l’ensemble des mesures exceptionnelles mises en place dans le contexte de la pénurie », précise l’agence.

L’ANSM avait mis en place, à l’automne, plusieurs mesures restrictives auprès des médecins et pharmaciens, constatant des difficultés d’approvisionnement à travers toute l’Europe pour la rispéridone administrée par injection. Ce médicament est essentiellement indiqué dans le traitement de la schizophrénie et des troubles bipolaires.

Pénuries de médicaments pour les traitements psychiatriques

Les tensions étaient dues à un enchaînement de problèmes d’un laboratoire à l’autre. Janssen, filiale pharmaceutique du groupe américain Johnson & Johnson, avait dû suspendre sa production, alors qu’il devait déjà compenser une rupture de stock du laboratoire Teva provoquée par des problèmes de production du fabricant grec Pharmathen. Janssen, qui soupçonnait un défaut de qualité sur son traitement, a finalement pu reprendre la production après des investigations.

Ces difficultés s’inscrivaient dans un contexte plus large où nombre de traitements psychiatriques font l’objet de pénuries. Ainsi, la quétiapine, autre médicament prescrit face à la schizophrénie, continue à être difficile à trouver dans les pharmacies.

Ces tensions et pénuries sont une épreuve pour les malades, pour qui un arrêt brutal de traitement peut avoir des conséquences dramatiques. Elles ont des causes diverses, dont la délocalisation de la production de principes actifs et un système de fixation des prix parfois jugé insuffisamment rémunérateur par l’industrie pharmaceutique.

*Actualité - Tensions d’approvisionnement en rispéridone injectable : les approvisionnements ont repris, nous abrogeons les mesures - ANSM

Santé mentale : Fin de la pénurie pour la rispéridone, psychotrope pour la schizophrénie et les troubles bipolaires

18 décembre 2025

Comment arrêter les antidépresseurs ? Une méta-analyse met en avant le soutien psychologique

Par Coline Garré publié le 12/12/2025

Que faire quand un patient sous antidépresseurs va mieux ? Longtemps négligée en France, la question est aujourd'hui perçue comme un enjeu médical majeur. « Dès que l'on change ou réduit un antidépresseur, c'est une source d'angoisse pour la personne concernée », rapporte à l'AFP Christine Villelongue, co-présidente de l'association France Dépression. Or « il n'y a aucun cadre : très souvent, quand on arrête, il n'y a pas de suivi ».

Une vaste étude, publiée ce 11 décembre dans le Lancet Psychiatry*, apporte des réponses solides grâce à l'ampleur des données recueillies : l’équipe menée par les chercheurs italiens Giovanni Ostuzzi et Debora Zaccoletti a évalué plus de 70 essais cliniques portant sur quelque 17 000 personnes en rémission complète ou partielle de troubles dépressifs ou anxieux. Différentes options pour le traitement antidépresseur ont été évaluées : arrêt brutal, diminution rapide (≤ 4 semaines), diminution lente (> 4 semaines), réduction de dose (≤ 50 % de la dose minimale efficace) ou poursuite du traitement, avec ou sans soutien psychologique.

Selon ses conclusions, un patient chez qui l'on arrête progressivement un antidépresseur n'a pas plus de risque de rechute que s'il poursuit son traitement, à condition de disposer d'un soutien psychologique. La pire option reste, dans tous les cas, un arrêt brutal ou rapide du médicament. « Les recommandations devraient préconiser une déprescription individualisée, avec une diminution progressive et un soutien psychologique structuré », conclut l’étude.

« Même si les antidépresseurs sont efficaces pour empêcher les rechutes dépressives, rien n'oblige à en faire un traitement à long terme pour tout le monde », souligne la psychologue Debora Zaccoletti, citée dans un communiqué du Lancet. Selon le psychiatre allemand Jonathan Henssler, auteur d’un commentaire, également publié par le Lancet Psychiatry, les résultats montrent surtout « le bénéfice supplémentaire apporté par une psychothérapie », sachant que tout arrêt, même progressif, reste associé à un risque de rechute.

Selon une précédente méta-analyse publiée dans The Lancet Psychiatry sur plus de 20 000 patients, dont 16 000 traités par antidépresseurs et 4 500 par placebo, l’incidence des symptômes liés directement à l’arrêt des antidépresseurs s’élèverait à 15 %, soit un patient sur sept. Sans différence significative entre arrêt dégressif et brutal (ce qui peut être aussi dû à la variabilité des protocoles dans les essais cliniques inclus).

Quelle réalité en France ?

Accompagner l’arrêt des antidépresseurs par un suivi psychologique n’est pas une option réaliste en France, selon Christine Villelongue, qui pointe la « carence » de soignants. Les conclusions du Lancet Psychiatry s'inscrivent « dans un monde idéal mais la réalité du terrain, ce n'est pas ça », juge-t-elle.

Le concept de déprescription n’est pas encore totalement entrée dans les pratiques, du moins en psychiatrie. « Tout au long de mon internat, achevé pourtant très récemment, ce sujet n'a jamais été abordé dans l'enseignement », explique la Dr Maeva Musso, présidente de l'Association des jeunes psychiatres et des jeunes addictologues.

Lorsque les patients « expriment le souhait de réduire leurs traitements, cela est encore trop souvent interprété par le corps médical comme un déni de leur trouble », poursuit la Dr Musso, responsable d’une consultation d'optimisation et de réduction médicamenteuse dédiée aux enfants et adolescents entre 0 et 21 ans placés à l'aide sociale à l'Enfance (ASE), au Pôle Paris Centre Est Enfants. Et de citer en exemple la Norvège où des consultations dédiées à la déprescription sont proposées, et les Pays-Bas, où des micro-doses d'antidépresseurs sont autorisées afin de permettre une réduction très progressive.

*Comparison of antidepressant deprescribing strategies in individuals with clinically remitted depression: a systematic review and network meta-analysis - The Lancet Psychiatry

Comment arrêter les antidépresseurs ? Une méta-analyse met en avant le soutien psychologique | Le Quotidien du Médecin | Spécialités | Psychiatrie

16 décembre 2025

Transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision

Publié 12 décembre 2025

Dans un article publié dans JAMA Psychiatry *, la Pr. Marion Leboyer (UPEC, AP-HP, Inserm, PEPR PROPSY, Fondation FondaMental) et un groupe de chercheurs internationaux, proposent une stratégie ambitieuse et concrète pour transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision et améliorer la prise en charge des patients par une approche plus personnalisée.

Ces travaux sont le fruit du Global Summit for precision Psychiatry, un colloque organisé à Bruxelles en 2024 par la Fondation FondaMental en collaboration avec le Programme français de psychiatrie de précision (France 2030) et l’ECNP (European College of Neuropsychopharmacology).

Les maladies psychiatriques : un défi de santé publique d’ampleur mondiale

Aujourd’hui, les maladies psychiatriques, comme les troubles bipolaires, les schizophrénies ou encore les dépressions, représentent l’un des plus grands défis de santé du XXIᵉ siècle. Selon l’OMS, elles touchent une personne sur huit dans le monde, soit 970 millions de personnes, et constituent l’une des principales causes de handicap.

Pourtant, deux personnes peuvent recevoir le même diagnostic (une dépression, un trouble bipolaire, une schizophrénie…) sans que leurs maladies ne soient dues aux mêmes causes et ne doivent être soignées de la même manière.

La psychiatrie de précision cherche justement à mieux décrire et comprendre ces différences afin de développer des stratégies thérapeutiques plus adaptées pour chaque individu.

Les progrès de la recherche en psychiatrie ouvrent la voie vers des traitements sur mesure pour chaque patient

Pendant longtemps, pour poser un diagnostic, les psychiatres ne pouvaient s’appuyer que sur les symptômes cliniques observables : tristesse, anxiété, fatigue, épisodes maniaques, hallucinations… Aujourd’hui, la recherche permet d’aller plus loin : grâce à l’imagerie cérébrale, la génétique, l’électrophysiologie, ou encore l’immunologie,il devient possible d’identifier des biomarqueurs.

Ces signaux biologiques mesurables permettront de regrouper des patients ayant des caractéristiques similaires, afin de mieux comprendre comment la maladie fonctionne, de poser des diagnostics plus précis et de mieux prévoir son évolution. C’est exactement cette démarche qui a permis, en cancérologie, d’améliorer considérablement la précision des diagnostics et l’efficacité des traitements au-delà de la seule localisation des tumeurs.

À partir de ces connaissances, il deviendra possible de :

- Personnaliser les stratégies thérapeutiques (regroupant traitements médicamenteux, prise en charge psychothérapeutique et amélioration de l’hygiène de vie) en fonction du profil biologique et des symptômes de chaque patient

- Mesurer l’efficacité d’innovations thérapeutiques en utilisant des critères d’évaluation objectifs lors des essais cliniques

- Accélérer la mise au point de nouveaux traitements conçus pour cibler précisément ces mécanismes biologiques pour des sous-groupes homogènes de patients

En France, cette dynamique émergente est portée par le Programme français de recherche en psychiatrie de précision(France 2030),copiloté par l’Inserm et le CNRS et dont le Pr Marion Leboyer assure la direction scientifique. Lancé en 2025, ses objectifs et méthodes sont détaillé dans un dossier spécial publié dans la revue Médecine Science en mai 2025

Une dynamique internationale à renforcer

La feuille de route insiste également sur l’importance d’une mobilisation internationale pour accélérer la recherche et l’innovation, afin d’offrir aux patients des soins personnalisés et plus efficaces. Cela passe par :

- Le renforcement des collaborations scientifiques internationales, indispensables à la validation des biomarqueurs

- L’adaptation des réglementations pour encourager l’innovation en psychiatrie, sur le modèle de l’oncologie

- L’investissement conjoint des acteurs publics et privés pour convertir les avancées de la recherche en outils cliniques opérationnels

Dans ce contexte, 2025 a marqué un tournant majeur pour la psychiatrie de précision à l’échelle internationale, avec la signature d’un consortium franco-britannique sur les biomarqueurs en psychiatrie et le lancement du Prix Precision Mind avec le soutien du groupe Wakam, pour soutenir des projets de recherche collaboratifs franco-britanniques dans ce domaine ou encore avec la mise en place de collaborations scientifiques entre les centres experts français et les centres d’excellence allemands.

Lire l’article

*Implementing Precision Medicine in Psychiatry | Psychiatry and Behavioral Health | JAMA Psychiatry | JAMA Network

Transformer la psychiatrie grâce à la médecine de précision - Santé Mentale

11 novembre 2025

Schizophrénie : un antibiotique courant pourrait réduire le risque

Les patients s’étant rendus dans des services psychiatriques pour adolescents sont moins susceptibles de développer une schizophrénie à l'âge adulte s’ils sont traités par la doxycycline.

Hallucinations, idées délirantes, isolement social et relationnel… C’est ainsi que se traduit la schizophrénie. Cette maladie psychique débute souvent à l'adolescence, période critique de vulnérabilité. Afin de mieux comprendre comment la prévenir, des chercheurs de l'Université d'Édimbourg (Écosse) ont mené une étude parue dans la revue American Journal of Psychiatry* Dans le cadre de celle-ci, ils ont émis l'hypothèse que les jeunes ayant fréquenté des services psychiatriques pour adolescents exposés à la doxycycline, un antibiotique, présenteraient un risque moindre de développer une schizophrénie.

Afin de vérifier cette théorie, l’équipe a utilisé les données du registre national finlandais de santé. Elle a passé en revue les informations de 56.395 personnes, nées entre 1987 et 1997, ayant consulté des services psychiatriques pour adolescents, entre 13 et 18 ans, et s'étant vu prescrire des antibiotiques. Les patients ont été suivis depuis la première prescription d'antibiotiques jusqu'à l'âge de 30 ans.

Parmi eux, 16.189 avaient pris de la doxycycline. Ce médicament est indiqué dans le traitement des infections à germes sensibles à la doxycycline dans leurs manifestations respiratoires, génitales, urinaires, oculaires ou générales. De précédentes recherches suggèrent qu'elle peut réduire l'inflammation des cellules cérébrales et influencer l'élagage synaptique, un processus naturel par lequel le cerveau affine ses connexions neuronales. Un élagage excessif a été associé au développement de la schizophrénie.

"La formule g a été utilisée pour estimer le risque de schizophrénie en fonction des niveaux d'exposition à la doxycycline (dose cumulative de doxycycline utilisée : aucune utilisation de doxycycline ; faible utilisation : inférieur à 1.499 mg ; utilisation moyenne, 1.500-2.999 mg ; utilisation élevée, supérieur à 3.000 mg) pendant différentes périodes de suivi."

Un risque inférieur de 30 à 35 % de développer une schizophrénie grâce au doxycycline

Le risque de schizophrénie après 10 ans de suivi était de 2,1 % pour les personnes ayant pris des antibiotiques autres que la doxycycline. En comparaison, le risque de schizophrénie à 10 ans était significativement plus faible chez les patients traités par doxycycline. Ce dernier était inférieur de 30 à 35 %. "Actuellement, nous ne disposons d'aucune intervention connue pour réduire le risque de développer une schizophrénie chez ces jeunes. C'est pourquoi ces résultats sont si prometteurs.""Étant donné que cette étude était de nature observationnelle et non un essai contrôlé randomisé, nous ne pouvons pas tirer de conclusions définitives sur la causalité. Cependant, il s'agit d'un signal important qui justifie des recherches plus approfondies sur l'effet protecteur de la doxycycline et d'autres traitements anti-inflammatoires chez les jeunes patients en psychiatrie, afin de potentiellement réduire le risque de développer une maladie mentale grave à l'âge adulte", ont conclu les auteurs.

*Doxycycline Use in Adolescent Psychiatric Patients and Risk of Schizophrenia: An Emulated Target Trial | American Journal of Psychiatry

Schizophrénie : un antibiotique courant pourrait réduire le risque

31 octobre 2025

Fortes tensions sur la rispéridone, utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles bipolaires

Les tensions d'approvisionnement de certains médicaments antipsychotiques à base de rispéridone qui touchent « toute l'Europe » en raison de la suspension de leur distribution, devraient durer jusqu'en novembre, a indiqué ce mercredi l'Agence nationale française de sécurité du médicament (ANSM). La rispéridone est utilisée dans le traitement de la schizophrénie et des troubles bipolaires.

Depuis plusieurs mois, le laboratoire Janssen, filiale pharmaceutique du groupe américain Johnson & Johnson, assurait l'approvisionnement des médicaments à base de rispéridone injectable pour compenser la rupture de stock du laboratoire Teva provoquée par des problèmes de production du fabricant grec Pharmathen. Mais, « la distribution de tous les dosages du médicament RisperdalConsta LP (Janssen) a été suspendue le temps des investigations sur un potentiel défaut qualité », indique l'ANSM dans un communiqué.

« Lors d’un contrôle, le laboratoire Janssen a identifié un problème de production sur le RisperdalConsta L.P. 25 mg/2 ml, 37,5 mg/2 ml et 50 mg/2ml en seringue préremplie » et « a alors bloqué tous les lots potentiellement touchés par ce problème », détaille l'autorité sanitaire. À la suite de cette suspension, « les médicaments à base de rispéridone injectable en seringue préremplie font l’objet, depuis le début du mois d’octobre, de très fortes tensions d’approvisionnement qui impactent toute l’Europe et devraient durer jusqu’en novembre 2025 », selon l'ANSM.

L'agence demande aux prescripteurs de « privilégier un traitement par palipéridone injectable (Xeplion et génériques) plutôt que par des formes orales de rispéridone déjà en tension d’approvisionnement ». La palipéridone est un dérivé de la rispéridone.

Santé. Fortes tensions sur la rispéridone, utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles bipolaires

Actualité - Fortes tensions d’approvisionnement en rispéridone injectable : privilégiez le relais de traitement par palipéridone injectable - ANSM

21 octobre 2025

Les anticorps de lama : nouvelle piste thérapeutique contre la schizophrénie

Des scientifiques de l'Institut de génomique fonctionnelle (IGF) viennent de concevoir un nanocorps issu d’anticorps de lamas, capable d’activer spécifiquement un récepteur au glutamate impliqué dans la régulation de l’activité des neurones. L’effet thérapeutique de ces nanocorps a été évalué dans deux modèles précliniques de la schizophrénie.

16 octobre 2025

[Recherche] : Nectarine, une équipe vitaminée pour améliorer les soins en santé mentale

Une nouvelle équipe-projet, dénommée Nectarine, vient de voir le jour à l’antenne Inria de Strasbourg. Son noyau ? Les expériences psycho-physiques, l’IA, l’analyse de données, la modélisation et la simulation. Son nectar ? Faciliter la mise au point de traitements neuromodulateurs non invasifs au service de la santé mentale. Présentation avec son fondateur, Axel Hutt.

Des défis majeurs en santé mentale

Axel Hutt a entamé des études en physique dans les années 1990, mais a très vite pivoté vers les neurosciences computationnelles et n’en est (presque) plus jamais sorti. À tel point qu’aujourd’hui, le chercheur a créé au sein du Centre Inria de l’Université de Lorraine une nouvelle équipe dans ce domaine, baptisée Nectarine (Neuromodulation par mEdiCamenTs phARmacologIques et NumériquEs). Elle s’appuie sur les travaux qu’Axel Hutt, jusqu’ici rattaché à l’équipe-projet Mimesis, mène depuis 2019 en collaboration étroite avec l’équipe Inserm UMR 1329 "Strasbourg Translational Neuroscience & Psychiatry".

« Nous travaillons conjointement sur deux axes principaux : le déficit de l’attention et les troubles de la perception du temps chez les patients schizophrènes », indique Axel Hutt. Il faut dire que les défis à relever dans un cas comme dans l’autre sont conséquents : « Il existe des médicaments contre les déficits de l’attention, mais on sait qu’au bout de quelques années, le corps s’adapte et le traitement perd en efficacité, poursuit le chercheur. Quant à la problématique de la perception du temps dans la schizophrénie, elle empêche les patientes et patients d’anticiper les modifications de leur environnement ou les actions de leur entourage, ce qui leur complique grandement la vie. » Axel Hutt espère donc trouver de nouvelles pistes de traitement, pour la schizophrénie comme pour les TDA.

S’appuyer sur la modélisation pour améliorer les traitements

Pour cela, il a adopté une approche originale, inspirée de ses quatre années passées à la Deutsche Wetterdienst (entre 2015 et 2019), l’équivalent allemand de Météo France. « L’atmosphère est si complexe que les météorologues ne disposent pas d’un modèle parfait qui explique l’impact de chacun des paramètres en jeu, explique-t-il. En revanche, ils ont élaboré des modèles qui suffisent à prédire avec efficacité la météo. »

Dans le cadre de Nectarine, il compte procéder de la même façon : se passer de la connaissance (encore inaccessible aujourd’hui) du fonctionnement précis du cerveau, mais s’appuyer sur des modèles décrivant certains mécanismes pour améliorer la neuromodulation, c’est-à-dire l’utilisation de traitements (ici non invasifs) modifiant l’activité cérébrale chez des patientes et patients atteints de pathologies cérébrales. Une méthode appliquée dans deux thèses, coencadrées par Axel Hutt avec Anne Bonnefond et Anne Giersch, de l’UMR 1329.

Une thèse sur l’attention, l’autre sur la schizophrénie

La première thèse se concentre donc sur le déficit d’attention, avec en traitement testé le neurofeedback. La doctorante, Negin Majzoubi, a déjà mené des expériences psycho-physiques auprès de douze volontaires : elles et ils ont participé à un jeu cognitif qui teste l’attention, soit sans feedback, soit avec une image positive ou négative qui s’affichait lorsque la réponse était exacte ou non.

« Nos premiers résultats confirment ce qu’avaient commencé à montrer d’autres études : le neurofeedback améliore l’attention ; les temps de réponse sont réduits et le taux de bonnes réponses augmente », dévoile Axel Hutt. « C’est d’ailleurs assez logique : nous sommes tous plus motivés à travailler, et donc plus performants, lorsque nous obtenons un retour positif sur nos accomplissements. »

L’expérience sera renouvelée à l’automne, mais cette fois en observant également les ondes cérébrales des participants grâce à l’EEG (électroencéphalogramme). Ces données permettront de mieux comprendre ce qui se passe au niveau cérébral, mais surtout de faire ensuite appel à l’IA pour traiter les données. L’objectif ? En tirer un modèle qui permette d’adapter le neurofeedback en fonction de prédictions afin d’en faire un traitement le plus efficace possible.

La deuxième thèse vise quant à elle à établir si la stimulation magnétique transcrânienne (TMS), appliquée au niveau du cervelet, peut aider à améliorer la prédiction du temps chez les patients schizophrènes. Là encore, la doctorante Telma Nette, mène à la fois des expériences psycho-cognitives et des mesures EEG. « Le principe est le même : tester un traitement et tirer de ces observations, qui varient en fonction de chaque patient, un modèle générique qui nous permette ensuite d’améliorer le traitement pour tous les patients », reprend Axel Hutt.

Déficits de l’attention : à la recherche d’un protocole simple

De son côté, le chercheur souhaite aussi se lancer dans l’analyse des données d’une expérience menée il y a deux ans par un étudiant en master sur les battements binauraux (à basse fréquence) afin d’en observer les effets sur la relaxation ou la concentration. Un article sur le sujet est d’ailleurs en cours de publication. « Mon rêve serait qu’un jour, les patientes et patients qui souffrent d’un déficit de l’attention puissent bénéficier d’un protocole simple pour se traiter eux-mêmes au quotidien », espère Axel Hutt.

Les collaborations et les horizons du spécialiste des neurosciences ne s’arrêtent pas là. Par exemple, il travaille également avec l’université d’Ottawa, au Canada, sur des théories mathématiques en neurosciences, ou encore avec l’Université de Fribourg, en Allemagne, pour laquelle il réalise l’analyse de données EEG d’expériences de neuromodulation.

Des traitements non invasifs en ligne de mire

Enfin, une demande de bourse est sur le point d’être déposée en collaboration avec l’Inci (Institut des neurosciences cellulaires et intégratives). « Notre objectif est de financer une thèse pour tester un algorithme, mis au point par un ancien doctorant, destiné à la neurostimulation en boucle fermée », détaille Axel Hutt. « Nous savons en effet que dans le cas d’une psychose par exemple, la puissance des ondes alpha est trop faible et celle des ondes gamma trop élevée. L’algorithme établi peut en théorie optimiser la neurostimulation pour chaque patient afin d’effacer ces déséquilibres et nous souhaitons le vérifier, d’abord sur des modèles animaux. »

Autant de recherches qui trouveront leur place au sein de l’équipe Nectarine et bénéficieront à la fois de l’expertise d’Axel Hutt, mais aussi de celle de l’autre membre permanent de l’équipe, Camille Gontier. Celui-ci, spécialiste de l’apprentissage actif, s’attachera à créer des algorithmes qui permettront d’étudier les résultats des expériences en temps réel pour adapter, en temps réel toujours, les paramètres de celles-ci afin de les optimiser. Et faciliter ainsi, encore, la mise au point de traitements non invasifs pour diverses pathologies cérébrales.

Nectarine, une équipe vitaminée pour améliorer les soins en santé mentale | Inria

14 octobre 2025

Antipsychotiques : glycémie perturbée indépendamment de la prise de poids

Par le Dr Philippe Montereau

Les antipsychotiques sont indispensables dans les troubles mentaux sévères comme la schizophrénie, mais leur coût cardiométabolique est majeur. Si la littérature s’est surtout focalisée sur la prise de poids, la question cruciale est de savoir si les médicaments eux-mêmes perturbent la régulation glucidique, au-delà de l’adipogénèse.

Publiée dans le JAMA Psychiatry Vol 82 N°10, cette revue systématique et méta-analyse d’essais contrôlés randomisés, incluant 163 ECR (127 en méta-analyse), montre que, versus placebo, les antipsychotiques augmentent la glycémie à jeun (différence moyenne [DM] 0,72 mg/dL ; IC à 95 % 0,54–1,08), l’insulinémie à jeun (DM 1,94 μUI/mL ; 1,28–2,61), l’HbA1c (DM 0,04 % ; 0,02–0,05) et le risque d’hyperglycémie (OR 1,29 ; 1,04–1,59 ; p=0,02). Ces anomalies sont reproduites chez volontaires sains, confortant un effet pharmacologique direct qui ne se résume pas au gain pondéral.
Différences entre molécules indépendamment de la hiérarchie de prise de poids attendue

Au total, 35 952 patients sous antipsychotiques et 19 010 sous placebo ont alimenté la synthèse qualitative (28 975 et 15 101 en méta-analyse). Les altérations métaboliques concernent aussi la résistance à l’insuline (indices type HOMA-IR) et le risque d’hyperglycémie ≥126 mg/dL. En analyse de sous-groupes, ni le type de trouble psychiatrique, ni l’âge, ni l’exposition antérieure, ni la coprescription de psychotropes n’atténuent de manière constante la dysrégulation glucidique.

Les différences entre molécules existent mais ne suivent pas strictement la hiérarchie de prise de poids attendue ; ainsi, des composés dits « neutres sur le poids » ne sont pas exonérés de risque glycémique, alors que certains avec propension pondérale élevée n’augmentent pas uniformément l’HbA1c. Les métarégressions ne retrouvent aucune relation avec la durée d’étude ni la dose moyenne, soulignant que des expositions brèves peuvent déjà dégrader la régulation glucidique.

Sur le plan clinique, ces effets se traduisent par un fardeau métabolique cumulatif, d’autant plus préoccupant que le diabète de type 2 reste sous-dépisté et sous-traité dans cette population. Il n’y a pas d’événements indésirables médicamenteux immédiats attendus dans des essais cliniques randomisés de courte durée, mais une augmentation significative de marqueurs glycémiques qui expose à un risque cardio-vasculaire accru à moyen terme.
Un parcours métabolique standardisé pour tout patient sous antipsychotique

La recherche a interrogé MEDLINE, Embase, PsycINFO, CINAHL, CENTRAL et Web of Science jusqu’au 3 février 2025, en retenant des ECR en double aveugle comparant antipsychotique versus placebo ou absence d’intervention, chez patients avec troubles mentaux sévères ou volontaires sains, sans restriction de molécule ni de durée. Les critères primaires étaient la glycémie et l’insulinémie à jeun, et l’HbA1c ; les analyses à effets aléatoires ont été complétées par des sous-groupes (diagnostic, durée, type d’AP, âge, coprescriptions, exposition antérieure) et des métarégressions.

Selon les auteurs, il est nécessaire d’instaurer un parcours métabolique standardisé pour tout patient traité par antipsychotique, même à « faible risque pondéral » : bilan de base (glycémie, HbA1c, profil lipidique), recontrôle à 4–12 semaines, puis surveillance trimestrielle/semestrielle selon le statut, intégrant poids, tour de taille et pression artérielle. En cas d’anomalies, il faut d’abord privilégier l’optimisation du mode de vie et discuter des interventions pharmacologiques fondées sur les preuves (metformine, et selon contexte, agonistes des récepteurs du GLP-1), tout en évaluant la possibilité de switch vers un antipsychotique au profil métabolique plus favorable. En somme, la prescription d’antipsychotiques doit désormais s’accompagner d’une vigilance glycémique systématique, car l’effet délétère ne se limite pas… à la prise de poids.

Antipsychotiques : glycémie perturbée indépendamment de la prise de poids

25 septembre 2025

[Témoignage] : "C’est vraiment très lourd" : ces patients qui souffrent de la pénurie de psychotropes

Cela fait plusieurs mois que des médicaments psychiatriques sont touchés par des tensions ou des ruptures d’approvisionnement. Une situation dure à vivre pour ceux qui en dépendent, mais qui pourraient bientôt s’améliorer.

Pour les patients concernés, trouver le traitement adapté en pharmacie relève parfois du parcours du combattant. Renouveler son traitement en pharmacie est devenu source de « stress » pour Pauline, originaire de région parisienne. Comme des centaines de milliers de personnes, cette quadragénaire est atteinte d’un trouble bipolaire. Et comme de très nombreux patients, elle subit la pénurie de médicaments psychotropes qui touche la France depuis le début d’année, et qui la contraint à « anticiper » le plus possible le renouvellement de son ordonnance. Ou à avoir recours au système D avec les membres de son association de malades : « On se donne des boîtes de médicaments entre nous. »

Quétiapine, teralithe, sertraline, venlafaxine… Plusieurs médicaments utilisés dans le traitement de la schizophrénie, des troubles bipolaires et des états dépressifs font l’objet de tensions d’approvisionnement « dans un contexte de consommation croissante depuis plusieurs années », confirme l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament). À cette situation s’ajoutent « des difficultés de production d’origines différentes ». Il y a par exemple eu « un problème au niveau de l’usine grecque » qui fabrique 60 % de la quétiapine distribuée en France, doublé d’un « défaut de conditionnement », détaille Lucie Bourdy-Dubois, membre du bureau national de la FSPF (Fédération des syndicats pharmaceutiques de France). Résultat : il y a eu un « report de prescriptions de quétiapine vers le teralithe », lui-même confronté à un « problème de conformité de la matière première ».

Situation inédite

La pharmacienne, qui exerce dans la Nièvre, est formelle : « c’est la première fois » que les psychotropes sont touchés par de telles ruptures. Elle a elle-même déjà dû « appeler un médecin pour changer un traitement, car il était introuvable à ce moment-là ». Une situation difficile à gérer pour les patients, qui, comme Pauline, mettent parfois des années à « trouver celui qui [les] stabilise correctement ». « C’est vraiment très lourd », déplore la femme de 41 ans, a fortiori pour des personnes dans « des états de solitude et de désespoir extrêmes ». « Il peut y avoir une interruption brutale des traitements », conduisant, « dans les pires des cas, à des hospitalisations d’urgence et des suicides », alerte-t-elle.

Patrick (*), dont la « compagne bipolaire ne trouvait plus de quétiapine », a ainsi dû être hospitalisée après « une semaine sans médocs (sic) ». « Ils lui ont mis le traitement plus fort », assure-t-il, la laissant « complètement droguée ».

Pas tous égaux

De manière générale, « cette pénurie demande une certaine organisation de la part des patients », observe Pauline. Elle conseille par exemple de demander à son pharmacien de consulter le site Vigirupture, de sorte à pouvoir être orienté dans une officine où le traitement est bien disponible Elle-même est prête à aller en Belgique pour se fournir, mais se dit « privilégiée » d’avoir cette possibilité. « Cette pénurie creuse les inégalités d’accès aux soins », dénonce-t-elle.

Du côté de l’ANSM, on assure déployer « tous les leviers » à disposition « pour limiter l’impact de ces tensions ». Dans son dernier point de situation, le 4 septembre, l’agence a reconnu que des « tensions locales peuvent persister » sur la sertraline mais que les stocks « se reconstituent progressivement ». Elle fait en revanche état de « difficultés accrues » pour la quétiapine (300 et 400 mg) et « importantes » pour le teralithe. Comme pour la venlafaxine, « une amélioration est attendue à partir d’octobre ». Il faudra cependant « plusieurs semaines avant que les médicaments arrivent dans les pharmacies », précise Lucie Bourdy-Dubois.

(*) Le prénom a été modifié.

DNA 14/09/25

Témoignages. « C’est vraiment très lourd » : ces patients qui souffrent de la pénurie de psychotropes

16 septembre 2025

Point de situation sur l’approvisionnement en médicaments psychotropes en France au 4 septembre

L’ANSM a réuni le 4 septembre 2025, pour le septième mois consécutif, les représentants des professionnels de santé, des patients et les acteurs de la chaîne du médicament afin de réaliser un point de situation sur les approvisionnements au niveau national, de recueillir les remontées de terrain de chaque acteur et d’échanger sur les actions menées et à venir.

Ces rencontres mensuelles sont organisées dans le cadre de la mobilisation de l’ANSM dans la lutte contre les pénuries en psychotropes.

Quétiapine

La situation reste stable pour la quétiapine 50 mg LP. La couverture des besoins est assurée. Néanmoins, nous maintenons notre recommandation de ne pas reporter les prescriptions et dispensations sur les médicaments à base de quétiapine LP 50 mg pour les patients qui ne sont habituellement pas traités par ce dosage, car les quantités disponibles ne permettraient pas de couvrir un report massif.

Au regard des remontées de terrain concernant l’obligation de dispensation à l’unité (à la plaquette) de la quétiapine 50 mg LP, nous rappelons aux pharmaciens qu’ils peuvent délivrer jusqu’à un mois de traitement en une seule fois dès lors que la prescription médicale le permet. Il est donc possible de dispenser plus d’une plaquette à la fois, dans la limite de la posologie prescrite.

Les médicaments à base de quétiapine à libération prolongée (LP) 300 mg et 400 mg sont de nouveau en forte tension du fait d’un retard ponctuel d’approvisionnement.
D’après les informations transmises par les laboratoires, les approvisionnements devraient reprendre à partir de début octobre 2025 et les médicaments à base de quétiapine 300 mg et 400 mg devraient alors être disponibles en pharmacie à partir de fin octobre 2025. Ces informations, régulièrement mises à jour, sont disponibles dans le dossier santé mentale.
En cas d’indisponibilité des médicaments à base de quétiapine, nous rappelons que le dispositif de préparation magistrale est toujours actif. Il permet aux pharmaciens, selon les recommandations de l’ANSM, de remplacer les médicaments à base de quétiapine à libération prolongée par des gélules de quétiapine à libération immédiate de 50 mg, 100 mg et/ou 150 mg.

L’ANSM a également entamé les démarches afin de réactiver le mécanisme européen de solidarité afin d’explorer de nouvelles pistes d’importations.

En prévision des difficultés accrues des prochaines semaines, nous demandons aux prescripteurs de continuer à :
- Ne pas initier de traitement par quétiapine à libération prolongée (LP), sauf pour les patients présentant un épisode dépressif caractérisé dans le cadre d’un trouble bipolaire ;

- Privilégier une alternative adaptée, selon la situation du patient, dès que cela est possible.

Recommandations d’alternatives thérapeutiques à la quétiapine

Téralithe (lithium)

Pour le Téralithe 400 mg LP (lithium), les difficultés persistent en raison d’un retard sur le site de conditionnement. Ceci se traduit par des difficultés importantes au niveau des officines. Des approvisionnements sont annoncés en septembre par le laboratoire et des médicaments devraient être disponibles en pharmacie début octobre. Nous avons demandé au laboratoire de mettre en place un stock de dépannage d’urgence en ville et à l’hôpital. Le laboratoire a également renforcé la limitation du nombre de boîtes distribuées aux pharmacies afin d’éviter les phénomènes de surstockage.
Concernant le Téralithe 250 mg LI (lithium), la couverture des besoins reste assurée.

Sertraline

La situation des médicaments contenant de la sertraline 25 mg et 50 mg se stabilise et les stocks de la chaîne d’approvisionnement se reconstituent progressivement. Des tensions locales peuvent persister, le temps que les besoins soient couverts sur l’ensemble du territoire.
Dans ce contexte, la recommandation de remplacement qui permet aux pharmaciens de dispenser, sans qu’une nouvelle prescription soit nécessaire, une préparation magistrale de sertraline en remplacement du médicament prescrit lorsque celui-ci n’est pas disponible, va être prochainement abrogée.

Venlafaxine

Concernant les médicaments à base de Venlafaxine (37,5 mg LP et 75 mg LP), des tensions d’approvisionnement persistent. D’après les informations mises à disposition par les laboratoires, une amélioration est attendue à partir d’octobre 2025.
Nous continuons de suivre la situation de façon très rapprochée, en lien avec les différents acteurs. Nous avons programmé un nouvel échange dans ce format d’ici un mois avec les représentants des associations de patients, des professionnels de santé et des acteurs de la chaîne du médicament.
Pour des informations actualisées sur les approvisionnements des médicaments psychotropes par les laboratoires, nous vous invitons à consulter les tableaux de notre dossier « Santé mentale ».

Actualité - Point de situation sur l’approvisionnement en médicaments psychotropes en France au 4 septembre 2025 - ANSM

26 août 2025

Clozapine : L’agence européenne révise les directives du comptage sanguin

La surveillance du sang de routine pour les patients prenant la clozapine, un antipsychotique, peut être considérablement réduite à la suite de nouvelles recommandations du comité d’évaluation des risques de pharmacovigilance de l’Agence européenne (EMA).

Fréquences de surveillance réduites

De nouvelles données indiquent une baisse substantielle du risque de neutropénie sévère et d’agranulocytose après la première année de traitement. Les patients sans antécédents de neutropénie peuvent désormais avoir leur fréquence de surveillance abaissée à toutes les 12 semaines après la première année, et annuellement après deux ans. L’agence s’appuiera désormais uniquement sur le nombre absolu de neutrophiles (ANC) pour les contrôles hématologiques, ce qui a cessé les exigences précédentes pour le nombre de globules blancs.

Les preuves soutiennent les modifications des lignes directrices

Ces directives mises à jour sont soutenues par une déclaration d’experts conjointe du groupe de travail européen sur la clozapine, publié cette année. La déclaration a souligné la très faible occurrence de l’agranulocytose tardive, ce qui a provoqué des appels à des révisions de protocole. D’autres preuves découlent d’une étude à grande échelle impliquant plus de 26 000 personnes. Cette recherche a révélé que la neutropénie sévère induite par la clozapine a culminé vers la neuvième semaine, les taux d’incidence étant négligeables après deux ans d’utilisation continue.

Comprendre le profil de risque de la clozapine

La clozapine est un antipsychotique atypique vital utilisé pour la schizophrénie résistante au traitement et pour les individus incapables de tolérer d’autres antipsychotiques en raison d’effets secondaires neurologiques. Il sert également de traitement à la psychose liée à la maladie de Parkinson lorsque les thérapies standard échouent. Le médicament fonctionne en antagonisant les récepteurs de la dopamine D2 et de la sérotonine 5-HT2A, contribuant à son efficacité dans les cas de schizophrénie réfractaire.

Mécanisme de neutropénie

Cependant, la clozapine est associée à un risque connu de neutropénie induite par le médicament et à sa manifestation sévère, l’agranulocytose. La recherche suggère qu’un métabolite de clozapine, l’ion nitrénium, pourrait se lier aux protéines des neutrophiles. Cette interaction peut déclencher une réponse immunitaire, conduisant à la destruction des neutrophiles, un processus potentiellement influencé par la prédisposition génétique d’un individu.

Impact mondial et surveillance future

Dans toute l’Union européenne, tous les produits contenant de la clozapine seront mis à jour pour refléter le nouveau calendrier de surveillance et les seuils de surveillance basés sur l’ANC. Il est conseillé aux professionnels de la santé d’examiner et d’adapter leurs protocoles de suivi en conséquence. Il est également encouragé à continuer de signaler des événements indésirables suspects par le biais de canaux de pharmacovigilance établis.

UE pour faciliter la fréquence de surveillance de la clozapine après la première année - Le derniere heure

08 août 2025

Santé : des chercheurs français utilisent les anticorps du lama pour soigner la schizophrénie

Des chercheurs français utilisent des nanocorps, des anticorps miniatures dérivés des lamas, pour s’attaquer à des troubles de la schizophrénie, selon une étude publiée mercredi 23 juillet dans la prestigieuse revue scientifique*.

Identifiés chez les camélidés tels que le lama, le dromadaire ou le chameau, ces nanocorps sont dix fois plus petits que les anticorps humains, tout en conservant leur fonction essentielle de défense contre les maladies. "On a isolé ces anticorps à partir du lama et après, par génie génétique, on est capable de produire cet anticorps très facilement", explique Jean-Philippe Pin, directeur de recherche au CNRS. Leur petite taille permet de cibler avec précision des structures biologiques inaccessibles aux anticorps classiques.

Des effets bénéfiques dans la durée

Les chercheurs de l'Institut de génomique fonctionnelle de l'université de Montpellier ont constaté que ces nanocorps, une fois administrés chez des souris présentant des symptômes de schizophrénie – hallucinations, délires ou états dépressifs – avaient des effets bénéfiques. "On a découvert que ces petits anticorps étaient capables d’entrer dans le cerveau et d’agir dans le cerveau pendant plus d'une semaine", explique Jean-Philippe Pin.

Une avancée significative par rapport aux médicaments antipsychotiques actuels, dont l’efficacité est limitée à quelques heures, nécessitant plusieurs prises quotidiennes. Pour "un traitement qui est dans la durée, c’est quelque chose qui est très attendu dans ce type de pathologie psychique", souligne le chercheur du CNRS. L'équipe de scientifiques espère obtenir les fonds pour mener des essais chez l'homme et développer un traitement. D'autres chercheurs français explorent les capacités des nanocorps à lutter contre certains symptômes de la maladie d'Alzheimer.

*Nanobody therapy rescues behavioural deficits of NMDA receptor hypofunction | NatureSanté : des chercheurs français utilisent les anticorps du lama pour soigner la schizophrénie