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Nouvelles
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20 mai 2026
Inflammation : une piste clé en psychiatrie
Et si une prise de sang permettait d'adapter les traitements en psychiatrie ? Une étude internationale menée par le centre SINAPS, en partenariat avec la Fondation FondaMental, met en lumière un levier concret : l'inflammation chronique de bas grade.
Selon les chercheurs, près de 30 % des patients souffrant de dépression résistante, de schizophrénie ou de troubles bipolaires présentent un taux élevé de CRP (protéine C-réactive), un biomarqueur de l'inflammation. Publiés dans la revue Brain, Behavior, and Immunity, ces travaux reposent sur l'analyse de plus de 7 000 patients suivis en France.
Des facteurs de risque bien identifiés
L'étude établit un lien clair entre inflammation et facteurs de santé déjà connus : surpoids, obésité, troubles métaboliques ou tabagisme. Autant d'éléments souvent associés aux maladies cardiovasculaires, mais désormais reconnus comme influençant aussi la santé mentale.
Autre enseignement clé : des différences selon le sexe. Chez les femmes, l'inflammation est davantage liée au poids et aux déséquilibres métaboliques, ainsi qu'à certains biomarqueurs comme l'acide urique. Chez les hommes, le tabagisme apparaît comme un facteur déterminant.
Vers une psychiatrie de précision
Ces résultats ouvrent la voie à une approche plus ciblée des soins. La CRP pourrait devenir un signal d'alerte clinique, permettant d'ajuster les traitements au profil de chaque patient.
« Comprendre si un patient présente une composante inflammatoire […] permet d'associer aux traitements classiques des interventions précoces ciblées », explique Tim Rietberg, doctorant à l'Université d'Anvers. Cela inclut des actions concrètes : activité physique, amélioration de l'alimentation, arrêt du tabac, voire traitements anti-inflammatoires spécifiques.
Pour la Pr Livia de Picker, « la psychiatrie de précision nous permet de sortir d'une approche standardisée », en affinant les diagnostics et les stratégies thérapeutiques.
Un enjeu majeur de santé globale
Au-delà des symptômes psychiatriques, ces travaux rappellent l'importance du lien entre santé mentale et physique. « Les personnes souffrant de maladies psychiatriques ont une espérance de vie réduite de 10 ans en moyenne », souligne la Pr Marion Leboyer.
En intégrant davantage les dimensions métaboliques et inflammatoires, cette recherche pourrait contribuer à améliorer le pronostic global des patients. Prochaine étape : des études prospectives pour mesurer l'impact concret de ces interventions ciblées.
Une avancée qui confirme une tendance de fond : la psychiatrie s'oriente vers des solutions personnalisées, où biologie et mode de vie deviennent des alliés majeurs du soin.
Inflammation : une piste clé en psychiatrie
04 mai 2026
Bipolarité : comment avance la recherche ?
"Huit à dix ans". C'est le temps moyen encore nécessaire pour poser un diagnostic de trouble bipolaire. Un retard considérable, aux conséquences parfois dramatiques. Mais la recherche accélère. En 2026, la Fondation FondaMental évoque un tournant vers une « psychiatrie de précision » (Inflammation : une piste clé en psychiatrie), capable d'adapter les soins au profil de chaque patient. Derrière cette promesse, une ambition claire : sortir d'une approche uniforme pour mieux cibler les traitements, et réduire les rechutes, les hospitalisations… et le risque suicidaire, très élevé dans cette pathologie.
Vers une psychiatrie de précision
Les chercheurs s'appuient désormais sur des cohortes massives, comme FACE-BD, pour identifier des biomarqueurs fiables : génétiques, issus de l'imagerie cérébrale ou inflammatoires. L'étude révèle que près de 40 % des patients présentent des signes d'inflammation chronique. Des marqueurs immunitaires (comme l'interleukine-2) sont à l'étude pour de nouveaux traitements. Les chercheurs ont également observé un vieillissement prématuré (mesuré par la longueur des télomères, des sortes de capuchons protecteurs de nos chromosomes) chez certains jeunes patients, ce qui expliquerait une réduction de l'espérance de vie de 10 à 15 ans.
Plus globalement, ces données permettent de mieux comprendre une maladie encore hétérogène, qui touche entre 1 % et 2,5 % de la population française. « L'enjeu, c'est de proposer à chacun un traitement sur mesure », expliquent les équipes de recherche. Une révolution silencieuse, qui pourrait transformer la prise en charge du handicap psychique en limitant les phases aiguës et leurs conséquences sur la vie sociale et professionnelle.
Inflammation, cerveau et nouvelles pistes
Parmi les pistes les plus prometteuses : l'inflammation cérébrale. De plus en plus d'études montrent que certains patients présentent des marqueurs biologiques spécifiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblées. En parallèle, la génétique progresse. Une étude internationale portant sur plus de 150 000 patients a permis d'identifier plusieurs dizaines de gènes impliqués dans la maladie (précisément 298 régions du génome, autrement dit le « code génétique », liés au trouble), certains déjà liés à des traitements existants. Autant d'indices pour affiner les diagnostics… et anticiper les rechutes. Ainsi, en se concentrant sur les facteurs de risque, ils ont constaté que les individus porteurs d'un nombre élevé de variations génétiques spécifiques présentent un risque 7 fois supérieur de développer la maladie.
L'IA et le diagnostic précoce en ligne de mire
Autre révolution en cours : l'intelligence artificielle. En croisant données cliniques, cognitives et biologiques, elle pourrait aider à détecter plus tôt les troubles bipolaires, parfois confondus avec une dépression classique. Car derrière les fluctuations de l'humeur, c'est bien un handicap invisible qui s'installe, avec de lourdes conséquences : troubles cognitifs, fatigue, désinsertion professionnelle mais aussi comorbidités (ou troubles physiques et psychiques associés), via le score de risque polygénique (PRS), révélant par exemple un terrain commun entre le trouble bipolaire et le TDAH. Certaines approches innovantes, comme les parcours de soins coordonnés, montrent déjà des résultats encourageants, avec une réduction significative des hospitalisations et des tentatives de suicide.
Mieux comprendre pour mieux inclure
Reste un défi majeur : la (dé)stigmatisation. Encore largement méconnus, les troubles bipolaires restent associés à des idées reçues tenaces. « Ces travaux contribuent aussi à changer le regard », souligne la Fondation FondaMental. Car mieux comprendre la maladie, c'est aussi mieux accompagner les personnes concernées, réduire le retard diagnostique et enfin prédire l'évolution de la maladie. Les enjeux sont considérables pour une maladie qui coûte environ 6 910 € par an et par patient en France. Or, la Fondation FondaMental déplore que la recherche en psychiatrie ne reçoive que 2 à 4 % des financements en France, contre plus de 15 % dans les pays anglo-saxons.
Bipolarité : comment avance la recherche ?
09 avril 2026
[Recherche] : Les organoïdes cérébraux et l’intelligence artificielle : de nouvelles perspectives pour le diagnostic de la schizophrénie et des troubles bipolaires
Publié le : 12 mars 2026
Diagnostiquer la schizophrénie et le trouble bipolaire reste aujourd’hui un défi majeur en psychiatrie. En l’absence de biomarqueurs biologiques fiables, les cliniciens s’appuient essentiellement sur l’observation des symptômes et les entretiens cliniques, avec un risque d’erreurs et de confusions entre pathologies.
La schizophrénie et la bipolarité, des troubles difficiles à diagnostiquer
Aujourd’hui, aucun examen biologique, aucune prise de sang ni aucun test d’imagerie ne permet de poser avec certitude un diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Ces pathologies reposent sur une évaluation clinique des symptômes, qui peuvent être proches d’autres maladies neurologiques ou psychiatriques. Cette complexité explique les erreurs diagnostiques fréquentes1.
Les organoïdes cérébraux : des modèles cellulaires 3D du cerveau humain
Pour dépasser ces limites, les chercheurs se tournent vers les organoïdes cérébraux. Cultivées en laboratoire à partir de cellules humaines reprogrammées (issues par exemple de la peau ou du sang), ces structures tridimensionnelles reproduisent certaines caractéristiques du cerveau, comme l’organisation de réseaux neuronaux et une activité électrique. Elles ne constituent toutefois ni un organe complet ni un cerveau fonctionnel.
Dans cette étude, les scientifiques ont généré des organoïdes mimant la composition en cellules du cortex préfrontal, une région cérébrale clé impliquée dans la planification, la prise de décision et la régulation des comportements. Ces organoïdes ont été produits à partir de cellules de personnes atteintes de schizophrénie, de trouble bipolaire, mais aussi de personnes sans trouble psychiatrique, servant de groupe contrôle, afin de comparer les résultats1;2.
Quand l’intelligence artificielle « écoute » l’activité neuronale
Les organoïdes ont été enregistrés à l’aide de microélectrodes capables de capter leur activité électrique. Ces signaux ont ensuite été analysés par des algorithmes de machine learning (apprentissage automatique), capables de reconnaître des motifs complexes invisibles à l’œil humain2.
Résultat : les chercheurs ont identifié des signatures électriques distinctes entre les organoïdes sains et ceux issus de patients atteints de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Ces différences deviennent encore plus marquées lorsque les réseaux neuronaux sont stimulés par des impulsions électriques, mimant une forte sollicitation du cerveau2.
L’intelligence artificielle parvient ainsi à distinguer des organoïdes de patients schizophrènes de ceux de personnes saines2, en se basant uniquement sur leurs signatures électrophysiologiques. Dans certaines conditions expérimentales, la précision de classification atteint plus de 92 %.
Vers des signatures neuronales des maladies psychiatriques
Ces résultats suggèrent l’existence de véritables « signatures neuronales » propres à chaque trouble. À terme, cette approche pourrait compléter les outils cliniques actuels, en apportant un appui au diagnostic2.
Au-delà du diagnostic, ces organoïdes ouvrent la voie à une nouvelle forme de médecine personnalisée : il devient possible de tester différents traitements directement sur les organoïdes issus des cellules d’un patient, afin d’observer leur effet sur l’activité neuronale, sans risque pour la personne. L’objectif n’est plus seulement de traiter les symptômes, mais d’adapter les prescriptions aux réponses biologiques individuelles1,2.
Un enjeu majeur pour les neurosciences et la psychiatrie de demain : la médecine personnalisée
Cette recherche illustre une évolution des neurosciences : le passage d’une psychiatrie fondée uniquement sur l’observation des comportements à une approche intégrant des données biologiques et computationnelles. En combinant organoïdes cérébraux, intelligence artificielle et neurosciences, les chercheurs développent des outils capables de relier le fonctionnement des réseaux neuronaux aux troubles psychiques. À terme, ces approches pourraient transformer la prise en charge des maladies psychiatriques et neurodéveloppementales, en permettant des diagnostics plus fiables, des traitements mieux ciblés et une médecine plus personnalisée.
Sources
Published, R. M. C. /. Neural basis of schizophrenia and bipolar disorder found in brain organoids. The Hub https://hub.jhu.edu/2025/09/22/schizophrenia-bipolar-disorder-brain-organoids/ (2025).
Cheng, K. et al. Machine learning-enabled detection of electrophysiological signatures in iPSC-derived models of schizophrenia and bipolar disorder. APL Bioeng. 9, 036118 (2025).
Les organoïdes cérébraux et l’intelligence artificielle : de nouvelles perspectives pour le diagnostic de la schizophrénie et des troubles bipolaires - Fondation pour la Recherche sur le Cerveau
08 novembre 2025
Dépression, schizophrénie : un biocapteur capable de détecter les maladies dans la salive
La protéine facteur neurotrophique issu du cerveau (ou BDNF pour brain-derived neurotrophic factor) a été liée à plusieurs troubles neurologiques et psychiatriques comme la dépression, la schizophrénie ou le trouble bipolaire.
Par exemple, alors que les personnes en bonne santé affichent un taux de BDNF supérieur à 20 nanogrammes par millilitre (ng/mL), celles atteintes de trouble dépressif majeur présentent des niveaux inférieurs à 10 ou 12 ng/mL.
Partant de ce constat, des chercheurs de l'Université de São Paulo et d'Embrapa Instrumentação (Brésil) ont développé un biocapteur portable capable d’identifier la protéine ainsi que les variations de sa concentration dans la salive. L'outil a été présenté dans la revue ACS Polymers Au en août dernier.
Le biocapteur se compose d'une bandelette flexible munie d'électrodes et d’un analyseur portable. En moins de trois minutes, l’appareil mesure la concentration de BDNF dans la salive. Les résultats peuvent être affichés en temps réel sur un appareil mobile via Bluetooth.
Les tests réalisés avec ce nouvel outil ont montré qu’il est capable de détecter de manière fiable des concentrations extrêmement faibles de la protéine dans les échantillons salivaires ainsi que les variations de taux.
"Il y a peu de capteurs qui effectuent ce type d'analyse, et le nôtre est celui qui a le mieux fonctionné. Il a détecté un large éventail de concentrations, ce qui est un très bon résultat d'un point de vue clinique. Lorsque les niveaux de protéines sont très bas, cela peut servir de signe avant-coureur pour les maladies et les troubles psychiatriques", explique Paulo Augusto Raymundo Pereira, chercheur dans une interview accordée à Agência FAPESP
Dépression : l’appareil pourrait aussi évaluer l’efficacité des traitements
Le biocapteur ne serait pas uniquement utile pour détecter les personnes à risque de dépression, schizophrénie ou autres troubles liés à BDNF. Comme il est capable de mesurer précisément aussi bien les hausses que les baisses des taux de la protéine, l’outil pourrait aussi améliorer le suivi thérapeutique des malades.
En effet, de précédents travaux ont démontré que les antidépresseurs font grimper les niveaux de cette protéine qui joue un rôle crucial dans la croissance et le maintien des neurones.
"En étant capable de signaler une augmentation du BDNF, il contribue comme outil pour surveiller les progrès du patient en fonction du traitement", confirme le scientifique. "Nous nous dirigeons vers la médecine personnalisée, dans laquelle les traitements seront de plus en plus adaptés à chaque individu. Dans le cas du biocapteur, il peut être optimisé pour s'adapter à différents profils", ajoute-t-il dans un communiqué.
Le Dr Pereira et son équipe travaillent désormais sur le dépôt d’un brevet de leur capteur dont ils ont estimé le coût à seulement 1,89 euro par unité.
Dépression, schizophrénie : un biocapteur capable de détecter les maladies dans la salive
24 septembre 2025
Troubles mentaux : un diagnostic "scientifique" est-il possible ?
Citation :
Si chacun considère désormais le diagnostic comme une science, les pratiques qu’il suscite relèvent plus souvent d’art, d’artisanat, de divinations, de mercatique ou autres incantations, que de science exacte.
Par ailleurs, certains processus pathologiques échappent encore au concept anatomoclinique ; vous l’aurez deviné, ce sont majoritairement les processus des troubles mentaux. Les médecins préfèrent parler de « troubles » que de maladies tant qu’ils n’ont pas trouvé de "signature" radiologique, endoscopique, métabolique ou génétique, ni du vivant du patient, ni après sa mort. Ces troubles sont un véritable casse-tête pour les médecins (si l’on peut s’exprimer ainsi), mais on a pris l’habitude de les leur confier malgré tout.
Les médecins se sont alors acharnés à trouver des « signatures » ou « marqueurs », tels que déficit hormonal de dépression, encéphalogramme de schizophrénie, gène d’autisme, métabolisme de maladie bipolaire, synapses d’hyperactivité ; sans trop de succès jusqu’à présent. Faute de diagnostic, ils ont inventé des « échelles » d’évaluation pour les troubles de l’humeur et du comportement.
23 juillet 2025
Dans les coulisses d’un centre expert en psychiatrie
On en compte 54 en France. Les centres experts en psychiatrie, supervisés par la Fondation Fondamental, dédiée à la recherche et aux soins en matière de santé mentale, sont déployés depuis 2007 dans des hôpitaux psychiatriques. Leur objectif ? Évaluer et accompagner les personnes avec troubles bipolaires, schizophrénie, dépression résistante ou troubles du spectre autistique, sur orientation du psychiatre. L'expertise pluridisciplinaire via un bilan approfondi sur plusieurs jours garantit un diagnostic pointu et un suivi personnalisé.
Changement dans le mode de financement
Malheureusement, ces structures sont menacées de fermeture à cause d'un changement dans leur mode de financement. « Alors que les besoins en psychiatrie sont plus pressants que jamais, il est nécessaire de garantir des financements pérennes pour assurer la continuité de ces dispositifs essentiels », alerte la Fondation Fondamental. Pour comprendre le fonctionnement de ces dispositifs, Handicap.fr a visité l'un de ces centres, basé à l'hôpital Albert-Chenevier (AP-HP) de Créteil (Val-de-Marne).
Un check-up approfondi
Nous avons notamment suivi en consultation Patricia, qui vit avec un trouble bipolaire. Depuis qu'elle y est suivie, elle a trouvé la bonne molécule qui régule son trouble de l'humeur et évite les épisodes de manie. Au centre expert, Patricia et les autres patients bénéficient d'un check-up approfondi, sur le plan physique et psychique : examens infirmiers, consultation psychiatrique détaillée, tests neuropsychologiques, discussion collégiale et recommandations individualisées. Ce suivi annuel permet d'adapter les prises en charge pour maximiser rétablissement et insertion sociale.
Aider la recherche
Au-delà des soins, ces centres collectent de précieuses données cliniques et paracliniques sous forme anonymisée, « dans le but de participer au progrès de la recherche en santé mentale », assure le Pr Baptiste Pignon. Malgré leur efficacité démontrée – ils diminuent de 50 % des journées de ré-hospitalisation 12 mois après un passage en centre –, le psychiatre à l'hôpital Albert-Chenevier de Créteil déplore le manque de financement qui pourrait contraindre la pérennité du centre, alors même que le gouvernement a déclaré l'année 2025 comme celle de la santé mentale, « Grande cause nationale ». « Cette décision a été saluée par la profession. Maintenant, on attend les preuves », affirme le Pr Pignon.
Dans les coulisses d'un centre expert en psychiatrie
20 juillet 2025
"C’est un pas de géant pour la psychiatrie" : Taiwan dévoile un outil d’IA capable de diagnostiquer la schizophrénie avec une précision de 91%
La psychiatrie moderne connaît une révolution silencieuse grâce aux avancées de l’intelligence artificielle (IA). À Taïwan, des chercheurs ont mis au point un outil innovant capable de diagnostiquer la schizophrénie avec une précision impressionnante. Cette avancée promet de transformer la manière dont les troubles mentaux sont détectés et traités. En utilisant des données d’IRM et des technologies de deep learning, cette nouvelle plateforme ouvre la voie à une approche plus objective et précise de la psychiatrie, longtemps dominée par des méthodes subjectives et qualitatives. Découvrons comment l’outil BrainProbe, développé par le Taipei Veterans General Hospital, s’impose comme un acteur clé de la santé mentale du futur.
Une percée technologique sans précédent
Le développement de BrainProbe marque un tournant majeur dans le domaine des soins psychiatriques. Première plateforme au monde à utiliser l’IA pour analyser les IRM du cerveau, elle détecte les changements structurels et fonctionnels associés à la schizophrénie. Avec une précision de 91,7 %, BrainProbe surpasse les méthodes traditionnelles qui reposent principalement sur des entretiens cliniques et des observations comportementales. Le Dr Albert Yang, directeur adjoint du Centre de développement d’IA médicale du TVGH, a souligné l’importance de cet outil pour identifier des marqueurs biologiques objectifs, offrant ainsi une approche plus quantifiable des symptômes des maladies mentales.
La schizophrénie, caractérisée par des hallucinations, des délires et des perturbations cognitives, reste difficile à diagnostiquer. Les méthodes actuelles se fondent sur des symptômes auto-rapportés et l’interprétation des médecins, laissant place à des erreurs de diagnostic et à des traitements retardés. L’approche subjective empêche souvent la détection précoce et l’application d’interventions personnalisées qui pourraient améliorer les résultats pour les patients.
L’intelligence artificielle au service de la psychiatrie
Face à ces défis, l’équipe de Yang s’est tournée vers l’IA, utilisant plus de dix ans de données de scans cérébraux de plus de 1 500 individus, y compris ceux en bonne santé et ceux diagnostiqués avec la schizophrénie. L’outil a été formé pour détecter des changements subtils et précoces, invisibles à l’œil humain. Par exemple, dans le cas d’un homme de 30 ans souffrant d’hallucinations auditives et de délires paranoïaques, BrainProbe a identifié des signes de dégénérescence dans sa fonction et structure cérébrales, en particulier dans des régions profondes comme l’insula et le lobe temporal. Ces anomalies ont conduit à une évaluation plus approfondie, confirmant la présence de la maladie.
Mais BrainProbe ne s’arrête pas au diagnostic. Il peut aussi suivre l’évolution du cerveau au fil du temps, établissant un indice de prédiction du vieillissement cérébral et un mécanisme de suivi des changements pathologiques. Cette capacité à suivre les transformations cérébrales ouvre des perspectives prometteuses pour le suivi et l’ajustement des traitements en fonction de l’évolution des patients.
Une vision internationale pour une application élargie
Actuellement proposé dans le cadre d’un programme d’essai clinique à paiement direct au TVGH, BrainProbe attend l’approbation de l’Administration des aliments et médicaments de Taïwan. En parallèle, Yang et son équipe collaborent avec des partenaires internationaux pour intégrer des données de scans cérébraux d’autres populations. L’objectif est de valider l’outil à travers différents groupes ethniques, assurant ainsi son applicabilité mondiale. Cette démarche vise à affiner la précision de BrainProbe et à permettre une recherche plus précise à l’échelle mondiale.
Alors que la plateforme se dirige vers une utilisation clinique plus large, elle pourrait devenir un outil fondamental dans le diagnostic psychiatrique, offrant aux médecins une nouvelle perspective sur l’esprit humain. En effectuant des recherches plus approfondies, BrainProbe pourrait non seulement améliorer le diagnostic de la schizophrénie mais aussi ouvrir la voie à la détection d’autres troubles mentaux grâce à l’IA.
Vers un avenir prometteur
La mise en œuvre de BrainProbe dans le diagnostic psychiatrique représente un pas en avant significatif vers une médecine plus précise et personnalisée. En réduisant la subjectivité et en se basant sur des données objectives, cette technologie pourrait transformer la manière dont les professionnels de santé abordent les maladies mentales. Cependant, un défi subsiste : comment intégrer ces avancées technologiques tout en préservant l’humanité et l’empathie dans les soins psychiatriques ?
« C’est un pas de géant pour la psychiatrie » : Taiwan dévoile un outil d’IA capable de diagnostiquer la schizophrénie avec une précision de 91 % - VivreDemain.fr
03 juin 2025
L’impact de l’intelligence artificielle en psychiatrie
L'impact de l’intelligence artificielle en psychiatrie | Profil Médecin
08 avril 2025
Prédire le risque de progression vers une schizophrénie ou un trouble bipolaire par l’IA ?
Le diagnostic de schizophrénie et de trouble bipolaire est souvent retardé de plusieurs années, malgré une apparition typique de la maladie à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte, ce qui freine la mise en place d’un traitement ciblé. L’objectif de cette étude danoise était de déterminer si des modèles d’apprentissage automatique entraînés à partir de données cliniques de routine issues de dossiers médicaux électroniques (DME) peuvent prédire l’évolution diagnostique vers la schizophrénie ou le trouble bipolaire chez les patients traités en psychiatrie pour d’autres troubles mentaux. Cette étude de cohorte s’appuyait sur les données des DME des services psychiatriques de la région du Danemark-Central. Tous les patients âgés de 15 à 60 ans ayant eu au moins deux contacts (à au moins trois mois d’intervalle) avec les services psychiatriques de la région du Danemark-Central entre le 1er janvier 2013 et le 21 novembre 2016 ont été inclus. L’analyse a été réalisée de décembre 2022 à novembre 2024.
Résultats
L’étude a porté sur 24 449 patients au moment de la prédiction : 32,2 ans [24,2-42,5 ans ; 13 843 femmes [56,6 %]) et 398 922 consultations externes. La transition vers la première apparition de la schizophrénie ou du trouble bipolaire a été prédite par le modèle XGBoost, avec un AUROC de 0,70 (IC à 95 %, 0,70-0,70) sur l’ensemble d’entraînement et de 0,64 (IC à 95 %, 0,63-0,65) sur l’ensemble de test, composé de deux sites hospitaliers retenus.
Avec un taux positif prédit de 4 %, le modèle XGBoost présentait une sensibilité de 9,3 %, une spécificité de 96,3 % et une valeur prédictive positive (VPP) de 13,0 %. La prédiction de la schizophrénie séparément a donné de meilleures performances (AUROC, 0,80 ; IC à 95 %, 0,79-0,81 ; sensibilité, 19,4 % ; spécificité, 96,3 % ; VPP, 10,8 %) que celle du trouble bipolaire (AUROC, 0,62, IC à 95 %, 0,61-0,63 ; sensibilité, 9,9 % ; spécificité, 96,2 % ; VPP, 8,4 %). Les notes cliniques se sont révélées particulièrement instructives pour la prédiction.
Ces résultats suggèrent qu’il est possible de prédire la transition diagnostique vers la schizophrénie et le trouble bipolaire à partir de données cliniques de routine extraites des DMP, la schizophrénie étant nettement plus facile à prédire que le trouble bipolaire.
• Predicting Diagnostic Progression to Schizophrenia or Bipolar Disorder via Machine Learning, Lasse Hansen, MSc, PhD1,2,4; Martin Bernstorff, MD, PhD1,2,4; Kenneth Enevoldsen, MSc, PhD1,4; et al. ; JAMA Psychiatry. Published online February 19, 2025. doi:10.1001/jamapsychiatry.2024.4702.
Prédire le risque de progression vers une schizophrénie ou un trouble bipolaire par l'IA ? - Santé Mentale
12 mars 2025
[RAPPEL] : Journée d’inauguration des Journées de la Schizophrénie : le diagnostic en 2035
Vous êtes en 2035. Les avancées scientifiques et technologiques ont permis une amélioration importante du diagnostic des troubles psy, et redessiné l’espace social et géographique, la prise en compte et l’accompagnement des troubles psy.
Venez vous immerger dans le diagnostic du futur, et découvrir les innovations scientifiques et techniques de demain.
Description
Diagnostic 2035 : plongez dans l’avenir de la santé mentale Nous sommes en 2035, oubliées schizophrénies, bipolarités et dépressions. Bienvenue dans l’ère des biotypes. Les biomarqueurs sont partout. Ils scrutent la voix, analysent le langage, traquent les mouvements des yeux et croisent ces données avec des indicateurs physiologiques : peau, sang, rythme cardiaque, sommeil… Le diagnostic ? Il est posé en pharmacie. Mieux encore : dans les Apple Store.
Un monde idéal ? Pas si vite…
"Diagnostic 2035" – Un événement gratuit, décalé et accessible à tous où des invités d’exception imaginent l’avenir de la santé mentale
Thématiques : Troubles psy | Biomarqueurs | Parcours de soin | Philosophie | Technologies | Éthique | Cybersécurité | Intelligence artificielle | Stigmatisation
Un événement labellisée Grande Cause Nationale signé PositiveMinders dans le cadre des Journées de la Schizophrénie 2025.
Le futur du diagnostic commence aujourd’hui. Rejoignez-nous pour vivre cette expérience immersive et devenez acteur de ce changement. #Diagnostic2035 #SantéMentale #Schizophrénie #InnoverPourDemain
Intervenants : Antonin BEZAUD | Clément Baissat | Nathalie Beslay | Magali Coldefy | Nicolas Franck | Nicolas Glaichenhaus | Angèle Malâtre-Lansac | Franck Mouthon | Alain PERCIVALLE | Jean-Christophe Leroy | Fabrice Saulière | Nathalie Roudaut| Boris Chaumette
Artistes : Elips | Laurêm | Mennijab | L’Indomptable | Arjuna Baer
Un événement organisé par PositiveMinders, labellisé par le Collectif Santé Mentale, en partenariat avec :
- PROPSY - France 2030 (INSERM, CNRS, Fondation FondaMental, CEA, Universités)
- Agence de programmes de recherche en santé de l’INSERM
- Fondation ROGER de SPOELBERCH
- Start-up Psykonos
- Hôpital du Vinatier
- Ville de Lyon
- CLUBHOUSE Lyon
Informations pratiques
Date et horaires
13 mars 2025 (2035 !) de 13h30 à 19h
Adresse
Salle Édouard Herriot, Palais de la Mutualité
1 place Antonin Jutard, 69003 Lyon FRANCE
Important
Cet événement aura lieu en présentiel à Lyon et sera retransmis en direct sur le site des Journées de la Schizophrénie 2025.
L'inscription est obligatoire dans les 2 cas.
Diagnostic 2035
09 février 2025
Délire de persécution : un symptôme à prendre au sérieux !
Publié le 31 janv. 2025 par Manon Duran en collaboration avec le Dr Lilit Abrahamyan Empson (psychiatre à la Faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne (UNIL))
Le délire de persécution est une manifestation fréquente de troubles psychiatriques, souvent associée à des pathologies graves. Quels signes doivent alerter ? Et comment accompagner les patients pour améliorer leur quotidien ? On fait le point.
Sommaire
-Définition : qu’est-ce que le délire de persécution ?
-Délire de persécution : quels signes doivent alerter ?
-Pourquoi et comment s’installe le délire de persécution ?
-Diagnostic du délire de persécution : comment savoir si une personne cède à la paranoïa ?
-Quelles sont les conséquences de ces idées délirantes sur le quotidien des personnes concernées ?
-Comment réagir face à une personne délirante qui se sent persécutée ?
-Traitement : comment soigner le délire de persécution ?
Délire de persécution : symptômes, causes, conséquences | Santé Magazine
23 janvier 2025
Tests du regard : peut-on détecter la schizophrénie d'un simple coup d'œil ?
Des tests basés sur l’analyse des mouvements oculaires permettent aujourd’hui d’observer les anomalies subtiles qui caractérisent notre fonctionnement cérébral. Sont-ils suffisamment fiables pour poser un diagnostic de schizophrénie ?
Sommaire
Rappel : la schizophrénie, un trouble aux multiples facettes
Non, on ne peut pas encore diagnostiquer une schizophrénie grâce à un test du regard
Des tests impliquant le regard sont toutefois réalisés dans le cadre de bilans neuropsychologiques !
Pourquoi ces tests sont-ils indispensables dans la prise en charge des personnes concernées ?
Tests de perception du regard ou des émotions : comment en bénéficier ?
Quelles sont les limites de ces tests de perception ?
Schizophrénie et tests du regard : un diagnostic en un clin d’œil ? | Santé Magazine
16 janvier 2025
Témoignage d'une mère après le décès de son fils aux urgences
12 janvier 2025
L'héboïdophrénie, un diagnostic médico-légal controversé...
Le terme d’héboïdophrénie, a longtemps été utilisé en psychiatrie pour désigner une forme particulière de schizophrénie, caractérisée par des comportements antisociaux et un risque élevé de passage à l’acte criminel. Il a aujourd’hui disparu du vocabulaire médical et ne figure plus dans les classifications officielles des pathologies mentales.
L'héboïdophrénie, un diagnostic médico-légal controversé...
27 décembre 2024
Comment prendre en charge la schizophrénie ?
La schizophrénie nécessite une prise en charge globale et rigoureuse qui combine traitements médicamenteux, psychothérapie et soutien psychosocial pour favoriser le rétablissement des patients et améliorer leur qualité de vie.
Sommaire
Rappel : qu’est-ce que la schizophrénie ?
Est-ce qu’on peut guérir de la schizophrénie ?
Quels médicaments privilégier pour contrer les symptômes ?
Quoi qu’il arrive, n’arrêtez pas votre traitement sans avis médical !
Quid de l’électroconvulsivothérapie (ECT) ou sismothérapie contre la maladie ?
Schizophrénie : une prise en charge psycho-thérapeutique est indispensable !
18 décembre 2024
Troubles bipolaires : faut-il croire aux tests sanguins ?
« C'est l'avenir. Ça change complètement la donne. » Président de l'association Bipolarité France, Renaud Maigne exprime l'immense espoir qu'a fait naître chez les patients bipolaires – ils sont 1,6 million en France – la mise sur le marché, au printemps dernier, des premiers tests sanguins pour détecter la bipolarité. « Je suis moi-même patient bipolaire. Mes premiers symptômes ont eu lieu à 20 ans et je n'ai été diagnostiqué qu'à 36 ans. » C'est tout l'enjeu et la promesse de ces nouveaux tests : « Le trouble bipolaire commence souvent par un épisode dépressif », explique Émilie Olié, psychiatre au CHU de Montpellier. « Il faut en moyenne huit ans avant que le bon diagnostic soit correctement posé et que le traitement adapté soit prescrit. » Avec, dans l'intervalle, de longues années de souffrances pour les patients et leurs proches. Et parfois des suicides.
Diagnostiquer la bipolarité rapidement, par un simple test sanguin, serait donc une avancée sans précédent. C'est la promesse du premier test lancé en avril dernier sur le marché français, avec une opération de communication bien huilée, par la société Alcediag. Le principe : il mesure les modifications d'édition d'ARN de marqueurs spécifiques dans le sang des patients. Alcediag promet une fiabilité « supérieure à 80 % » pour son test myEdit-B, vendu en France au prix de 900 euros, et non remboursé.
Un avis négatif de la Haute Autorité de santé
Un prix « hyperexcessif pour les patients », regrette Renaud Maigne. « Alors que ce serait un outil très pertinent pour des gens de 20 ans qui sont dans le déni. » Encore faut-il que le test soit fiable. Or la Haute Autorité de santé a publié un avis négatif, en mai. La HAS a refusé d'accorder le forfait innovation – une avance sur la prise en charge – au test d'Alcediag au motif que « les données disponibles à son sujet ne permettent pas de justifier d'un service attendu suffisant ».
Elle reproche à la société de ne lui avoir présenté qu'une seule étude clinique, ainsi que le manque de données sur l'algorithme utilisé et les changements de cet algorithme. « On s'est peut-être un peu précipités », concède la dirigeante d'Alcediag, Alexandra Prieux. « Nous avions déjà le soutien de France 2030. On a choisi de faire cette demande de forfait innovation en quelques mois pour une question de timing. À ce moment-là, nous n'avions pas publié notre second article, qui l'a été quelques semaines plus tard. »
« Le problème, relève Boris Chaumette, docteur en psychiatrie et neurosciences, psychiatre au GHU Paris et chercheur à l'Inserm, c'est que l'enjeu d'un second article, c'est de répliquer. Or les auteurs ont changé les biomarqueurs entre les deux papiers. Si vous changez le test, vous changez la méthode. » « Il faut être certain que l'algorithme ne soit pas modifié », abonde Sylvain Lehmann, directeur de l'Institut des neurosciences de Montpellier, qui a validé des biomarqueurs de la maladie d'Alzheimer permettant la mise au point de tests sanguins.
« Le test sur le marché utilise des biomarqueurs qui ont été publiés », rétorque Alexandra Prieux. « Avec un algorithme extrêmement précis que, certes, nous n'avons pas divulgué pour des questions de propriété intellectuelle mais qui est tout à fait documenté dans nos dossiers réglementaires. »
« À ce jour, aucun test ne remplit les conditions »
Pour Sylvain Lehmann, « quand une société veut vendre directement ces tests au consommateur, ce n'est pas bon signe ». Boris Chaumette dit avoir « l'impression qu'ils ont commercialisé un peu vite leur test et qu'ils se disent “les patients vont payer la recherche et on verra bien avec les données qu'on accumulera si on arrive à les classer” ». « La recherche scientifique coûte beaucoup plus cher que cela », balaie la présidente d'Alcediag, qui défend le sérieux de ses études.
Deux autres sont en cours : l'une auprès de 418 patients, en France, en Espagne et au Danemark ; la seconde, pilotée par la psychiatre Chantal Henry, en France, pour demander un remboursement du test. Lequel est pour l'instant peu utilisé par les psychiatres. « Les patients l'ont beaucoup demandé au début, quand on en a parlé dans les médias, et puis c'est retombé », constate un praticien.
Il faut dire que l'Association française de psychiatrie biologique et de neuropsychopharmacologie (AFPBN) ne les a pas franchement encouragés : « À ce jour, aucun test ne remplit [les conditions nécessaires] pour un usage en pratique clinique », a taclé l'association dans un communiqué publié au moment de la mise sur le marché du test d'Alcediag. « Il y a des études prometteuses et séduisantes sur ces biomarqueurs, mais on est bien loin de pouvoir les appliquer au quotidien en pratique clinique », déplore Émilie Olié, présidente de l'AFPBN.
Moins d'un psychiatre sur trois prêt à les utiliser
Des études qui se comptent… par centaines. Le psychiatre montpelliérain Raoul Belzeaux et l'immunologiste niçois Nicolas Glaichenhaus en ont recensé 1 114 sur ce sujet précis, dans une étude systématique qui sera prochainement publiée, dont 61 leur ont paru suffisamment sérieuses. Mais, même dans cette short list, « très peu montraient des résultats validés dans deux cohortes indépendantes » et « aucune ne s'appuyait sur des patients non traités venant consulter leur médecin généraliste ».
Selon Raoul Belzeaux, trois sortiraient vraiment du lot : celle d'Alcediag, une autre publiée par une neuropsychiatre de l'université de Cambridge, Sabine Bahn… et la sienne, puisque Raoul Belzeaux a obtenu le prix Marcel Dassault, en 2022, avec un projet de test sanguin pour distinguer dépression et bipolarité, reposant sur le dosage des cytokines. Mais les deux chercheurs, malgré la publication d'une première étude positive, n'en sont pas encore à la phase de la commercialisation d'un test, qui se fera, si elle a lieu, par le biais d'une start-up, Psykonos.
« Sous réserve de l'obtention des autorisations, nous allons lancer une étude de validation sur une cohorte de 623 patients dans une dizaine de centres hospitaliers », détaille Raoul Belzeaux. Une étude qui s'étendra sur deux ans et qui portera « sur des patients sans traitement, ou en début de parcours de soins, ce qui n'a jamais été fait ». La commercialisation éventuelle d'un test, ce sera pour plus tard, avec un objectif de prix « entre 200 et 250 euros ».
Les deux concurrents français, Alcediag et Psykonos, se rejoignent sur un point : pas question, ni pour l'un ni pour l'autre, que leur test vienne « remplacer le diagnostic du psychiatre ». « Nous sommes un outil d'aide à la décision », souligne Alexandra Prieux. Raoul Belzeaux dit toutefois concevoir son test « dans l'esprit d'un test de dépistage ». L'attente des patients est immense. Reste à convaincre les praticiens : moins de 30 % des psychiatres interrogés en 2018 par une publication spécialisée dans la santé mentale, JMIR Mental Health, considèrent des tests biologiques de prédiction de la transition psychotique comme « acceptables, fiables, faisables et peu risqués »…
Troubles bipolaires : faut-il croire aux tests sanguins ?
15 juin 2024
Troubles mentaux : une Intelligence Artificielle surveille le moral grâce à la voix
Une intelligence artificielle est en mesure de détecter les rechutes chez des patients touchés par des troubles psychiques en fonction de l’intonation de leur voix ou du champ lexical qu’ils emploient.
Cette technologie permet de surveiller l’évolution des symptômes et de mettre en place une prise en charge adaptée en cas de rechute.
Dans le cadre du suivi, certains patients tiennent des journaux vocaux tandis que d’autres sont appelés régulièrement par un membre de l’équipe médicale.
Peut-on repérer une rechute chez un patient atteint de schizophrénie ou de dépression grâce à l’intonation de sa voix ou au vocabulaire qu’il emploie ?
Une surveillance des symptômes dépressifs ou d’un trouble bipolaire
L’entreprise a donc mis au point des technologies de traitement du signal pour déterminer le timbre de la voix ainsi que l’intonation. Les données vocales sont ensuite recoupées avec "des technologies de NLP, de transcription", pour rechercher la richesse lexicale et la structure des phrases du patient.
"Notre objectif est de suivre des gens qui sont déjà diagnostiqués d'une dépression, d'un trouble bipolaire, ou d'une schizophrénie, et de les suivre dans le temps, car ils ont un fort potentiel de rechute", a décrit le président de Callyope. Dans le cadre du suivi, certains patients font le choix de tenir un journal vocal, au moins une fois par semaine tandis que d’autres préfèrent qu’un membre de l’équipe soignante les appelle de temps en temps. "Ce qu’on est capable d’apporter, ce sont des marqueurs plus objectifs sur l'évolution des symptômes pour que le médecin puisse les lire pendant la consultation (…) S’il y a un cas où l’état du patient se dégrade de manière trop importante entre deux consultations, on va pouvoir avancer le rendez-vous et agir avant qu’il ne soit trop tard", a-t-il complété.
25 avril 2024
Puis-je informer la famille d'un patient de sa schizophrénie, sans l'accord explicite de ce dernier ?
Je me pose la question de la possibilité d'informer la famille d'un patient chez qui nous suspectons (sa neurologue et moi-même) une maladie psychiatrique de type schizophrène. Cela fait plus de deux ans que ce patient présente des signes évocateurs et qui est dans le déni de ses troubles malgré mes multiples préconisations de consulter un confrère psychiatre.
L'un des ses proches m'a fait part des ses inquiétudes vis à vis de l'état mental de ce patient. Ma question est donc : dans l'intérêt de ce patient et en raison de la spécificité de ce type de maladie, ai-je le droit d'informer sa famille sur son état de santé.
Réponse d’un avocat :
Aux termes de l'Article L1110-4 du Code de la santé publique: (...) « En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations. » (2ème alinéa du V- de l’article L.1110-4 du code de la santé publique).
Vous ne pouvez pas en parler à la famille sans avoir recueilli l'accord du patient. C'est éminemment très compliqué en cas de déni de la maladie. Sans évoquer la maladie, il faut sans doute amener le patient à accepter l'idée de parler à sa famille de certains troubles...
16 février 2024
Trouble de la personnalité schizoïde : symptômes, diagnostic, prise en charge
Trouble de la personnalité schizoïde : le tableau clinique
Le trouble de la personnalité schizoïde se définit par une inadaptation et une prononciation excessive de certains traits de caractère. À terme, cette inadéquation pathologique a un impact notable sur le fonctionnement général de la personne concernée. Dans le cadre de ce trouble de la personnalité, le schizoïde présente un désintérêt majeur pour les interactions sociales ainsi que pour les sensations physiques et sensorielles. Dans les faits, les personnalités schizoïdes préfèrent largement être seules qu’en présence d’autrui. Le regard que l’autre porte leur importe peu, ce qui renvoie d’elles une image égocentrique, distante et individualiste. Ces personnes se réfugient très largement dans un monde intérieur, au sein duquel elles ont créé leur propre univers, parfois bâti sur des croyances mystiques, voire des relations imaginaires. Les symptômes du trouble de la personnalité schizoïde n’évoluent que très peu au cours de la vie, contrairement à d’autres troubles de la personnalité, qui tendent à s’améliorer.
Trouble de la personnalité schizoïde : le diagnostic
Pour établir le diagnostic du trouble de la personnalité schizoïde, les professionnels de santé peuvent s’appuyer sur les classifications internationales qui établissent des critères précis. C’est le cas, notamment, du DSM-V, qui fait figure de référence en la matière. Ainsi, la personne schizoïde doit au moins répondre à quatre de ces manifestations (d’après Le Manuel MSD) :
- Ne pas rechercher les relations interpersonnelles, y compris avec les membres de sa famille.
- Privilégier les activités solitaires.
- Ne pas présenter un intérêt pour les relations sexuelles.
- Ne pas prendre de plaisir à pratiquer une activité.
- Ne pas avoir d’amis en dehors de ses parents.
- Être indifférente au regard d’autrui, aux compliments comme aux critiques.
- Ne pas exprimer d’émotions, et faire preuve de détachement face aux interactions avec les autres.
En outre, les psychologues et psychothérapeutes prennent en compte des éléments plus individualisés comme le parcours médical du patient, l’apparition des manifestations cliniques, la souffrance qu’il exprime, ou encore l’impact de ses différents symptômes sur sa vie privée et professionnelle. Le comportement de la personne lors de la consultation constitue aussi un précieux indice pour déterminer l’existence — ou non — d’un trouble de la personnalité.
Trouble de la personnalité schizoïde : la prise en charge
En France, les troubles de la personnalité représentent entre 30 et 40 % de la population psychiatrique, d’après le docteur en pharmacie Sarah Dapzol. Ceux-ci peuvent revêtir une intensité et des conséquences diverses et variées. Généralement, les personnes présentant une personnalité schizoïde sont très souvent peu ou mal diagnostiquées, car elles ont tendance à intérioriser leurs affects. Or, la précocité de la prise en charge revêt une réelle importance dans le cadre du trouble de la personnalité schizoïde. Plus le patient grandit, plus sa plasticité mentale se fige, et plus ses traits de personnalité pathologiques se stabilisent. Dans le cadre de ce trouble psychique, la psychothérapie constitue le principal traitement de fond. Mais pour être efficace, celle-ci suppose l’adhésion du patient, ainsi que l’instauration d’un climat de confiance avec le psychothérapeute.
Deux types de psychothérapies sont ainsi privilégiés :
La thérapie de soutien : cette forme thérapeutique vise à soulager la souffrance de la personne schizoïde en apaisant ses symptômes, et en l’aidant à mieux s’adapter aux diverses situations de la vie. Il s’agit d’une psycho-rééducation susceptible de s’inscrire dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales.
L’entraînement aux habiletés sociales : réalisé via des jeux de rôle, cet enseignement a pour objectif de développer les compétences nécessaires pour que l’individu schizoïde puisse mieux s’intégrer au sein de son entourage. Ces habiletés vont de l’expression des sentiments à la gestion des émotions, en passant par la résolution de conflits ou la communication sociale.
27 octobre 2023
Troubles psychiques : un risque de cancer augmenté ?
Des mois, voire des années. C'est le temps perdu par ce jeune homme atteint de troubles psychiques dont l'extrême fatigue n'a pas été prise au sérieux. Associée par les médecins aux effets secondaires de son traitement, elle était finalement le résultat d'une leucémie diagnostiquée sur le tard. On parle en médecine « d'éclipse diagnostique ». Des témoignages comme celui-là, l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) en a recueillis un grand nombre dans le cadre de son enquête : « Obstacles, ressources et contrastes dans les parcours de soins complexes : le cas du cancer chez les personnes vivant avec un trouble psychique sévère », publiée en septembre 2023. L'impact peut alors être vital… Documentée depuis plusieurs années, la surmortalité des personnes ayant un trouble psychique (bipolarité, schizophrénie, dépression, anxiété…) est imputée à un risque plus élevé de suicide. Or, contrairement aux idées reçues, cette mortalité prématurée est attribuable « avant tout, à des motifs de décès similaires aux causes de mortalité les plus fréquentes en population générale (notamment les cancers et les maladies cardio-vasculaires) », explique l'Irdes.
Taux de mortalité deux fois plus élevé
L'institut remarque que, pour le cancer (toutes pathologies confondues), le taux de mortalité des personnes vivant avec un trouble psychique est même « doublé par rapport à la population générale ». En cause ? « Un cumul de vulnérabilités » qui accentue le risque de comorbidités. Au premier plan, un moindre recours aux examens diagnostiques recommandés et donc une mise en place des traitements retardée, avec, effet boule de neige, une diminution des chances de rémissions. Par ailleurs, la parole du patient n'est pas toujours bien prise en compte : « la plainte somatique est comprise comme un symptôme du trouble psychique ou comme un effet de son traitement, sans toujours donner lieu à des examens complémentaires ou au suivi recommandé ». Ajoutons à cela certains traitements (notamment neuroleptiques) qui jouent sur la perception de la douleur et conduisent certains patients à ne pas alerter leur entourage et le corps médical.
Iniquité dans les parcours de soin
D'autres problématiques viennent également ralentir le processus diagnostique puis thérapeutique ; l'Irdes observe une méconnaissance des particularités psychiques par les équipes soignantes, entraînant une stigmatisation et une iniquité dans les parcours de soin. D'après lui, les équipes d'oncologie associent la prise en charge de ces patients à un « surcroît de travail et parfois un découragement, voire un rejet, à la suite de rendez-vous manqués par exemple ». Un oncologue témoigne : « Chez les patients schizophrènes, tous les gestes invasifs sont problématiques, et il est beaucoup plus compliqué de les traiter ». Pour couronner le tout, des obstacles de communication entre les services d'oncologie et de psychiatrie ont été identifiés. Enfin, l'isolement social et la précarité financière dans lesquelles vivent ces personnes les éloignent un peu plus d'un suivi médical régulier.
Quelles solutions ?
Une meilleure coordination entre les spécialités médicales pourrait, selon l'Irdes, améliorer cette prise en charge. D'autant que, d'après ces chercheurs, « certaines personnes ont un trouble relativement stabilisé et parfois sont aguerries dans l'organisation de leurs soins (prise de rendez-vous, gestion des traitements médicamenteux et des effets secondaires, relations aux professionnels) via leur expérience du soin en santé mentale ». Le concept de « reverse integrated care », déjà présent dans le modèle américain de santé, est l'une des solutions envisagées par l'Irdes. L'idée ? Offrir aux personnes ayant un trouble psychique sévère l'accès à des soins de santé physiques coordonnés, directement au sein des services de santé mentale. En résumé, il s'agirait de faire communiquer davantage les deux systèmes qui fonctionnent encore trop en vases-clos.


