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22 janvier 2026

Le Monde.fr : La prison, un "nouvel asile" au bord de l’implosion

Par Grégoire Biseau et Camille Stromboni ; Publié le 29 décembre 2025

Surpopulation carcérale, pression sécuritaire, crise de la psychiatrie… les professionnels de la santé et de l’administration pénitentiaire dénoncent une situation alarmante et le silence des politiques.

Le jeudi 11 décembre après-midi, à la maison d’arrêt d’Argentan (Orne), les surveillants ont découvert le corps de Yanis, 22 ans, pendu, au milieu de sa cellule. Toujours en vie, mais inanimé, il est transporté en urgence à l’hôpital d’Alençon, où il meurt deux jours plus tard. Incarcéré depuis janvier 2024 à la prison d’Evreux (Eure), il avait été transféré en novembre de la même année au centre pénitentiaire d’Argentan, après une double condamnation (à quinze mois de prison ferme), pour vol aggravé et recel.

Cela faisait plusieurs mois déjà que l’état psychologique de Yanis se dégradait. A plusieurs reprises, il a fait état à ses proches d’un sentiment de persécution de plus en plus prononcé. En juin, sa famille, relayée par son avocat, Eric Plouvier, alerte la direction de la prison et demande un transfert d’établissement. Sans réponse. L’été se passe et l’état dépressif de Yanis se détériore. Il est hospitalisé une première fois le 28 octobre, au centre psychothérapique de l’Orne, à Alençon, puis le 6 novembre au centre hospitalier d’Argentan. Après chaque séjour, c’est le retour en cellule.

Le dimanche 7 décembre, sa mère lui rend visite et s’aperçoit qu’il tient des propos suicidaires, entend des voix et refuse de s’alimenter depuis plusieurs jours. A la sortie, elle exige une intervention médicale en urgence. Le lendemain, Me Plouvier écrit au directeur de l’établissement un courrier, que Le Monde a pu consulter, dans lequel il demande « la mise en œuvre sans délai de toutes les mesures susceptibles de préserver son intégrité physique ». « Un examen urgent par un psychiatre ou un psychologue apparaît également indispensable », est-il ajouté.

Le courrier reste sans réponse et, deux jours plus tard, Yanis se pend dans sa cellule. « Aujourd’hui, on préfère laisser les détenus atteints de troubles psychiques mourir en prison plutôt que de les soigner en hôpital », condamne Eric Plouvier, qui compte attaquer l’Etat en responsabilité.

.../...

https://sante-secu-social.npa-lanticapitaliste.org/spip.php?article11809

27 juillet 2025

Suicide : ces idées reçues qui aggravent la souffrance

Le psychiatre David Masson remet en perspective dix idées reçues sur le suicide. Une méconnaissance, des représentations erronées qui nuisent au souvenir des personnes disparues, à celles en détresse et aux proches.

En février 2025, une étude parue dans la revue scientifique The Lancet signalait une baisse de près de 40 % du taux de suicide dans le monde entre 1990 et 2021. Quelques jours plus tard, la Drees, via l’Observatoire national du suicide affichait la tendance inverse : en France, le taux repart à la hausse.

En 2022, 9 200 personnes se sont donné la mort, soit 13,4 suicides pour 100 000 habitants, contre 13 l’année précédente. Une inversion de tendance après plus de trente ans de recul continu depuis le milieu des années 1980.

En février 2025, une étude parue dans la revue scientifique The Lancet signalait une baisse de près de 40 % du taux de suicide dans le monde entre 1990 et 2021. Quelques jours plus tard, la Drees, via l’Observatoire national du suicide affichait la tendance inverse : en France, le taux repart à la hausse.

En 2022, 9 200 personnes se sont donné la mort, soit 13,4 suicides pour 100 000 habitants, contre 13 l’année précédente. Une inversion de tendance après plus de trente ans de recul continu depuis le milieu des années 1980.

Que d’hommages maladroits liés à une méconnaissance du suicide

Le député Olivier Marleix a mis fin à ses jours le 7 juillet dernier. Rapidement, sur le réseau X on pouvait lire : « Dimanche, un Olivier Marleix tout sourire inaugure plusieurs projets dans sa circonscription, le lendemain il se suicide : ça ne tient pas debout », publiait un internaute sur le réseau X. Ou encore : « Depuis quand les gens se suicident sans laisser un mot à leurs proches ? »

Les commentaires vont bon train, aussi infondés que dommageables. Face à cette vague d’idées fausses, souvent alimentées par la théorie du complot, des hommages maladroits, ainsi que des phrases irrespectueuses, le Dr David Masson – psychiatre responsable médical du centre de réhabilitation psychosociale CURe Grand-Est Lorraine auteur et vulgarisateur en santé mentale – a choisi de prendre la parole sur X pour rétablir quelques vérités.

« Entre banalisation, instrumentalisation et expertises bidon qui pullulent dans cette triste actualité, il faut remettre un peu de clarté », écrivait-il dimanche 13 juillet.

10 principales idées reçues sur le suicide

Pour cela, le psychiatre a retenu, parmi la déferlante de commentaires sur les réseaux sociaux, ceux qui cristallisent le plus d’idées fausses, stéréotypées et préjudiciables.

« Il y a une épidémie suspecte de suicides en France »

Chaque année, près de 10 000 personnes meurent par suicide en France. Soit 28 par jour, environ 1 par heure. C’est plus que les morts sur la route. Ce n’est pas une « épidémie récente », mais une urgence de santé publique silencieuse.

« Il n’a pas laissé de mot, donc ce n’est pas un suicide »

La majorité des suicides ne s’accompagnent d’aucune lettre. L’absence de mot ne prouve rien, mais ajoute au chagrin des questions sans réponse.

« Le suicide est un choix »

C’est avant tout la conséquence d’une souffrance psychique intense. La crise suicidaire enferme dans une impasse où la mort semble la seule issue pour éteindre la douleur. Ce n’est pas un choix.

« Il souriait, donc il ne pouvait pas aller si mal »

Ce qu’on voit n’est pas toujours ce qu’on vit. On peut sourire, même en pleine crise suicidaire. La détresse n’a pas toujours de visage. Ce n’est pas un bon critère pour repérer la détresse.

« Il n’avait pas l’air déprimé, donc ce n’est pas un suicide »

Le suicide est fréquent en cas de dépression, mais il peut aussi survenir dans d’autres troubles (bipolarité, schizophrénie, addictions). Parfois, il n’y a aucune pathologie.

« Ceux qui en parlent ne passent pas à l’acte »

Idée reçue. Parler de suicide est souvent un appel à l’aide. Beaucoup de personnes ayant fait une tentative ou s’étant suicidées en avaient parlé, parfois discrètement.

« Je ne suis et ne serai jamais suicidaire »

Personne n’est totalement à l’abri : jeunes, adultes actifs, personnes âgées…

« Le suicide, c’est un acte égoïste »

Dans une crise suicidaire, la souffrance déforme le raisonnement : la personne pense parfois soulager ses proches. Les conséquences sont tragiques, mais jamais intentionnellement malveillantes.

« Parler de suicide à une personne qui va mal, ça va lui donner des idées »

Faux. Poser la question n’incite pas à l’acte, au contraire. Cela ouvre un espace de parole, permet d’évaluer la souffrance. Il s’agit de lancer une bouée.

« Contre le suicide, il n’y a rien à faire »

C’est faux également. Chacun peut agir pour la prévention. Quelques exemples : connaître le 3114 (numéro national de prévention du suicide), en parler autour de soi, et signer la pétition Le suicide, une mobilisation pour pouvoir en parler.

Un tabou très ancien maintient le suicide dans l’ombre. Il suscite culpabilité, honte, déni, malaise, idées reçues… Ces freins bloquent la parole, entretiennent l’ignorance et empêchent d’agir. Ils entravent la prévention et le soutien aux personnes concernées, sans oublier leur entourage, souvent confronté à l’inquiétude ou au deuil.

À la lumière des connaissances actuelles, le suicide apparaît comme un drame du silence. Pourtant, en parler sauve des vies. C’est pourquoi un collectif de professionnels réuni autour du programme Papageno lance cette mobilisation. Avec le projet « Le suicide, pouvoir en parler », ces experts veulent ouvrir la voie vers une société où ceux qui souffrent trouvent de l’aide, et ceux qui accompagnent trouvent les mots justes.

Santé. Suicide : ces idées reçues qui aggravent la souffrance

29 juin 2024

[Dossier] : Dynamique des équipes mobiles

Revue : Santé mentale N°289- juin 2024

Les équipes mobiles sont "à la mode". Elles font souffler un vent nouveau et constituent une réelle source de créativité clinique. Cette appellation recouvre une grande diversité de pratiques, de dispositifs et de publics concernés. Seul dénominateur commun, la mobilité, qui apparaît comme une redécouverte et un enrichissement de l’ADN du soin. A quels besoins répondent les équipes mobiles ? Avec quels types de professionnels et quelles références théoriques ? Quelle place pour le travail en binôme ? Comment circonscrire ce phénomène ?

01 juin 2024

Rétablissement : au-delà des outils

Dans le champ de la santé mentale, le rétablissement semble être une cause entendue. Mais qu’en est-il de la mise en œuvre voire de la compréhension même de ce paradigme ? Adopter des pratiques réellement orientées rétablissement reste une démarche exigeante, qui comporte un élément central, celui de la participation des usagers à tous les niveaux. Comment ancrer concrètement et durablement ce modèle ? Analyses et retours d’expériences.

Un gros dossier dans la Revue de la santé mentale : lire le sommaire



11 février 2024

[Dossier dans le magazine "L'Express"] : Troubles mentaux : les nouveaux espoirs

Génétique, imagerie, immunologie, neurosciences… L’Express lève le voile sur les avancées scientifiques, méconnues mais bien réelles, qui sont en train de changer la donne en psychiatrie. Les médecins comprennent de mieux en mieux les mécanismes biologiques à l’œuvre dans la dépression, l’anxiété, les troubles bipolaires, la schizophrénie ou encore les addictions. Ces progrès commencent à porter leurs fruits, avec une profusion de nouvelles stratégies thérapeutiques en cours de développement. En ouvrant des voies vers de possibles guérisons, ils redonnent des perspectives aux malades et pourraient rendre la discipline plus attractive pour les soignants. L’espoir est là, alors que ces maladies touchent un nombre croissant de Français depuis la crise sanitaire.


https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sante/troubles-mentaux-les-nouveaux-espoirs-WSOW2B2RFRCB3AC5AAHVAFYDQI/

02 novembre 2021

Aidants familiaux : "C’est comme si on était ses bras et ses jambes" et parfois sa tête

Être soi, et en même temps le proche en situation de dépendance soutenu au quotidien. Six Alsaciens de Mulhouse, Stosswihr, Sélestat, Obernai, Strasbourg et Saverne racontent leur vie d’aidant.

Dans le quotidien " Les Dernières Nouvelles d'Alsace" du mardi 2 novembre, un dossier grand format sur les aidants familiaux.

Claire, Paul, Nathalie, Camille, Manuela et Jean-Philippe sont comme 11 millions de Français aujourd’hui – 23 millions dans trente ans du fait du vieillissement de la population – qui, par leurs aides régulières, compensent les actes de la vie quotidienne que leur proche en perte d’autonomie du fait de la maladie, du handicap ou de l’âge, ne peut plus faire.

Dans ce grand format, nous pouvons découvrir leur témoignage ainsi que l'interview du Mulhousien Jean Ruch, co-auteur du livre : "Les proches aidants pour les nuls".

https://c.dna.fr/societe/2021/11/01/grand-format-aidants-familiaux-c-est-comme-si-on-etait-ses-bras-et-ses-jambes-et-parfois-sa-tete

21 septembre 2021

[Dossier] : Psychiatrie, soigner autrement

Alors que vont se tenir à la fin du mois les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, le magazine La Croix-L’Hebdo s’est immergé au sein du G21, un pôle de santé mentale des Hauts- de-France où il n’est pas question de "patient" mais d’"usager", et où la maladie se soigne au sein de la cité.

Lire l'article disponible en ligne : 




En complément :

Les 5 principes de la "psychiatrie citoyenne"

1/ Les droits de l’homme et du citoyen sont inaliénables, les troubles psychiques ne les annulent en aucun cas.

2/Justice et psychiatrie, prison et hôpital, enfermement et soins ne doivent plus être confondus.

3/ C’est la société, et donc les services de santé mentale, qui doit s’adapter aux besoins des patients et non le contraire.

4/ Il faut aller au terme de la politique de sectorisation, pensée en 1945, et fermer les lieux d’exclusion médicaux et sociaux.

5/ La lutte contre la stigmatisation et les discriminations est indispensable : sensibiliser la population afin de modifier les préjugés de dangerosité, d’incompréhension et d’incurabilité entourant les personnes ayant affaire à la psychiatrie.

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La psychiatrie en chiffres

Les malades

En France, chaque année, une personne sur cinq est touchée par un trouble de la santé mentale. Le taux de suicide y est de 13,2 pour 100 000 habitants. La moyenne européenne est de 10,5 pour 100 000 habitants.

Les dépenses remboursées au titre des maladies psychiatriques et de la consommation de psychotropes représentent le premier pôle de dépenses de l’assurance-maladie avec 23,4 milliards d’euros en 2018.

Les psychiatres

En 2019, la France compte 15479 psychiatres en exercice, soit 23 pour 100000 habitants, ce qui la situe au 4° rang de l’Union européenne. Mais la répartition sur le territoire est très hétérogène. Il y a seulement 9 psychiatres pour 100000 habitants dans l’Aube ou le Cantal, contre 37 dans le Rhône et 99 à Paris.

Un psychiatre sur deux a plus de 55 ans.

En 2020, la France compte 597 pédopsychiatres, dont la moyenne d’âge est de 65 ans. 17 départements ne comptent aucun pédopsychiatre.

L’hospitalisation

Sur 12,9 millions de patients hospitalisés en 2019, 419 000 l’ont été en psychiatrie (6 pour 1 000 habitants). Parmi ceux-ci, 12 % ont moins de 18 ans, 3 % ont 80 ans ou plus.

Le temps moyen d’hospitalisation pour un patient à temps complet est de 58 jours.

2,1 millions de patients ont été pris en charge en ambulatoire en établissements sous dotation annuelle de financement (DAF). Cela représente 21,3 millions d’actes. Parmi ceux-ci, 59 % ont été réalisés en centres médico-psychologiques (CMP), 6 % au domicile du patient.

Sources : Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (Atih) et L’observatoire 2021 de la santé mentale en France (Mutualité française)

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Une BD

HP (tomes 1 et 2), de Lisa Mandel

Avec une mère et un beau-père tous deux infirmiers en psychiatrie, l’autrice de BD Lisa Mandel a une bonne vue d’ensemble sur le sujet. À travers eux et leurs collègues infirmiers, elle revisite plusieurs décennies de psychiatrie en France. Très documenté, âpre mais souvent drôle, HP permet de saisir les évolutions du secteur et les difficultés qu’il rencontre, parmi lesquelles le manque de moyens.

L’Association, 14 € et 13 €

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Un documentaire

Le monde normal

Pour Public Sénat, la documentariste Hélène Risser revient à l’hôpital psychiatrique d’Erstein (Bas-Rhin). Ses parents y étant tous les deux soignants, elle y a vécu enfant. Elle confronte ses souvenirs de la psychiatrie ouverte des années 1970 à celle beaucoup plus "enfermante" d’aujourd’hui.

link.infini.fr/mondenormal

30 avril 2021

Psychophobie : "Être malade psychique, c’est nécessairement appartenir au néfaste”

Morgane Garnier, Journaliste en collaboration avec le Dr Anne Giersch (psychiatre et directrice de recherche à l’Inserm, Strasbourg)) et Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne .

En France, 20% de la population est touchée par des troubles psychiques. Autant de personnes qui peuvent rencontrer des difficultés d’accès à l’emploi, au logement ou aux soins, ou encore recevoir des remarques déplacées et souffrir des préjugés liés à leur santé mentale.


24 février 2021

[Revue] : La schizophrénie, un trouble mental aux multiples visages

Tout un dossier publié dans la revue Cerveau & Psycho N°130, mars 2021

Boris Chaumette, psychiatre et chercheur en neurosciences à Paris.

Il n’y a pas « une », mais « des » schizophrénies, aux symptômes variés et handicapants, bien loin des clichés véhiculés par l’imaginaire collectif. Les chercheurs et les médecins comprennent de mieux en mieux les étapes de la pathologie depuis la première crise psychotique. Une aide précieuse pour toutes les personnes concernées.


SOMMAIRE

p.28 : Un trouble mental aux multiples visages

p.36 : Une maladie auto-immune ?

p.42 : Les clé de la prévention

p.46 : Interview "On peut retrouver une vie normale après une schizophrénie"