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Nouvelles
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07 avril 2026
Faire face à la stigmatisation de la schizophrénie : surmonter la honte de soi, les stéréotypes et les mythes médiatiques
La stigmatisation de la schizophrénie peut être l’un des aspects les plus difficiles à vivre pour les malades. Lesley McCuaig relève trois sources de stigmatisation : la honte de soi, les stéréotypes sociaux et les mythes médiatiques. Appelant à une plus grande sensibilisation aux maladies mentales sévères, elle espère que le partage de son expérience contribuera à dissiper ces idées fausses.
La schizophrénie est sans doute le trouble psychiatrique qui suscite la plus forte stigmatisation.
Je passe beaucoup de temps à militer et à évoquer mon expérience de la schizophrénie afin de lutter contre la stigmatisation dont elle pâtit. Mes interventions et mes écrits m'ont permis de constater que de nombreuses personnes ne comprennent pas ce qu’est la schizophrénie.
La stigmatisation de la schizophrénie résulte souvent d'un manque d'éducation sur le sujet. Les gens ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas, et la schizophrénie peut sembler effrayante au premier abord.
J'ai donc choisi de raconter mon histoire afin d’éveiller les consciences sur la réalité de la vie avec la schizophrénie. J’espère que mes écrits et la lecture d’autres articles sur le même sujet aideront à mieux comprendre ce trouble psychiatrique souvent méconnu et à réduire ainsi la stigmatisation dont il fait l’objet.
La stigmatisation de la schizophrénie chez les personnes récemment diagnostiquées
Avant que l’on me diagnostique une schizophrénie, je ne savais presque rien de cette maladie. Si j'avais eu les connaissances que j’ai aujourd'hui, le choc du diagnostic aurait sans doute été moins violent.
L'autostigmatisation peut constituer un défi majeur pour les personnes souffrant de schizophrénie. On y retrouve souvent la honte d'être atteint de la maladie. En ce qui me concerne, la stigmatisation sociale entourant la schizophrénie, combinée à l’autostigmatisation, m'ont empêchée de tendre la main et de demander de l'aide.
Je ressentais une profonde honte liée aux hallucinations auditives que j’entendais.
Les stéréotypes sur la schizophrénie peuvent cacher des vérités surprenantes
Stéréotype social n° 1 : « Seuls les sans-abri ont des hallucinations auditives »
L'idée ici est, je pense, que « seuls » les sans-abri ont des hallucinations auditives dues à la schizophrénie ou à d'autres troubles mentaux sévères.
Les recherches montrent que 5,5 % de la population américaine souffre d'une maladie mentale sévère, un taux qui atteint 31,4 % chez les sans-abri. La schizophrénie touche environ 1 % de la population générale, mais 20 % des sans-abri.
Malgré une prévalence plus élevée chez les sans-abri, ces derniers ne représentent qu'un faible pourcentage des personnes atteintes de schizophrénie. En effet, sur les 1 % de personnes atteintes de schizophrénie, la grande majorité ne vit pas dans la rue. Ces stéréotypes renforcent la stigmatisation des sans-abri et de la schizophrénie. Ils impliquent que les personnes atteintes de schizophrénie sont incapables de mener une vie stable et que le fait d’avoir un logement peut prévenir ou guérir la maladie.
Stéréotype social n° 2 : « Les hallucinations auditives sont toujours un signe de schizophrénie »
Les chercheurs estiment que 5 à 28 % de la population générale entend des voix ou d'autres sons sous forme d'hallucinations. Ces phénomènes peuvent avoir diverses origines, notamment des troubles liés à la perte auditive, sans lien avec la schizophrénie. 16 % des personnes souffrant de troubles de l’audition ont des hallucinations sonores.
Jusqu'à 70 % des personnes feront l’expérience d’hallucinations auditives au moins une fois dans leur vie au moment de l’endormissement ou au réveil. Il s'agit d'une forme d'hallucination courante.
Les études montrent également qu'environ 75 % des personnes atteintes de schizophrénie souffriront d’hallucinations auditives.
Dépasser la représentation de la schizophrénie dans les médias
Mythe médiatique n° 1 : Les personnes atteintes de schizophrénie sont violentes
La stigmatisation de la schizophrénie est souvent entretenue par les représentations véhiculées par la presse, la radio ou le cinéma, notamment l’idée selon laquelle les « personnes atteintes de schizophrénie commettent des actes violents ».
En réalité, la plupart des personnes atteintes de troubles psychotiques ne commettront jamais d'acte de violence. Les études montrent que moins de 10 % des crimes violents commis au sein de la société peuvent être attribués à la schizophrénie.
De fait, selon certaines études, les personnes atteintes de schizophrénie sont 14 fois plus susceptibles d'être victimes d'un crime violent que d'en être les auteurs.
La stigmatisation peut avoir un effet paralysant sur la vie d'une personne. Cela peut entraîner notamment l’isolement social, une baisse de l'estime de soi, une détérioration des relations, une réduction des opportunités en matière d'emploi et de logement, et constituer un frein majeur à la recherche de soins, ce qui allonge les délais de prise en charge.
Qu'est-ce que la schizophrénie ? Il s'agit d'un trouble psychiatrique qui affecte les pensées, les émotions et les comportements d’une personne. Certains des premiers signes d'alerte sont de voir ou d’entendre quelque chose qui n'existe pas, d’avoir parfois une pensée désorganisée (symptômes positifs), de manquer de motivation pour effectuer ses activités quotidiennes (symptômes négatifs).
Lorsque l’on décrit les symptômes de la schizophrénie, le terme « positif » n'a pas la même signification que celle que nous lui attribuons habituellement. Les symptômes positifs sont des expériences qui s'ajoutent à l’état mental normal d'une personne, comme les hallucinations ou les troubles délirants. En revanche, les symptômes négatifs sont des pertes ou diminutions de fonctions psychologiques normales d'une personne, affectant sa motivation, ses interactions sociales et l’expression de ses émotions.
Mythe médiatique n° 2 : La schizophrénie est un dédoublement de la personnalité
La schizophrénie n'est pas synonyme de dédoublement de la personnalité, de personnalités multiples ou de troubles dissociatifs.
Au contraire, une personne atteinte de schizophrénie peut avoir des difficultés à prendre des décisions, à distinguer la réalité de l'imaginaire, ou encore à exprimer et gérer des émotions normales. Les symptômes peuvent varier d'une personne à l'autre.
Le point à retenir
La stigmatisation peut avoir un impact profond sur une personne atteinte d'une maladie, en altérant non seulement l'image qu’elle a d’elle-même mais aussi celle que la société lui renvoie.
Ainsi, pour contribuer à réduire la stigmatisation de la schizophrénie et celle associée aux maladies mentales sévères, je vous invite à vous informer et à sensibiliser votre entourage. Vous pouvez commencer par écouter des podcasts, lire des articles sur Internet ou regarder des vidéos sur YouTube. Si vous avez des enfants, vous pouvez les sensibiliser à la santé mentale dès leur plus jeune âge.
Nous sommes nombreux à nous mobiliser pour défendre les personnes atteintes de maladies mentales sévères telles que la schizophrénie. Ne laissez pas notre combat rester sans écho.
Ce témoignage et les informations présentées ont une visée pédagogique et ne constituent pas des conseils spécifiques pour l'évaluation, la gestion ou le traitement d'une quelconque pathologie.
Schizophrénie : comprendre et surmonter la stigmatisation, les stéréotypes et la honte
12 mars 2026
Pictômes - support visuel de psychoéducation
- les usagers vivant avec un trouble psychique et leurs proches : comprendre ses symptômes, c’est déjà faire un pas vers le rétablissement.
- les professionnels de tout horizon : Destigmatiser, c’est comprendre, dialoguer et accompagner.
Pictômes se compose d’une planche descriptive du trouble ainsi que de planches dédiées aux symptômes. Ceux-ci seront illustrés avec la mascotte « Pictômes » accompagné d’exemples concrets.
La mallette est en constante évolution. Nous vous invitons à nous suivre sur nos comptes :
et bientôt notre site internet.
Pour télécharger la mallette, voici le lien du formulaire : https://forms.gle/VdevgkEjLgVa3Mcp6
[Outil du mois] Pictômes - Support visuel de psychoéducation - Centre ressource réhabilitation
11 février 2026
[BD] : Le monde est psy ! Voyage en santé mentale
RÉSUMÉ
Entre conversation intime et enquête documentaire, ce roman graphique dessiné par Laurent Richard déjoue les idées reçues sur la psychiatrie. À travers un échange vivant entre Jasmina Mallet, psychiatre spécialiste des neurosciences, et Benoît Broyart, écrivain passionné par les liens entre maladie mentale et création artistique, découvrez une approche à la fois humaine des troubles bipolaires, schizophrénie, autisme : ce livre lève le voile sur ces réalités qui concernent près d'un Français sur cinq. Un parcours initiatique qui mêle histoire de la psychiatrie, témoignages, anecdotes personnelles et réflexions sur notre rapport à la santé mentale.
Une bande dessinée à la fois informative et profondément emphatique, qui invite le lecteur à déstigmatiser la maladie mentale et à regarder différemment la souffrance psychique.
28 janvier 2026
[Podcast] : "Santé mentale" : de quoi parle-t-on ?
Une série de podcasts réalisés par Laetitia FORGEOT d'ARC dans le cadre de la Maison de la Santé Mentale de l'Eurométropole de Strasbourg.
Récits croisés : Six personnes ont osé se jeter à l'eau pour témoigner et nous faire comprendre !
Parler de la santé mentale sans tabou, c'est possible grâce aux témoignages de Evelyne, Margot, Bénane, Dalila, Eric et Joséphine ! Ils parlent sans fard de leurs combats, des souffrances et des mots qui blessent, de leur espérance aussi.
Le courage des Gueules cachées au service de la déstigmatisation.
Accès direct au premier épisode :
https://smartlink.ausha.co/gueules-cachees-1/recits-croises-episode-1
Tout les épisodes sont accessibles sur les serveurs Deezer, Spotify ou Apple Podcasts.
Sinon, retrouvez-les tous sur le site Gueules cachées.
Avec le soutien de l'UNAFAM, groupe du Bas-Rhin.
12 novembre 2025
Langue française : emploi inapproprié des mots ‘’schizophrène’’ et ‘’schizophrénie’’ .
Nous sommes de fidèles auditeurs de France Inter, merci pour vos émissions .
Bravo à Philippe Aghion pour le prix Nobel et merci infiniment à Nicolas Demorand pour son livre et son magnifique témoignage sur ses troubles psychiques.
Les mots ont un sens. Mal les utiliser, c’est les galvauder.
La schizophrénie est une maladie que nous connaissons car l’un de nos fils en est atteint. Des aidants, des associations de familles de malades se battent pour que cette maladie fréquente (1 % de la population et 13 millions de personnes souffrent de troubles psychiques, soit 20 % de la population) soit mieux comprise et traitée.
Trop souvent dans les discours politiques et médiatiques, le terme « schizophrénie » est détourné. Chaque fois que nous entendons des personnes cultivées et intelligentes employer le nom ‘’schizophrénie’’ dans un contexte négatif et inapproprié nous sommes surpris, déçus, voire énervés.
La banalisation de l’utilisation péjorative du mot « schizophrénie » et de ses variations pour parler d’une personne ou d’une situation ambivalente, renforce les préjugés, la stigmatisation et l’isolement des personnes qui vivent avec ce trouble psychique. Il faut continuer d’expliquer, de diffuser des informations afin de corriger les préjugés, d’où mon courrier.
Si vous le souhaitez, veuillez contacter une association (par exemple l’ Unafam) pour avoir plus d’informations sur cette maladie et sur la façon d’en parler susceptible d’aider au mieux le plus grand nombre et corriger les préjugés.
En vous remerciant d’avoir pris le temps de nous lire et au plaisir de continuer à écouter France Inter.
La médiatrice de Radio France
Langue française #45/25 – La Médiatrice
05 novembre 2025
5 idées reçues sur la santé mentale
La santé mentale ne se définit pas seulement comme l’absence de troubles psychiques (anxiété, dépression, troubles du comportement alimentaire, schizophrénie, bipolarité…). C’est « un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté », selon l’Organisation mondiale de la santé.
Il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer cette composante essentielle de notre santé, ainsi que le montrent les chiffres (voir encadré). Pourtant, certaines idées reçues perdurent sur la santé mentale. Et ces préjugés empêchent parfois d’en parler et donc de se soigner.
« Les problèmes psys, ça ne me concerne pas »
Comme souvent avec les maladies qui suscitent la peur (c’est le cas aussi du cancer), on n’imagine pas que l’on peut être touché par les troubles psychiques. « La réalité, c’est qu’on peut tous l’être : si on ne l’est pas directement, ce sera un proche. Mais on y sera confronté un jour ou l’autre », rappelle la Dr Sarah Smadja (1), psychiatre et cheffe de service au sein du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.
C’est ce déni qui peut amener à ne pas se rendre compte que son conjoint, son enfant va mal. « Si un jeune se renferme, on va avoir tendance à se dire "ça va passer, c’est la crise d’adolescence", alors que c’est peut-être le début de quelque chose. »
La santé mentale en chiffres
1 personne sur 4 va souffrir d’un trouble mental à un moment de sa vie.
Un tiers des arrêts de travail ont des motifs psychologiques.
La santé mentale est le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie, devant les cancers et les maladies cardiovasculaires (plus de 23 milliards d’euros chaque année).
23 % des Français ont le sentiment de ne pas prendre soin de leur santé mentale (c’est encore plus vrai chez les femmes et les 18-24 ans).
« Pas besoin d’aller voir un psy si je n’ai pas de trouble sévère »
La perte de son emploi, l’interruption d’une grossesse, le départ des enfants de la maison, un deuil… Il existe de multiples événements qui, au cours de la vie, peuvent nous fragiliser, pour un temps seulement ou plus durablement. Or, il peut être opportun de consulter dès les premiers signes de mal-être, avant que celui-ci ne s’installe. C’est d’ailleurs pour faciliter l’accès à un accompagnement psychologique que l’Assurance maladie a créé « Mon soutien psy » : jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue, remboursées par la Sécurité sociale et les complémentaires santé.
Toutefois, faire cette démarche reste parfois tabou dans notre société. Elle est également perçue, à tort, comme réservée aux personnes souffrant de troubles psychiques chroniques ou sévères. Si l’on est « simplement » déprimé, il suffirait de se prendre en main, de ne pas trop s’écouter. « Mais ce n’est pas une question de volonté, souligne Aude Caria, psychologue et directrice de Psycom, un organisme public d'information sur la santé mentale et de lutte contre la stigmatisation. Dire à quelqu’un qui se trouve dans cette situation de "se bouger" est totalement contre-productif. Car être en incapacité de faire quoi que ce soit est justement l’un des symptômes de la dépression. » Mieux vaut lui conseiller d’en parler à son médecin traitant ou d’appeler une ligne d’écoute.
« Les troubles psychiques, ça ne se soigne pas, c’est pour la vie »
Le judoka Teddy Riner, le chanteur Stromae, l’actrice Isabelle Carré… depuis une dizaine d’années, de plus en plus de personnalités évoquent leur santé mentale et les soucis qu’elles ont pu rencontrer à un moment donné de leur vie. Une démarche qui aide à libérer la parole et qui montre que personne n’est épargné, mais aussi et surtout que l’on peut s’en sortir.
« Le trouble psychique est vu comme un poids que l’on traîne toute sa vie, qui nous collerait à la peau et finirait même par nous définir. On oublie que cela peut être très ponctuel et que certaines maladies s’expriment sous forme de crises passagères, rappelle la Dr Sarah Smadja. Si la prise en charge a été précoce, et avec le bon traitement, il est tout à fait possible de mener une vie normale. »
La récente révélation du journaliste Nicolas Demorand concernant sa bipolarité a d’ailleurs confirmé que l’on pouvait travailler avec cette maladie mentale, et sans que celle-ci ne soit connue.
« Les personnes qui ont des troubles sévères sont violentes et dangereuses »
Le cinéma, les séries et la littérature proposent parfois une vision caricaturale de la santé mentale. Les personnages souffrant de maladies mentales sont présentés comme violents et dangereux et les soins psychiatriques réduits à l'enfermement à vie à l'hôpital. « L'hospitalisation est en fait réservée aux cas les plus graves et pour des périodes courtes », indique la directrice de Psycom.
Cette idée reçue n’est pas sans conséquence. « Elle génère de la peur et un retard dans l’accès aux soins », déplore la psychiatre Sarah Smadja.
« Il faut forcément des médicaments pour se soigner »
Tout comme l’hospitalisation, les traitements lourds (et notamment la prise de médicaments) ne sont pas non plus toujours indispensables. Tout dépend du trouble et de son degré de sévérité. L’arsenal thérapeutique s’est en effet élargi. « Aujourd’hui, le traitement médicamenteux n'est qu'une option parmi d'autres, rappelle la Dr Sarah Smadja. Une psychothérapie suffit parfois. Des études ont même montré que, dans des dépressions légères par exemple, une activité physique permet de se passer de traitement. »
Plus largement, de nombreux facteurs favorisent une bonne santé mentale (lire encadré). En plus de l’activité physique, le sommeil, l’alimentation, la nature ou encore les relations sociales ont une influence sur le psychisme.
5 idées reçues sur la santé mentale | Harmonie Santé
25 octobre 2025
"On n'est pas autiste": quand la politique alimente la stigmatisation du handicap
"En utilisant le terme d'autiste, mes propos ont blessé et ce n'était pas mon intention. J'en suis sincèrement désolé et je présente mes excuses", a écrit le ministre du Travail et des Solidarités sur le réseau X.
Sa remarque avait fait réagir sur les réseaux sociaux des élus de gauche et associations de défense des personnes handicapées.
"Ces mots blessent, stigmatisent, perpétuent des clichés, et participent à l'exclusion des personnes autistes, c'est du validisme", a par exemple protesté la députée écologiste Marie-Charlotte Garin.
"L'autisme n’est ni un défaut ni une insulte. Les mots comptent, surtout quand ils viennent d’un ministre des Solidarités", a fustigé le député Génération.s de Dordogne Sébastien Peytavie.
"C'est tous les mois qu'il y a des sorties comme ça, que ce soit par des politiciens ou des journalistes sur les plateaux télé", déplore Hugo Baup, médecin psychiatre.
"Les troubles psychiques (comme la schizophrénie ou la bipolarité, ndlr) et neurodéveloppementaux (l'autisme, ndlr) servent souvent en politique pour décrédibiliser l'adversaire", décrypte-t-il à l'AFP.
Or l'usage de ces expressions contribue à stigmatiser ces troubles, signalent associations et psychiatres.
"C'est insultant de traiter quelqu'un d'+autiste+", indique à l'AFP Danièle Langloys, présidente d'Autisme France, en réaction aux propos de Jean-Pierre Farandou.
"Ça ne donne pas tellement envie de parler de son trouble et de demander de l'aide", appuie Hugo Baup, soulignant que "si, en plus, on se sent rejeté par la société, ça peut produire du désespoir, de la dépression, des idées suicidaires".
En sous-entendant que l'autisme correspond à une incapacité d'écoute et de compréhension, Jean-Pierre Farandou a véhiculé, selon les experts, une image erronée de ce trouble.
Celui-ci se caractérise par un ensemble d'affections et se manifeste de diverses manières, au-delà d'un comportement social atypique, comme des difficultés à passer d'une activité à l'autre ou une attention exagérée aux détails.
La schizophrénie est tout aussi mal comprise.
"Les politiciens utilisent le mot en général pour exprimer l'idée d'un dédoublement de personnalité. Alors qu'en fait, il s'agit de la difficulté à percevoir correctement la réalité. Donc ça n'a rien à voir", explique à l'AFP Jean-Christophe Leroy, président de l'organisation PositiveMinders, qui lutte pour la déstigmatisation des troubles psychiques.
Hugo Baup a lancé, en février 2024, une pétition appelant à "arrêter d'utiliser les troubles psychiques (et neurodéveloppementaux) comme des insultes", qui a récolté plus de 40.000 signatures.
Il réclame "une exigence d'honorabilité chez les politiciens et les journalistes".
"Je demande que les politiciens utilisent le reste du dictionnaire, qui est largement assez riche et beau pour ne pas se focaliser sur les troubles psychiques", indique le psychiatre.
Le gouvernement, qui a déclaré la santé mentale "grande cause nationale" de l'année 2025, "devrait être sensibilisé un minimum aux dégâts que cause l'utilisation à tort et à travers de ces mots", estime Jean-Christophe Leroy.
S'il observe une évolution des pensées, il avance que celle-ci est portée par la société, notamment les jeunes, "et les pouvoirs publics suivent un peu".
De son côté Danièle Langloys demande "une campagne nationale de sensibilisation à l'autisme" pour rattraper le "retard" qu'accuse la France sur cette question.
Elle invite également M. Farandou à rebondir pour faire en sorte que "la solidarité à l'égard des personnes autistes devienne une cause publique".
"On n'est pas autiste": quand la politique alimente la stigmatisation du handicap
03 octobre 2025
[Table ronde] : Santé Mentale et Médias – informer sans stigmatiser
Pour témoigner, écouter, mieux (se) comprendre entre personnes concernées et professionnels de l'information, un rendez-vous au cœur des Semaines d'information sur la santé mentale :
Table ronde - le jeudi 9 octobre - 18h - Au Shadok*, à Strasbourg
- Jean-Christophe Leroy, directeur de l'association Positive Minders (enquête Les Faits ordinaires),
- Laetitia Forgeot d'Arc, journaliste et auteure du podcast Gueules cachées
La soirée sera filmée et diffusée en direct. Entrée libre
Une invitation du GEM (Groupe d'entraide mutuelle) Aube et du
* 25, presqu’île André Malraux, Rue du Bassin d'Austerlitz à Strasbourg
08 septembre 2025
Handicap : comment nos préjugés affectent nos relations
Évaluer la qualité de la relation qui se noue entre deux personnes, l’une porteuse d’un handicap, l’autre non : tel est l’objectif de l’étude novatrice menée en conditions réelles, en contexte étudiant, par deux enseignantes-chercheuses en psychologie, Nadège Doignon-Camus et Maria Popa-Roch, du Laboratoire interuniversitaire des sciences de l'éducation et de la communication (Lisec)*. L'un des 31 projets soutenus dans le cadre de l’appel à recherche exploratoire 2024 de l’Initiative d’excellence.
Nous sommes
parties d’une hypothèse : la qualité de la relation nouée entre deux
personnes va forcément être affectée si l’une est porteuse d’un
handicap. Ceci n’est pas un jugement de valeur, mais c’est intimement
lié à la nature humaine, les relations s’établissant sur la base de
jugements amorcés spontanément lors d’interactions sociales et d’a
priori
, expliquent de concert Nadège Doignon-Camus et Maria
Popa-Roch. La première est spécialiste de psychologie cognitive, la
seconde de psychologie sociale. Leurs recherches communes sont menées à
la croisée de ces deux champs.
« D’où viennent les malentendus qui peuvent s’installer ? »
Partant de ce constat, nous avons
besoin de comprendre ce qui se joue dans la rencontre, le face-à-face,
dans l’interaction pour, justement, dépasser ces a priori. C’est ce qui
m’intéresse et ce qui est à l’origine de mes travaux depuis le début
, précise Maria Popa-Roch. D’où viennent les malentendus qui peuvent s’installer ?
, complète Nadège Doignon-Camus.
40 binômes d’étudiants
Pour y répondre, une étude d’ampleur a été menée à l’automne et au printemps derniers, en parallèle du travail de thèse de Mélanie Huber, que codirigent les deux enseignantes-chercheuses du Lisec. Dans
le cadre d’un scénario préétabli, 120 binômes d’étudiants ont été
recrutés pour un travail collaboratif. Trois types de binômes ont été
formés : deux étudiants sans handicap ; un sans handicap/un en fauteuil ;
un étudiant sans handicap et un porteur de dyslexie.
Prenant garde à ne pas laisser leurs biais les influencer, les chercheuses ont établi un protocole de recherche strict : Les
étudiants ne sont évidemment pas au courant qu’ils participent à une
expérience, ils pensent qu’ils participent à un travail de groupe
classique, dans le cadre de leurs études : on parle dans le jargon de
“participants naïfs”
. Concernant le handicap « invisible » (la
dyslexie), l’autre membre du binôme étudiant est mis au courant. Seuls
trois « complices », organisateurs, sont dans la confidence des
véritables règles du jeu.
Décodage
Bras croisés, sourires, signes d’acquiescement, d’agacement et de distanciation comme les bras croisés, ton froid ou chaleureux…
Nous en sommes désormais à la phase
d’analyse, à partir des entretiens, qui ont été filmés. Là encore, tout
est fait pour éviter les biais : une grille d’observation très fine des
comportements a été établie, et codée par des personnes neutres,
informées ni de la nature de l’étude, ni de ses objectifs.
Bras
croisés, sourires, signes d’acquiescement, d’agacement et de
distanciation comme les bras croisés, ton froid ou chaleureux… Il s’agit d’un véritable décodage des comportements, des gestes et des postures
.
L’objectif est à présent d’étudier si la
qualité d’interaction entre deux personnes, mesurée par le comportement
réel (et non pas les déclarations concernant le comportement), varie en
fonction de la présence ou non d’un handicap. Une étude
complémentaire est aussi menée avec des enfants, en situation réelle de
classe, pour observer les interactions entre un enseignant et un élève
porteur ou non d’un handicap.
En raison de leur complexité d’organisation et de leur coût, tant en termes de ressources que de temps, peu d’études en psychologie sont menées à une telle échelle, en conditions réelles
,
soulignent les chercheuses, qui apprécient avoir bénéficié du
financement de recherche exploratoire de l’Initiative d’excellence (lire encadré). Pour
dépasser le stade de l’hypothèse, cela nous a permis de financer les
trois postes d’assistantes de recherche, indispensables au bon
déroulement de l’étude.
Faire évoluer le regard et les pratiques
Si leur travail vient confirmer
certaines hypothèses, selon lesquelles la qualité des interactions est
de moins bonne qualité lorsqu’une personne est en situation de handicap,
il va à l’encontre de précédents travaux menés en psychologie, notamment le fait que le handicap visible stigmatiserait davantage que le handicap invisible (ici, la dyslexie)
.
Quand on sait que la qualité de la
relation patient/soignant s’établit dès les premières minutes, ou quand
on pense à l’enjeu de la relation enseignant/élève, il est crucial
d’être conscient des biais qui nous affectent tous, dans la qualité des
relations que nous nouons.
Pour faire évoluer le regard et les pratiques.
- Écouter aussi le podcast Une publi, des humains : « Handicap et empathie : aux racines des préjugés »
28 mai 2025
L’image de la santé mentale "change doucement mais sûrement"
« Si notre regard sur les malades changeait, le monde changerait. » Cette citation, Frédéric Loux, président du Groupe d’entraide mutuelle l’Etincelle à Molsheim (GEM), l’aime tout particulièrement car elle s’applique parfaitement à la santé mentale.
Le regard sur la maladie psychique pèse sur les membres du GEM. Chacun a en mémoire une parole reçue de plein fouet illustrant la difficulté de la société à appréhender cette question. Frédéric Loux, de Boersch, se souvient avoir été traité de « fou » pendant sa scolarité. « Tu n’es plus pareille, tu fais peur, tu fais exprès », s’est entendue dire Edith Kayser lorsqu’elle est tombée malade. Ma voisine m’a traitée de rat de la société...
Molsheim. L’image de la santé mentale « change doucement mais sûrement »
01 mai 2025
Festival : "O’se changer les codes"
Cet événement se tiendra les 16 et 17 mai 2025
AU PROGRAMME :
· Vendredi 16 mai : conférences, tables rondes, fresque participative et stands d'information autour des droits des personnes en situation de handicap.
· Samedi 17 mai : journée festive avec concerts, défilé de mode et animations.
Voir le programme complet.
Retrouvez également toutes les informations et les liens vers les inscriptions ci-dessous : (évènement gratuit mais soumis à réservations)
https://crhvas-grandest.fr/nos-actions/
25 avril 2025
Santé mentale : ils ont décidé de parler...
12 avril 2025
[Interview] : "On ne guérit pas d’un trouble psychique"
À l’occasion des Journées de la schizophrénie, qui se sont déroulées du 15 au 22 mars 2025 partout en France, actu.fr décrypte ce trouble qui souffre encore de beaucoup de préjugés.
Interview avec Anne Leroy, cofondatrice de l’association PositiveMinders, qui a pour mission de sensibiliser l’opinion publique à la schizophrénie et aux autres troubles psychiques.
Interview. "On ne guérit pas d’un trouble psychique" : tout comprendre à la schizophrénie, maladie toujours stigmatisée
26 mars 2025
Journées de la schizophrénie : briser les préjugés pour accélérer l’accès aux soins
- Un amalgame entre la schizophrénie et la dangerosité
- Sensibiliser pour changer les mentalités
Journées de la schizophrénie : briser les préjugés pour accélérer l’accès aux soins | RCF
15 mars 2025
De faux faits divers pour poser un autre regard sur la schizophrénie
« Les Faits Ordinaires », c’est le nom de la dernière campagne de PositiveMinders, association franco-suisse qui informe sur la schizophrénie et les autres troubles psychiques et qui facilite l’accès aux soins. Cette nouvelle campagne, conçue par The Good Company, reprend les codes du fait divers pour interroger les préjugés autour de la schizophrénie, une maladie dont l'évocation peut faire peur car elle est souvent mal représentée dans la culture populaire.
« Un schizophrène s’introduit dans l’appartement d’une femme avec une scie… Et lui fabrique un placard sur mesure en moins de deux heures », peut-on ainsi lire dans le faux journal de presse sensationnaliste de PositiveMinders. « Une majorité de faits sordides fait surface lorsque le sujet est “schizophrène”, ce qui produit un réflexe stigmatisant qui consiste à associer la schizophrénie à des individus dangereux », explique un communiqué.
La campagne donnera lieu, le 17 mars prochain, à un partenariat inédit entre l’association PositiveMinders, le journal Libération et le média parodique Le Gorafi. L’ensemble des éléments de la campagne sont regroupés sur le site :
14 mars 2025
"Une schizophrène ne peut pas écrire ces lettres merveilleuses" dans le Masque et la Plume sur France Inter
30 janvier 2025
Troubles psychiques (dépression, bipolarité...) : faut-il en parler au travail ?
Alors qu’un Français sur cinq souffre de troubles psychiques, la difficulté à en parler est toujours présente. Faut-il essayer d’en parler au travail ? On fait le point avec Coralie Fournier, psychologue du travail.
Faut-il parler de sa maladie au travail ? Une question délicate à laquelle il n’est pas toujours évident de répondre. Partager ses problèmes avec ses collègues, c’est prendre le risque d’être mis à l’écart. En toucher un mot à son patron, c’est risquer une mise au placard… Et si ce choix était différent selon le trouble, l’entreprise et les collègues de chacun ?
Les troubles psychiques désignent différentes affections qui altèrent l’état de santé mentale. Ils peuvent, selon les individus, prendre des formes et s’exprimer de manière très différente. Ils peuvent être diagnostiqués à plusieurs périodes de la vie et s’installent plus ou moins dans la durée. Les plus répandus sont : les troubles bipolaires, les troubles anxieux, les addictions, la dépression, les troubles obsessionnels compulsifs ou encore les troubles psychotiques tel que la schizophrénie. Ces divers troubles modifient le rapport de l’individu à la réalité objective. C’est ce qui nous permet la distinction entre la réalité psychique construite par l’individu et celle qui nous entoure. Cela peut donc avoir un impact sur la vie sociale mais également sur la vie professionnelle.
Troubles psychiques : les préjugés sont tenaces
Il faut savoir que depuis 2005, le handicap psychique est reconnu par la loi. Celui-ci est défini comme une restriction d’activité liée à une altération de l’état de santé psychique. Cela permet notamment à l’employé de bénéficier de dispositifs prévus pour aider à l’insertion professionnelle. L’entreprise peut alors aménager le poste ainsi que les conditions de travail. Cette insertion est connue pour avoir des impacts positifs sur les troubles.
Parfois, un employé va préférer taire ses troubles psychiques, car les préjugés sont encore tenaces. Et légalement, rien ne lui oblige à déclarer à son employeur ou à ses collègues son trouble. De nombreux managers ne sont pas sensibilisés à cette question. En parler avec eux, leur expliquer ce dont vous avez besoin comme aménagement peut aider à faire la lumière sur certains troubles.
Pourquoi il est important de libérer la parole
Libérer la parole peut également permettre de diminuer la souffrance de la maladie. Cela permet de banaliser ces pathologies. La verbalisation est donc la condition sine qua non d’une possible amélioration. Côté employeur comme employé, discuter peut permettre de mieux se comprendre.
Coralie Fournier, psychologue du travail ajoute : "Toutefois, un contexte de liberté doit être instauré en amont, cela reste une démarche à l’initiative du salarié dans laquelle il est libre de s’exprimer ou non selon ses ressentis, son contexte de travail, la nature et les potentielles évolutions de son trouble... Cela évite les comportements de réactance, qu’ils soient exprimés de manière consciente ou non".
La difficulté de parler de son trouble psychique tient surtout à la peur de fragiliser notre lien à l’autre, de voir nos responsabilités diminuer etc. Tout se joue alors sur la confiance à l’autre, et surtout par une sensibilisation aux troubles psychiques et à ce qu’il représente. Il est pour cela important que les RH et les employeurs se forment à la santé mentale : qu’est-ce que sont ces affections ? Que vit la personne concernée ? Comment l’accompagner ?
Si vous vous sentez en confiance, parler de ces sujets encore tabous peut grandement faire avancer, autant sur le plan de la maladie que sur celui de la connaissance de ces troubles.
Coralie Fournier conclue : "L’idée d’en parler reste le meilleur moyen pour sensibiliser et atténuer les stéréotypes. Cependant, il faut garder à l’esprit que le salarié ne doit pas se sentir contraint. En ressent-il le besoin ? Est-il prêt à s’exposer ? Il est également important de penser aux éventuelles conséquences, positives comme négatives, qui peuvent en découler. Si le contexte n’est pas favorable à une adaptation au trouble rencontré, il faut penser à la manière de le rendre. Les stratégies d’influence en vue de modifier les représentations mentales/sociales sont appropriées, cela peut passer par la verbalisation du salarié mais pour limiter l’impact des conséquences négatives, la diffusion d’idée de manière implicite avec une non identification de l’acteur concerné, peut aider le salarié dans sa prise de décision".
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Il a fallu dix ans pour que Carole, jeune consultante au parcours apparemment sans accroc, ose parler de ses troubles obsessionnels compulsifs (Toc) devant quelqu’un d’autre que son compagnon ou sa famille.
Dix ans ponctués de longues périodes d’isolement, quand masquer son angoisse convulsive d’être contaminée et ses obsessions hygiénistes lui demandait trop d’énergie, ne serait-ce que pour aller boire un verre avec des amis. « J’avais peur de ne pas être comprise et d’être moquée », se souvient-elle. Une peur fondée sur un climat ambiant peu propice, estime-t-elle : « Le handicap est présenté dans la société comme un sujet lourd, souvent triste. »
Affronter au quotidien la gêne, les railleries ou l'éloignement
Gêne, railleries, éloignement : autant de réactions que les personnes atteintes d’un trouble psychique ou du comportement doivent affronter au quotidien. Ainsi, Alexandre, qui souffre de schizophrénie, a vu ses relations amicales être affectées par des périodes où il se rappelle avoir été « haut perché » ou « être devenu condescendant » sous l’influence d’un sentiment de toute-puissance. « J’ai très mal vécu le fait de voir s’éloigner des amis proches, alors que je leur ai présenté mes excuses et exprimé mon désir de renouer », regrette le jeune homme âgé de 33 ans.
Au cours de ses expériences professionnelles, s’il a rencontré des personnes bienveillantes à son égard, il a aussi vécu beaucoup de situations inconfortables, liées à l’ignorance : « Souvent, les gens confondent la schizophrénie avec un TDI (Trouble dissociatif de l’identité), quand quelqu’un s’identifie à deux, voire plusieurs personnalités. Ou bien ils s’imaginent qu’on peut devenir violent, alors qu’en général on a plus de mal avec nous-mêmes qu’avec les autres. »
Ces troubles invisibles font parfois peser une défiance sur les personnes concernées. Atteinte d’un trouble bipolaire pour lequel elle a été plusieurs fois hospitalisée, Pauline le confirme : « Je sens bien qu’on a plus de mal à m’accorder sa confiance, du fait de ma maladie. » Récemment, un couple de son entourage a sollicité cette mère de famille à la foi vive pour devenir la marraine de leur enfant : « Ça m’a fait un plaisir immense. Jusqu’à présent, personne n’avait voulu me confier cette responsabilité ! »
La désinvolture des personnes publiques ou des médias
Mère d’un jeune homme schizophrène et fondatrice du podcast Gueules Cachées, qui donne la parole à des personnes atteintes de troubles psychiques, Laetitia Forgeot d’Arc souligne la désinvolture des personnes publiques ou des médias. « Des responsables politiques se taxent de “schizophrènes” ou se défendent d’être “autistes”. C’est très inscrit dans notre société. Moi-même qui suis concernée familialement, je peux plaisanter avec le terme “borderline”, contribuant à sa stigmatisation, reconnaît-elle. Tous ces mots sont employés à mauvais escient et connotés négativement. Cela pousse les personnes à se recroqueviller sur elles-mêmes ; or le repli social est précisément en première ligne des symptômes de ces maladies-là. »
Le rôle de l'environnement pour dépasser les étiquettes négatives
De son côté, Alexandre rêverait que sa mère s’intéresse davantage aux mécanismes et à l’univers de la schizophrénie, par exemple en suivant la Boussole, le programme de la Maison perchée – une communauté de jeunes adultes atteints de troubles psychiques –, dont il est proche, destiné aux familles de malades. Après des années où le sujet était tabou, sa mère a rejoint l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques).
Des groupes de parole mis en place par des associations
Les groupes de parole mis en place par des associations sont souvent d’un grand secours pour les personnes qui se sentent incomprises. Élisabeth Vincent voit en eux « un levier de sociabilisation ».
Alexandre, lui, est devenu « pair-aidant » au sein de la Maison perchée, haut lieu de promotion de cette forme nouvelle d’accompagnement venue du monde anglo-saxon qui mise sur l’apport de l’expérience et des échanges réciproques entre personnes. « Ça me fait du bien d’aider d’autres personnes », se réjouit-il. Laetitia Forgeot d’Arc se félicite de l’arrivée en France de ce dispositif, pour lequel un diplôme universitaire a été mis en place : « Dire à des personnes atteintes d’un trouble qu’elles sont des expertes, un atout pour les autres, c’est très fort ! » Pour lutter contre les situations stigmatisantes en milieu professionnel, certains tombent le masque et s’engagent. Ainsi Carole ou Alexandre, qui parle de la Fresque de la santé mentale, des formations aux premiers secours en santé mentale, de l’installation de lignes d’écoute. Autant d’outils récents mis à disposition des responsables en ressources humaines ou des manageurs. Preuve que les mentalités commencent à évoluer.
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