Particules fines, dioxyde d’azote, bruit des transports, métaux lourds, perturbateurs endocriniens… l’exposition à la pollution environnementale pourrait contribuer au développement de troubles psychiatriques, tels que la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie.
C’est ce que souligne un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), qui s’appuie sur une revue systématique de la littérature [1]. L’agence appelle à mieux intégrer ces données dans les politiques de santé publique.
Les données sont désormais assez convergentes et constituent une base solide en faveur de l’implication de la pollution atmosphérique dans l’apparition de pathologies mentales
Pr Franck Schurhoff
« Le nombre croissant de données établissant un lien entre la pollution et les troubles de la santé mentale souligne l’urgence d’intégrer les politiques environnementales et de santé publique », indique l’agence. « Même des réductions modestes des niveaux de pollution pourraient apporter des améliorations significatives en matière de santé mentale à l’échelle de la population. »
En 2023, les troubles mentaux représentent la sixième cause de handicap et la huitième cause de mortalité dans l’Union européenne. Depuis les années 2000, leur prévalence est en hausse constante. Si l’influence de facteurs psychosociaux liés à la vie en milieu urbain (stress, insécurité, précarité…) a longtemps focalisé l’attention des chercheurs, l’implication de la pollution est de plus en plus pointée du doigt.
Deux fois plus de maladies psychiatriques en zone urbaine
« L’effet de la pollution de l’air sur la santé mentale est étudié depuis seulement 10 à 15 ans », a souligné auprès de Medscape édition française le Pr Franck Schurhoff (Hôpital Henri-Mondor, AP-HP, Créteil). « Les données sont désormais assez convergentes et constituent une base solide en faveur de l’implication de la pollution atmosphérique dans l’apparition de pathologies mentales. »
Les particules fines (PM10 et PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO2) sont parmi les polluants les mieux documentés. Selon l’AEE, les revues systématiques disponibles mettent en évidence un lien statistiquement significatif entre une exposition chronique à ces polluants et les symptômes dépressifs.
La pollution de l’air pourrait non seulement favoriser l’apparition de troubles, mais aussi en aggraver les symptômes et l’évolution.
Le lien entre environnement urbain et santé mentale a d’abord été mis en évidence à travers l’urbanicité, c’est-à-dire le fait de naître, grandir et vivre en ville, explique le psychiatre, coordonnateur d’un projet sur la question (voir encadré). Selon une revue récente à laquelle il a participé, le risque de troubles psychotiques est environ deux fois plus élevé en milieu urbain qu’en zone rurale, avec un risque relatif compris entre 2 et 2,5 dans les méta-analyses, suivant une relation dose-réponse [2].
Pour autant, « l’urbanicité n’est pas un facteur de risque en soi, mais un agrégat de facteurs sociaux et environnementaux », précisent les auteurs. Parmi ces facteurs figurent la fragmentation sociale, l’isolement et la précarité, ainsi qu’un moindre accès aux espaces verts et une exposition accrue à la pollution atmosphérique.
Concernant spécifiquement la pollution de l’air, « les études se sont intéressées à son rôle à la fois comme facteur de risque et comme facteur modificateur de la maladie psychiatrique, susceptible d’influencer son évolution chez les patients déjà atteints », souligne le psychiatre. Elle pourrait ainsi non seulement favoriser l’apparition de troubles, mais aussi en aggraver les symptômes et l’évolution.
L’exposition à la pollution de l’air extérieur pendant des périodes critiques du développement cérébral – in utero, pendant l’enfance et l’adolescence – est associée à des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau
Le moment et la durée de l'exposition sont des critères fondamentaux. De nombreuses études suggèrent un effet à long terme d’une exposition précoce, y compris in utero. « Des travaux ont montré que l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse ou l’enfance augmente le risque de troubles psychiatriques 15 à 20 ans plus tard ».
L’hypothèse d’une neuro-inflammation chronique
Ces observations sont cohérentes avec les données en neurosciences, note l’AEE. « L’exposition à la pollution de l’air extérieur pendant des périodes critiques du développement cérébral – in utero, pendant l’enfance et l’adolescence – est associée à des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau. »
Plusieurs études montrent une association entre les pics de pollution et une augmentation des épisodes dépressifs ou des décompensations psychotiques.
Plusieurs mécanismes sont avancés, en particulier une réponse inflammatoire systémique. « Les polluants inhalés stimulent la production de cytokines pro-inflammatoires au niveau pulmonaire. Ces médiateurs peuvent ensuite franchir la barrière hémato-encéphalique et induire une neuro-inflammation chronique », explique le Pr Schurhoff. Cette inflammation favoriserait alors l’émergence ou l’aggravation de troubles psychiatriques.
Au-delà de ce risque à long terme, certaines données suggèrent également un effet aigu. Plusieurs études montrent une association entre les pics de pollution et une augmentation des épisodes dépressifs ou des décompensations psychotiques, notamment chez les patients atteints de schizophrénie.
Dans une étude menée sur 11 ans en région parisienne, les équipes du Pr Schurhoff ont observé une hausse des passages aux urgences pour troubles psychotiques et épisodes dépressifs lors des pics de particules fines (PM2.5 et PM10)[3]. La corrélation apparait plus marquée entre le nombre annuel de pics de PM2,5 et les passages pour troubles psychotiques.
Ces résultats restent observationnels, mais renforcent l’hypothèse d’un impact direct de la pollution atmosphérique sur la santé mentale.
Vers une évolution des politiques publiques ?
Si le lien de causalité n’est pas formellement établi, les données apparaissent convergentes. Pour l’AEE, la réduction de la pollution pourrait contribuer à améliorer le bien-être mental. « Même une augmentation modeste du risque peut avoir un impact important à l’échelle de la population, compte tenu de la forte prévalence des troubles mentaux. »
Ces éléments plaident pour une évolution des politiques publiques, estime l’agence. Jusqu’à présent, les stratégies de réduction de la pollution atmosphérique ont été principalement justifiées par leurs bénéfices respiratoires et cardiovasculaires. « Elles pourraient également avoir des bénéfices pour la santé mentale » et contribuer ainsi à « réduire la charge des troubles mentaux » à l’échelle de la population.
Au-delà de la pollution atmosphérique, l’AEE souligne également le rôle du bruit de l’environnement. Les données montrent que l’exposition chronique au bruit des transports est ainsi associée à une augmentation du risque de dépression (+3 %) et d’anxiété (+2 %).
À l’inverse, l’exposition aux espaces verts apparaît comme un facteur protecteur, associé à une réduction du stress et à une amélioration du bien-être psychique.
En France, plusieurs travaux de recherche en cours
Malgré les arguments suggérant un impact neurotoxique, les liens entre pollution atmosphérique et troubles mentaux sont encore peu étudiés en France. Pour étudier l’influence de la pollution de l’air sur les risques de schizophrénie, de troubles bipolaires et de troubles du spectre de l’autisme, le Pr Schurhoff et ses équipes prévoient la mise en place d’ une chaire d’excellence , coordonnée par la Fondation FondaMental, avec l’objectif notamment de mener des études cliniques.
Coordonnée par l’université Paris-Est Créteil, le projet PUMA vise à « examiner le lien entre l’urbanicité, la pollution de l’air et les troubles psychiatriques ». Une étude vient d’être lancée pour étudier les effets à court terme de la pollution de l’air au niveau individuel en équipant de capteurs de pollution des patients atteints d’un trouble bipolaire, de schizophrénie, de dépression résistante ou d’un trouble du spectre de l’autisme.
« Leur exposition à la pollution va être enregistrée en temps réel pendant un mois. En parallèle, ils seront invités à renseigner leur état psychologique sur une application trois fois par mois », a expliqué le Pr Schurhoff. « Il s’agit de vérifier si leur état psychologique varie en fonction de l’intensité de la pollution ».
Autre étude en projet portée par la Fondation FondaMental : l’étude rétrospective Pollupsyqui vise à déterminer s’il existe un lien entre le niveau d’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de développer une schizophrénie, un trouble du spectre de l’autisme ou un trouble bipolaire, dans un premier temps pendant la vie entière, puis pendant les différentes périodes du neurodéveloppement.
« L’exposition des personnes ayant un trouble à différents polluants sera mesurée depuis leur naissance jusqu’à leur inclusion dans l’étude, en utilisant l’historique résidentiel de chacun, et comparée à des sujets sans trouble psychiatrique », précise le psychiatre, responsable scientifique de l’étude. « On peut ainsi estimer les niveaux d’exposition, selon le lieu de résidence, en remontant jusqu’à 30 ans en arrière ».
Références
Pollution and mental health: current scientific evidence, European Environment Agency, publication en ligne du 3 mars 2026. Source
Pignon B, Szöke A, Ku B, Melchior M, Schurhoff F, Urbanicity and psychotic disorders: Facts and hypotheses, Dialogues in Clinical Neuroscience. 2023 Dec;25(1):122-138. Source
Pignon B, Borel C, Lajnef M, Richard JR, Szöke A, Hemery F, Leboyer M, Foret G, Schürhoff F, PM2.5 and PM10 air pollution peaks are associated with emergency department visits for psychotic and mood disorders, Environmental Science and Pollution Research. 2022; ;29(59):88577-88586. Source
Pollution de l‘air : un facteur de risque pour la santé mentale
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12 mai 2026
20 octobre 2025
[Podcast] : Comment l'environnement de chacun impacte-t-il sa santé mentale ?
Podcast (37mn) publié le mercredi 24 septembre 2025
Les avancées scientifiques en santé environnementale permettent aujourd’hui d'affiner notre compréhension de l'impact des expositions individuelles sur le risque de développer un trouble psychique. Où en est plus précisément la recherche ? Quels sont les mécanismes d’action en cause ?
Avec Baptiste Pignon, psychiatre et chercheur à l’INSERM
Quels sont les liens entre exposition au long cours à la pollution atmosphérique et santé mentale ? Des études récentes montrent l'influence de la pollution de l'air, et notamment l’exposition aux particules fines, sur l’augmentation du risque de schizophrénie et de troubles du spectre de l'autisme. D’autres s’intéressent à l’impact du réchauffement climatique sur la santé mentale. Ces nouvelles données changent-elles l’approche de ces troubles mentaux et de leur prévention ?
Comment l'environnement de chacun impacte-t-il sa santé mentale ? | France Inter
Les avancées scientifiques en santé environnementale permettent aujourd’hui d'affiner notre compréhension de l'impact des expositions individuelles sur le risque de développer un trouble psychique. Où en est plus précisément la recherche ? Quels sont les mécanismes d’action en cause ?
Avec Baptiste Pignon, psychiatre et chercheur à l’INSERM
Quels sont les liens entre exposition au long cours à la pollution atmosphérique et santé mentale ? Des études récentes montrent l'influence de la pollution de l'air, et notamment l’exposition aux particules fines, sur l’augmentation du risque de schizophrénie et de troubles du spectre de l'autisme. D’autres s’intéressent à l’impact du réchauffement climatique sur la santé mentale. Ces nouvelles données changent-elles l’approche de ces troubles mentaux et de leur prévention ?
Comment l'environnement de chacun impacte-t-il sa santé mentale ? | France Inter
08 juin 2024
Comment les changements climatiques influent négativement sur la santé du cerveau...
Les chercheurs ont constaté que les AVC, les migraines, la méningite, l’épilepsie, la sclérose en plaques, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer et Parkinson peuvent s’aggraver lors des vagues de chaleur : "L’augmentation des températures et de l’humidité entraîne une augmentation des hospitalisations et de la mortalité associée à la démence".
Les changements climatiques, avec leurs effets sur l’intensité, la fréquence et la durée des événements météorologiques extrêmes, ont un impact négatif sur la santé du cerveau, en particulier chez les personnes atteintes de pathologies neurologiques et psychiatriques. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude des chercheurs de l’University College de Londres qui, dans un article publié dans The Lancet Neurology, ont souligné la nécessité urgente de comprendre l’ampleur de cet impact afin de préserver la santé des personnes atteintes de troubles du système nerveux ou à risque de les développer. Selon l’analyse – une revue de 332 études publiées entre 1968 et 2023 – la portée des effets potentiels du changement climatique est substantielle.
En considérant 19 conditions différentes, sélectionnées sur la base de l’étude Global Burden of Disease 2016, notamment les AVC, les migraines, la maladie d’Alzheimer, la méningite, l’épilepsie et la sclérose en plaques, et incluant également plusieurs troubles psychiatriques graves mais courants, tels que l’anxiété, la dépression et la schizophrénie, les chercheurs ont trouvé des preuves évidentes de l’impact du climat, en particulier sur le risque d’AVC et d’infections du système nerveux.
"La variation climatique qui a montré un effet sur les maladies du cerveau incluait des températures extrêmes (aussi bien basses qu’élevées) et une plus grande variation de la température au cours de la journée, surtout lorsque ces mesures étaient inusuelles pour la saison – a déclaré le professeur Sanjay Sisodiya, directeur du Département de génomique à la Epilepsy Society de l’UCL et auteur principal de l’étude – . Les températures nocturnes peuvent être particulièrement importantes, car des températures plus élevées pendant la nuit peuvent perturber le sommeil. Il est connu qu’un sommeil insuffisant aggrave un certain nombre de conditions cérébrales".
Les chercheurs ont constaté une augmentation des hospitalisations, de l’incapacité ou de la mortalité suite à un AVC, associées à des températures ambiantes plus élevées ou des vagues de chaleur. En revanche, les personnes atteintes de démence semblaient plus sujettes aux dommages causés par les températures extrêmes (s’exposant, par exemple, à des maladies liées à la chaleur ou à l’hypothermie) et par les événements météorologiques (comme les inondations ou les incendies), car le déclin cognitif peut limiter leur capacité à adapter leur comportement aux changements environnementaux.
« La diminution de la conscience du risque est combinée à une capacité réduite de rechercher de l’aide ou d’atténuer les dommages potentiels, comme boire davantage par temps chaud ou porter des vêtements appropriés – expliquent les auteurs de l’étude – . Cette susceptibilité est aggravée par la fragilité, la multimorbidité et les médicaments psychotropes. Par conséquent, une plus grande variation de température, des journées plus chaudes et des vagues de chaleur conduisent à une augmentation des hospitalisations et de la mortalité associée à la démence« .
Par ailleurs, l’incidence, les hospitalisations et le risque de mortalité pour différents troubles de la santé mentale ont été associés à l’augmentation de la température ambiante, aux variations quotidiennes de la température ou aux températures extrêmes de chaleur et de froid. Selon les chercheurs, il est donc important de veiller à ce que la recherche soit actualisée et prenne en compte non seulement l’état actuel du changement climatique mais aussi l’avenir, en tenant compte également de l’ensemble du concept d’anxiété climatique comme une influence supplémentaire, potentiellement lourde.
« De nombreux troubles cérébraux sont associés à un risque plus élevé de troubles psychiatriques, y compris l’anxiété, et ces multimorbidités peuvent compliquer davantage les impacts du changement climatique et les adaptations nécessaires pour préserver la santé – a ajouté le professeur Sisodiya – . Il y a des actions que nous pouvons et devons entreprendre dès maintenant et en prévision des scénarios futurs, compte tenu du contexte de détérioration préoccupante des conditions climatiques.
Les changements climatiques, avec leurs effets sur l’intensité, la fréquence et la durée des événements météorologiques extrêmes, ont un impact négatif sur la santé du cerveau, en particulier chez les personnes atteintes de pathologies neurologiques et psychiatriques. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude des chercheurs de l’University College de Londres qui, dans un article publié dans The Lancet Neurology, ont souligné la nécessité urgente de comprendre l’ampleur de cet impact afin de préserver la santé des personnes atteintes de troubles du système nerveux ou à risque de les développer. Selon l’analyse – une revue de 332 études publiées entre 1968 et 2023 – la portée des effets potentiels du changement climatique est substantielle.
En considérant 19 conditions différentes, sélectionnées sur la base de l’étude Global Burden of Disease 2016, notamment les AVC, les migraines, la maladie d’Alzheimer, la méningite, l’épilepsie et la sclérose en plaques, et incluant également plusieurs troubles psychiatriques graves mais courants, tels que l’anxiété, la dépression et la schizophrénie, les chercheurs ont trouvé des preuves évidentes de l’impact du climat, en particulier sur le risque d’AVC et d’infections du système nerveux.
"La variation climatique qui a montré un effet sur les maladies du cerveau incluait des températures extrêmes (aussi bien basses qu’élevées) et une plus grande variation de la température au cours de la journée, surtout lorsque ces mesures étaient inusuelles pour la saison – a déclaré le professeur Sanjay Sisodiya, directeur du Département de génomique à la Epilepsy Society de l’UCL et auteur principal de l’étude – . Les températures nocturnes peuvent être particulièrement importantes, car des températures plus élevées pendant la nuit peuvent perturber le sommeil. Il est connu qu’un sommeil insuffisant aggrave un certain nombre de conditions cérébrales".
Les chercheurs ont constaté une augmentation des hospitalisations, de l’incapacité ou de la mortalité suite à un AVC, associées à des températures ambiantes plus élevées ou des vagues de chaleur. En revanche, les personnes atteintes de démence semblaient plus sujettes aux dommages causés par les températures extrêmes (s’exposant, par exemple, à des maladies liées à la chaleur ou à l’hypothermie) et par les événements météorologiques (comme les inondations ou les incendies), car le déclin cognitif peut limiter leur capacité à adapter leur comportement aux changements environnementaux.
« La diminution de la conscience du risque est combinée à une capacité réduite de rechercher de l’aide ou d’atténuer les dommages potentiels, comme boire davantage par temps chaud ou porter des vêtements appropriés – expliquent les auteurs de l’étude – . Cette susceptibilité est aggravée par la fragilité, la multimorbidité et les médicaments psychotropes. Par conséquent, une plus grande variation de température, des journées plus chaudes et des vagues de chaleur conduisent à une augmentation des hospitalisations et de la mortalité associée à la démence« .
Par ailleurs, l’incidence, les hospitalisations et le risque de mortalité pour différents troubles de la santé mentale ont été associés à l’augmentation de la température ambiante, aux variations quotidiennes de la température ou aux températures extrêmes de chaleur et de froid. Selon les chercheurs, il est donc important de veiller à ce que la recherche soit actualisée et prenne en compte non seulement l’état actuel du changement climatique mais aussi l’avenir, en tenant compte également de l’ensemble du concept d’anxiété climatique comme une influence supplémentaire, potentiellement lourde.
« De nombreux troubles cérébraux sont associés à un risque plus élevé de troubles psychiatriques, y compris l’anxiété, et ces multimorbidités peuvent compliquer davantage les impacts du changement climatique et les adaptations nécessaires pour préserver la santé – a ajouté le professeur Sisodiya – . Il y a des actions que nous pouvons et devons entreprendre dès maintenant et en prévision des scénarios futurs, compte tenu du contexte de détérioration préoccupante des conditions climatiques.
25 février 2023
Les maladies chroniques frappent davantage les personnes modestes
Selon une étude de la Drees sur les maladies chroniques, les personnes les plus modestes développent beaucoup plus souvent des maladies chroniques. Le risque d’en déclarer une est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels. Si le diabète est plus inégalitaire chez les femmes, les maladies psychiatriques le sont chez les hommes. Enfin les maladies chroniques accentuent les inégalités sociales en matière d’espérance de vie.
Entre 2016 et 2017, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés, à âge et sexe comparables : 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladie neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardio-neurovasculaires. En revanche, les personnes les plus modestes développent relativement moins de cancers. Ce constat ne tient cependant pas compte des éventuelles inégalités sociales devant le recours au dépistage et des différences selon le type de cancer (graphique).
Maladies psychiatriques : ce groupe comprend les troubles psychotiques (dont la schizophrénie), les troubles névrotiques et de l’humeur (dont les troubles bipolaires et la dépression), la déficience mentale, les troubles addictifs, les troubles psychiatriques débutant dans l’enfance et l’ensemble des autres troubles psychiatriques (de la personnalité ou du comportement).
Les plus modestes ont un risque 2,8 fois plus élevé de vivre avec une maladie psychiatrique que les plus aisés.
Le risque de développer une maladie chronique est mesuré par son incidence, tandis que le risque de vivre avec cette maladie est mesuré par sa prévalence (encadré 3). Les personnes ayant développé une maladie chronique vivent avec elle avant de guérir ou de décéder. L’évolution et le pronostic de cette dernière peuvent différer selon la position socioprofessionnelle et le niveau de vie de la personne atteinte. Le niveau de vie de la personne touchée peut aussi évoluer, du fait notamment de l’apparition de la maladie. Pour ces raisons, les inégalités sociales révélées par la prévalence d’une maladie chronique diffèrent de celles mises en évidence par son incidence.
Les inégalités sociales sont particulièrement marquées face au risque de vivre avec une maladie psychiatrique, puisqu’il est 2,81 fois plus élevé chez les plus modestes que chez les plus aisés. Cet écart de prévalence est plus fort que l’écart d’incidence (1,95). En effet, certaines maladies psychiatriques, si elles sont développées tôt dans la vie, peuvent réduire les chances de faire des études ou d’avoir un emploi, ce qui pèse négativement sur le niveau de vie. Une personne ayant un niveau de vie moyen avant de développer ce type de trouble peut ainsi passer à un niveau de vie faible après sa manifestation. Cela renforce les écarts de prévalence entre les plus modestes et les plus aisés par rapport aux écarts d’incidence.
Le risque de déclarer une maladie chronique est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels
Les ouvriers et employés développent plus souvent une maladie chronique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Ainsi, les ouvriers ont deux fois plus de risque de développer une maladie psychiatrique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Le risque est multiplié par 1,9 pour le diabète, 1,5 pour les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies du foie ou du pancréas, 1,4 pour les maladies respiratoires chroniques et 1,3 pour les maladies cardio-neurovasculaires. En revanche, aucune différence significative de risque n’a été mise en évidence pour ce qui concerne les cancers.
Les personnes les plus modestes ont un risque 2,8 fois plus élevé de vivre avec une maladie psychiatrique que les plus aisés.
Le diabète est plus inégalitaire chez les femmes, les maladies psychiatriques sont plus inégalitaires chez les hommes
Les inégalités sociales sont plus fortes chez les femmes que chez les hommes en ce qui concerne le diabète (le risque est multiplié par 3,5 entre les plus modestes et les plus aisées chez les femmes, et par 1,9 chez les hommes) et les maladies cardio-neurovasculaires (risque multiplié par 1,5 contre 1,2 chez les hommes). Elles sont en revanche moins fortes chez les femmes que chez les hommes pour les maladies psychiatriques (2,4 contre 3,5 chez les hommes), les maladies du foie ou du pancréas (2,4 contre 2,8 chez les hommes) et les maladies neurologiques ou dégénératives (1,4 contre 1,6 chez les hommes).
Les maladies chroniques accentuent les inégalités sociales en matière d’espérance de vie
À tous les âges, les personnes atteintes d’une maladie chronique ont un risque de décéder supérieur à celui des personnes non atteintes. Il en est de même pour les personnes les plus modestes par rapport aux personnes les plus aisées. Sans les maladies chroniques, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les plus aisés et les plus modestes serait réduit de plus d’un tiers.
Les maladies qui creusent le plus les inégalités en matière d’espérance de vie sont les maladies psychiatriques et les maladies cardio-neurovasculaires.
• Les maladies chroniques touchent plus souvent les personnes modestes et réduisent davantage leur espérance de vie, Samuel Allain, avec la collaboration de Vianney Costemalle (DREES), Etudes et Résultats, n°1243, 6 octobre 2022. (PDF)
Entre 2016 et 2017, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés, à âge et sexe comparables : 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladie neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardio-neurovasculaires. En revanche, les personnes les plus modestes développent relativement moins de cancers. Ce constat ne tient cependant pas compte des éventuelles inégalités sociales devant le recours au dépistage et des différences selon le type de cancer (graphique).
Maladies psychiatriques : ce groupe comprend les troubles psychotiques (dont la schizophrénie), les troubles névrotiques et de l’humeur (dont les troubles bipolaires et la dépression), la déficience mentale, les troubles addictifs, les troubles psychiatriques débutant dans l’enfance et l’ensemble des autres troubles psychiatriques (de la personnalité ou du comportement).
Les plus modestes ont un risque 2,8 fois plus élevé de vivre avec une maladie psychiatrique que les plus aisés.
Le risque de développer une maladie chronique est mesuré par son incidence, tandis que le risque de vivre avec cette maladie est mesuré par sa prévalence (encadré 3). Les personnes ayant développé une maladie chronique vivent avec elle avant de guérir ou de décéder. L’évolution et le pronostic de cette dernière peuvent différer selon la position socioprofessionnelle et le niveau de vie de la personne atteinte. Le niveau de vie de la personne touchée peut aussi évoluer, du fait notamment de l’apparition de la maladie. Pour ces raisons, les inégalités sociales révélées par la prévalence d’une maladie chronique diffèrent de celles mises en évidence par son incidence.
Les inégalités sociales sont particulièrement marquées face au risque de vivre avec une maladie psychiatrique, puisqu’il est 2,81 fois plus élevé chez les plus modestes que chez les plus aisés. Cet écart de prévalence est plus fort que l’écart d’incidence (1,95). En effet, certaines maladies psychiatriques, si elles sont développées tôt dans la vie, peuvent réduire les chances de faire des études ou d’avoir un emploi, ce qui pèse négativement sur le niveau de vie. Une personne ayant un niveau de vie moyen avant de développer ce type de trouble peut ainsi passer à un niveau de vie faible après sa manifestation. Cela renforce les écarts de prévalence entre les plus modestes et les plus aisés par rapport aux écarts d’incidence.
Le risque de déclarer une maladie chronique est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels
Les ouvriers et employés développent plus souvent une maladie chronique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Ainsi, les ouvriers ont deux fois plus de risque de développer une maladie psychiatrique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Le risque est multiplié par 1,9 pour le diabète, 1,5 pour les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies du foie ou du pancréas, 1,4 pour les maladies respiratoires chroniques et 1,3 pour les maladies cardio-neurovasculaires. En revanche, aucune différence significative de risque n’a été mise en évidence pour ce qui concerne les cancers.
Les personnes les plus modestes ont un risque 2,8 fois plus élevé de vivre avec une maladie psychiatrique que les plus aisés.
Le diabète est plus inégalitaire chez les femmes, les maladies psychiatriques sont plus inégalitaires chez les hommes
Les inégalités sociales sont plus fortes chez les femmes que chez les hommes en ce qui concerne le diabète (le risque est multiplié par 3,5 entre les plus modestes et les plus aisées chez les femmes, et par 1,9 chez les hommes) et les maladies cardio-neurovasculaires (risque multiplié par 1,5 contre 1,2 chez les hommes). Elles sont en revanche moins fortes chez les femmes que chez les hommes pour les maladies psychiatriques (2,4 contre 3,5 chez les hommes), les maladies du foie ou du pancréas (2,4 contre 2,8 chez les hommes) et les maladies neurologiques ou dégénératives (1,4 contre 1,6 chez les hommes).
Les maladies chroniques accentuent les inégalités sociales en matière d’espérance de vie
À tous les âges, les personnes atteintes d’une maladie chronique ont un risque de décéder supérieur à celui des personnes non atteintes. Il en est de même pour les personnes les plus modestes par rapport aux personnes les plus aisées. Sans les maladies chroniques, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les plus aisés et les plus modestes serait réduit de plus d’un tiers.
Les maladies qui creusent le plus les inégalités en matière d’espérance de vie sont les maladies psychiatriques et les maladies cardio-neurovasculaires.
• Les maladies chroniques touchent plus souvent les personnes modestes et réduisent davantage leur espérance de vie, Samuel Allain, avec la collaboration de Vianney Costemalle (DREES), Etudes et Résultats, n°1243, 6 octobre 2022. (PDF)
13 février 2023
Anxiété, dépression : vivre dans un ville polluée accroît le risque de problèmes mentaux
La pollution atmosphérique a des effets dévastateurs sur la santé, notamment dans les grandes villes. Une bombe à retardement lié à l'exposition aux particules fines, qui n'affecte pas seulement le corps mais aussi notre santé mentale.
La pollution jouerait un rôle dans les troubles mentaux
Parue dans la revue Jama Psychiatry*, cette étude menée par des chercheurs de l'université de Pékin, de l'université d'Oxford et de l'Imperial College London (Royaume-Uni), établit un lien direct entre la pollution de l'air et le risque de développer des névroses notoires, tels que la dépression ou l'anxiété. En épluchant près de 389.000 dossiers médicaux de volontaires britanniques, les chercheurs ont montré que l'exposition aux particules PM2,5 - qui sont spécialement nocives car elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons et dans le sang - peuvent aussi atteindre le cerveau. Au cours de la période d'étude d'environ 11 ans, 13.131 d'entre eux ont reçu un diagnostic de dépression, et 15.835 autres ont souffert d'anxiété reconnue médicalement. Toutefois, l'étude ne permet pas de déterminer le mécanisme biologique en cause et ne prend pas en compte dans son étude l'exposition à d'autres polluants comme l'ozone, le monoxyde de carbone et le dioxyde de soufre.
Un risque pour le système nerveux ?
Malgré les limites de cette étude, les chercheurs espèrent que ces résultats permettront non seulement d'informer les pouvoirs publics, les professionnels de santé et la population sur l'impact sanitaire de la pollution atmosphérique, mais aussi de prendre des mesures concrètes pour la réduire. "Étant donné que les normes de qualité de l'air de nombreux pays sont encore bien supérieures aux dernières lignes directrices mondiales de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la qualité de l'air (2021), des normes ou des réglementations plus strictes pour le contrôle de la pollution atmosphérique devraient être mises en œuvre dans l'élaboration des politiques futures", écrivent-ils, relaye le magazine Geo. Une étude publiée en 2020 dans Frontiers in Public Health** avait déjà mis en évidence l’impact des particules fines sur le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Celle-ci avait révélé que la pollution de l'air pouvait provoquer divers troubles neurologiques provoqués notamment par l’inflammation du système nerveux et le stress oxydatif. Les auteurs de cette étude évoquaient d'ailleurs aussi un risque accru de démence, d’Accident cardiovasculaire (AVC), de dépression ou encore de schizophrénie associée à l’exposition aux particules en suspension.
* Long-term Exposure to Multiple Ambient Air Pollutants and Association With Incident Depression and Anxiety | Anxiety Disorders | JAMA Psychiatry | JAMA Network
**Frontiers | Air Pollution and Central Nervous System Disease: A Review of the Impact of Fine Particulate Matter on Neurological Disorders (frontiersin.org)
La pollution jouerait un rôle dans les troubles mentaux
Parue dans la revue Jama Psychiatry*, cette étude menée par des chercheurs de l'université de Pékin, de l'université d'Oxford et de l'Imperial College London (Royaume-Uni), établit un lien direct entre la pollution de l'air et le risque de développer des névroses notoires, tels que la dépression ou l'anxiété. En épluchant près de 389.000 dossiers médicaux de volontaires britanniques, les chercheurs ont montré que l'exposition aux particules PM2,5 - qui sont spécialement nocives car elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons et dans le sang - peuvent aussi atteindre le cerveau. Au cours de la période d'étude d'environ 11 ans, 13.131 d'entre eux ont reçu un diagnostic de dépression, et 15.835 autres ont souffert d'anxiété reconnue médicalement. Toutefois, l'étude ne permet pas de déterminer le mécanisme biologique en cause et ne prend pas en compte dans son étude l'exposition à d'autres polluants comme l'ozone, le monoxyde de carbone et le dioxyde de soufre.
Un risque pour le système nerveux ?
Malgré les limites de cette étude, les chercheurs espèrent que ces résultats permettront non seulement d'informer les pouvoirs publics, les professionnels de santé et la population sur l'impact sanitaire de la pollution atmosphérique, mais aussi de prendre des mesures concrètes pour la réduire. "Étant donné que les normes de qualité de l'air de nombreux pays sont encore bien supérieures aux dernières lignes directrices mondiales de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la qualité de l'air (2021), des normes ou des réglementations plus strictes pour le contrôle de la pollution atmosphérique devraient être mises en œuvre dans l'élaboration des politiques futures", écrivent-ils, relaye le magazine Geo. Une étude publiée en 2020 dans Frontiers in Public Health** avait déjà mis en évidence l’impact des particules fines sur le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Celle-ci avait révélé que la pollution de l'air pouvait provoquer divers troubles neurologiques provoqués notamment par l’inflammation du système nerveux et le stress oxydatif. Les auteurs de cette étude évoquaient d'ailleurs aussi un risque accru de démence, d’Accident cardiovasculaire (AVC), de dépression ou encore de schizophrénie associée à l’exposition aux particules en suspension.
* Long-term Exposure to Multiple Ambient Air Pollutants and Association With Incident Depression and Anxiety | Anxiety Disorders | JAMA Psychiatry | JAMA Network
**Frontiers | Air Pollution and Central Nervous System Disease: A Review of the Impact of Fine Particulate Matter on Neurological Disorders (frontiersin.org)
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